Filaments terminés en fouet Schizosiphon Kutzing
Geocyclus.
Il s'en faut que tous ces genres intéressent également l'hygiène ; quelques-uns n'ont jusqu'ici que l'importance générale d'agents des putréfactions vulgaires. En revanche, dans les genres Micrococcus, Bacterium, Bacillus, Vibrio, plusieurs espèces ont été reconnues douées de propriétés redoutables.
Les figures 39 et 40 représentent des Micrococcus sous deux formes, libres et en groupes d'agglutination.
Fig. 39. — Micrococcus prodigiosus.
Fig. 40. — Micrococcus l'état de Zoogloea.
Fig. 41. — Sang d'une souris septicémique.
On voit, dans la figure 41, la Bactérie septicémique.
Une des espèces les plus connues et les plus malfaisantes de Bacillus est représentée dans les figures 42 et 43 ; c'est la Bactéridie charbonneuse.
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Fig. 42. — liacillus Anthracis dans le sang (d'après Koch).
Fig. 43.
Le même, après vingt-qualre heures de culture.
On en rapprochera le Bacillus malavisé, de Klebs, beaucoup moins étudié et de propriétés moins certaines (figure 44). Enfin, les figures 45 et 46 reproduisent un type du genre Vibrio
générale.] ÉLÉMENTS ACCIDENTELS DE L'ATMOSPHÈRE. 227
et un autre, très intéressant dans l'histoire du typhus à rechutes, du genre Spirochsete.
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Fig. 44. — Bacillus Mala- Fig. 40. — Groupe de Fig. 46. — Spirochsete Obermeieri. rise (d'après Klebs). Vibrio serpens.
Vitalités de Vibrioniens. — Ces êtres sont doués d'une extraordinaire résistance vis-à-vis des agents chimiques (Lex). Les acides minéraux étendus, les lessives alcalines, ne les tuent qu'avec l'aide de la chaleur ; les acides minéraux seuls, les alcalis caustiques, n'en viennent à bout qu'à l'état concentré. Le chloroforme, la quinine, l'acide phénique, paraissent posséder à leur égard une toxicité spéciale ; ce dernier corps ne les détruit, toutefois, qu'en solutions concentrées. La chaleur est le plus sûr agent de leur anéantissement : Cohn pensait avoir tué tous les vibrions et les germes en chauffant à 70 ou 80 degrés le liquide qui les contenait ; mais Pasteur estime que cette limite doit être élevée jusqu'à H0°; Lex constate encore des mouvements vitaux à 127° et Crace-Calvert assure que toutes les Bactéries ne sont mortes définitivement qu'à 204° G. Toutefois, les températures de 90° à 100° détruisent toujours le plus grand nombre des individus et retardent le développement des germes. Aujourd'hui, la désinfection par la vapeur surchauffée, à 420 ou 125°, compte avoir rendu inertes tous les germes des maladies infectieuses (Virchow, Morke, Yallin).
Dans une longue série d'ingénieuses expériences, P. Bert a démontré que la vitalité des vibrions est suspendue dans le vide, mais se réveille à la pression normale. Une haute tension de l'oxygène, par exemple celle que l'on obtient dans l'air comprimé à 20 atmosphères, les tue au contraire définitivement, de même qu'ils meurent dans une atmosphère chargée d'acide carbonique. Ce sont, du reste, les derniers êtres à périr dans de semblables conditions et même, l'éminent physiologiste étant parvenu à tuer par l'oxygène à forte tension les bactéridies charbonneuses, il constata que le liquide restait néanmoins virulent ; ce que Pasteur explique en montrant que les corpuscules-germes, eux, n'avaient pas perdu la faculté de se développer ultérieurement. 11 est donc bien vrai de dire, avec P. Bert, que les trois ennemis de la vie étant la chaleur, la tension de l'oxygène et celle de l'acide carbonique, les êtres qui résistent le plus à cette triple et funeste inlluence appartiennent au groupe des vibrioniens. Vraisemblablement, c'est par eux que la vie a apparu sur notre planète, et c'est par eux qu'elle finira.
DE L'ATMOSPHÈRE
[Hygiène
Il est apparent, en effet, que ces êtres d'une si étrange énergie vitale sont chargés d'un rôle cosmique considérable et que leur rôle biologique n'est que secondaire, ne différant pas d'ailleurs essentiellement du premier. Dans le domaine des lois naturelles, la maladie n'existe pas ; il n'y a que des agents qui accomplissent l'œuvre qui leur incombe dans la vie universelle.
Rôle étioiosique des poussières. — Nous reprenons ici la distinction des poussières en inanimées et en vivantes, qui suffit et qui est la plus essentielle tant qu'il ne s'agit que des grands caractères des accidents imputables aux corpuscules atmosphériques. Elle répond, en effet, sommaire- * ment, aux deux ordres de maladies que la pathologie embrasse : maladies banales et maladies spécifiques .
1° Poussières inanimées. — Elles se retrouvent à l'origine de tout un vaste groupe de maladies industrielles, qui seront plus spécialement étudiées dans la seconde partie {Anthracosis, Siderosù, Chalichosis , Byssinosis, Tabacosis, etc.). Mais il n'est guère possible, aujourd'hui que les villes industrielles sont généralement aussi les plus peuplées, que les individus quelconques, affectés ou non aux ateliers divers, restent indifférents aux poussières charbonneuses, vomies par les cheminées d'usine dans l'air extérieur, aux poussières métalliques, toxiques quelquefois, qui gagnent l'atmosphère dans un certain rayon autour des établissements spéciaux. Cette étude appartient donc aussi à l'hygiène générale. Du reste, nous ne dépasserons pas, dans cet article, la limite des considérations d'ensemble et applicables à tous les cas, sans spécification d'agent causal ni d'accidents pathologiques.
Les poussières de toute espèce peuvent pénétrer et pénètrent dans l'économie. Deux circonstances ont pendant longtemps retardé la reconnaissance de ce fait, aujourd'hui unanimement admis; d'une part, on croyait que les poils placés à l'entrée des fosses nasales et surtout les cils vibratiles de l'épithélium bronchique empêchaient l'accès de molécules étrangères ! jusqu'aux alvéoles du poumon ; en supposant même que cet obstacle pût être franchi, comment les molécules minérales ou autres auraientelles traversé la paroi alvéolaire ? tout au plus les fragments pierreux ou métalliques, à angles aigus et à arêtes tranchantes, en paraissaient-ils capables. D'autre part, quand il s'agissait de la présence, dans le poumon, des molécules charbonneuses, les plus communes de toutes, il se posait toujours la question de savoir si les amas noirs n'étaient pas simplement du pigment d'origine animale plutôt que du charbon véritable.
La première difficulté était la plus sérieuse. Pearson, en 1813, Laënnec en 1819, et beaucoup d'autres après eux, en France ou en Angleterre, avaient affirmé la présence du charbon dans le tissu pulmonaire et indi- I qué les rapports de cette lésion avec la profession de charbonnier. Cependant, lorsque Yillaret (1862), à l'aide d'expériences sur des lapins, eut jj démontré directement que la respiration d'une atmosphère charbonneuse || entraîne le dépôt de molécules de charbon dans les alvéoles, il se crut I
générale.]
ÉLÉMENTS ACCIDENTELS DE L'ATMOSPHÈRE
obligé, en faisant la théorie des résultats obtenus, de supposer que ces molécules avaient pris le chemin très long de la circulation générale; elles avaient été absorbées sur la muqueuse digestive par les veines mésentériques, avaient été transportées par la veine-porte au foie, de là au ventricule droit, puis au poumon. Une circonstance qui le frappait particulièrement, c'est qu'il n'y avait pas de poussière dans les alvéoles dans un laps de temps moindre que 6 heures d'inhalation.
Il n'y a plus aujourd'hui à discuter sur ce point. Les poussières de toute espèce suivent la voie bronchique, gagnent la vésicule pulmonaire et en traversent la paroi pour atteindre jusqu'au tissu conjonctif du poumon. Zenker (1865-67) démontra que les particules poussiéreuses n'ont même pas besoin pour s'introduire de posséder des angles ou des aspérités ; ainsi, la poussière d'oxyde de fer, composée de grains arrondis, nullement offensifs, se retrouvait dans les alvéoles. En ce qui concerne la poussière de charbon, Traube (1860) la reconnaissait dans les cellules et le tissu du poumon, après la mort, chez un individu qui avait pratiqué le commerce du charbon de bois ; Virchow, après quelques hésitations fondées sur des raisons physiologiques (l'absence de particules charbonneuses dans l'épaisseur de la cloison interalvéolaire, leur accumulation sous la plèvre), déterminait non seulement la nature des amas noirs, mais jusqu'à l'essence de bois qui les avait fournis. Selon Robin, la pénétration des particules solides dans les tissus se fait, non par déchirure, mais par pression ; les éléments histologiques s'écartent pour laisser passer ces molécules et se referment sur elles. Rindfleisch (1871) proclame de même que les particules poussiéreuses adhérentes à la paroi vésiculaire ne peuvent recouvrer leur liberté ; leur pesanteur aide à la pénétration. Arrivées dans le parenchyme pulmonaire, elles suivent le torrent des fluides nourriciers extravasculaires, rencontrent les éléments cellulaires qui sont capables de fixer dans leur protoplasma les corpuscules solides de très petites dimensions, les corpuscules du tissu conjonctif, les cellules migratrices ( Wanderzellen), de nature amiboïde, dans le tissu conjonctif pulmonaire ; celles d'entre elles qui ne sont pas fixées gagnent la racine du poumon et s'incorporent aux glandes lymphatiques du médiastin.
Ainsi, toutes les espèces dépoussières peuvent pénétrer dans le tissu interstitiel, dit Hirt, qu'elles soient offensives ou non, mousses ou acérées. Mais le cheminement des molécules dures et pourvues d'aspérités ne peut guère avoir lieu sans quelque déchirure du tissu profond, ce qui favorise évidemment le rapide amas, sur un même point, de semblables particules. Cette réflexion paraît être de quelque importance et explique, au moins en partie, la différence de nocuité des poussières minérales et des poussières organiques, telles que celles de coton et de laine. A mon avis, il convient d'ajouter à la dureté, avec ou sans arêtes, la ténuité, comme condition qui favorise la pénétration des molécules minérales dans l'épaisseur du tissu pulmonaire. Les poussières de coton, comme telles, ne possèdent ni l'une ni l'autre de ces qualités dangereuses et, s'il est certain qu'elles pénètrent aisément dans les bronches, même les petites, il l'est beaucoup
DE L'ATMOSPHÈRE
[Hygiène
moins qu'elles traversent la paroi alvéolaire, comme le charbon, et forment des noyaux ou amas, dans le tissu conjonctif du poumon. Le catarrhe des fîleurs de coton, la bronchorrhée professionnelle, comme l'appelle A. Layet, est incontestable ; la byssinosis, par assimilation à Yanthracosis, paraît au contraire extrêmement douteuse. Il est bon de noter que Van Coetsem (1836), à qui l'on attribue d'ordinaire la création de l'espèce phthisie cotonneuse, a décrit, d'une part, les symptômes d'une véritable pneumonie catarrhale, « pneumonie produite par la poussière du coton » ; de l'autre, les symptômes et l'anatomie pathologique de la tuberculose sclé- ?*euse ou fibreuse, assez commune partout et qui l'est, à la vérité, particulièrement dans notre région du Nord, mais qui se rencontre aussi bien chez des gens qui n'ont jamais mis le pied dans une filature que chez les cotonniers de profession. Hirt regarde aussi comme ayant besoin d'être mieux démontrée la réalité de dépôts cotonneux dans le tissu pulmonaire.
Cette courte discussion n'a pas d'autre but que celui d'établir la possibilité en général d'une différence entre les poussières minérales, dures et ténues, et les poussières végétales ou animales lilamenteuses, au premier abord beaucoup moins bien douées sous le rapport du pouvoir de pénétration.
Les poussières, minérales ou autres, ont encore une action mécanique fâcheuse sur la peau, dont elles obturent les pores ou qu'elles irritent simplement. Cette action irritante est plus sensible là où le tégument fait place à une membrane plus délicate, comme sur la partie extérieure du globe oculaire.
Les grandes villes, où le macadam a remplacé le pavé dans beaucoup de rues, où les démolitions, les bâtisses nouvelles, le grattage des façades, font voler incessamment la poussière jusqu'aux yeux et aux poumons des passants, doivent à cette pulvérulence commune une part de leur insalubrité (Bertillon, 1809). Certaines essences d'arbres, particulièrement recherchées pour les avenues des cités, versent dans l'atmosphère des poussières d'origine végétale, très offensives; Durwel (1873) et Kestner (1879) ont dénoncé, sous ce rapport, en Alsace, la poussière des platanes. Les feuilles, les fruits et les jeunes pousses de ces arbres, particulièrement des espèces d'occident, se recouvrent dès le printemps d'une poussière blanchâtre, d'abord très adhérente, qui se détache en août- septembre, par les vents secs. Les yeux, le larynx, les bronches, en sont directement atteints ; de la toux et même des crachements de sang en résultent parfois chez les gens qui ont séjourné sous ces arbres. Le Comité de salubrité du cercle de Mulhouse, après enquête, vient de donner le conseil de substituer aux platanes des promenades urbaines des arbres qui n'offrent pas cet inconvénient.
On trouvera plus loin la liste des professions à poussières, l'indication de la nature et des effets particuliers de celles-ci, les moyens de prophylaxie (Voy. IIe Partie : Hygiène industrielle). Les maladies qui s'y rattachent sont toutes des affections banales ou des intoxications, jamais des maladies infectieuses.
Poussières inanimées de nature organique. — Il y aurait peut-être une
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exception à faire pour les molécules organiques, d'ailleurs mortes, qui se détachent du corps de l'homme sain ou malade, y compris les cas dans lesquels la maladie dont il est atteint est spécifique. En y joignant les parcelles organiques également mortes qui s'élèvent à l'état d'émanations des foyers de putréfaction ou même du sol livré à sa spontanéité, on aurait comme une classe intermédiaire entre les poussières à effets purement chimiques ou physiques et les poussières vivantes dont il nous reste à parler, qui sont surtout des germes et qui, lorsqu'elles provoquent des maladies, ne peuvent les susciter qu'infectieuses. On a dit précédemment que ces particules mortes, de provenance animale ou môme humaine, ne sont pas difficiles à démontrer dans l'air atmosphérique. Eiselt (de Prague), Ghalvet, Réveil, Devergie, ainsi que Parkes, Stanley, de Chaumont, etc., ont trouvé ces particules dans les salles d'hôpital, associées ou non à des globules de pus. La condensation de la vapeur d'eau de l'air des habitations collectives sur des ballons refroidis, selon les procédés de J. Lemaire, permet aisément de recueillir de semblables débris, rapidement putréfiables. On croyait naguère encore (il reste des partisans de cette antique doctrine) que de telles molécules, môme privées de vie, pouvaient propager les maladies contagieuses, si elles provenaient de malades atteints d'accidents de cette nature ; et provoquer telle ou telle maladie spécifique, la fièvre typhoïde ou le typhus par exemple, quand elles émanent simplement de la peau ou des poumons d'hommes sains ou porteurs de maladies banales; quand il y a, en un mot, annualisation et putridité de l'atmosphère. Aujourd'hui, la plupart des médecins se refusent à admettre la génèse de toutes pièces des maladies spécifiques ; démontré ou non, il y a un germe à l'origine de tous les cas individuels de ces sortes de maladies. Par conséquent, l'animalisation de l'atmosphère n'a plus qu'une influence indirecte sur le développement des épidémies d'affections infectieuses ; les molécules organiques détachées du corps des malades n'ont elles-mêmes d'importance que parce qu'elles enveloppent et peut-être transportent les germes spécifiques réels.
Nous devions cette mention à la théorie ancienne, d'autant plus que si ia nouvelle a pour elle la logique, elle est encore loin d'avoir mis partout des faits précis à la place des inductions rationnelles et que beaucoup d'auteurs, inquiets des hardiesses et des mécomptes de la doctrine du contagium animatum, se réfugient encore volontiers dans les données générales de l'étiologie d'autrefois, qui a du moins toujours ce bon côté de ne pas laisser perdre de vue à l'hygiéniste les modifications d'ensemble des milieux naturels et l'impressionnabilité biologique des individus. Mais nous accordons que l'avenir appartient à l'étiologie parasitaire des maladies infectieuses, que là est le mystère qu'il faut attaquer et qui dira ses secrets, pourvu qu'on le creuse non avec les audaces de l'imagination, mais avec les procédés rigoureux de l'analyse et de la méthode expérimentale.
L'étude qui va suivre montrera que les théoriciens ne se sont pas toujours soumis à cette règle et, cependant, les faits définitivement acquis ne sortent pas d'une autre source.
DE L'ATMOSPHÈRE
[Hygiène
En dehors de toute spécificité, les émanations d'origine animale, qui imprègnent l'air de nos habitations, peuvent être quelquefois gazeuses, mais d'ordinaire ont un corps. Le liquide recueilli par condensation de la vapeur d'eau des locaux habités, suivant les procédés de J. Lemaire, se montre être une masse organique dès qu'on le concentre; des conferves s'y développent et des infusoiresy apparaissent, lorsqu'on l'abandonne à l'air; l'odeur de la putréfaction s'en dégage.
Les remarques d'Angus Smith ont fixé un fait qu'il était facile de prévoir ; à savoir qu'à la faveur de l'humidité intérieure, que l'évaporation pulmonaire des individus assurerait au besoin, une semblable putréfaction s'empare en peu d'instants des particules organiques projetées dans l'air des habitations par les individus qui y séjournent. Venues ou non des poumons et de la peau d'hommes sains, ces matières communiquent à l'air une propriété absolument étrangère : Yahimalisation. Fraîches, elles sont très anormales ; putréfiées, il est vraisemblable qu'elles sont offensives.
Ces corps étrangers sont incessamment et abondamment produits dans les habitations étroites des familles pauvres, où une seule pièce sert, dejour et de nuit, à sept ou huit individus, dont le tégument est d'ailleurs habituellement malpropre; dans les dortoirs des lycées et pensionnats; dans les chambres de casernes, surtout dans les pays où le gouvernement n'a pas encore assuré aux soldats le bénéfice du bain régulier. L'atmosphère de pareils locaux est nauséabonde ; ceux qui viennent y dormir la trouvent oppressive et n'y obtiennent qu'un sommeil agité ou pénible. Cet état de choses s'aggrave naturellement lorsque, comme c'est trop ordinaire, les mêmes raisons, qui rapprochent en grand nombre des individus malpropres, entraînent la négligence ou l'insuffisance du nettoyage desmurs, des planchers. Il va sans dire que des émanations pareilles, issues des urinoirs, des latrines, des cuisines, etc., s'ajoutent aux précédentes et subissent les mêmes altérations compromettantes.
En essayant par le permanganate de potasse l'air des lieux habités, selon la méthode de Wanklyn, de Ghaumont a reconnu dans l'air des salles d& Saint-Mary's Hospital, par mètre cube, et en milligrammes :
Ammoniaque libre 0m=r,3519 h 0,6680
Ammoniaque albuminoïde 0 ,4710 0,6915
Tandis que l'air normal ne renfermait respectivement que 0,3574 et 0,5280. (On entend par ammoniaque albuminoïde, l'ammoniaque en combinaison avec de?r matières organiques. ) Smith trouva dans l'air d'une chambre à coucher, par mètre cube, à neuf heures du soir : 0mgr,1901 et, à sept heures du malin, 0m^,3346 d'ammoniaque. Ira Remsen, de Baltimore, obtient par 100 mètres cubes : ammoniaque libre 7 à 12 milligrammes; ammoniaque albuminoïde 21 à 45 milligrammes.
Je veux laisser de côté l'intervention directe de Y animalisation de l'air dans la fièvre typhoïde, l'érysipèle, la diphthérite, etc. ; rien ne s'oppose, toutefois, à ce qu'on entrevoie un large pouvoir de préparation des économies à ces affections de la part de Pair animalisé. Mais, que les déchets
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organiques de l'économie, les matières excrémentitielles, y rentrent par une voie quelconque, par l'estomac ou par le poumon, ce ne sont pas moins des poisons réels, merveilleusement aptes à altérer les propriétés du sang, à compromettre les fonctions primordiales, celles du cerveau, des organes digestifs, des glandes de l'hémopoïèse. On voit les soldats, dans les casernes, devenir dyspeptiques et anémiques à la fin de l'été, lorsque la chaleur et l'insomnie ont aidé, directement ou indirectement, l'action des molécules putrescibles de l'atmosphère de leurs chambres. En tout temps, ils ont moins de résistance vis-à-vis des maladies spécifiques ou banales de n'importe quelle nature, partageant cet attribut inférieur avec la majorité de la population des villes, surtout de celle qui d'habitude alimente les hôpitaux. A la fin de l'hiver et au printemps, je ne sais trop si les exhalaisons ammoniacales des logements n'expliquent pas aussi bien que le traumatisme du froid la multiplicité des bronchites, chez presque toutes les classes de la population. Enfin, j'ai plus d'une fois pensé que la phthisie trouve là une bonne part de son étiologie, comme le croit aussi J. Turner ; les expérimentateurs ont rendu des animaux tuberculeux en leur inoculant des matières animales simplement putrides et non tuberculeuses : est-il téméraire de supposer que parfois l'arrivée à l'économie de semblables matières par les voies normales pourrait aboutir au même résultat ?
William Hammond ne croyait pas que les accidents mortels de la caverne noire de Calcutta fussent dus à l'acide carbonique; il lui paraissait plutôt que les malheureux prisonniers s'étaient réciproquement empoisonnés par les produits de l'exhalation pulmonaire. 11 enferma une souris sous une cloche, ayant soin d'absorber CO2 et la vapeur d'eau au fur à mesure de leur production et de restituer à chaque instant l'oxygène consommé; l'animal ne mourut pas moins au bout d'une heure. — Les expériences de Solokoff sur le sang d'animaux qu'on avait tués en arrêtant l'exhalation cutanée par un enduit d'huile de lin prouvent dans le même sens; ce sang, même avant la mort, renfermait déjà un principe morbide inoculable.
2° Poussières vivantes. — Ce sont les rapports de celles-ci avec les maladies infectieuses, et même avec les virulentes les moins contestées, qui sont appelés à constituer l'étiologie fondamentale de la pathologie spécifique.
Rapports avec la putréfaction. — Les micro-organismes et principalement les vibrioniens jouent un rôle évident dans les phénomènes de la putréfaction. Ils entourent et pénètrent les corps vivants à chaque instant de leur existence, comme s'ils attendaient le moment où la cessation des échanges chimiques et des mouvements qui constituent la vie les appellera à entrer en scène et à accomplir leur mission. Que l'on abandonne à l'air, par une température modérée, du sang, de l'urine, une substance orga^ nique quelconque, séparée de l'être vivant, les vibrions ne tarderont pas à apparaître par myriades, jusqu'à ce que la putréfaction soit accomplie et qu'eux-mêmes meurent faute d'aliments.
DE L'ATMOSPHÈRE
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Mais la putréfaction est essentiellement un ensemble de dédoublements chimiques qui rappelle au mieux d'autres phénomènes connus des chimistes sous le nom de fermentations. Or, il est indéniable que les germes de l'air ont un rapport de premier ordre avec les plus connus des processus fermentatifs, sinon avec tous. Schulze (1836) et Schwann (1837) avaient déjà montré que l'air qui a passé sur l'acide sulfurique est incapable de provoquer la fermentation; Schroder et Dusch arrivèrent au môme résultat en filtrant l'air sur du coton (1854). Mais c'est quand, vers 18G0, Pouchet apporta devant l'Académie des sciences la grande querelle des hétcrogénUles et des pampermistes, que Pasteur multiplia les procédés de démonstration et fit sienne la question du pouvoir l'ermentatif des germes de l'air. J. Tyndall n'a guère fait que varier encore un peu plus les expériences. La loi est acquise aujourd'hui : ce sont les germes de l'air qui font apparaître dans les liqueurs fermentescibles certains organismes, et Jes dédoublements chimiques de la fermentation sont un acte vital de ces mêmes organismes.
Cependant, beaucoup de ces décompositions, que provoquaient les chimistes dans leurs ballons et leurs éprouvettes, n'étaient autre chose que des putréfactions; ainsi, la décomposition des macérations de légumes ou de viandes, la décomposition de l'urine, au sujet de laquelle Pasteur remportait récemment un nouveau triomphe sur un des derniers champions de Thétérogénie, le Dr Bastian. On pouvait donc rapprocher infiniment, sinon identifier, les deux phénomènes : fermentation et putréfaction.
Gomment en est-on venu, reprenant de vieilles hypothèses autrefois mal poursuivies, à passer du rôle chimique des infiniment petits à celui qu'ils peuvent avoir en biologie, à songer que les germes pourraient altérer l'économie humaine, comme ils troublent les liqueurs organiques, et à préparer le jour où les maladies infectieuses seront presque un phénomène du même ordre que la putréfaction et les fermentations?
Il est possible que la constatation de l'action des germes de l'air sur les liquides organiques ait entraîné légitimement la présomption que ces germes agiraient aussi sur les liquides vivants et sur les tissus organisés. Les vibrions, d'ailleurs, se montraient avec une singulière vigueur de pullulalion dans diverses circonstances pathologiques et dans certains produits morbides. Peut-être que des inoculations de hasard, réussies, ont fait naître l'idée d'en pratiquer d'expérimentales. Toujours est-il que la science contemporaine est absolument engagée dans cette voie, où les écueils cependant sont nombreux et où beaucoup n'ont récolté jusqu'ici que des illusions, comme on va le voir.
En tête des difficultés se présente celle-ci : il est presque impossible de reconnaître, sous le microscope, un vibrion d'avec les corpuscules d'une autre nature qui l'environnent; et dans une légion de vibrions il est non moins impossible de distinguer des autres le vibrion de la septicémie, ou tout autre d'une nocuité analogue. Les différences entre ces êtres, dit Nepveu, peuvent bien être non de formes mais simplement des différences spécifiques. Le procédé de détermination aujourd'hui usité est le procédé 4es cultures à l'état de pureté, long toutefois et délicat. Il convient de n'ac-
générale]
ÉLÉMENTS ACCIDENTELS DE L'ATMOSPHÈRE
cepter que les distinctions fondées sur ces épreuves tout à fait scientifiques; de même, par réciprocité, il faut se garder de la formule négative, rapportée de recherches pourtant remarquables à tous les titres, de Douglas Gunningham : « qu'il ne saurait être établi de relations entre ces mêmes germes et les maladies épidémiques. »
Nous avons reproduit précédemment la formule du liquide nourricier de Cohu. Pasteur eu a longtemps employé un à peu près identique, composé de cendres de levûre, de tartrate d'ammoniaque et de sucre, qui est propre à la culture de la bactéridie charbonneuse. Plus tard, il a reconnu qu'un excellent liquide nourricier pour ce parasite est l'urine pure, neutre ou légèrement alcaline. Le sang charbonneux, tant que la putréfaction n'intervient pas, ne contient que la bactéridie; il est donc facile d'obtenir également celle-ci à l'état de pureté ; on mêle une goutte de sang charbonneux à 1 litre d'urine, par exemple, le parasite s'y multiplie rapidement; on prend une goutte de cette liqueur ensemencée que l'on reporte dans un nouveau litre d'urine. Ainsi de suite, autant de fois que l'on veut. 11 vient un moment où l'on peut bien admettre que l'urine fécondée ne renferme plus un atome de la goutte de sang charbonneux primitivement employée.
Pour cultiver le microbe du choléra des poules, après bien des essais, Pasteur a dû recourir au bouillon de muscles de poules neutralisé par la potasse et rendu stérile par une température de 110 à 1 13 degrés. C'est ainsi qu'il faut trouver le liquide de culture approprié à chaque germe.
11 est probable, au reste, que le rôle des germes aériens dans les maladies infectieuses, ne devra jamais être complètement assimilé à la putréfaction; celle-ci est l'œuvre banale de tous les germes, l'infection morbide est le privilège fâcheux de quelques-uns. Les vibrions ne sauraient accomplir leur mission décomposante dans les liquides ni les tissus vivants et dans un état chimique normal; la bile, par exemple, ou quelque suc intestinal, paraît empêcher les bactéries de commencer la putréfaction des fœces dans l'intestin même; le mouvement leur est absolument antipathique, comme l'ont démontré P. Bert et A. Horwath, et quoiqu'il y en ait dans le sang même (Billroth, Tiegel), elles ne sauraient s'y multiplier et provoquer la putréfaction.
En revanche, les vibrions décomposent immédiatement le sang immobile à l'air, l'urine, le pus; ces deux derniers produits peuvent même être envahis pendant qu'ils sont encore dans l'économie, parce qu'à l'état de collections, sous lequel ils se trouvent, ils en sont réellement séparés. En conséquence, les procédés d'occlusion pneumatique de Jules Guérin et le pansement ouaté d'Alphonse Guérin auraient leur raison d'être, rien qu'en prévenant la putréfaction du pus à la surface des plaies. A vrai dire, Pasteur a prévenu les chirurgiens que les vibrions passent à travers le pansement ouaté et que le pus des plaies, que celui-ci recouvre, en fourmille, comme Nepveu les a trouvés fourmillant sous le vulgaire cataplasme. Nouvelle preuve que ce ne sont pas les vibrions, mais certains vibrions, qui sont positivement dangereux.
Un fait considérable prouve que l'action morbide spécifique des vibrions
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diffère essentiellement de la putréfaction; c'est que la putréfaction fait perdre aux virus leur propriété spéciale; ainsi, par la putréfaction, les bactéridies du sang charbonneux sont détruites et dès lors l'inoculation de ce sang peut déterminer des accidents, mais non plus le charbon (Davaine, Colin, Bollinger). A vrai dire et philosophiquement, l'on peut admettre qu'ici c'est une putréfaction qui succède à une autre d'un genre différent.
Action physique et biologique des micro-organismes. — Les infiniment
petits, si effroyablement rapides à la pullulation, ont la puissance du nombre. Il n'est pas impossible que, parfois, sans spécificité aucune, des vibrions aient oblitéré de petits vaisseaux ou formé des amas au sein des tissus ; Rindfleisch, Eberth (cités par Nepveu) ont parlé de pneumocom'osis bacterica. Pour être « anaérobies », ceux qui vivent sans air n'en consomment pas moins l'oxygène des composés organiques qu'ils envahissent; Chauffard voyait dans l'action des bactéridies charbonneuses un double mécanisme physique et chimique : le charbonneux, disait-il, meurt asphyxié et algide, étouffé sous ces immenses légions parasitaires qui emplissent ses vaisseaux, pénètrent dans tous ses tissus et y enrayent promptement toute fonction nutritive, tous les échanges moléculaires normaux, toute production de chaleur physiologique. Toussaint a fait des remarques dans le même sens. Orth a pensé voir les bactéries sphériques (Kugelbacterien) oblitérer la lumière des canalicules urinaires. Klebs les accuse d'avoir causé des hémorrhagies.
Mais ces explications ne suffisent pas à l'intelligence du rôle des microbes dans une maladie générale, comme la septicémie, les typhus, le charbon même. Ce que font les microbes dans les liquides de l'économie, on ne le sait pas bien ; mais il est probable qu'ils y prennent, pour leur nourriture, quelque chose dont l'absence empêchera désormais des microbes identiques de pouvoir y prospérer. C'est la manière de voir de Pasteur. Mais il se pourrait que ce fût l'inverse et qu'au contraire les vibrions aient en quelque sorte sécrété une substance nouvelle qui communique au sang, entre autres propriétés, celle d'être désormais impropre à la nutrition d'une seconde génération des mêmes organismes. Ces deux théories satisfont l'une et l'autre aux explications dont le besoin se fait sentir après les résultats récents des inoculations, à forme vaccinale, tentées par Pasteur en vue du choléra des poules et par Toussaint contre le charbon. Le premier rend peu à peu les poules réfractaires au microbe du choléra en leur inoculant un virus affaibli par le retard dans les cultures, c'est-à-dire par l'action prolongée de l'oxygène de l'air ; le second vaccine les moutons contre le charbon en leur inoculant du sang charbonneux défibriné et privé de ses bactéridies, que l'on a tuées par une température de 55 degrés maintenue pendant 10 minutes. Dans les deux cas, le sang devient incapable de nourrir le microbe spécifique ; mais il semble que, dans les expériences de Toussaint, on ait plutôt ajouté quelque chose au sang des animaux inoculés que retranché ou modifié l'un de ses éléments. A vrai dire, ce résultat énorme ne peut que nous jeter dans un grand étonnement : la chaleur de 55 degrés ne tue
générale.]
ÉLÉMENTS ACCIDENTELS DE L'ATMOSPHÈRE-
pas les corpuscules-germes; or, au témoignage de Pasteur et de Koch, ces corpuscules sont plus dangereux que les bactéridies!
Voyons, cependant, où l'on en est de l'épineuse question du rôle pathogénique des microbes et de leurs germes.
Rôle des microbes dans la septicémie. — Quand on injecte à un animal (de petite taille surtout, cobaye, lapin) un liquide bactériel obtenu par la macération de foin pourri (Billroth), par la putréfaction à l'air du sang normal ou de quelque autre matière animale, de la sanie gangréneuse ou cadavérique, du sang de varioleux ou de typhoïsants (Goze etFeltz, Davaine, Leplat et Jaillard, Douley> Béhier, Vulpian, etc.), on provoque chez cet animal des accidents graves, quelquefois mortels et le sang de celui-ci est lui-même devenu virulent pour d'autres animaux chez qui l'on continue l'expérience. 11 arrive même que par une série de transmissions successives, le sang devient de plus en plus virulent (Davaine) et tue d'une façon foudroyante, aux doses les plus faibles et même à l'état de dilutions infinitésimales. Le sang des victimes représente toujours des vibrions. Ces accidents ont été désignés un peu in globo, sous le nom de septicémie et ont été le point de départ des théories modernes sur la gravité de l'exposition des plaies à l'air, de la béance des vaisseaux dans les opérations chirurgicales, sur le danger du contact des instruments qui ont déjà servi, sur celui du lavage des plaies à l'eau ordinaire, etc., théories qui ont elles-mêmes eu pour conclusion le pansement ouaté, le pansement de Lister, l'introduction de l'acide phénique, de l'acide borique, dans la chirurgie contemporaine.
Il y a bien encore des dissidents et des expérimentateurs qui protestent. Panum (1874) assure avoir tué par la cuisson et séparé par la filtration à chaud les bactéries de liquides putrides, et n'avoir pas moins provoqué les accidents septiques par l'inoculation du liquide ainsi purgé d'organismes. Mais on répondra que la soi-disant filtration était illusoire. Arnold Hiller a isolé les bactéries septiques de leur liquide nourricier originel, les a reportées dans un liquide inoffensif et a injecté celui-ci à des chiens, à des lapins, qui ne s'en sont pas portés plus mal; il se l'est injecté à lui-même! On a répondu d'avance que les expériences négatives ne prouvent rien et, d'ailleurs, toutes les bactéries ne sont pas mortelles.
Cependant, Hiller extrait par la glycérine, des chairs putrides, une substance qui ne contient pas d'organismes, l'injecte, tue des animaux, reprend du sang de ceux-ci et par des séries d'inoculations arrive, comme Davaine, à posséder un poison foudroyant, sauf que ce liquide ne renferme pas de vibrions. Ce poison s'est donc multiplié et renforcé, sans être représenté par un être vivant. 11 est remarquable que la putréfaction même de ce poison en détruise aussi la virulence, comme dans les expériences de Davaine et de Pasteur sur les liquides à vibrions. Sander croit à la matière putride, mais reste dans le doute à l'égard du rôle pathogénique des organismes-ferments.
Admettons, néanmoins, la réalité de ce rôle et l'interprétation donnée aux expériences positives. 11 résulte certainement des accidents graves de l'injection de liquides bactériels ou à microcoques dans le sang des animaux et
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rien n'empêche que ces accidents s'appellent septicémie. Mais, diverses circonstances divergentes, des incidents nuancés, qu'il est facile de saisir dans le mode expérimental et dans les résultats obtenus tendent à faite entrevoir qu'il y a plusieurs espèces de septicémies et qu'ici, comme ailleurs, il importe de différencier et de spécifier les vibrions, moins par leur forme et leur provenance apparente que d'après le caractère et la constance des modalités morbides qu'ils provoquent. Les vibrions septiques sont à coup sûr multiples et l'on n'aura rendu de réels services à la chirurgie que quand, par des cultures isolantes, à l'exemple de Pasteur, on aura montré à l'état pur, ici le vibrion de la fièvre puerpérale, là celui de la fièvre traumatique des blessés, ailleurs celui de l'infection purulente chronique, de l'érysipèle, etc. — A moins que, en renversant la perspective, on ne soit au contraire amené à regarder l'individualité du microbe comme assez indifférente; le même pouvant, selon les cas, les lieux, les espèces animales, paraître le porteur d'affections différentes quoique toujours malignes. Toussaint déclare que le microbe de la septicémie et celui du choléra des poules sont de tous points un seul et même individu.
Voilà d'étranges difficultés pour les simples nosologistes, qui voudraient à tout prix se rattacher à quelques lois. Mais c'est là une science en travail, ne soyons pas impatients. Les médecins, en attendant mieux, peuvent toujours continuer à ne pas perdre de vue la part de l'organisme humain luimême, l'état de la nutrition et des forces des individus, puissances éprouvées qui font naturellement équilibre, dans l'état normal, aux agents extérieurs de destruction; il y aurait grave imprudence à ne poursuivre, parmi les souillures de l'air, que le vibrion spécifique, alors que tant d'autres impuretés banales et jusqu'à la simple insuffisance de constitution chimique peuvent impressionner les économies à un point qui assure précisément le triomphe des organismes inférieurs surla résistance normale des êtres plus élevés dans l'échelle biologique.
Cette réflexion est applicable à tous les cas dans lesquels les micro-organismes, vibrions, bactéries, microbes, schizomycètes, jouent un rôle plus ou moins bien démontré. Wernich rappelle, après les constatations multiples des expérimentateurs, que la pullulation parasitaire ne réussit que dans un milieu « adéquate » ; on sait très bien qu'une espèce quelconque de microbes, qui a proliféré dans un liquide, cesse d'y vivre quand elle y a pris tous les éléments qui lui convenaient; elle est remplacée par une autre, à qui convient ce milieu modifié; le vibrion septique ne se développe dans les viandes charbonneuses que quand les bactéridies en ont épuisé l'oxygène. Pasteur ne parvient à inoculer le charbon à la poule qu'après l'avoir refroidie; à cultiver le microbe du choléra que dans le bouillon de poule. Donc, en évitant de faire de l'économie humaine un milieu « adéquate » pour les vibrions dangereux, nous leur coupons les vivres, si je puis dire, et nous leur faisons une guerre aussi assurée de la victoire que si nous les attaquions directement à l'aide des parasiticides connus. Le premier procédé est peut-être même plus sûr, vu l'incertitude de la plupart des antiseptiques.
générale.]
ÉLÉMENTS ACCIDENTELS DE L'ATMOSPHÈRE
Rapports des germes atmosphériques avec les maladies contagieuses et
infectieuses. — Rien ne semble plus naturel que d'appliquer la doctrine de la fermentation et l'étiologie par les germes aux maladies dans lesquelles les cas paraissent être issus les uns des autres, avec des caractères identiques, rappelant la perpétuation et l'invariabilité des espèces en histoire naturelle. Aussi, quand William Farr créa pour ces espèces morbides le terme de « maladies zymotiques » , (de Wfxrj, ferment), le mot trouva-t-il faveur même chez ceux qui, au fond, ne croyaient pas à la théorie qu'il implique.
La tendance universelle des esprits, on peut le dire, est aujourd'hui dans le sens d'une transformation complète de l'étiologie des maladies spécifiques. Tout ce que l'on appelait naguères principes morbides, virus, miasmes + ne doit plus être que le parasitisme microscopique, exerçant sur l'économie humaine des actions variées ; infection et contagion ne signifieront plus rien que l'évolution des germes, leur véhiculai ion par l'air ou par l'eau* leur multiplication dans l'organisme. Partant, plus de spontanéité en matière de maladie spécifique. Pour bien dire, l'idée du parasitisme en pathologie n'est pas d'aujourd'hui; mais notre époque a donné la nouveauté à cette vieille conception, en la traitant scientifiquement.
On sait avec quel éclat Pasteur, en France, apporte chaque jour une nouvelle preuve — et un nouveau succès — à la doctrine parasitaire. Elle n'est pas moins en laveur à l'étranger, où peut-être même elle inspire, çà et là, des enthousiasmes imprudents. Nous aurons l'occasion de le remarquer ; mais nous pouvons dès maintenant constater que la formule généraleet absolue a été prononcée par Nàgeli. Les Schizomycètes (Spaltpilze)r selon cet auteur, sont désormais le seul objet qui ait droit d'être regardé comme matière contaminante; parmi eux, il s'agit de marquer les différences de développement, le mode d'existence, qui distinguent les Schizomycètes en rapport avec les affections infectieuses ou miasmatiques d'avec ceux dont relèvent les maladies contagieuses; l'analyse chimique de Tair ni de l'eau n'a plus d'importance, tout est dans la recherche des germes (micrococcï) et des formes parasitaires.
Il est tout à fait inutile de formuler dès maintenant une doctrine aussi générale ; ce ne serait point, d'ailleurs, conforme aux saines allures adoptées par la science moderne. Il faut chercher des faits précis, les établir avec le caractère de constance et de permanence qui emporte la certitude et ne hasarder les théories qu'autant qu'elles peuvent servir de base à des expérimentations et à des vérifications nouvelles. Ainsi procède Pasteur; au moment où il constate que la virulence du microbe du choléra des poules s'atténue spontanément par l'action prolongée de l'air pur (c'est-àdire de l'oxygène) sur le parasite, l'éminent investigateur entrevoit que ce fait des modifications spontanées dans l'activité des virus peut donner la clef des grandes oscillations que révèle l'histoire des maladies épidémiques,. expliquer les inégalités dans la puissance nocive de chaque virus dans le temps et dans l'espace, faire comprendre les maladies éteintes et les maladies nouvelles ; mais il se borne scrupuleusement à garder « le principe » et»
DE L'ATMOSPHÈRE
[Hygiène
quant aux inductions, prochaines ou éloignées, il ne se croira autorisé à les présenter au public que s'il parvient à les faire passer à l'état de vérités démontrées.
Nous essaierons de recueillir les faits acquis sur le terrain des formes morbides particulières.
a. Le Choléra. — A l'occasion de l'épidémie de 1849, Swagne, Briltan et Budd, en Angleterre, signalèrent « de nombreuses cellules annulaires que l'on rencontrait à la fois dans les déjections des cholériques et dans les poussières des salles des hôpitaux où ces malades avaient séjourné ». Ces cellules étaient la cause première de l'épidémie. L'hypothèse, mal étayée, trouva des contradicteurs en Angleterre même : Baly, Sull, Dundas Thompson. Ch. Robin, en France, s'associa à cette contestation. En 1855, Rayney, puis Hassal, à Londres, revirent les « vibrions » des selles cholériques. Klob, en 1867, trouve dans les selles et dans l'intestin d'un cadavre de cholérique des corpuscules arrondis ou un peu allongés, animés de mouvements rapides, visibles seulement à un grossissement de 800 diamètres ; les uns assemblés en 8 ou en rosaces, d'autres, enclavés dans une masse gélatineuse; puis des bâtonnets; enfin, des formes intermédiaires, associées aux autres ou libres. Il regarde ces formes, qui concordent avec la Zooglœa de Cohn et le Bacterium terrno de Dujardin, comme une espèce de Champignon, dontles corpuscules sphériques, mobiles, sont les spores migratrices (Sehwàrmsporen). Ainsi que l'a établi de Bary, il convient de ranger ces végétations inférieures parmi les Bactéries et dans le groupe des Schizomycètes de Nàgeli, qui ont de commun avec les champignons l'absence de chlorophylle et la vie aux dépens des matières organiques, mais qui s'en distinguent par le mode d'accroissement (segmentation) et par l'absence d'organes certains de fructification. Bien que Klob ait retrouvé ces organismes dans des selles de diarrhéiques, de dysentériques, ou même d'individus sains, il tient pour vraisemblable qu'ils ont d'étroits rapports avec le poison du choléra. De Bary les trouvait rares dans les selles fraîches de cholériques, extrêmement abondantes après vingt-quatre heures — et également abondantes au sein d'une selle fraîche de diarrhée simple.
De son côté, Thomé trouvait dans des selles de cholériques, tantôt les mêmes formes que Klob et qu'il appelle « spores du choléra », tantôt des spores de champignons (Pilzsporen) caractéristiques, plus grandes, dont il fait sortir les premières à titre de nucléoles mobiles (Schwàrmer). Les cultures lui procurèrent, en même temps que d'autres formes connues, un champignon qu'il donna comme nouveau et spécial et baptisa du nom de « Cylindrotsenmm choieras Asiaticse ». De Bary démontra depuis qu'il s'agissait d'une moisissure vulgaire, Y oïdium lactis . Dans la même année 1867, un observateur encore plus malheureux découvrait un « Choleraphytum » que Leuckart reconnut pour être des œufs d'Ascarides.
La découverte du champignon du choléra, à la même époque, par le professeur Hallier (d'Iéna), se rattachait à tout un ensemble de travaux qui ne prétendaient à rien moins qu'à édifier un système complet de mycologie
ÉLÉMENTS ACCIDENTELS DE L'ATMOSPHÈRE
scientifique. Il avait d'abord constaté, dans des selles vieilles de choléra, des corpuscules sphériques ou allongés, parfaitement semblables à ceux que Klob signalait dans les mêmes circonstances. Il les appelle « Micrococcus », entendant par ce mot des phases de développement (Morphen) de divers types de champignons, Mucor, Pénicillium, qu'il regarde d'ailleurs comme •des modalités végétatives (Generationen) d'une seule et môme espèce de champignon. — Jamais la polymorphie n'avait eu de pareilles hardiesses. — Il fait venir le micrococcus des spores typiques, qui se résolvent en ces corpuscules par sectionnement de leur protoplasma, avec ramollissement ou rupture de la membrane cellulaire. Sous des conditions déterminées, les micrococcus se développent à leur tour, en spores, en rangées ■de spores et en champignons parfaits. Dans la matière examinée, se trouvaient aussi des spores caractéristiques de champignons, de forme ronde ou ovalaire, quelquefois en courtes rangées linéaires; puis des vésicules sphériques, que Hallier appelle des « cystes », remplies de corpuscules brillants, jaunâtres, qui sont pour lui des spores. Des cultures sur du sucre, la colle d'amidon, la viande, à des températures variables jusqu'à 43°, lui donnèrent après un certain temps une multiplication de ces mêmes éléments et une série de champignons parfaits : Oïdium, Mucor, Pénicillium, Tilletia, parmi lesquels on revoyait toujours les cystes avec leurs spores.
L'auteur en conclut que des spores, mises en liberté des cystes, se développent en cellules à micrococcus; de celles-ci, les micrococcus s'isolent, se multiplient, s'organisent ultérieurement en Torula et définitivement en champignons parfaits, parmi lesquels se rangeraient morphologiquement les Urocystis, formant une seule et même espèce avec Pénicillium, Mucor, Tilletia, Achlya. Les conditions de développement complet des cystes ne se réalisent pas d'ordinaire dans nos contrées, il leur faut une température ■élevée. Cette condition, que peuvent obtenir les cultures en laboratoires, s'offre d'elle-même dans l'Inde, la patrie du choléra, et comme l'urocystis croît sur les graminées et que l'explosion des épidémies doit être en rapport avec les mauvaises récoltes de riz, la plante mère du poison cholérique pourrait bien être une rouille parasitaire (Brandpilz) du riz. Rallier, en conséquence, sema du riz et en arrosa une portion avec des selles cholériques; or, il se développa dans la fibre des jeunes pieds ainsi cultivés un mycélium que ne présentèrent pas les tiges non arrosées, ou qui n'avaient reçu que des spores de Pénicillium. Plus tard, le mycélium donna dans les feuilles une fructification de spores à l'aide desquelles on put faire l'élevage des générations Pénicillium, Mucor, et de la forme Micrococcus. Gomme conlagium proprement dit, Hallier désigne les micrococcus des selles ; non point le corpuscule mobile, incolore, qui procède du Pénicillium, mais le corpuscule jaunâtre, sans mouvement, qui émane des spores jaunes ; c'est là l'élément destructeur dans le choléra.
Tout ceci a bien la physionomie d'un roman, revêtu des dehors scientifiques. C'est ce que de Bary n'a pas manqué de faire ressortir. Ce second mycologue montre d'ailleurs que les fameux cystes, sur lesquels repose la forme nouvelle ou la génération Urocystis Oryzx seu Cholerœ, ne sont Arnould. — Hygiène. i(i
•242 DE L'ATMOSPHÈKE. [Hygiène
qu'un aspect accidentel des organes de fructification d'une moisissure des plus communes (Mucor), et que les sphérules jaunes sont des gouttelettes de graisse. La plupart des observateurs ont retrouvé des corpuscules analogues ou identiques au micrococcus de Hallier dans des selles de provenance quelconque; c'est probablement le Monas crepusculwn, accompagné de formes en bâtonnets, comme on en voit dans toute substance organique en putréfaction. On a même exprimé un soupçon fort grave, à savoir que, dans ses analyses et ses cultures, Hallier n'a pas su prendre la première de toutes les précautions obligatoires en pareil cas, celle d'empêcher les poussières de son laboratoire de se mêler aux micrococcus mis à l'étude, et de substituer parfois leur propre fructification à celle du germe dont on prétendait surprendre l'évolution. D'ailleurs, il y a de tout dans l'intestin des cholériques, même des vibrions et des bactéries (Lewis et Cunningham, Eberth); mais il y en a autant dans l'intestin d'autres malades.
Les tentatives de Hallier, en ce qui concerne le choléra, n'ont pas été reprises, quoique le professeur Lasègue ait déclaré que cette méthode était la seule vraiment fructueuse. Douglas Cunningham, bien qu'observant à Calcutta et recueillant les corpuscules de l'air par des procédés d'une perfection irréprochable, particulièrement préoccupé, peut-être, de la recherche des germes du fléau asiatique, déclare « qu'il ne saurait être établi de connexité [connection) entre le nombre et la nature de ces cellules et les décès causés par le choléra, la dysenterie, la dengue, etc. » C'est, il faut le dire, nier d'avance ce qui pourrait se réaliser quelque jour ; mais la réflexion est juste si elle ne porte que sur les notions acquises jusqu'aujourd'hui. John Woodvorth, dans son rapport sur l'épidémie de choléra de 1873, aux États- Unis, constate que le temps de la puissance morbifique du poison cholérique (qui dure environ trois jours dans le milieu qui a reçu des selles de malades) se caractérise par la présence de bactéries qui apparaissent quand, la période d'incubation est terminée et disparaissent à la fin de la période d'activité infectieuse; mais il remarque expressément qu'on ne prétend point pour cela que ces bactéries soient le poison cholérique, puisqu'elles ne diffèrent pas des bactéries qui se trouvent dans une foule d'autres liquides. Le récent travail de Nâgeli renforce ces conclusions, se basant sur le fait incontestablement exact qu'il est très difficile, sinon impossible, de distinguer sous le microscope les Schizomycètes infectieux de ceux qui ne le sont pas. Mais, encore une fois, cette circonstance ne permet de rien préjuger des résultats que l'on peut attendre d'une autre méthode, celle des cultures et des inoculations expérimentales. Wiel, qui pratique celle-ci, oppose formellement ces légitimes espérances aux conclusions de la micrographie.
[1 Variole et rougeole. — Hallier a étendu sa théorie aux virus variolique et rubéolique. Dans le sang et les crachats des malades rubéoleux, existe un micrococcus dont la culture lui a fourni le Mucor Mue e do, « génération » d'une rouille qui croit sur les herbes, Ustilago carbo. Salisbury, de même, pensait avoir démontré que le contagium de la rougeole est un champignon qui croît sur la paille humide. Hallier a trouvé constamment dans le vaccin humain des spores mobiles, coniques; en cultivant la lymphe clave-
générale.] ÉLÉMENTS ACCIDENTELS DE L'ATMOSPHÈRE. 2i3
leuse du mouton, qui renferme les mêmes micrococcus, il obtient un champignon qui, croissant naturellement sur le foin humide, est la cause de l'infection chez les bêtes ovines. Schurtz (de Zwickau), dans le même temps (1868), cultivait les micrococcus du vaccin dans des tubes à liquides organiques, et inoculait le produit obtenu à une pomme de terre cuite, qui se montra propice à la végétation des sphérules et des bâtonnets. Il ne paraît pas avoir songé à reporter sur l'homme ce champignon issu des germes du vaccin. D'après Wood, le docteur Pepper a inoculé le champignon rubéolique de Salisbury à des individus vierges de rougeole et n'a rien obtenu. Lissauer, qui a inoculé à des génisses la fructification des soi-disant champignons de la variole et de la vaccine, n'a pas été plus heureux.
Luginbiïhl, sous la direction de Klebs, a examiné les pustules varioliques et les altérations de la peau dans la vario^; il a constaté la présence de noyaux en amasou contenus dans des cellules géantes. Il suppose que c'est là le résultat de la fructification du champignon de la variole, lequel s'est introduit par les pores de la peau, à travers Tépiderme. Ziilzer a vu des corpuscules en amas oblitérer la lumière des artérioles et déterminer la forme hémorrhagique de la maladie ; il n'attribue aux bactéries que ce rôle mécanique. Weigert trouve les corpuscules spécifiques dans les pustules, aux premières périodes de la maladie : ces bactéries lui paraissent « si caractéristiques qu'elles ne peuvent être confondues avec rien d'autre. » Elles sont, pour lui, le support du virus ou le virus lui-même : tout au moins, ses recherches, rapprochées de celles de F. Cohn, donnent-elles une grande vraisemblance à l'idée qu'une espèce déterminée de bactéries joue un rôle essentiel dans la variole. Du reste, pas d'essais de culture ni de réinoculation des produits ainsi obtenus. On sait que Ghauveau, qui attribue l'action virulente aux granulations de l'humeur variolique ou vaccinale, déclare formellement que ces corpuscules ne se distinguent pas des granulations moléculaires de toute cellule vivante.
y. Syphilis. Morve. — Salisbury, qui a aussi découvert un champignon variolique, signale le champignon du chancre, Crypta syphilitica, représentant le virus de la vérole. 11 est vrai qu'il en reconnaît un tout semblable dans le pus delà blennorrhagie.
Ghristôt et Kiener constatent la présence des bactéries dans la morve humaine, aiguë ou chronique, et chez les animaux inoculés.
S. Diphthérie. — Les remarques de Hueter se rapportent moins à la diphthérie, comme nous l'entendons, qu'à l'inflammation diphthéritique, profonde, gangreneuse, dans le sens allemand. En 1868, Hueter constate les corpuscules mobiles de la diphthérite, non seulement dans les tissus gangrenés, mais aussi dans les voisins ; des inoculations à des lapins déterminent leur mort avec multiplication des corpuscules et inflammation diphthéritique (?) de ïa plaie d'inoculation. (On croit revoir les expériences de Davaine sur la septicémie.) Ultérieurement, Hueter et Tommasi, dans des essais sur l'infection putride, obtinrent des résultats essentiellement différents ; les animaux n'avaient plus de diarrhée, ne succombaient plus à une dose de poison putride qui était mortelle auparavant, mais ils mani-
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Testaient une inflammation diphthéritique étendue. Observant en même temps, dans les liquides putrides de l'expérience, de petits organismes ronds, très mobiles, ils soupçonnèrent que la putréfaction avait déterminé la production d'organismes capables de provoquer la diphthérite. Des injections dans la trachée de deux lapins amenèrent non la septicémie, mais de la bronchite et de la pneumonie avec multiplication des corpuscules mobiles sur la muqueuse aérienne. Les auteurs tenaient pour vraisemblable que le poison diphthéritique peut naître des liquides albuminoïdes dans certaine phase de la putréfaction. Cependant, la culture de membranes diphthéritiques, que Hueter entreprit sur des pommes de terre cuites, ne donna à l'examen du mycologue Hoffmann que le Monas crepusculum et le Bacterium termo, d'où Hoffmann conclut que le rôle étiologique des organismes vivants dans la diphthérie reste douteux. Hueter n'en persista pas moins à leur maintenir le rôle capital. OErtel trouva dans les exsudats diphthéritiques un nombre extraordinaire de « champignons », les uns mobiles, les autres au repos, qui d'après sa description sont identiques aux bactéries, monades et Zooglœa. Nassiloff constata plus tard les mêmes éléments sur les membranes diphthéritiques (Lex). Il y a là, évidemment, des recherches à reprendre et des expériences rigoureuses à refaire.
Les données les plus précises à cet égard se trouvent dans un travail de J. C. Ewart et G. -A. -M. Simpson, présenté en août 1878 à la Brùish médical Association. Ces observateurs prétendent que le microphyte de la diphthérie existe sous la forme de spores extrêmement petites qui, dans un milieu favorable, se développent en bâtonnets, longs, minces, dont les manifestations vitales ressemblent beaucoup à celles du Bacillus anthracis. Quand on répand ces spores sur une surface dénudée du corps d'un animal, il se forme rapidement une membrane diphthéritique. En revanche, les recherches de E. Curtis et de Ï.-E. Satterthwaite, de New- York, portent à croire que l'inoculation de membranes diphthéritiques à des lapins ne produit pas un effet différent de l'inoculation des raclures de la langue humaine ou d'un liquide putride.
e. Affections typkiques. —Dans le typhus famélique, Hallier trouvait le micrococcus du Rhizopus nigric ans, qui vit sur les fruits, les légumes pourris et peut-être les matières fécales. Il reconnaissait le micrococcus du Pénicillium crustaceum, avec celui du précédent, plus rare, dans le sang des sujets atteints d'iléo-typhus ; le Rkizopus nigricans était au contraire plus abondant dans l'intestin, et le Pénicillium moins commun. Les boissons et les aliments étaient, naturellement, les véhicules de ces germes dangereux.
Nous avons dit antérieurement (Voy. plus haut, page 72) les hypothèses hardies de J. Tyndall sur le rôle des nuages bactériels, les vues de Klein quant à l'importance du Crenothrix polyspora de Cohn. J. Lemaire, en France, étendant du reste la théorie à toutes les maladies infectieuses, fait remonter la fièvre typhoïde aux corpuscules dont il aperçoit les germes dans la vapeur condensée de l'air des chambres de casernes. Récemment, à l'occasion delà sévère épidémie typhoïde deParis (1876-77), Marié-Davy, sans trancher absolument la question du rapport de cause à effet, inclinait
générale.]
ÉLÉMENTS ACCIDENTELS DE L'ATMOSPHÈRE
à attribuer la prédominance du mal dans certains quartiers de la capitale et notamment dans la caserne du Prince-Eugène, à l'influence toute locale des poussières vivantes, accumulées pendant l'été sur le sol et sur les murs, parmi lesquelles on distingue beaucoup de vibrions, bactériens, monades, et des algues, particulièrement le Coccochloris Brebissonii.
Rien ne dit que ces conceptions n'approchent pas, l'une ou l'autre, de la vérité. Mais à l'heure qu'il est, en présence de l'infinie variété des circonstances dans lesquelles on rencontre des vibrions et des bactéries (Goze et Feltz, Bettelheim, Roth et Lex, Bender, Hoffmann, Estor et Béchamp, Schulze, etc., etc.), annoncer la présence de ces corpuscules dans un milieu duquel a paru sortir une maladie spécifique, c'est commettre une banalité parfaite. Il faut que l'expérimentation démontre le rapport précis et exclusif. A vrai dire, il est étonnant que les champions de la pathologie animée n'aient pas davantage porté leurs efforts sur une maladie aussi vulgaire et toutefois aussi redoutable que la fièvre typhoïde, et n'aient pas depuis longtemps fourni, sur ce terrain si large, la démonstration désirée. Les écoles anglaises n'ont produit, à cet égard, que des hypothèses et des inductions ; l'on parle du « germe » de la fièvre typhoïde avec une singulière aisance ; beaucoup en décrivent les mœurs..., qui ne l'ont, certes, jamais vu.
Ce n'est pas que l'on n'ait réellement vu des vibrions. Klebs, tout récemment, assure avoir découvert, à l'autopsie de 24 sujets emportés par la dothiénentérie, des microbes dans différents organes, dans la muqueuse intestinale, clans l'épaisseur des cartilages du larynx, dans la pie-mère, dans les foyers de pneumonie lobulaire, dans les ganglions mésentériques, le parenchyme de la rate, et d'une façon générale dans les organes qui offraient les lésions les plus accusées. Ces microrganismes se présentaient sous la forme de bâtonnets ayant jusqu'à 80 micromillim. de longueur et 0,5 à 0,6 de micromill. d'épaisseur. Il n'y en aurait jamais de pareils dans l'intestin des sujets morts de toute autre maladie que le typhus abdominal. — Ces constatations sont fort intéressantes ; mais on remarque aisément qu'elles ne démontrent pas le rôle pathogénique des parasites reconnus dans cette occasion. Les malades ont pu n'être qu'un milieu convenable à la pullulation de cette nouvelle espèce.
De son côté, Guido Tizzoni (de Catane) voit le parasite de la fièvre typhoïde dans des micrococcus, des zooglies et un mycélium « rameux » ; ce qui crée une difficulté d'histoire naturelle.
Nous ne pensons pas que les pathologisles se contentent de l'argument par lequel Davaine identifie la fièvre typhoïde à la septicémie en vertu de ce double résultat de ses expériences : que le sang septicémique tue le lapin, et que le sang de typhoïsant produit le même effet. La mort d'un lapin n'a rien d'assez spécifique pour être le critérium absolu en pareille matière. — (Sur les Spirilles dans le rclapsing fever, voy. page 73.)
Ç. Fièvre puerpérale. — Mayrhofer accuse les vibrions de véhiculer le poison puerpéral, parce qu'on les trouve dans les lochies des femmes malades et non dans celles des accouchées saines. Haussmann (1808) affirma le con-
-DE L'ATMOSPHÈRE
[Hygiène
traire de cette dernière circonstance. Waldeyer, Birch Hirschfeld, Orlh (1872), rendirent leur importance aux corpuscules sphériques (Kugelbacterien). Hervieux (1879) répète que les bactéries de certaines femmes sont naturellement abondantes, fétides et peuplées de vibrions, sans qu'il y ait trace de septicémie puerpérale. Pasteur, au contraire, a pensé pouvoir dessiner sous les yeux de l'Académie de médecine le dangereux microbe auquel il est porté à attribuer l'existence de cette fièvre. C'est une des nombreuses espèces ou variétés de ces petits organismes qui ont la forme de chapelets de grains sphériques, et dont d'autres variétés provoquent la fermentation dite visqueuse, la fïacherie, la fermentation ammoniacale des urines. Les Allemands les appellent microsporon ou microt ocens. Il n'y a, du reste, que l'isolement par la culture à fêtât de pureté qui permette de distinguer absolument la variété puerpérale de ce genre de vibrions. Pasteur a cultivé pur ce microbe à l'aide du sang de femmes atteintes de fièvre puerpérale ; il l'a cultivé associé à un très petit microbe qu'il regarde comme un générateur très actif de pus, en opérant sur du pus extrait de la cavité péritonéale d'une de ces malades, après la mort. D'ailleurs, il ne trouve pas de vibrions dans les lochies des femmes saines ; mais, en revanche, l'organisme en chapelets se rencontre dans beaucoup de circonstances notablement différentes les unes des autres. 11 laut dire que l'illustre savant a parfaitement raisen de faire remarquer que, en nosologie, c'est souvent l'espèce animale qui le reçoit, ou les conditions dans lesquelles un individu le reçoit, qui décident de la bénignité ou de la malignité d'un même principe morbide.
vj. Charbon. — Les organismes microscopiques du charbon ont plus de rapports avec le sol qu'avec l'atmosphère. Davaine lui-môme a insisté pour établir que les agents du transport des bactéridies (dans le sang, d'ailleurs) sont habituellement les mouches armées. Quand nous aurons rappelé que Pasteur a démontré (comme Koch) que les corpuscules-germes, sphériques, provenant des bactéridies, ont plus d'activité que les bactéridies mômes, et qu'à l'aide d'une série nombreuse de cultures successives dans l'urine il a totalement isolé ces germes du sang charbonneux primitif, nous n'aurons plus qu'à renvoyer à ce qui a été exposé antérieurement, au chapitre du Sol (Vny. page 68).
6. Fièvrede malaria. — Les germes sur lesquels ont porté les études faites en vue d'éclairer l'étiologie de ces affections sont dans le même cas que les précédents ; leurs rapports les plus immédiats et les plus intéressants sont avec le sol {Voy. page 115).
i. Tuberculose.— Webs et ses élèves, Schuller, Iteinstadler, pensent avoir démontré que les matières dont l'inoculalion provoque la tuberculose chez les animaux doivent exclusivement cette propriété à la présence de bactéries spécifiques, Monas tuberculosum, qu'ils ont cultivées soit dans la solution de blanc d'oeuf, soit dans le liquide de Bergmann (eau 100 ; sucre candi 10 ; acétate d'ammoniaque 1 ; phosphate de potasse 0,5), et qui sont sphériques, constituées par de très petits granules isolés ou réunis deux a deux. Klebs aurait suivi leur mouvement et leur développement
générale.]
ELEMENTS ACCIDENTELS DE L'ATMOSPHÈRE
dans l'intérieur des cellules tuberculeuses. Ainsi que l'exprime judicieusement E. Vallin, ce sont là des expériences qu'il vaut mieux répéter et contrôler que discuter à priori. Cohnheim (1879) tend à croire que l'on trouvera peut-être le critérium du tubercule dans des corpuscules spéciaux du genre Bactérie. Frédrik Eklund (Stockholm) distingue la pneumonie caséuse de la phthisie pulmonaire infectieuse par la présence, dans les produits de celle-ci, de cellules remplies de bactéries qu'il appelle Micrococcus phi h is is dryotem enos .
x. Maladies et accident* divers. — Pour terminer cette revue déjà longue, mentionnons simplement : le micrococcus de la dysenterie, Leiosporium dysentericum,de Hallier, celui delà rage, Lyssophytum suspectum, du même, les vibrions de la fièvre de foin (Heufieber), dontBinz débarrassa Helmholtz à l'aide de prises de sulfate de quinine par le nez, ceux de la coqueluche, que Lelzeiich a mis en culture ; ceux auxquels Traube (1864) reprochait d'avoir causé la cystite et la pyélite, pour avoir été introduits dans la vessie par une sonde malpropre et qui sont probablement une torulacée (Pasteur et van Tieghem); le « Vibrio bacillus » de Etoloff (1867), issu de la litière d'une étable arrosée de purin, et qui parut provoquer des bronchopneumonies chez les animaux (l'ammoniaque n'aurait-elle pas suffi?); les spores des végétations parasitaires, Aspergillus et autres, envahissant parfois l'appareil de l'ouïe (Lucae, Wreden, Bezold) et déterminant des catarrhes, des myringites, des troubles sensoriels, qui disparaissent quand on tue le parasite; les champignons, Leptothrix, vibrions plutôt selon Yirchow, que Heiberg, Eberth, Maier, Burkart, Hiller, ont signalés dans Yendocardite ulcéreuse, etc.
La question est assez claire en ce qui concerne le parasitisme externe et les maladies cutanées parasitaires. Depuis les travaux de Bazin, Devergie, Hardy, Malassez, Tilbury Fox, Pick, Lamadrid, Michelson, Hiuecker, Dyce Duckworth, Fayerer, Chincole, Zimmerhaus, etc., personne ne doute plus des rapports de diverses teignes, herpès, squames, avec des microphytes (Achorion Schœnleînii, trichophyton, microspnron) ni, parconséquent, de l'influence que peuvent avoir les spores de ces végétaux inférieurs (mais non plus des schizomycetes), répandues dans l'air. On tend naturellement à reculer les bornes de l'étiologie parasitaire dans les dermatoses. Un médecin de l'armée, Wéber, a décrit le champignon du clou de Biskra. Tout récemment, un « missionnaire » reprenait la thèse de la contagion de la lèpre, Armauer Hansen (de Bergen) expérimentait sur le « Bacillus leprœ » et Ernest Besnier en prenait occasion pour entrevoir un nouvel avenir à l'étiologie de ce fléau.
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ÉLÉMENTS ACCIDENTELS DE L'ATMOSPHÈRE
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Analyge chimique «le l'air. — Les analyses sont l'écueil et un peu la terreur des hygiénistes qui ne sont que médecins. Il en est, cependant, de très importantes, dont la nécessité se représente chaque jour, et pour lesquelles on serait bien empêché s'il fallait, chaque fois, que le médecin s'adressât à un chimiste de profession. Il faut donc, pense judicieusement
DE L'ATMOSPHÈRE
[Hygiène
Vallin, que l'on se résigne à entrer jusqu'à une certaine mesure dans la voie des analyses, lorsqu'il s'agit d'objets d'un usage aussi continu que l'air et l'eau, par exemple. Heureusement que les analyses de laboratoires et à grand appareil, pour être les plus exactes, ne sont pas absolument nécessaires, et que les chimistes eux-mêmes ont mis à notre disposition les procédés abordables de la méthode volumétrique ou titrimétrique , communément employée dans l'industrie. C'est sur celle-là que nous insisterons.
Oxygène et ozone. — On dose rarement l'oxygène de l'air, au moins à l'air libre; cette recherche n'a sa raison d'être que dans des circonstances très spéciales, comme la présence des ouvriers au fond des mines, dans les égouts, peut-être dans certaines usines. La plupart des modes d'analyse en vue du dosage de l'oxygène sont du ressort des chimistes exercés; un seul est à la portée des hygiénistes et encore; c'est celui qui consiste à faire absorber l'oxygène, sous une cloche graduée, par un corps qui en est avide, comme le phosphore, la solution d'acide pyrogalliquc dans la potasse, etc. Le gaz qui reste est de l'azote ; on connaît la proportion d'oxygène par une simple différence.
On a longtemps recherché qualitativement la présence de l'ozone à l'aide du papier amidonné, à l'iodure de potassium, de Schunbein. On l'exposait simplement à l'air, pendant douze heures, qu'il fît du vent ou non. Les résultats ainsi obtenus ne valent guère, comme on pense. Wolffhûgel a trouvé mieux en faisant passer de l'air en quantité et avec une vitesse voulues, dans un tube dont l'extrémité libre correspond au tuyau d'un aspirateur, muni d'un compteur, et dont l'autre extrémité porte une bande de papier réactif et communique avec un tube d'arrivée de l'air. A Montsouris, on fait un dosage plus exact encore, mais dont l'outillage excède déjà les ressources de la plupart des hygiénistes. « L'air aspiré par le jeu d'une trompe à huit tubes traverse un liquide formé de 20 centimètres cubes d'eau distillée, 2 centimètres cubes iïarsénite de potasse (0sr,730 par litre) et 1 centimètre cube d'iodure de potassium pur. L'oxygène ozonisé transforme partiellement l'arsénite en arséniate ; nous évaluons aisément le poids d'arsénite restant, par conséquent le poids d'arsénite transformé et, par suite, le poids d'oxygène quia servi à cette transformation. » Le poids d'arsénite transformé s'obtient lui-même à l'aide d'une liqueur titrée d'iode, dont on a déterminé au préalable la quantité de gouttes qu'il faut pour transformer entièrement les 2 centimètres cubes d'arsénite en arséniate ; il n'y a qu'à retrancher de tout le volume de la liqueur celui qu'on a employé pour parfaire la transformation de l'arsénite. Le volume d'air est mesuré au compteur.
Acide carbonique. — Cet élément est resté, pour de bonnes raisons, le critérium de la pureté de l'air. C'est, d'ailleurs, le plus facilement abordable pour l'analyse.
Les chimistes arrivent à des dosages très exacts en opérant sur de grandes quantités d'air, que l'on fait passer sur une solution de potasse caustique, à l'aide de l'appareil bien connu de Regnault, qui dose en même temps l'humidité.
générale.] ÉLÉMENTS ACCIDENTELS DE L'ATMOSPHÈRE.
•rcil (flg. 47) se compose. : !» d'un flacon de verre A, aspirateur de 7 à
C; ml"f'i " T- r< * " S;' -."•■•ionre et rempli aw» de
l écoulement se fui; à la panie inférieure, par diflérence de niveau,
DE L'ATMOSPHÈRE
Hygiène
dans un deuxième flacon de verre B, vide, qui est relié au premier par un tube de caoutchouc ; — 2° d'une série de tubes en IL a, b, c, d, e, f, garnis de pierre ponce imbibée d'acide sulfurique, les quatre premiers, a, b, c, d, destinés à retenir l'humidité normale de l'air examiné, les deux autres, e, f, disposés pour reprendre à l'air l'humidité qu'il a pu entraîner par son passage dans l'eau de baryte; — 3° de tubes barboteurs I, 11, remplis d'une quantité convenable d'eau de baryte, destinée à s'emparer de l'acide carbonique de l'air qui traverse l'appareil ; le tube II n'est là que pour témoigner que le tube I a retenu tout l'acide carbonique. Tous ces tubes sont réunis les uns aux autres par des bouts de tubes en caoutchouc serrés avec
des fils; au tube a s'adapte un ballon de caoutchouc C, gonflé d'un air rapporté du lieu dont on veut connaître le régime atmosphérique ; le tube f s'ajuste à l'aspirateur A.
Pour connaître la quantité de CO2 fixée à l'eau de baryte, il suffit de peser ensemble, avant etaprèsl'expérience, à l'aide d'une balance très sensible, les tubes barboteurs, I et II, et les tubes en U, e, f; la différence est le poids cherché de CO2.
Par un calcul de proportions, on trouve le poids de CO2 par litre d'air.
A Montsouris, le volume de CO2 est fixé dans une dissolution de potasse au cinquième par l'air qui pénètre dans trois barboteurs. Cet air est amené par une trompe, se dépouille de ses poussières en traversant une couche de coton et est mesuré au compteur. La figure 48 reproduit la disposition essentielle des appareils de fixation carbonique. Le dosage se fait en déplaçant CO2 du carbonate de potasse formé, au moyen de l'acide chlorhydrique.
Fig. 48. — Barboteurs en verre et en platine de Montsouris.
Ces procédés ne peuvent convenir qu'aux grands laboratoires. Ceux de Pettenkofer et de Hesse sont, au contraire, essentiellement des procédés d'hygiénistes.
Méthode de Pettenkofer . — On prépare deux solutions ; l'une de 7 grammes d'hydrate de baryte dans un litre d'eau, l'autre de 2gr,8636 d'acide oxalique cristallisé pour 1000 d'eau. De celle-ci, 1 centimètre cube = 0,0028636 d'acide oxalique ; c'est la quantité qui équivaut à 1 milligramme CO2. Delà première, 100 centimètres cubes correspondent exactement à 98 milligrammes CO2. Pour indicateur, on se sert du papier ou d'une solution de curcuma, qui est d'une couleur brune avec les alcalis et d'un jaune clair avec les acides.
Dans un flacon d'environ 5 litres, nettoyé et sec, on introduit, à l'aide d'un soufflet, de l'air du lieu que l'on veut expertiser ; l'air du flacon peut être considéré comme identique à l'air extérieur, quand on a injecté cinq
générale.]
ÉLÉMENTS ACCIDENTELS DE L'ATMOSPHÈRE
fois le volume de gaz que ce vase peut contenir. On ajoute alors un volume déterminé, soit 100 centimètres cubes, de la solution de baryte, on ferme le flacon, l'on agite vivement et l'on attend dix à quinze minutes ; après ce temps, l'acide carbonique de l'air intérieur est absorbé et l'on s'en aperçoit au trouble du liquide. On ajoute goutte à goutte la solution normale d'acide oxalique, à l'aide d'une burette graduée, en essayant à chaque instant si la liqueur intérieure a cessé d'être alcaline; ce qui se voit, soit en en versant une goutte sur le papier de curcuma, soit en ayant eu la précaution d'introduire un peu de solution de curcuma en même temps que la solution de baryte ; dans les deux cas, la couleur brune de curcuma passe au jaune clair. Au moment précis où la liqueur de baryte paraît neutre, on s'arrête et l'on note la quantité de centimètres cubes employés de la solution acide ; en prenant l'équivalent en acide carbonique de la quantité d'acide oxalique dépensée et en la retranchant de ce qu'il eût fallu pour neutraliser les 100 centimètres cubes de la solution de baryte, on a le volume de GO- absorbé préalablement par celle-ci, c'est-à-dire celui que renfermait l'air essayé.
Par exemple, le flacon étant de la capacité de 5,100 centimètres cubes, on a dû ajouter 52 centimètres cubes de la solution acide avant de voir apparaître la couleur jaune clair du curcuma :
100 centimètres cubes eau de baryte exigent 0sr,098 CO2
On a employé : Acide oxalique 5 "2 centimètres cubes = ()sr,052 GO2
Reste 0S',040 CO2
c'est-à-dire que le poids de l'acide carbonique de l'air contenu dans le flacon atteint 46 milligrammes. A 0° et par 760 millimètres de pression, 1 milligramme d'acide carbonique occupe environ 0,5 de centimètre cube. Dans le cas supposé, l'air du flacon (5,003 cent, cub.) renfermerait donc 23 centimètres cubes GO2; ce qui équivaut à 46 volumes de GO'2 pour 10,000 d'air ou à 4,6 p. 1,000.
On ramène le volume à zéro et à 760 millimètres de pression par la formule suivante :
V' = 1 dans laquelle
700(1+0,00307 XT)' 1
V est le volume cherché,
V, le volume connu du flacon en centimètres cubes,
P, la hauteur barométrique en millimètres,
T, la température en degrés centigrades,
Soit V == 5000, P = 700, T = 10, nous aurons :
V = ■ = 4475 centimètres cubes.
Des tables ont, d'ailleurs, été dressées qui donnent le volume V pour toutes les températures et pour les diverses pressions.
Procédé de Hesse. — C'est une modification du précédent. Hesse a voulu épargner aux expérimentateurs la peine de transformer les poids en volumes; et surtout leur mettre entre les mains un outillage facile à transporter. De plus, il a remplacé le papier et même la teinture de curcuma
254 DE L'ATMOSPHÈRE. [Hygiène
par une solution (1 gram. dans 500 gram. d'alcool à 80 degrés) d'acide robotique, qui est d'un beau rose dans les liqueurs alcalines, jaune d'or dans les acides et incolore dans les liquides neutres. Les flacons employés varient de contenance depuis 1 litre jusqu'à I douzième de litre; les plus grands sont pour les cas où l'on suppose que l'air à examiner renferme très peu de CO2. La solution acide est titrée de telle sorte que 1 centimètre cube de la solution oxalique représente aussi 1 centimètre cube (non pas 1 millig.) deCO2; on dissout 5sr,6325 d'acide oxalique dans 1 litre d'eau ; chaque centimètre cube renferme donc 0gr, 0056325 d'acide oxalique, équivalant à 1 centimètre cube de CO2. Yoici un exemple de la façon dont on opère ; nous l'empruntons à Vallin :
« On prend un flacon de 1 litre, à la température du milieu où l'on va opérer ; avec un soufflet, on y insuffle de l'air. Le flacon est fermé avec un bouchon en caoutchouc percé de deux trous qu'on obture provisoirement avec de courtes tiges de verre. A l'aide d'une pipette dont la pointe est glissée dans l'un de ces trous, on verse 20 centimètres cubes d'une solution de baryte titrée, contenant quelques gouttes (2 ou 3) d'alcoolé d'acide rosolique. On agite; au bout d'une demi-heure au plus, on introduit dans le bouchon le bec très allongé d'une burette graduée, avec robinet de verre, contenant une soluiion acide titrée (5gr,6325 d'acide oxalique par litre, ou mieux cette solution décime). En ouvrant le robinet, on laisse couler goutte à goutte cette solution, on agite, et l'on arrête l'écoulement quand on voit apparaître la décoloration ou le début de la teinte jaune. On lit sur la burette le nombre de centimètres cubes de solution acide employés pour obtenir ainsi la neutralisation; il en a fallu 18, tandis que la solution normale de baryte n'était antérieurement neutralisée que par 20 centimètres cubes. La différence est 2 ; donc 1 litre de cet air contient 2 centimètres cubes ou 2 p. 1,000 d'acide carbonique. »
On voit par cette description que le bouchon et la burette graduée adaptés à l'appareil de Hesse comportent une construction un peu spéciale. Mais leur emploi dispense l'opérateur de tout souci vis-à-vis de l'entrée de l'air extérieur dans le flacon; cet air ajoutant un peu de GO- à la solution de baryte, chaque fois qu'on débouche le flacon, les résultats obtenus se trouvent légèrement faussés dans la méthode de Pettenkofer. En répétant deux fois, successivement, la même analyse, suivant le procédé de liesse, on trouve plus aisément le point auquel la neutralisation est parfaite, et le second résultat obtenu est fort exact. Les corrections se font à l'aide de labiés ou 'de la formule citée plus haut.
H appelons enfin le procédé minimétrique d'Angus Smith, encore plus médical que les précédents, car tout le monde peut s'en servir, avec un peu d'habitude.
Le principe de cet appareil est que : plus il y a d'acide carbonique dans l'air, moins il faut de cet air pour troubler l'eau de baryte. On détermine donc le minimum de l'air d'un lieu donné qui trouble une solution de baryte, adoptée une l'ois pour toutes. Cette solution est à 6 grammes d'hydrate de baryte dans un litre d'eau, et l'on cherche le minimum d'air à l'aide de l'instrument représenté dans la figure 49. (Le dessin ne reproduit pas ab-
générale.]
ÉLÉMENTS ACCIDENTELS DE L'ATMOSPHÈRE
solument l'appareil primitif; le modèle ci-dessous est pourvu du perfectionnement apporté dans le mode de fermeture f g parFischli, préparateur de Wiel, à Zurich.)
A est un flacon de 53 centim. cub., renfermant 7 centim. cub. d'eau de barvle limpide. — B, une poire à air en caoutchouc, d'environ 28 centim. cub. de capacité,, servant à aspirer l'air extérieur. — a, tube de verre descendant au fond du flacon. — b, tube de verre coudé, ouvert à la partie supérieure du flacon et le mettant en communication par un tuyau de caoutchouc avec la poire à air. — D, tube évasé
Fig. 49. — Appareil minimétrique (V Anyiis Smith.
(modification Fischli), terminant le tube a et fermant par un bouchon que traverse le tube /'(t centim. de diamètre et 8 centim. de long). — f, petit tube ouvert aux deux extrémités et dont l'inférieure est engagée dans un court tuyau de caoutchouc, que ferme un cylindre plein en verre, g. — cet k, deux fentes longitudinales, faites d'un coup de canif et faisant l'office de soupapes (dites de Bunsen), s'ouvrant de dedans en dehors. — Pour ne pas être obligé de mesurer à chaque fois les 7 centim. cub. d'eau de baryte, on fait sur le verre du flacon un trait gravé, marquant le niveau auquel doit atteindre la liqueur alcaline.
Voici comment on opère. Les 7 centimètres cubes d'eau de baryte étant introduits, on bouche et l'on agite; en général, il ne se produit pas de trouble, sans quoi ce serait un air extrêmement impur. On presse sur la poire B ; l'air s'échappe par la soupape c, sans qu'il en sorte par /', puisque la soupape k s'y oppose; en abandonnant la poire, l'air pénètre par/', entre par k dans le récipient D et, de là, va se mettre au contact de l'eau de baryte. On agite de nouveau. On fait, en les comptant, mais en donnant le numéro 2 à la première, autant d'aspirations avec la poire qu'il est né-
DE L'ATMOSPHÈRE
[Hygiène
cessaire pour produire un trouble « decided », dit l'auteur; mais, justement, la difficulté est dans cette appréciation. Le trouble ne doit être ni absolument laiteux, ni tout à fait transparent; il faut qu'on ne distingue plus, à travers, des lettres tracées au crayon sur un papier blanc, collé au fond du flacon (en dehors). 'Ce* trouble est celui qu'on obtient en secouant, dans une bouteille de 644 centimètres cubes, une demi-once d'eau de baryte (0gr,S de baryte dans 14 grammes d'eau) avec de l'air ordinaire, à 4 CO2 pour 10,000. — Avec de l'habitude, on se met en quelque sorte la teinte dans l'esprit. Vallin a pu se servir utilement du procédé, et nous-même l'avons employé avec succès dans des salles de cours.
Les proportions d'acide carbonique, selon le nombre d'aspirations, sont indiquées dans la table ci-dessous :
Nombre Vol. de C02
d'aspirations. p. 10,000 -vol. d'air.
12 7,4 Limite de la salubrité.
22 4,0 Limite de l'état normal.
26 3,4 Air normal.
30 2,9 Air très pur (Vallin).
Matières organiques . — Les procédés employés pour le dosage des matières
organiques de l'air sont encore dans une période d'essais, qui ne les rend guère accessibles au commun des hygiénistes. Tout d'abord, on ne dose en réalité que Y azote de ces matières; c'en est, sans doute, l'élément le plus important, et il est vraisemblable que les matières animales, celles qui fournissent surtout l'azote, sont plus dangereuses pour la santé que les matières végétales; mais il faut reconnaître que les résultats d'une telle analyse ne nous renseignent guère sur la nature et les propriétés des matières organiques. Cette réflexion puise sa valeur dans ce fait que le poids de matière organique révélé par l'analyse est toujours à un taux singulièrement faible ': 50 centigrammes environ pour 1000 mètres cubes, soit 1 gramme dans 2 millions de litres d'air! On ne saurait en conclure que la nociveté de ces matières n'est pas en raison directe de leur proportion dans l'air, mais peut-être est-il permis de soupçonner que leur nature prime la quantité.
Dans tous les cas, les chimistes exécutent en deux opérations la recherche de l'azote provenant des matières organiques. La première a pour but de déterminer la proportion d'ammoniaque libre; la deuxième dose Tarn-
générale.]
ÉLÉMENTS ACCIDENTELS DE L'ATMOSPHÈRE
moniaque formée de l'azote encore en combinaison dans la matière organique ; d'où cette distinction, à laquelle les hygiénistes doivent être initiés, de \ ammoniaque libre et de l'ammoniaque albuminoïde. Cette dernière représente plus strictement l'azote de la matière organique dans l'air.
A Montsouris, on dose directement l'ammoniaque de l'air en faisant passer l'air par deux barboteurs renfermant de l'eau acidulée par 1 centimètre cube d'acide sulfurique au dixième. Mais, s'il n'est pas dit que toute l'ammoniaque provienne delà décomposition des matières organiques et si les courants atmosphériques qui ont passé sur l'Océan nous en apportent, les chiffres obtenus peuvent nous exagérer les conséquences réelles de la présence d'êtres vivants vis-à-vis de l'atmosphère, sur le point du globe pour lequel l'analyse a lieu.
Cette réserve s'applique encore à l'opération par laquelle Ira Remsen dose successivement l'ammoniaque libre et l'ammoniaque albuminoïde. L'auteur filtre une quantité déterminée d'air à travers de la poudre de pierre-ponce récemment chauffée au rouge; cette poudre est humectée d'eau, puis l'on en remplit un tube de verre de 1 centimètre de diamètre et de 15 centimètres de long, légèrement effilé à son extrémité inférieure, à laquelle s'adapte un tube de caoutchouc. On fait passer 10 litres d'air par ce tube, à l'aide d'un aspirateur. La pierre-ponce, retirée des tubes, est traitée selon la méthode de Nessler, que nous exposerons ultérieurement au sujet de la recherche de la matière organique dans l'eau. Vallin résume ainsi qu'il suit le manuel opératoire :
« On verse la pierre-ponce des tubes dans un ballon, avec une quantité déterminée d'eau distillée très pure ; on en distille la moitié ; une petite portion de l'eau de condensation est traitée, dans un tube à l'abri de l'air, par le réactif de Nessler (iodure de potassium, sublimé corrosif et potasse caustique), et on cherche quelle quantité de solution titrée de chlorhydrate d'ammoniaque est nécessaire pour obtenir une coloration identique dans les deux liquides. On sait donc, par ce premier moyen, quelle est dans l'air la quantité d'ammoniaque libre ou en combinaisons salines. Il reste à doser l'azote contenu dans les matières albuminoïdes, en décomposant ces matières et en transformant leur azote en ammoniaque, dite albuminoïde, au moyen du permanganate de potasse (chaméléon ; — 8 grammes de permanganate et 200 grammes de potasse caustique pour 1 litre d'eau), en présence d'un alcali. On ajoute 25 centigrammes de ce réactif dans l'eau du ballon qui n'a pas distillé dans l'opération précédente. On distille le mélange, et dans la nouvelle eau de condensation on trouve comme précédemment, par le réactif de Nessler, l'ammoniaque albuminoïde qu'on vient ainsi de produire. Remsen a ainsi trouvé dans 1000 mètres cubes : ammoniaque libre, 7 à 12 centigrammes ; ammoniaque albuminoïde , de 21 à 45 centigrammes. »
Bibliographie. — Smith (Rob. Angus) : Air and Rain : the beginnings of a chemical Climatology, London, 1874. — Lunge : Zur Frage der Ventilation, mit Beschreibung des minimetrischen Apparates, Zurich, 1877. — Hesse : Zur Bestimmung der Kohlensàure in der Luft (Zeitschrift fui- Biologie, XIII, Heft 3, 1877). — Nachtrag zur Bestimmung der Arnould. — Hygiène. t7
Kohlensâure in der Luft (Ibid. XIV, Heft 1, 1878). — Ânleitung zw Bestimmung der Kohlensâure in der Luft, nebst einer Bescltreibung des liierzu nblhigen Apparûtes (Vicrteljalirsschrift fut* geriditliche Medicin, octob. 1879). — Annuaire de V Observatoire de Montsouris, 1877 et années suivantes. — Wiel : Verbesserwig des Angus Smith'schen Apparates zur Bestimmung des Kohlensduregehaltes der Z immerlu f't (D. Viërteljahrssclirift f. ôff. Gesundheitspflege, XII, 1879). — Remsen (Ira) : Vreliminary Report on an investigation concerning the best metftod for determining the.amount of organic mat ter in the Air (National Board of Health Bolletin, t. I, Washington, 3 1 janvier 1880). — Valun (E.) : Sur quelques procédés pratiques d analyse de l'air (Revue d'hygiène, II, n° 3, 1880).