DU SQUELETTE
Nous avons dit que l'assemblage des os constitue le squelette. Si les ligaments qui unissent normalement les os ont été conservés, le squelette est dit naturel; dans le squelette artificiel, les os sont réunis par des liens étrangers à l'économie : des fils métalliques , par exemple.
Le squelette est parfaitement symétrique, c'est-à-dire que la partie droite ressemble exactement à la partie gauche. Il se compose d'un axe central représenté par une longue tige osseuse appelée
USTÉOLOG1E.
colonne vertébrale, formée par la réunion de vingt-quatre os appelés vertèbres, et se terminant en haut par un renflement considérable, le crâne, en bas par le sacrum et le coccyx, formés eux-mêmes par la soudure de plusieurs vertèbres.
Au devant de cette colonne osseuse et de ses prolongements , nous trouvons des appendices qui sont : en avant du crâne, la face, où Ton rencontre les deux mâchoires et des cavités dans lesquelles se logent les appareils destinés à des organes des sens.
En avant de la colonne vertébrale, vingt-quatre axes osseux, les côtes, qui se réunissent en avant avec le sternum, et forment une espèce de cage, le thorax, susceptible d'ampliationet de resserrement; il renferme le cœur et le poumon.
En avant du sacrum , les os iliaques, qui forment avec lui une ceinture osseuse qui protège les organes urinaires et ceux de la génération. Les os iliaques appartiennent encore à la partie supérieure du membre inférieur.
A ces parties viennent se joindre quatre prolongements, les membres : deux supérieurs ou thoraciques, deux inférieurs ou abdominaux.
Les membres se composent chacun de quatre parties : La première, sur laquelle les membres prennent leur point d'appui, est fixe ou très peu mobile. Elle est formée, pour les membres supérieurs, par la clavicule et Yomoplale, un peu mobile sur le thorax; pour la partie inférieure , par les gs iliaques complètement immobiles.
Les trois autres parties des membres jouissent d'une grande mobilité ; il est à remarquer que l'on voit dans chaque région les os successivement diminuer de longueur et en même temps augmenter en nombre.
Si l'on parcourt les traités d'anatomie, on trouve que les auteurs ne sont pas d'accord sur le nombre des os. Cette différence , peu importante, du reste, paraît tenir à trois causes.
1° Si l'on étudie le squelette sur un sujet trop jeune , on trouve plus d'os qu'il n'en existe réellement. C'est ainsi que certains auteurs décrivent trois os pour l'os des iles, trois aussi pour le sternum, etc. Si, au contraire, on prend un sujet trop âgé, on trouve des os soudés ; par conséquent, un nombre d'os trop faible : par exemple, le sphénoïde et l'occipital sont décrits comme ne formant qu'un os, etc. L'âge adulte est donc celui qui convient le mieux pour arriver au dénombrement exact.
2° Certains anatomistes comptent parmi les os du squelette les trois osselets de l'ouïe, d'autres les retranchent; ce sont réellement des os. A la vérité, on ne les décrit et l'on ne doit les décrire qu'avec l'appareil de l'audition, mais nous ne voyons pas pourquoi ils ne figureraient pas dans une énumération des os du squelette.
Les dents sont décrites par quelques auteurs, dans l'ostéologie, tantôt comptées parmi les os, d'autres fois ne figurant pas dans le
fctî SQUELETTE
tableau d'émimératlon ; les dents ne sont pas des os, elles ne doivent donc pas être comptées comme partie constituante du squelette.
3° Il existe un certain nombre d'os surnuméraires qui sont comptés par les uns, qui sont retranchés par d'autres : ce sont les os sésanioïdes et les os wormiens ; parmi ces os, nous n'en compterons et nous n'en décrirons qu'un seul, la rotule. Les os wormiens sont trop irréguliers pour que leur description soit possible; les os sésanioïdes, autres que la rotule, sont plus constants, mais ne présentent pas assez d'importance pour qu'ils puissent être l'objet d'une description spéciale.
Le nombre des os s'élève à 24)6, ainsi répartis :
! Vertèbres 24 24 »
Sacrum 1 4 »
Coccyx 1 1 »
/ Crâne 8 4 2
Tète ] Osselets de l'ouïe. . 0 » 3
(Face 44 2 0
Cou | Os hyoïde 4 4 »
( Côtes 24 » 4 2
Thorax i 0, . .
i Sternum 4 4 »
( Épaule 4 » 2
/Bras 2 » 1
-, . , . I Avant-bras 4 » 2
Membres supérieurs. ) n ... Q
1 / Carpe 40 » 8
) Métacarpe 4 0 » 5
(Phalanges 28 » 44
/ Bassin 2 » 4
[ Cuisse 2 » 1
\ Rotule 2 » 4
Membres inférieurs./ Jambe 4 » ■ %
) Tarse 44 » 7
[ Métatarse 4 0 » 5
V Phalanges 28 » 44
Dans la première colonne, nous avons indiqué le nombre total des os; dans la seconde, les os impairs; dans la troisième, les os pairsi Dans cette colonne, nous n'avons indiqué que le nombre des os existant d'un côté seulement. On peut voir ainsi que si l'on trouve 206 os, il n'y en a que 120 à étudier, puisque les os pairs du côté gauche sont tout à fait semblables à ceux du côté droit. Pour les os impairs, il suffit d'en étudier une moitié, puisque les deux côtés sont complètement semblables.
Pour étudier un os, il faut d'abord le mettre en position, c'est-àdire le tenir dans la position qu'il occupe dans le squelette, la face interne en dedans, la partie antérieure en avant, etc. Nous chercherons à donner à l'élève les points de repère à l'aide desquels il
puisse facilement obtenir ce résultat. Nous ne nous écarterons pas, dans l'étude des os, des principes que nous avons exposés dans les généralités, c'est-à-dire qu'une ligne qui passerait par Taxe du corps est considérée comme le point de départ : ainsi la face , le bord , l'angle, etc. Le plus rapproché de cette ligne doit être considéré comme la face, le bord, l'angle interne, etc. Nous ajouterons que pour déterminer le rapport d'un os impair, c'est-à-dire placé sur la ligne médiane, il suffit de connaître deux plans de circonscription, pourvu toutefois que parmi les plans connus aucun ne soit opposé ; pour les os pairs, au contraire, il faut en connaître trois. Le plan supérieur et le plan inférieur ne pourraient point suffire pour déterminer la position d'un os, puisque, quand on connaît l'un, on connaît nécessairement le plan opposé; on ne possède donc qu'une seule donnée au lieu de deux, etc.
Les os ont une configuration extrêmement variée. Nous allons les examiner sous le rapport de leurs trois dimensions : la longueur, la largeur, l'épaisseur. Tantôt la longueur l'emporte sur les deux autres dimensions; d'autres fois, la longueur et la largeur l'emportent sur l'épaisseur ; enfin les trois dimensions sont presque égales. Les premiers sont les os longs; les seconds, les os plats ; les troisièmes, les os courts.
. Les os ne sont pas réguliers, ils présentent souvent des éminences qui se développent pour la plupart par des points osseux particuliers ; ces éminences sont appelées apophyses. Elles sont de deux espèces : les unes sont rugueuses et donnent attache à des muscles ; les autres sont encroûtées de cartilages, elles sont articulaires, c'està-dire qu'elles se trouvent en rapport avec la surface articulaire d'un os voisin et qu'elles forment une des surfaces articulaires de la jointure. Les os présentent encore des enfoncements : les uns sont articulaires et reçoivent les éminences articulaires ; les autres non articulaires, ce sont les sillons, les canaux, les trous, échancrurcs qui logent les tendons, les vaisseaux, les nerfs , etc.; enfin quelques cavités donnent attache à des muscles. Exemple : fosses temporales, fosse ptérygoïdienne.
Os longs. — Ils occupent les membres; ils sont moins volumineux au membre supérieur qu'au membre inférieur. Les os les plus longs occupent la partie supérieure des membres. Exemple : le fémur, l'humérus. Les plus courts en occupent l'extrémité inférieure. Exemple : les phalanges. On les divise en corps et en extrémités. Le corps est divisé en trois faces et trois bords, souvent mousse. Les bords, et ceci est applicable à tous les os, sont divisés par la pensée en deux lèvres et en un interstice ; cette division a pour but de préciser d'une manière plus exacte les insertions musculaires. Le corps des os longs est creusé à l'intérieur d'une cavité, canal médullaire, plus large à sa partie moyenne qu'à ses extrémités et qui loge la moelle. Les
extrémités sont renflées; elles servent aux articulations, aux insertions des ligaments et d'un grand nombre de muscles.
Os plats. — Ces os servent à former les cavités. On leur considère une face concave presque toujours interne, une face convexe et une circonférence. La circonférence est généralement plus épaisse que le centre de l'os, elle est en partie articulaire; dans les points non articulaires, elle donne attache à des muscles et à des ligaments. Les deux faces offrent des éminences, des lignes saillantes qui donnent attache à des muscles.
Os courts. — Ils se rencontrent à la colonne vertébrale, au tarse. Ils ont une forme à peu près cubique ; leurs différentes faces sont articulaires ou bien donnent attache à des tendons, à des ligaments.
Les os se composent : de tissu osseux , de vaisseaux , artères et veines, de nerfs, de vaisseaux lymphatiques; ils sont protégés par une membrane externe, le périoste.
Le tissu osseux est d'un blanc opaque, dur, d'une pesanteur spécifique considérable; il se compose d'une partie organisée et d'un élément inorganique. La partie organisée est facilement mise à nu en soumettant un os à l'action de l'acide nitrique qui dissout les sels calcaires ; la partie inorganique s'obtient par la ealcination. Les os doivent à la partie inorganique leur dureté, à la partie organisée leur vitalité et le peu de flexibilité et d'élasticité dont ils jouissent.
Ils sont, d'après Berzelius, composés de la manière suivante :
Parlic organisée.
Parlie inorganisée.
Matière animale réductible par la coction. 32,17
Matière animale insoluble 1,43
Phosphate de chaux 51,04
Carbonate de chaux 11,30
Fluate de chaux 2,00
Phosphate de magnésie 1,16
Soude et chlorure de sodium 1,20
La plupart des auteurs admettent que la gélatine est très abondante dans les os des enfants, qu'elle est moins abondante dans les os de l'adulte, qu'elle est beaucoup plus rare chez le vieillard. C'est à la diminution de la quantité de gélatine que ces mêmes auteurs ont attribué l'augmentation de la densité et de la fragilité du tissu osseux chez les vieillards.
M. Nélaton a démontré que la quantité de gélatine reste toujours proportionnellement la même chez l'enfant , chez l'adulte , chez le vieillard ; la densité du tissu osseux ne saurait être expliquée que par l'augmentation en nombre des molécules osseuses, mais le
OSTÉOLOGifi.
nombre des molécules ne saurait augmenter sans empiéter sur le diamètre des canaux va seul aires ; aussi n'est-il pas étonnant que les os soient plus denses et aient moins de vitalité alors que le tissu osseux a envahi en grande partie les canalicules osseux et a rétréci les vaisseaux de l'os. Quant à l'augmentation de la fragilité, M. Nélaton l'explique par la raréfaction progressive du tissu osseux, c'està-dire que les couches, les lamelles osseuses sont beaucoup plus minces chez le vieillard que chez l'adulte.
Le tissu osseux, toujours identique dans sa composition, se présente à l'observateur sous différents états. Tantôt on le rencontre sous l'aspect de fibres fortement serrées : c'est ce tissu qui est désigné sous le nom de tissu compacte. D'autres fois il se présente sous la forme de cellules ou d'aréoles de formes régulières communiquant entre elles : c'est le tissu spongieux. Le tissu réticulaire n'est qu'une forme du tissu spongieux dans laquelle les cellules sont beaucoup plus grandes. M. Gerdy fait observer que le tissu réticulaire diffère essentiellement du tissu spongieux, auquel il donne le nom de tissu canaliculaire, en ce que le tissu canaliculaire situé dans les os courts et à la circonférence du canal médullaire des os longs forme des canaux légèrement tortueux, criblés de trous pour les anastomoses, et que le tissu réticulaire est formé d'un réseau de filets autour duquel les extrémités terminales des vaisseaux médullaires se ramifient et s'anastomosent.
Nous avons dit tout à l'heure que le tissu compacte avait une apparence fibreuse. Ces fibres paraissent longitudinales dans les os longs, rayonnées dans les os plats; mais cette apparence est due à des sillons ou même à des canaux vasculaires ouverts à la surface de l'os par leur côté superficiel et qui laissent saillir dans leur intervalle le bord ou la tranche des lames intercanaliculaires. Quant à ces sillons, tantôt ils aboutissent à des ouvertures vasculaires perpendiculaires à la surface de l'os ou obliques, et par conséquent taillées en bec de plume ; tantôt ils n'aboutissent à rien et s'effacent après un certain trajet. Tous logent des vaisseaux, mais les premiers conduisent ces vaisseaux dans l'épaisseur du tissu compacte. (Gerdy, Note sur la structure des os, Bulletin clinique, 1er août 1835.)
Toutes ces diverses couches de tissu osseux ne diffèrent donc que par leur densité; elles ont toutes la même propriété, celle de loger des vaisseaux extrêmement grêles dans le tissu compacte, un peu plus volumineux dans le tissu spongieux ou canaliculaire , et si dans ce dernier tissu on rencontre des cellules , des trous , ce phénomène tient aux anastomoses des vaisseaux des os dans le tissu spongieux.
L'existence de ces canalicules est démontrée par l'examen direct et surtout par l'anatomic pathologique; dans certaines ostéites, en effet, ces canaux offrent un calibre considérable.
11 nous reste à parler de la disposition de ces divers tissus dans les différents os.
Le tissu compacte est disposé en couche plus ou moins épaisse à la surface des os : très épais sur le corps des os longs, il est très mince sur les os courts ; il est d'une épaisseur moyenne sur les os plats. Sur quelques uns de ces derniers os, à leur partie moyenne, les deux lames de tissu compacte sont adossées , de telle sorte que Tos est transparent. Sur un os qui n'a pas macéré le tissu compacte est d'un blanc mat dans tous les os et à toutes les époques de la vie.
Le tissu spongieux existe au pourtour de la cavité médullaire du corps et dans les extrémités des os longs ; il est interposé entre les deux lames du tissu compacte des os plats ; il forme la presque totalité de la substance des os courts. Lorsque l'épiphyse n'est pas soudée à la diaphyse, les canalicules de la diaphyse ne vont pas au delà de la lame cartilagineuse épiphysaire, les vaisseaux qu'ils renferment concourent à l'entretien de cette lame; plus tard elle s'ossifie', alors elle se laisse perforer et les vaisseaux de la diaphyse communiquent avec ceux des épiphyses.
Tissu réticulaire. — Jl se rencontre principalement dans la cavité médullaire des os longs ; il est beaucoup plus rare dans les os plats et dans les os courts. Après la soudure de l'épiphyse le tissu réticulaire se prolonge jusque dans cette extrémité de l'os ; cependant les mailles sont dans ce point beaucoup plus serrées que dans la partie moyenne de l'os où il est formé de quelques filaments osseux très fins, en quelque sorte dispersés dans la cavité médullaire.
La disposition des canaux des os varie dans les différentes espèces de tissus.
Dans le tissu compacte des os longs ils se dirigent un peu obliquement du canal médullaire à la surface extérieure; ils sont parallèles au grand axe de la diaphyse, c'est ce qui lui donne son aspect fibreux; dans les os plats ils se dirigent du centre à la circonférence, de telle sorte que la surface présente l'apparence d'un plan fibreux rayonné. Dans les os courts la disposition des canaux est tellement irrégulière, que ces os n'offrent plus l'apparence fibreuse. Nous avons déjà dit que les vaisseaux du tissu spongieux s'ouvraient dans des cellules et communiquaient largement par les ouvertures de ces cellules; ces canaux offrent la même disposition que les précédents, seulement ils sont plus larges et communiquent non seulement entre eux, mais avec les canaux du tissu compacte et avec les vaisseaux qui pénètrent dans le canal médullaire par le gros conduit que l'on désigne sous le nom de trou de l'artère nourricière de l'os.
Dans la description des os en particulier nous ne nous arrêterons pas à décrire chaque fois la structure de l'os ; il suffira de savoir : 1° que les os longs sont formés de tissu compacte dans leur corps et à la surface des extrémités , de tissu spongieux au-dessous du tissu compacte; 2° que dans les os plats il y a une couche de tissu spongieux entre deux lames de tissu compacte : ce tissu spongieux a reçu le nom de diploé pour les os du crâne ; 3° que dans les os courts
une lame très mince de tissu compacte enveloppe le tissu spongieux, Cette règle générale offre fort peu d'exceptions que nous aurons soin d'ailleurs de signaler.
Artères. — Les artères qui pénètrent dans les os sont très nombreuses; elles viennent de trois sources :
1° L'artère du canal médullaire, improprement appelée artère nourricière de Vos, grosse branche qui pénètre dans l'intérieur de l'os par un canal volumineux très oblique. Dans le corps des os longs où ce vaisseau présente le plus de développement , il a une direction constante ; pour le membre supérieur, les artères nourricières des os du bras et de l'avant-bras convergent vers le coude , les supérieures de haut en bas, les inférieures de bas en haut; pour le membre inférieur la direction est contraire, ils divergent à partir du genou : pour le fémur, de bas en haut; pour le tibia et le péroné, de haut en bas. Arrivé dans le canal médullaire, ce vaisseau se divise en deux branches qui se portent en sens inverse, se subdivisent sur les lamelles osseuses du centre de l'os , et pénètrent dans les canaux du tissu spongieux , s'anastomosant avec les vaisseaux du second ordre que nous allons examiner.
2° Artères du tissu celluleux. — Nous donnons , avec M. Gerdy, ce nom aux gros vaisseaux des os plats et des os courts , et à ceux qui pénètrent dans les os longs par les extrémités. Ces vaisseaux pénètrent par des canaux volumineux qui se prolongent dans le tissu spongieux où ils s'anastomosent les uns avec les autres, ainsi qu'avec ceux du tissu compacte, dans les os longs avec ceux qui partent de l'artère du canal médullaire.
3° Artères du tissu compacte. — Elles sont extrêmement fines et pénètrent à l'état capillaire dans le tissu osseux en sortant du périoste qui les fournit; parvenues dans l'épaisseur de l'os, elles sont, dans l'état sain, invisibles à l'œil nu, mais dans l'état pathologique elles peuvent acquérir des dimensions considérables ; elles s'anastomosent avec les vaisseaux du tissu celluleux.
Veines. — Elles suivent en général la direction des artères ; on a en outre signalé dans l'épaisseur des os des canaux de transmission, percés de trous, à travers lesquels les veines reçoivent le sang des parties voisines; ces canaux sont formés par la membrane interne des veines et tapissés par une lame mince de tissu compacte. Ils sont très nombreux et très apparents dans le tissu spongieux des os du crâne; ils s'ouvrent à l'extérieur par des trous spéciaux, et à l'intérieur ils communiquent avec les sinus de la dure-mère : on les appelle sinus osseux.
Vaisseaux lymphatiques. — Us n'ont pu encore être injectés jusque dans les os; l'analogie tendrait à les faire admettre. M. Gros a constaté leur existence dans les conduits médullaires des os longs.
Nerfs. — Jusque dans ces derniers temps on n'avait pas constaté
la présence de nerf dans les os. Dans un mémoire lu à l'Institut en 1846, M. Gros a fait connaître les nerfs du tissu osseux. Il résulte des recherches de cet anatomiste que c'est au niveau des grands conduits médullaires que les nerfs se rencontrent, et qu'ils sont d'ailleurs parallèles au système vasculaire. Trois nerfs arrivent, chez le cheval, au trou nourricier du fémur : ils sont fournis par le nerf crural; un quatrième nerf vient, chez l'homme et' le bœuf, du nerf sciatique. Au niveau du trou nourricier on constate sur leur trajet la présence constante d'un ganglion situé au bord antérieur de l'orifice, et recevant à son extrémité externe le nerf venu du vaste interne , à sa partie moyenne le nerf satellite supérieur du tronc diaphysaire. M. Gros a constaté que le corps de l'os est embrassé par une sorte d'anse vasculo-nerveuse , dont le sommet est représenté d'une part par le tronc diaphysaire , de l'autre par le ganglion; que les nerfs des os forment un plexus divisé en deux portions, l'une périostique, l'autre médullaire; chaque branche de ce plexus fournit autour de chaque artère deux rameaux satellites qui se ramifient autour des vaisseaux jusque dans les extrémités spongieuses des os longs , et qu'il existe en outre une connexion intime entre les nerfs des os et ceux des articulations.
Périoste. — Tous les os sont entourés d'une membrane appelée périoste. Cette membrane est de nature fibreuse; elle n'a pas la couleur blanche nacrée des autres organes fibreux, elle a un aspect grisâtre. D'après Boyer, les fibres du périoste affectent une direction très variée à la partie moyenne des os longs, et sur les os larges ; mais , aux extrémités des os longs et sur les os courts les fibres suivent la direction de l'os. Cette opinion est aussi celle de Haller, de Boerhaave , de M. Maisonncuve. De nombreux vaisseaux artériels rampent au milieu des fibres du périoste. Parmi ces vaisseaux, les uns ne font que traverser cette membrane : ce sont les artères de premier et de second ordre qui se distribuent aux os; quant aux petits vaisseaux qui se portent dans le tissu compacte , ils se ramifient un très grand nombre de fois dans le tissu fibreux avant de'pénétrer dans les canalicules extrêmement petits que nous avons signalés plus haut. Des nerfs ont été disséqués dans le périoste : M. Bonamy a trouvé sur le périoste de la face interne du tibia des nerfs qui venaient du saphène interne.
Le périoste offre deux surfaces, l'une adhérente ou profonde 1 autre libre ou superficielle. La face profonde s'applique immédiatement sur le tissu avec lequel elle contracte des adhérences très solides, surtout dans les points qui correspondent aux insertions des tendons; elle passe d'un os à l'autre dans les articulations immobiles sans laisser aucun intervalle; au niveau des articulations mobiles elle paraît se confondre avec les ligaments. La face superficielle est libre dans presque toute son étendue, séparée des muscles par du tissu cellulaire; cette face est très adhérente aux tendons dans leurs
points d'insertion : ceux-ci en effet s'unissent au périoste par un entrecroisement réciproque de fibres.
Moelle et membrane médullaire. — On désigne sous le nom de moelle une substance jaunâtre, de consistance variable, contenue dans la cavité des os longs. Pendant longtemps on a supposé que cette matière était enveloppée dans une membrane qui tapissait la cavité interne des os et tout à fait semblable par sa structure, par ses fonctions , à la membrane qui enveloppe les os extérieurement, au périoste. Cette membrane était désignée sous le nom de membrane médullaire. Tel était l'état de la science sur ce point, lorsqu'en 1819 MM. Gosselin et Renauld ont entrepris des recherches, et ont démontré que la membrane médullaire décrite avec tant de soins par les anatomistes n'a pu être constatée ni par les dissections, ni par la chaleur, ni par la macération, ni par les réactifs, ni par l'examen microscopique. Aussi disent-ils : « Les doutes que Ruysch avait avancés sur l'existence de la membrane médullaire sont devenus pour nous une certitude, et nous n'hésitons pas à rejeter cette membrane du moment où nous ne la voyons pas à l'œil nu, où le microscope n'en démontre pas les éléments, où la chimie ne fait pas trouver de matière gélatineuse (l). »
Quant à la substance médullaire des os, voici ce qui a été constaté par MM. Gosselin et Renauld : « Pendant la formation des os et avant leur complet développement, le canal médullaire des os longs n'est autre chose qu'un canalicule semblable à ceux dont la description a été donnée par Albinus, Sœmmerring, et dans ces derniers temps par M. Gerdy. Ce canalicule est vasculaire, seulement l'artère principale nourricière qu'il contient est plus volumineuse que ne le sont les artères des autres canalicules ; elle se divise et se subdivise, envoie ses ramifications dans l'épaisseur de l'os, où elle pénètre par les petits pertuis occupant la face interne du canal. A ces artérioles succèdent des veinules, et enfin un tronc veineux qui sort par le trou nourricier principal. Ces ramifications artérielles et veineuses sont entremêlées de quelques cellules adipeuses et d'une matière gélatiniforme qui est formée non par de la gélatine vraie , mais par une substance dont les réactions sont différentes et sur la nature de laquelle nous ne pouvons encore donner des renseignements positifs.
» A mesure que l'ossification se forme, le canal médullaire s'agrandit par l'absorption des couches les plus internes, comme l'a très bien vu M. Fiourens. Cet agrandissement se fait pour les besoins de la station et de la progression, c'est-à-dire pour donner aux os longs une plus grande résistance sans augmenter la quantité et le poids de la matière osseuse. Or il était nécessaire que l'os ne perdit pas ses moyens de nutrition. Voici ce qui se passe. A mesure que les couches
(1) Recherches sur la substance médullaire des os, par MM. Gosselin et Uenauld (Archives générales de médecine, t. XX, 4849, p. 270).
DÉVELOPPEMENT DES OS
internes du canal médullaire sont résorbées, il se fait dans la cavité un dépôt de matière grasse; cette matière remplit les vides, soutient les vaisseaux et maintient appliqué un réseau capillaire abondant contre la surface interne du canal. La graisse médullaire joue donc un rôle mécanique d'une certaine importance , mais elle peut être remplacée par toute autre substance qui remplirait également les vides et maintiendrait les vaisseaux capillaires contre la substance osseuse.
» La graisse des os diffère donc de celle des autres parties du corps, sous ce point de vue qu'elle n'est point divisée en lobes et en lobules par des prolongements de tissu cellulaire membraneux. Les cellules sont serrées les unes contre les autres, séparées seulement par des capillaires sanguins extrêmement fins et mélangés avec la matière gélatiniforme plus ou moins abondante.
» Dans le tissu spongieux la substance médullaire est exactement la même que dans le canal médullaire des os longs ; c'est toujours de la graisse plus ou moins pure , occupant les espaces intermédiaires aux vaisseaux capillaires sanguins et appliquant ces vaisseaux contre les fibrilles osseuses qui en ont besoin pour leur nutrition.
» Les quantités respectives de graisse et de vaisseaux sanguins sont toujours en raison inverse, c'est-à-dire que là où le réseau capillaire est très riche, il y a peu de graisse; là où la graisse est très abondante il y a beaucoup moins de vaisseaux. Il semble, en un mot, que la graisse , à mesure qu'elle se dépose, comprime, étouffe et fasse disparaître une partie des vaisseaux sanguins.
» Chez l'enfant, vaisseaux abondants et peu de graisse; chez l'adulte et chez le vieillard, graisse plus abondante, vaisseaux plus rares (1).»
Nous ajouterons que les os de la tige rachidienne , des cavités pelvienne et thoracique, de la face, ne présentent normalement pas de graisse.
Enfin M. Robin a décrit dans ce tissu médullaire deux espèces particulières de cellules , les cellules médullaires et les cellules à noyaux multiples,
DÉVELOPPEMENT DES OS
Avant d'arriver à l'état où nous allons les examiner, les os passent par diverses phases sur lesquelles nous allons nous arrêter un instant.
On observe constamment dans l'évolution du système osseux trois états : l'état muqueux, l'état cartilagineux, l'état osseux.
Vélat muqueux ne dure que pendant un temps très court. Au bout d'un mois ou de six semaines, les os passent à l'état cartilagineux. M. Cruveilhier désigne sous le nom d'état muqueux des os
(1) Gosselin et Renauld, loc. cit.., p. 271 et suivantes.
OSTÉOLOG1E,
cette période de la formation où ils sont confondus avec la totalité des organes en une masse homogène d'apparence muqueuse.
L'état cartilagineux commence au moment où ces parties prennent une consistance supérieure à celles qui les entoure. Sa durée est très variable, et l'on peut avancer que dans l'ossification normale toutos a été primitivement un cartilage.
L'état cartilagineux paraît se développer simultanément dans toutes les parties des diverses pièces du squelette. « L'idée des points centraux cartilagineux correspondant aux points centraux d'ossification , est une pure hypothèse. Un os apparaît cartilagineux dans tous ses points à la fois, jamais par points isolés (1). »
État osseux. — Vers le deuxième mois de la vie intra-utérine la cartilaginification est terminée. Déjà des points osseux ont apparu ; vers la quatrième semaine, un point osseux apparaît pour la clavicule, puis une autre pour la mâchoire inférieure. Contrairement à la cartilaginification, l'ossification se fait par points isolés, constants, augmentant graduellement de volume ; ce point est central pour les os courts. Trois points : un pour le corps, un pour chaque extrémité, telle est la marche d'ossification des os longs.
On appelle points d'ossification primitifs ceux qui se forment et qui s'étendent au corps de l'os ; mais lorsque le tissu cartilagineux n'est pas envahi tout entier par le tissu osseux, i! se forme dans certains points des noyaux osseux appelés points d'ossification complémentaires .
Si les auteurs sont d'accord sur le nombre des points d'ossification des os pairs, il n'eu est pas de même des os impairs. Les uns pensent que ces os se développent par un point central qui se montre à droite et à gauche; mais M. Serres a combattu cette doctrine, il a formulé plusieurs lois que nous , allons exposer rapidement. 1° Loi de symétrie. Tout os situé sur la ligne médiane a été primitivement double ; les deux parties séparées en marchant à leur rencontre ont fini par se souder. 2° Loi des éminences. Toute éminence osseuse se développe par un point d'ossification particulier. 3° Loi de conjugaison. Toutes les cavités, les trous, les canaux, se trouvent formés par la réunion d'au moins deux pièces osseuses. Ces lois , surtout les deux dernières , vraies dans beaucoup de circonstances , présentent de nombreuses exceptions.
M. Robin a démontré que la substance osseuse se forme par substitution ou par envahissement. Il a en outre constaté un troisième mode beaucoup plus rare et pour ainsi dire exceptionnel , c'est la formation immédiate.
1° Formation de la substance osseuse par substitution. — Ce mode de formation est particulier aux os du tronc et à ceux de la base du crâne. Vers la partie centrale du cartilage on remarque un
(1) Cruveilhier, Anatomie descriptive, t. Ier, p. 49, 3e édition, 1851,
DÉVELOPPEMENT DES OS. 21
point un peu opaque formé par le dépôt de points granuleux dans la substance du cartilage ; l'opacité va en augmentant, et est en raison de la quantité de granulations ; le dépôt s'avance vers la surface ei vers les extrémités de l'os sous forme de traînées, qui finissent par le rendre opaque en augmentant de nombre èt de volume et forment un tissu homogène. Le cartilage est dépourvu de vaisseaux, on n'en rencontre que dans le tissu osseux.
2° Formation de la substance osseuse par envahissement. — Ce mode de formation est propre aux os de la tète et de la face, à l'exception de l'apophyse basilaire , des condyles de l'occipital et du maxillaire inférieur; c'est encore par ce mode que s'agrandissent les os formés par substitution.
La substance osseuse se forme par dépôt de sels terreux dans une trame cartilagineuse, au fur et à mesure de la formation de celleci , l'os ne sera pas précédé pendant un certain temps par un cartilage qui en représente à peu près la forme; au contraire, la substance cartilagineuse est à peine formée dans un point très limité, qu'elle est envahie par les sels terreux.
3° Formation immédiate de la substance osseuse. — M. Robin ne l'a observée que sur les os de la voûte du crâne. Ce mode de formation est fort rare.
Nous n'avons pu donner ici toute l'étendue que nous aurions désiré à l'exposition des intéressantes recherches de M. Robin ; nous renvoyons le lecteur à son excellent mémoire (1).
i° Formation du tissu osseux. — Nous venons d'exposer d'après M. Robin le mode de formation de la substance osseuse; nous allons dire d'après le même auteur comment la substance élémentaire des os s'arrange avec les vaisseaux pour former le tissu osseux.
La partie du cartilage qui doit devenir osseuse devient grisâtre, terne ; elle est homogène sans être creusée de cavité ni pourvue de vaisseaux, les matériaux de nutrition sont puisés dans le périchondre et dans le tissu ambiant. Vers la dixième semaine, pour les os longs, les vaisseaux commencent à apparaître; il est à remarquer que les vaisseaux se développent lorsque le noyau osseux est arrivé au contact ou à peu près au contact du périchondre, il se passe donc un certain temps entre l'apparition du noyau osseux et celui des vaisseaux. Ce temps paraît être moins long pour les os courts que pour les os longs. Ce n'est pas par communication des cavités du cartilage que se forment les vaisseaux des os, ce n'est pas par résorption ou dissolution de parties cartilagineuses non ossifiées que se forment ces conduits : au contraire, le tissu osseux nouvellement formé se résorbe par places; partout où les vaisseaux arrivent, il se creuse des cavités ayant la forme de conduits quand ils sont plus longs que larges.
(1) Ch. Robin, art. Ostéogéme, Suppl. au Dictionnaire des dictionn., p. 5G0.
Dès que les vaisseaux ont pénétré dans la substance des os, on voit cette substance se résorber, de manière que les cavités vont en augmentant incessamment. À mesure que l'os augmente de volume à la périphérie par envahissement, il se creuse au centre, s'y raréfie par résorption directe. Alors le centre des portions osseuses des os longs, et môme celui des points épiphysaires, se présentent comme constitués par du tissu aréolaire formé de lamelles à bords irréguliers, dentelés, circonscrivant des cavités remplies de moelle et parcourues par des vaisseaux. C'est ainsi que se forme le tissu spongieux.
La résorption du tissu osseux n'atteint jamais la surface de l'os/il reste toujours une couche compacte que l'ossification envahissante tend toujours à rendre plus épaisse ; mais la résorption de la face interne la maintient avec une épaisseur égale à peu près pour les os plats et les os courts, mais elle augmente un peu d'épaisseur pour les os longs.
Dans les os longs, c'est par le corps que l'ossification commence. Le corps est complètement développé au moment de la naissance ; plus tard, un point d'ossification paraît par chaque extrémité. Ces parties séparées du corps de l'os par une lame cartilagineuse se soudent au corps de l'os au bout d'un temps variable pour les différents os; l'ossification complète du squelette n'est terminée que vers l'âge de vingt ou vingt-cinq ans. Le corps de l'os porte le nom de diaphyse , les extrémités celui épiphyses. D'après les recherches d'A. Bérard et de M. Gueretin , l'épiphyse qui se souderait la première à la diaphyse d'un os, est celle vers laquelle se dirige l'artère nourricière.
Il résulte de leurs recherches que l'ossification des épiphyses est soumise aussi à des règles fixes. L'épiphyse qui se montre la première est celle qui est opposée à la direction de l'artère nourricière.
Enfin, on rencontre des points d'ossification complémentaires, ils se montrent principalement au sommet des apophyses.
Dans les os plats , l'ossification s'étend par plusieurs points du centre à la circonférence, formant des rayons qui vont en divergeant; entre ces rayons , se forme bientôt de nouveaux rayons jusqu'à ce que le cartilage soit entièrement envahi. A la circonférence de ces os, on trouve souvent des points d'ossification complémentaires; on les appelle épiphyses marginales. Ce n'est que lorsque l'ossification est complète que l'os devient plus épais , qu'il se divise en deux lames de tissu compacte renfermant du tissu spongieux.
Dans les os courts, l'ossification commence par un point central qui va en se développant dans tous les sens. 11 est un grand nombre d'os courts dont l'ossification n'est pas commencée à la nais^ sance.
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