La Démence
Phrénoplexie.l Suspension des actes
t intellectuels.
Hyperphrénie. |-Exaltation passionnée.
j Anomalie de la volonté, ' maladies impulsives.
I Anomalie des idées.
I Déchéance et oblitération des actes moraux et intellectuels.
Parophrénie. .
Idéophrénie .
Ces types élémentaires, en se combinant entre eux, donnent les formes composées, binaires, ternaires, quaternaires ; les polypbrénopathies, les polymélancolies, qui peuvent à leur tour se subdiviser à l'infini.
Cette classification, on le voit, est fort compliquée et difficile à comprendre pour l'étude des variétés qui seraient à décrire; Guislain luimême s'est attaché à l'indiquer plutôt qu'à la suivre.
Griesinger, dans son important ouvrage (2), a divisé en trois grands groupes les troubles qu'il appelle troubles élémentaires des maladies mentales. Il les examine suivant qu'ils atteignent les trois facultés primordiales, l'intelligence, la sensibilité et la volonté; facultés principales d'où dérivent la mémoire, l'imagination, le jugement, l'association des idées, la conscience, les passions et la sensation, l'attention, la réflexion ; les diverses manifestations, en un mot, de l'ordre moral et intellectuel (3).
On peut en effet observer, sous l'influence de l'aliénation mentale, des troubles en quelque sorte partiels et isolés qui n'alfectenl, pour ainsi dire, que l'une ou l'autre de ces trois grandes facultés : l'intelli-
(1) Guislain, Traité sur raliénalion meninlc. Amsterdam, 1S26.
(2) Griesinger, Oea malailies mentales et de leur traitement, traduit par le D' Doumic et annoté par Baillarger. Paris, I8G4.
(3) Brierre de Boismont, Analyse du traité de Griesinger {Ann. méd.-j'Sych., 1866j p. 289).
gence, la sensibilité et la volonté. L'on peut, par exemple, rencontreides malades dont l'affeclion est seulement caractérisée par des inquiétudes, des angoisses, des terreurs nullement motivées, et qui poussent ces malheureux à commettre des actes extravagants ; ils ont la conscience de cette singulière disposition maladive, leur intelligence semble en même temps avoir conservé toute son intégrité. On observe aussi des malades dont la volonté est tellement alfaiblie, dont l'énergie morale est tellement diminuée, qu'ils se laissent entraîner, quelquefois malgré eux, mais souvent sans pouvoir opposer la moindre force de résistance, aux impulsions les plus déraisonnables ; leur intelligence parait intacte et leur conscience leur fait réprouver les actes auxquels ils sont fatalement portés; la maladie afiecte dans ce cas chez eux un véritable caractère d'irrésistibilité.
Ces faits sont véritablement exceptionnels, et si l'on peut étudier à part, indépendamment les uns des autres et considérés en eux-mêmes, ces troubles élémentaires, comme nous l'avons fait du reste dans un précédent chapitre Symptomatolcgie, il n'en est plus de même lorsque l'on aborde l'ensemble de la pathologie des affections mentales, et lorsqu'on veut examiner les groupes symptomatologiques par lesquels s'exprime d'habitude l'aliénation mentale, et qui en constituent dès lors des types caractéristiques.
C'est ce que l'auteur distingué dont nous venons de parler, Griesinger, a eu soin défaire lui-même, en décrivant d'une manière spéciale les formes particulières admises par les auteurs: la mélancolie, l'hypochondrie, la manie, la munomanie, la démence, la paralysie générale, etc.
Baillarger a proposé une classification que Marcé a reproduite (1) ; elle n'est en définitive qu'une sorte de modification de la division d'Es quirol, dans laquelle rentrent les formes principales admises par cet auteur.
Ainsi Baillarger reconnaît:
!La manie.
La mélancolie.
La monomanie.
La démence.
! Manie avec mélancolie.
Monomanie avec démenco- Mélancolie et démence.
Manie et démence.
I Paralysie générale.
^ Folie épileptique.
3" Les vésanies associées à la lésion du mouvement. < ~ liystérique.
— clioreique.
— alcoolique.
— pellagre.
(■ Idiotie.
V États congénitaux \ Imbécillité.
(1) Marcé, Traité des maladies mentales . Paris, 1802.
Celle classification repose certainement sur l'observation clinique, mais elle n'en est pas moins compliquée, et n'est après tout que la reproduction de la classification d'Esquirol. Toutefois elle confond à tort, suivant nous, dans une môme catégorie, la paralysie générale, la pellagre et les formes associées à diverses névroses. Les folies combinées avec la démence ne doivent pas non plus être considérées comme des types; ce sont plulôt des variétés et des degrés de la démence consécutive aux diverses espèces d'aliénation, telles que la manie, la lypémanie, etc., qui conservent par suite les traces, les vestiges de l'affection môme à laquelle elle a succédé, et dont elle est comme l'expression finale et véritablement la terminaison.
Marcé, tout en adoptant la classification de Baillarger, s'est d'ailleurs borné à décrire dans son traité les principaux genres admis par Esquirol.
Nous pourrions prolonger cette étude des différentes classifications proposées par les auteurs ; nous croyons que les considérations dans lesquelles nous sommes entrés suffisent pour donner une idée, aussi complète que possible, de la divergence des opinions à cet égard.
En définitive, quels que soient les efforts d'imagination réalisés de ce côté, il faut toujours en arriver, comme l'observe le docteur Lisle (1), à refaire la classification de Pinel et d'Esquirol.
Certes elle n'est pas à l'abri de reproches ; Esquirol lui-même qui l'avait adoptée, propagée autant qu'il était en lui, et qui l'a toujours défendue contre les attaques de ses élèves et de ses émules, ne s'en cache pas cependant. Après avoir énuméré dans son premier chapitre ce qu'il appelle les formes générales de la folie, il ne craint pas d'ajouter: « Ces formes, qui ont servi de base à la classification de Pinel, expriment le caractère générique de l'aliénation mentale; étant communes à beaucoup d'affections mentales, d'origine, de nature, de terminaisons bien différentes, elles ne peuvent caractériser les espèces et les variétés qui se reproduisent avec des nuances infinies. L'aliénation peut affecter successivement et alternativement toutes les formes: la monomanie, la raan'.°, la démence s'alternent, se remplacent, se compliquent dans le cours d'une maladie, chez un seul individu, "est môme ce qui a engagé quelques médecins à rejeter toute distinction et à n'admettre dans la folie qu'une seule et môme maladie qui se masque sous des formes variées. Je ne partage pas une semblable manière de voir, et je regarde les genres dont je viens de parler comme trop distincts pour pouvoir jamais être confondus (2). »
Depuis longtemps déjfi, comme le fait observer Baillarger (3), on a nie l'existence de la monomanie, et tout récemment un médecin distingué,
(1) Lis\e, Essni (le c/fissif., 18GI,
(2) Esquirol, Des maladies mentales, t I, p. 25.
(3) Baillarger, Arch. clin. ,11" l.
dans un ouvrage classique, a cru devoir supprimer la manie et la mélancolie. On me reprochera sans doute, dit M. Morel, de rayer deux formes essentielles généralement adoptées : la manie et la mélancolie. Mais j'ai déjà fait observer que la manie (exaltation) et la mélancolie (dépression) sont des symptômes que l'on rencontre dans toutes les variétés de la folie, et qui par conséquent ne constituent pas des formes essentielles, a L'auteur, ajoute M. Baillarger, était déjà de ceux qui n'admettent pas la monomanie, de sorte qu'il ne resterait presque plus rien des classifications de Pinel et d'Esquirol. »
Sans doute la classification de Pinel et d'Esquirol, même avec les perfectionnements que l'expérience lui a fait subir, est insuffisante pour caractériser et bien nettement classer certaines variétés de la folie.
11 existe par exemple des formes mixtes complexes, et, selon la juste remarque d'Esquirol, des transformations véritables d'une espèce d'aliénation dans l'autre.
On rencontre, dit M. Jules Falret, des états qui, sous certains rapports^ participent des caractères des délires généraux, et qui par certains autres côtés se rapprochent des délires partiels ; il en résulte que toute ligne de démarcation sérieuse devient impossible entre les délires généraux et les délires partiels.
On est alors obligé, pour rentrer dans la vérité de l'observation, d'employer ces expressions hybrides et contradictoires de mélancolie maniaque ou de manie mélancolique, auxquelles certains auteurs ont eu recours pour dénommer ces étals intermédiaires si fréquents dans la pratique (1).
Pour notre part, nous ne voyons pas un si grand inconvénient à employer des dénominations qui indiquent le caractère complexe du trouble mental, en même temps qu'elles peuvent fournir des indications thérapeutiques spéciales. C'est ainsi que nous constaterons des manies avec prédominance d'idées fixes, des mélancolies avec excitation maniaque, etc.
Cette transformation, ne l'observe-t-on pas pour d'autres espèces nosologiques; n'est-elle pas dans la nature même des choses? Elle est en quelque sorte le phénomène caractéristique de celte grande classe de maladies que l'on désigne sous le nom de névroses. L'extase, la catalepsie, le somnambulisme, viennent s'associer entre eux, et se remplacer les uns par les autres. L'épilepsie, l'hyslérie s'accompagnent, on le sait, des accidents nerveux les plus variables.
Il n'y a donc rien d'étonnant si l'on voit les types essentiels de l'aliénation mentale, la manie, la monomanie, la lypémanie, la stupidité venir se fondre l'une dans l'autre, et se présenter dans des cas d'ailleurs exceptionnels, comme des formes mixtes, empruntant les caractères de
(1) Falret, Ann. médico. }>sych., 18GI, p. 154.
l'une ou l'autre des principales manifestalions par lesquelles la folie s'exprime (riiabilude.
Ces difficuUés de la médecine, ces nuances mal définies ne nous paraissent certainement pas suffisantes pour supprimer la classification d'Esquirol. A notre avis, elle satisfait aux exigences actuelles de la science; et, nous le croyons, sans elle on ne manquerait pas de retomber dans une regrettable confusion. L'observation clinique et la symptomatologie lui servent de base, comme cela a lieu pour une foule d'autres espèces admises en nosographie ; les caractères sur lesquels elle repose sont connus, peu sujets à controverse, et les dénominations employées ne viennent pas à tout moment soulever des questions de principe. Les types admis par Esquirol, ceux qui plus tard ont dû être rattachés à sa classification ont leur raison d'être; ils se distinguent les uns des autres aussi bien par leurs phénomènes extérieurs que par leur mode d'évolution, leur durée et leur terminaison; ils doivent donc être précieusement conservés, en ajoutant toutefois les modifications que les recherches récentes ont indiquées, et que réclame l'état actuel de nos connaissances.
Dans les maladies du système nerveux , dit justement le professeur Charcot, comme dans toutes les antres, nul phénomène pris isolément ne saurait être vraiment caractéristique. C'est le mode de groupement des accidents, leur mode d'évolution, d'enchaînement, la réunion des circonstances tout entière qui sert surtout, ici comme ailleurs, aux distinctions nosographiques (1).
Nous admettrons en conséquence les formes principales décrites par Esquiiol :
La lypémanie, mélancolie des anciens, que caractérise le délire partiel, délire roulant sur un objet ou sur un petit nombre d'objets, avec prédominance d'une passion triste et dépressive.
La monoraanie ambitieuse ou mégalomanie, délire de grandeur, dans laquelle le délire est également partiel et borné à un seul objet, ou à un petit nombre d'objetg, avec prédominance d'une passion gaie et expansive.
La manie, dans laquelle le délire est généralisé, s'étend sur toutes sortes d'objets et s'accompagne d'excitation.
La démence, dans laquelle les malades déraisonnent parce que les organes de la pensée ont perdu, par suite d'usure, la force nécessaire pour remplir leurs fonctions.
L'imbécillité et l'idiotie, dans lesquelles les organes de l'intelligence, incomplètement développés, ne permettent pas à ceux qui en sont atteints de raisonner justement.
Georget a admis, sous le nom de stupidité, une sixième forme importante à conserver au point de vue pratique.
(1) Charcot, Leço/)5 recueillies par Boiirneville. {Progrès médical, 23 juin 1875.)
Enfin nous aurons à décrire, sous le nom de paralysie généi^ale, avec tous les détails qu'elle comporte, une affeclion qui a été l'objet dans ces derniers temps de nombreuses et intéressantes monographies.
L'expression de monomanie, comme devant caractériser une affection opposée dans ses principaux traits à la lypémanie, nous paraît peu exacte et pouvant entraîner une confusion regrettable ; nous lui substituerons le terme de mégalomanie, déjà proposé par plusieurs auteurs ; la dénomination de monomanie peut d'ailleurs être réservée pour désigner quelques allecLions fort rares, des délires impulsifs, partiels et véritablement restreints.
Nous reviendrons sur cette question lorsque nous traiterons de la folie impulsive. Nous examinerons aussi, dans le chapitre consacré à Véliologie, les formes d'aliénation mentale plus spécialement en rapport avec les causes mêmes qui viennent les produire.
Nous résumons dans le tableau suivant la méthode de classification que nous croyons devoir adopter pour la description des diverses formes que présente l'aliénation mentale.
Classification des maladies mentales.
1° Formes principales.
Variétés
transitoire, érotique.
gaie.
sensoriale.
ambitieuse, etc.
— chronique.
— grave ou délire aigu.
V — i-aisonnante ou manie sans délire. , Lypémanie nostalgique.
1 Délire de persécution.