CORPS CAVERNEUX
Les corps caverneux (fig. 87, 13) forment la plus grande partie de la verge; ils naissent de la partie supérieure et interne de la tubérosité ischiatique par une extrémité très grêle qui augmente graduellement de volume, se porte le long des branches ascendantes de l'ischion et descendante du pubis, auxquels ils adhèrent. Arrivés au niveau de la symphyse du pubis, au-devant de l'arcade pubienne où ils sont fixés par un ligament très fort, ligament suspenseur de la verge (fig. 87, 14), les deux corps caverneux, distincts à leur origine, s'adossent l'un à l'autre, se réunissent au canal de l'urètre, et se confondent supérieurement, séparés seulement par une cloison in-
SPLANCHXOLOGIE.
complète, formée par des fibres verticales très fortes, plus épaisses en arrière qu'en avant. Chaque racine, avant de se réunir à celle du côté opposé, présente un renflement bulbiforme de volume variable chez les individus, et que Kobelt, qui l'a signalé, désigne sous le nom de bulbe du corps caverneux de la verge.
Les corps caverneux présentent dans la portion où ils sont réunis, et supérieurement, un sillon peu profond qui loge les vaisseaux et nerfs dorsaux de la verge; intérieurement, une large gouttière qui reçoit le canal de l'urètre ; en avant ils se terminent par une extrémité arrondie, embrassée par le gland, avec lequel elle a des communications vasculaires.
Structure. — Les corps caverneux sont constitués par : 1° Une membrane fibreuse épaisse, très forte, très élastique, très extensible. Cette membrane fibreuse forme, ainsi que nous l'avons déjà dit, une cloison qui isole très incomplètement les deux corps caverneux.
2° Du tissu spongieux ou érectile, formé par une grande quantité de veines soutenues par des lamelles fibreuses qui partent de la face interne de la membrane fibreuse d'enveloppe. Cette membrane fibreuse et les veines constituent un grand nombre de cellules qui communiquent largement entre elles ; les anastomoses des veines sont tellement multipliées, que toute trace d'organisation vasculaire paraît avoir disparu et qu'on ne trouve plus qu'un amas de cellules constituant le tissu spongieux.
Artères. — Elles viennent de la honteuse interne. Les artères sont pourvues, dans l'intérieur du tissu caverneux, de parois très épaisses; ces branches, extrêmement nombreuses, s'accolent aux cloisons de la membrane fibreuse. A la partie postérieure du corps caverneux, indépendamment des branches qui forment le réseau capillaire des cloisons , J. Millier a décrit d'autres artères qu'il appelle hélicines, longues de 2 ou 3 millimètres, qui partent à angle droit des artères caverneuses, se contournent en vrille et se terminent par des culs-de-sac coniques.
Veines. — Elles sont très volumineuses et très nombreuses, et se rendent de la gouttière inférieure du corps caverneux à la veine dorsale de la verge : celles de la racine de la verge se jettent dans les plexus veineux qu'on rencontre sur les côtés de ces racines, et dans les veines sous-cutanées abdominales; celles de la face interne des piliers de la verge se rendent dans la veine obturatrice; d'autres, partant de l'angle de bifurcation de la racine de la verge, forment deux gros troncs qui marchent parallèlement à la veine dorsale de la verge et se jettent dans les plexus vésical et prostatique; enfin, celles du dos de la verge se jettent dans la veine dorsale (I). Nerfs. — Ils viennent du nerf honteux interne.
(1) Kobelt, De l'appareil du sens génital des deux sexes. Strasbourg-, 4851.
CANAL DE L'URÈTRE
CANAL DE L'URÈTRE
Ce canal est à la fois excréteur de l'urine et du sperme. Né du col de la vessie, il se dirige d'abord en avant et en bas ; arrivé au niveau de la symphyse du pubis, il décrit une légère courbe à concavité supérieure, et se place dans la gouttière que lui présentent les corps caverneux. La direction du canal de l'urètre est la même que celle de la verge, rectiligne dans l'érection; dans l'état de repos, au contraire, il décrit une courbe à concavité inférieure. Sous l'arcade pubienne le canal de l'urètre décrit une courbure qui peut être assez effacée par l'extension et par la dilatation du canal pour que l'on puisse introduire des instruments droits dans la vessie.
La longueur du canal de l'urètre est très variable suivant les sujets : elle est de 20 à 27 centimètres; lorsqu'il est mesuré en place, et quand le pénis est de petite dimension, il paraît beaucoup plus court. Il est difficile de déterminer son calibre d'une manière exacte à cause de son extrême dilatabilité ; l'orifice du méat urinaire est plus étroit que le canal lui-même.
On divise le canal de l'urètre en trois portions : une portion prostatique, une portion membraneuse et une portion spongieuse.
i° Portion prostatique. — Sa longueur est mesurée par le diamètre antéro-postérieur de la prostate; ses parois, très minces, sont soutenues par le tissu de cette glande.
2° Portion membraneuse. — Plus courte encore que la portion prostatique, sa longueur est de 18 à 25 millimètres, elle s'étend en avant jusqu'au bulbe de l'urètre; cette partie de l'urètre est la portion réellement curviligne; elle est en rapport en haut avec des fibres musculaires qui dépendent du muscle transverse du périnée, et médiatement avec la partie inférieure du pubis dont elle est séparée par un plexus veineux considérable. Inféricurement elle répond médiatement au rectum dont elle est séparée par un espace triangulaire à base tournée en avant , et rempli par du tissu cellulaire et le muscle transverse du périnée. Cette portion de l'urètre est embrassée circulairement par des fibres musculaires connues sous le nom de muscle de Wilson.
Ses parois sont peu épaisses, s'atfaissent facilement, ce qui la fait paraître plus étroite que la portion spongieuse.
3° Portion spongieuse. — Elle commence au niveau de la symphyse pubienne par un renflement considérable de la paroi inférieure du canal, désigné sous le nom de bulbe de Vurèlre; elle se termine, à l'extrémité de la verge , par un autre renflement de la paroi supérieure de l'urètre, appelé gland : cette partie du canal de l'urètre est la plus longue. Toute la portion comprise entre le bulbe et le gland est reçue dans une gouttière que présente la
SPLANCtïNOLOGIF.
Fig. 87.
Organes génito-urinaires de l'homme (coupe antéro-postérieiire, d'après Blandin).
i. Vessie. — 2. Uretère. — 3. Col de la vessie. — A, 5. Canal de l'urètre. — ht. Cul -de-sac du bulbe. — 5. Fosse naviculaire. — 6. Bulbe. — 7. Gland. — 8. Verumontanum. — 9, 9. Prostate. — 10. Muscle de Wilson. — 11. Liga-
CANAL DE L'URÈTRE
face inférieure des corps caverneux; elle y est maintenue et fixée par une membrane fibreuse qui convertit cette gouttière en un canal complet. Inférieurement elle est en rapport avec la peau de la verge et les muscles bulbo-caverneux.
Le bulbe de V urètre (fig. 87, 6) est situé au-dessous de l'aponévrose moyenne du périnée, entre les racines du corps caverneux, vers la partie la plus élevée de l'arcade pubienne; son volume est variable suivant les sujets; il a la forme d'un ovoïde dont la grosse extrémité, dirigée eu arrière, est en rapport avec la portion membraneuse de l'urètre qu'elle recouvre ; sur les côtés il est embrassé par les muscles bulbo-caverneux; en avant il se continue d'une manière insensible avec la portion spongieuse de l'urètre. D'après Kobeît, le bulbe se termine, en arrière, par deux renflements hémisphériques, séparés l'un de l'autre par une dépression longitudinale formée par une cloison intérieure verticale; entre ces deux éminences, Kobelt en signale une troisième qui proémine moins en arrière et en haut, et qui donne passage à la portion membraneuse de l'urètre, aux vaisseaux et aux nerfs du bulbe, et aux deux conduits excréteurs des glandes de Cooper.
Entre le bulbe et la portion membraneuse, dans l'épaisseur du muscle transverso-urétral, on trouve deux glandes en grappe, du volume d'un noyau de cerise, désignées sous le nom de glandes de Cooper ; elles sont pourvues chacune d'un canal excréteur qui va s'ouvrir dans la portion spongieuse de l'urètre, dont ils traversent obliquement les parois.
Le gland (fig. 87, 7) occupe l'extrémité de la verge. Il présente une base taillée obliquement, de telle sorte qu'il est deux fois plus épais en haut qu'en bas. Cette base olîre un relief volumineux circulaire, plus saillant en haut et désigné sous le nom de couronne du gland; une face inférieure sur laquelle on rencontre un sillon dans lequel est reçu un repli muqueux ou filet qui unit intimement le gland au prépuce ; un sommet sur lequel se trouve l'orifice du canal de l'urètre, le méat urinaire, fente vésicale de 6 à 8 millimètres de hauteur.
La surface du gland est couverte d'une lame muqueuse rouge, humide chez les sujets dont le gland est habituellement recouvert par le prépuce , sèche et pâle chez ceux dont le gland est découvert.
Surface interne de V urètre. — Pale dans sa portion prostatique, elle est faiblement rongeâtre dans le reste de son étendue. Au niveau de la prostate le canal de l'urètre présente une dilatation
ment périnéal. — 12. Ligament pubio-vésical. — 13. Corps caverneux. — 14. Ligament suspenseur de la verge. — 15. Rectum. — 16. Sphincter anal. — 17. Fibres longitudinales du rectum. — 18. Anus. — 19. Vésicule séminale. — A. Artère hypogastrique. — B,B. Artères lïémorrhoïdales moyennes.
SPLANCHNOLOGIE.
constante, cul-de -scie du bulbe (fig. 87, 4); au niveau du gland on trouve une autre dilatation connue sous le nom de fosse naviculaire (fig. 87, 5); enfin, il se termine par le méat urinaire, orifice plus étroit que le reste du canal.
La surface interne présente des plis longitudinaux qui s'effacent par la dilatation. On y rencontre en outre une foule d'orifices conduisant dans de petits culs-de-sac plus ou moins profonds, désignés sous le nom de sinus ou lacunes de Morgagni. Ces culs-dc-sac, dont l'orifice est toujours dirigé en avant, sont quelquefois assez considérables pour recevoir l'extrémité des bougies et mettre obstacle au cathétérisme; nous avons récemment observé un cas de ce genre dans le service M. Huguier. Sur la paroi supérieure de l'urètre, on trouve une valvule située à 1 centimètre environ du méat urinaire.
Enfin, sur la paroi inférieure de la portion prostatique, on trouve sur la ligne médiane une saillie appelée verumontanum , crête urétrale (fig. 87, 8). Cette saillie commence au niveau de la partie membraneuse et se termine à la partie moyenne de la portion prostatique par une partie plus renflée qui présente une petite cavité en forme de bouteille, utricule prostatique de Weber ; le col de cette vésicule forme la crête urétrale; chacune des parois de l'utrkule renferme un canal éjaculateur. De cette extrémité renflée partent des replis qui vont se perdre vers le col de la vessie , ils sont désignés sous le nom de freins du verumontanum; sur les côtés de la crête urétrale viennent s'ouvrir les conduits prostatiques.
Structure du canal de l'urètre.
La muqueuse urétrale est pale; elle se continue extérieurement avec celle du gland, intérieurement avec celle de la vessie et des vésicules séminales.
1° Dans la portion prostatique on retrouve tous les éléments de la vessie; la tunique musculaire est située entre la membrane muqueuse et la prostate.
2° La portion membraneuse est enveloppée par les fibres du muscle transverse urétral; autour de ces fibres musculaires on rencontre des plexus veineux très considérables.
3° La portion spongieuse est formée par du tissu érectile analogue à celui du corps caverneux, c'est-à-dire par des cloisons fibreuses qui interceptent des cellules tapissées par la membrane interne des veines. Le tissu caverneux de l'urètre présente des fibres musculaires longitudinales. Hancock (1) a constaté que le corps spongieux de l'urètre marchait entre deux couches de muscles involontaires, l'une qui le séparait de l'urètre, l'autre de son enveloppe. Ces fibres,
(1) Archives géîiérales de médecine, 4851, 4fi série, t. XXVII, p. 46G.