PRÉPARATION DES ARTICULATIONS
i Les articulations peuvent être étudiées sur un sujet qui a déjà servi pour la myologie ; cependant nous engageons les élèves à consacrer une ouverture à l'étude de cette partie si importante de l'anatomié. Il arrive souvent, en effet , qu'après la dissection des muscles, les ligaments, mis à découvert, se salissent, se dessèchent, de sorte que, malgré les plus grands soins, on n'a qu'une préparation imparfaite. Nous les engageons encore à préparer l'articulation des deux cotés du corps : d'un côté, on disséquera avec soin les ligaments, puis on ouvrira l'articulation dès que ceux-ci seront étudiés ; de l'autre côté, on conservera les tendons qui s'insèrent sur les extrémités des os qui concourent à former l'articulation. De cette manière on aura une connaissance beaucoup plus exacte des rapports , et l'on appréciera avec plus de facilité l'étendue et la nature des divers mouvements articulaires.
Lorsqu'on veut disséquer une articulation, il faut d'abord couper les os à une certaine distance des surfaces articulaires, assez grande toutefois pour que l'on n'ait pas la crainte de couper les ligaments qui les unissent ; cette précaution préliminaire permet de saisir la pièce avec plus de facilité, et de la tourner dans le sens le plus favorable pour la dissection. Les ligaments seront découverts et isolés de prime abord; les capsules articulaires seront séparées avec soin des parties qui les recouvrent. Il faut dans cette dissection apporter la plus grande précaution , car on s'exposerait à ouvrir la capsule.
Souvent les commençants prennent pour des ligaments les tendons qui s'insèrent dans le voisinage de l'articulation ; ils éviteront toute source d'erreur en se rappelant que les ligaments sont insérés aux os par leurs deux extrémités , et que les tendons ont une extrémité adhérente à l'os , et que l'autre extrémité se continue avec des fibres charnues. On ne doit pas enlever le périoste qui entoure l'os au niveau des articulations , car on s'exposerait à détacher en même temps l'insertion du ligament. Si cependant , pour que la pièce soit plus propre , on jugeait à propos de ruginer l'os , il faudrait circonscrire avec un fort scalpel l'insertion du ligament , et l'on gratterait l'os de son extrémité articulaire vers son corps.
Quand on aura étudié les ligaments qui entourent l'articulation, il faudra passer à l'examen de l'intérieur de cette articulation , c'est-à-dire, étudier les surfaces articulaires, les cartilages d'incrustation, les ligaments inter-arlicuîaires, les membranes synoviales , etc.
Pour les surfaces articulaires, il suffira d'ouvrir largement les articulations afin d'étudier leur forme. On constatera l'épaisseur du cartilage diarthrodial en sciant l'os perpendiculairement à sa surface articulaire. Pour étudier les fibro-carlilagcs et les cartilages inter-articulaires, il faut pratiquer des coupes dont la direction varie nécessairement avec l'articulation que l'on veut examiner. Nous aurons soin d'indiquer ces différentes coupes lorsque nous décrirons les articulations en particulier. Les capsules synoviales seront préparées par la dissection , par l'insufflation ; clans le plus grand nombre des cas, il suffit d'ouvrir l'articulation et d'examiner par l'ouverture le trajet de la membrane synoviale ; on étudiera en même temps les franges synoviales et les gland ules synovipares.
Les articulations préparées peuvent être conservées parla dessiccation ; dans ce cas, il faut donner à l'articulation la position qu'on désire qu'elle conserve. Nous ferons remarquer qu'à l'aide de ce procédé on ne conserverait qu'une pièce sans valeur ; car, en se desséchant , les ligaments se racornissent, perdent leur coloration normale,
ARTHROLOGIE.
deviennent 1res roides , l'articulation perd toule sa mobilité. Voici le procédé que conseille M. le professeur J. Cloquct pour conserver aux ligaments toute leur souplesse (i).
11 prend : eau, 10 parties; chlorure de sodium, 4 parties; alun, 1 partie. Il fait macérer dans ce mélange pendant quinze à vingt jours l'articulation bien préparée ; il recommande en outre de la mouvoir souvent , de tordre les ligaments , et de les frapper même avec une petite masse de bois léger. Puis il fait sécher l'articulation pendant cinq ou six jours , en ayant soin de la mouvoir et de frapper encore les ligaments ; puis il la plonge pendant sept à huit jours dans une dissolution concentrée de savon ; enfin il la lave dans une lessive peu concentrée de carbonate de soude : 30 grammes de sel pour 1 litre d'eau; après quoi il fait sécher. Il conseille encore un autre procédé qui consiste à faire macérer l'articulation dans un mélange à parties égales d'huile d'olive et d'essence de térébenthine. Bogros conseille de plonger les articulations dans un mélange de parties égales d'alcool et d'essence de térébenthine , et défaire exécuter souvent des mouvements à l'articulation. Nous devons ajouter que ces divers procédés de conservation n'ont pas donné à M. Lenoir des résultats complètement satisfaisants.
Varthrologie a pour objet l'étude des articulations. Cette partie de l'anatomie est encore désignée sous le nom de syndesmologie, c'est-à-dire, étude des ligaments. Mais à l'exemple de M. Cruveilhier, nous avons préféré le mot arthrologie , car nous devons étudier non seulement les ligaments , c'est-à-dire , les moyens d'union des os , mais encore les surfaces articulaires , les membranes synoviales, etc.