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PRÉPARATION DES VAISSEAUX LYMPHATIQUES

La préparation des vaisseaux lymphatiques, comme celle des artères et des veines, se compose de deux temps, l'injection et la dissection.

Injection. — Les vaisseaux lymphatiques doivent être, en raison du grand nombre de valvules qu'ils renferment, injectés de leur origine vers leur terminaison ; le liquide employé pour faire les injeclions est le mercure ; la pression exercée par ce métal le fait pénétrer dans les vaisseaux.

Le mercure est versé dans un tube dont la hauteur est de 4 50 centimètres environ, et muni, à son extrémité supérieure, d'un anneau destiné à le suspendre; à son extrémité inférieure , d'un tube flexible de caoutchouc , très épais , d'un petit calibre, et doublé à l'intérieur d'un tissu de soie. Au tube flexible est adapté un ajutage muni d'un robinet, et à l'extrémité de l'ajutage on fixe un tube de verre très effilé à la lampe ; ce tube de verre est garni à sa grosse extrémité d'un fil de soie plate et entre clans un pas de vis creusé dans le tube d'ajutage (1).

Les sujets les plus propres à ce genre de préparation sont ceux qui sont amaigris et légèrement infiltrés. La putréfaction et la macération rendent plus facile l'injection des réseaux capillaires lymphatiques, mais elles empêchent le mercure de cheminer aussi facilement dans les vaisseaux.

Les vaisseaux lymphatiques peuvent être injectés par deux moyens : la ponction directe du vaisseau , la ponction des réseaux. La ponction du vaisseau n'est plus employée que comme moyen complémentaire, c'est-à-dire pour introduire une nouvelle quantité de mercure dans un vaisseau qui en aura déjà reçu, mais dans lequel ce liquide serait arrêté. C'est par la ponction du réseau que les lymphatiques doivent être injectés.

Il est des points dans lesquels l'injection réussit beaucoup mieux : ils sont désignés par M. Sappey sous le nom de lieu d'élection. Ils se rencontrent principalement : sur la ligne médiane, à la tête, depuis la suture lambdoïdc jusqu'à la suture fronto-pariétale ; à la face , sur le nez , la commissure des lèvres , l'os de la pommette ; sur les membres, sur les parties latérales des doigts et des orteils, à la paume

(1) M. Sappey a beaucoup perfectionné les appareils à injection des lymphatiques. Nous renvoyons le lecteur à sa thèse : Injection, préparation et conservation des vaisseaux lymphatiques, G décembre 1813, et à son Manuel d'analomie descriptive, t. Ier.

dos mains et à la plante du pied : ces parties doivent avoir été préalablement dépouillées de leur épidémie.

Pour faire l'injection « l'opérateur saisit le robinet avec la main droite, en plaçant le pouce sur le côté gauche et le médius sur le côté droit ; l'index repose par sa pulpe sur l'extrémité antérieure du levier destiné à ouvrir le robinet ; les deux derniers doigts restent libres pour prendre un point d'appui sur les parties voisines. La main gauche fixe la partie sur laquelle la ponction doit être faite. La pointe du tube est alors dirigée vers le lieu d'élection, presque parallèlement à la peau. Elle est enfoncée jusque dans l'épaisseur de la couche superficielle du derme, qu'elle doit labourer en quelque sorte dans l'épaisseur de sa couche réticulaire, sur une étendue de 2 à 3 millimètres. Lorsque la ponction a été exécutée, on imprime au levier du robinet un mouvement de rotation, de droite à gauche, à l'aide de la pulpe du doigt indicateur, et, si l'opération a été bien exécutée, on voit le mercure courir dans tous les sens, remplir le système capillaire, et revêtir le derme d'un réseau argenté. Le tube est maintenu dans cette position pendant une demi-minute, une minute au plus ; on le retire ensuite, car dès lors la ponction a produit tout ce qu'elle pouvait produire (1). »

Cependant, à l'aide de cette injection, le mercure n'a pénétré dans les vaisseaux qu'au voisinage de leur origine ; c'est alors qu'on fait la ponction du vaisseau afin de faire pénétrer le métal jusqu'à la terminaison des vaisseaux dans les ganglions. •

Il est encore une méthode qui consiste à injecter les vaisseaux lymphatiques par les ganglions : ce moyen ne donne que des résultats fort imparfaits.

Dissection. — Les vaisseaux lymphatiques doivent être disséqués de leur origine vers leur terminaison. Il est bon d'enlever la peau parallèlement à leur trajet ; il faut, dans celte dissection, prendre soin de ne pas léser le vaisseau, sans quoi le mercure s'écoulerait au dehors ; aussi conseillons-nous de ne pas chercher à enlever le tissu cellulaire qui l'entoure.

Oa donne le nom de vaisseaux lymphatiques à des canaux transparents, noueux, pourvus de valvules, qui charrient dans les veines la lymphe et le chyle. Ces vaisseaux traversent un grand nombre de petits corps arrondis désignés sous le nom de ganglions lymphatiques.

Origine des vaisseaux lymphatiques.

On a cru pendant longtemps que les vaisseaux lymphatiques, aussi

(1) Sappcy, loc. cit., p. 642.

(2) La nature de cet ouvrage et les limites dans lesquelles nous sommes forcé de nous renfermer ne nous permettent pas de compléter par quelques détails historiques la description des vaisseaux lymphatiques. Nous né pouvons toutefois passer sous silence le magnifique ouvrage de Mascagni, auquel nous avons emprunté les planches qui sont reproduites ici. Nous croyons devoir également mentionner les travaux de M. Bonamy, et surtout ceux de M. Sappey, qui a observé, discuté et résumé d'une manière si remarquable les points principaux de l'histoire des vaisseaux lymphatiques , clans son Traité d'anatomie descriptive , t. Ier, pages 586 et suivantes ; travaux que nous avons fort souvent consultés, et auquel nous avons fait de nombreux emprunts.

ANGÉIOLOGIE.

bien que les veines, communiquaient avec les artères ; on supposait que les lymphatiques charriaient le sérum et que les veines ramenaient le cruor. Mais ces faits ont été démentis par l'observation du liquide contenu dans les vaisseaux lymphatiques et par les injections des artères, car le liquide ne passe jamais , a moins de rupture de ces vaisseaux, dans les lymphatiques.

1° Origine des vaisseaux lymphatiques de la peau. — Immédiatement au-dessous de Tépiderme on trouve un réseau formé par les capillaires lymphatiques; de ce réseau partent des vaisseaux qui s'anastomosent encore entre eux sur la face profonde du derme. C'est de ce dernier réseau que partent les vaisseaux lymphatiques qui rampent dans la couche de tissu cellulaire sous- cutané.

2° Sur les membranes muqueuses. — Cette origine a lieu par des réseaux très fins qu'on obtient en piquant très superficiellement la membrane muqueuse. Cette injection démontre un réseau superficiel extrêmement fin et un réseau sous-muqueux duquel partent les vaisseaux lymphatiques.

3° Sur les membranes séreuses et synoviales, et sur la membrane interne des artères et des veines. — M. Sappey pense que les membranes séreuses et les membranes synoviales ne donnent naissance à aucun vaisseau lymphatique; les vaisseaux qui ont été injectés lorsqu'on a piqué très superficiellement ces membranes appartiendraient, suivant cet anatomiste, à l'organe recouvert par la séreuse. M. Cruveilhier pense que les séreuses et les synoviales contiennent un très grand nombre de vaisseaux lymphatiques qui peuvent être facilement injectés partout où ces membranes sont tendues. M. Sappey n'a pas non plus constaté l'existence de lymphatiques sur la paroi interne des vaisseaux ; M. Cruveilhier a obtenu quelques résultats partiels : il suppose qu'en raison de l'analogie qui existe entre ces membranes et les séreuses, elles doivent donner les mêmes résultats.

4° Dans le tissu cellulaire. — Mascagni pensait que le tissu cellulaire et tous les tissus blancs sont constitués par des vaisseaux lymphatiques; telle était aussi l'opinion de Breschet. Cependant l'origine des vaisseaux lymphatiques dans le tissu cellulaire libre n'a pu être démontrée.

5° Dans le tissu musculaire. — L'origine des vaisseaux lymphatiques a été constatée sur le diaphragme. M. Sappey pense que les vaisseaux lymphatiques observés sur la surface des viscères musculeux appartiennent non à l'enveloppe séreuse, mais au tissu musculaire de l'organe; enfin l'origine des vaisseaux lymphatiques a été constatée dans les muscles de la vie de relation, dans les intercostaux, le grand pectoral, etc.

6° Dans le tissu fibreux, dans les os. — Les tissus fibreux, tendons, aponévroses, dure-mère, etc., donnent naissance à un petit nombre de vaisseaux lymphatiques que l'on a pu démontrer par

l'injection. Si les os possèdent des vaisseaux lymphatiques, ceux-ci ne sont probablement qu'en petit nombre; ils sont surtout d'une préparation difficile. M. Gros dit avoir vu un vaisseau lymphatique distendu par les gaz, étendu du conduit nourricier du tibia au creux poplité. M. Sappey a injecté sur la membrane médullaire du fémur un vaisseau qu'il croit être un vaisseau lymphatique ; mais les parties molles, ayant été enlevées, il n'a pu le suivre jusqu'à un ganglion.

7«p Dans les glandes. — Le système glandulaire possède un grand nombre de vaisseaux lymphatiques; celles qui en possèdent le plus sont les glandes à réservoir, le foie, le rein, le testicule, etc., puis viennent les glandes sans réservoir, le pancréas, les glandes salivaires, puis les glandes simples, les amygdales.

Le thymus , le corps thyroïde, les capsules surrénales possèdent un grand nombre de ces vaisseaux.

Trajet, anastomoses et terminaison.

Des différents réseaux que nous venons de signaler, les vaisseaux lymphatiques se rendent dans des organes glandiformes qui sont désignés sous le nom de ganglions lymphatiques.

Les vaisseaux qui naissent des réseaux superficiels, les réseaux sous-cutanés, sous-muqueux, constituent les vaisseaux lymphatiques superficiels; ceux qui naissent de la profondeur de nos organes, des muscles, de l'intérieur des glandes, par exemple, constituent les vaisseaux lymphatiques profonds.

Les premiers, dans les membres, suivent les veines superficielles; dans les viscères , ils sont situés entre la surface de l'organe et la membrane séreuse. Les seconds suivent le trajet des vaisseaux profonds de chaque côté desquels ils se placent.

Les vaisseaux lymphatiques convergent vers des ganglions; ceux qui arrivent à ces ganglions sont appelés vaisseaux afférents, ceux qui en partent sont désignés sous le nom de vaisseaux efférents. Les premiers paraissent s'épuiser dans ce ganglion; mais bientôt il se reforme d'autres vaisseaux qui, comme eux, se rendent à un second ganglion, puis à un troisième, et tous finissent par se rendre dans les veines, les uns par le canal thoracique, les autres par la grande veine lymphatique. Il est à remarquer que jamais un vaisseau ne se rend dans le canal thoracique ou dans la grande veine lymphatique sans avoir traversé un ganglion.

Ces vaisseaux suivent dans leur trajet une direction rectiligne; il est rare de rencontrer des vaisseaux flexueux.

Ils s'anastomosent rarement entre eux, cependant on observe des communications entre les lymphatiques superficiels et les profonds ; ils s'anastomosent, au contraire, très largement dans l'épaisseur des ganglions.

Quelle que soit la longueur d'un vaisseau lymphatique, il n'aug-

ANGHOLOGIE.

mente pas sensiblement de volume entre le réseau et le premier ganglion ; ainsi les vaisseaux lymphatiques du pli de l'aine sont à peine plus volumineux que ceux qu'on observe autour des malléoles.

Nous avons dit plus haut que les vaisseaux lymphatiques se terminaient par le canal thoracique dans la veine sous-clavière gauche, par la grande veine lymphatique dans la même veine du côté droit. Mais en raison de l'étroitesse du calibre du canal thoracique et de la grande veine lymphatique, on a supposé et l'on a cherché d'autres communications des vaisseaux lymphatiques avec différents points du système veineux.

Lauth et Fohmann ont supposé que les vaisseaux lymphatiques communiquaient avec les radicules du système veineux, mais aucun fait anatomique n'est venu confirmer cette assertion. Ils ont admis encore des communications dans l'épaisseur des ganglions, entre les veines et les vaisseaux lymphatiques : à la vérité, on a vu le mercure injecté dans les lymphatiques passer dans les veines ; mais on a démontré que les ganglions avaient subi dans leur texture une altération pathologique ou dépendante de la putréfaction.

Enfin M. Lippi a publié un mémoire dans lequel il décrit des communications entre les vaisseaux lymphatiques et la veine porte, la veine honteuse interne, la veine rénale, etc. Ces communications n'ont pas été retrouvées, même par M. Lippi lui-même.

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