‹ Nouveaux chants du soldatChapitre 11 sur 52 · LA BELLE FILLE · texte numérisé non relu

LA BELLE FILLE

Sur la grand'place du village Nous passâmes tambour battant.

Lors, j'aperçus à mon passage Belle fille au riant corsage Qui nous criait : « Soldats, courage!

Et moi, c'ai-je fait dans l'instant.

« Du courage? Ah! j'en aurais tant

-. Si je baisais ce beau visage ! »

Et pour Jors elle, m'avisant,

Me tend ia joue et dit : « Prends-en. p

J'en aurais bien pris davantage,

Mais sur la place du village

Nous passâmes tambour battant.

Jai repassé pat celte place! —

Las ! hélas ! tout était perdu !

L'ennemi nous donnait la chasse,

Et je marchais la tète lasse.

Col levé, kt'pi rabaitu.

Mais elle, qui m'a reconnu :

« C'est donc pour ça qu'on les embrasse?

» Rends-le moi, mon baiser, vaincu ! »

Et lors me sautant à la face

La belle fille m'a mordu...

Ah! les tambours n'ont plus battu

Quand j'ai repassé par la place.

Las! hélas! tout était perdu!

8. Et le 5'iV»;eur, irrité contre Israël, le livra entre Us mains de Khysânn, roi de Mésopotamie

9. Mais ils crurent vers ie Seigneur qui leur suscita un vengeur, Othoniel, fils de Cenès

(Les Juges, tu. in.)

Or, Khysânn étant roi de Mésopotamie,

Le Seigneur d'Israël lui livra les Hébreux :

Sous l'instinct réveillé l'àme était endormie,

Or le blc qu'ils semaient ne poussa plus pour eux.

Ce ne fut plus pour eux que les cuves de chêne Remplirent leurs flancs noirs du jus noir des raisins; Et les troupeaux menés à la source prochaine Ne paissaient plus pour eux sur îes coteaux voisins.

lis perdirent le droit viril des armes nobles; A peine accordait-on à leurs bras sans joyaux, Pour labourer leurs champs et planter leurs vignobles, Le soc de la charrue ou le fer des boyaux.

Ainsi kur vie allait humble et désespérée.

Mais quatre ans de ce joug irritèrent les fronts,

Et s'ctant réunis aux portes de Pérée,

L'un d'entre eux se leva qui leur dit : « Nous souffrons!

h Nous souffrons, mais le Dieu qui nous fit ces jours mornc'^. » Fit aussi ce serment qu'il n'a jamais trahi : n — L'épreuve aura son temps, le temps aura ses bornes... » Où donc est Otboniel qui vainquit Gelmai? »

Une voix répondit : « Othoniel vit encore,

» Il vit et les grands bois poussent pour le cacher.

») Sa lance est enterrée au pied d'un sycomore

» Et son glaive vainqueur dort au creux dun rocher. »

« Othoniel vit encorl reprit la foule immense,

» Loué soit l'Éternel qui combat avec lui !

)i Le mauvais jour n'est plus, un jour meilleur commence.

» Othoniel vit eacor qui vainquit Gelmaî ! »

Et les douze tribus désignèrent douze hommes;

Et l'homme de Lévi dut parler seul pour tous :

« Dis-lui que s'il est las de souffrir, nous le sommes,

» Et qu'on vaincra par lui s'il veut lutter pour nous. »

Les douze messagers partirent le soir même, Et sous les bois profonds leurs pas couraient douteux Quand un matin — c'était déjà le quatrième — De grands lévriers roux bondirent devant eux.

N O U V E A U X C; H A N T s U U SU L D A T.

r ceci se passait au lieu dii du Message. De lourds blocs de granit resserraient le chemin. Et sur le haut d'un roc qui gardait le passade, l.tait un homme, et l'homme avait un arc en main.

A demi nu, couvert de quelques peaux de bêtes, Ayant avec sa barbe, et sous ses longs cheveux, L'air hautain des guerriers, l'air calme des prophètes, 11 s'avança, faisant un geste impérieux.

Les douze messagers, touchant du front la terre ;

« Le jour est arrivé; le temps est révolu.

» Béni soit Jéhovah ! Gloire à Dieu notre Père!

• Othouiel d'Ahalab, fils de Cénès, salut!

» Israël nous envoie; Israël souffre et pleure,

• Et des terres de Gad aux terres de Joseph,

» Tous les hommes debout n'attendent que ton heure, » Les veux-tu pour soldats? ils te veulent pour chef. »

OTHONIRL. 03

Mais secouant )a tfttc avec un air de doute,

Se retournant déjà du côté des forêts,

Lt rappelant ses chiens, et reprenant sa route,

Otiioniel répondit : « Non, vous n'êtes pas prêts. »

Les envoyés ayant rapporté ces paroles,

La douleur accabla les enfants d'Israël ;

Et c'étaient des cris fous, c'étaient des plaintes folles

Quand l'un d'entre eux, plus sage : « Écoutons Othoniel.

» La voix du Dieu vivant nous parle par sa bouclie. » Haïr est peu; gémir n'est rien; crier n'est pas; » Il faut l'effort qu'on voit, il faut le but qu'on touche, •» Nous qui voulons un chef, faisons-lui des soldats. »

l't celui qui parlait ainsi fut trouvé sage. « C'est vrai que nous étions trop prompts et trop ardents, » Que la haine n'est rien, que ce n'est rien la rage; » Armons-nous en silence et laissons faire au temps. »

ce NOUVEAUX CHANTS DU SOLDAT.

.Win

Et des phincs d'Iîermath iusaiicsaux mont5 d'Argi! Des rives du Jourdain aux torrents de Gazer, Dès que du ciel éteint tombait la nuit tranquille, Les grands feux sallumaient, où se forgeait le fer.

Enfin, quand huit saisons ayant change la terre. Les lis refleurissaient pour la deuxième fois. Sous l'habit de vovacc avant l'arme de guerre, Les do»«e messagers revinrent aux grands bois.

Celui que l'on cherchait fut rencontré sans peine, Il était à genoux, près du ruisseau d'argent, Aiguisant le fer gris de sû lance d'ébène. Et son glaive d'acier brillait sur le sol blanc.

« Père, dit le lévite heureux de ce présage;

B Les serments faits par Dieu seront-ils confirmés?

D L'esclave verra-t-il la fin de l'esclavage?

» Est-ce l'avoir com[>ris que de nous être armés? >i

— Othriniol rajustait sa lance sans rien dire. — '( O Père r prends pitié de tps fils aux abois !

'> Sois bon pour nous sauver, sois fort pour nous conduire :

i> Rends-nous nos champs, rends-nous nos blés, rends-nous nos bois !

» TJonds-nousles longs sommeils paisibles sous latente » Los longs repas du soir sous le ciel transparent, » Et qu'Israël, vêtu de sa pourpre éclatante, » Lave son front guéri dans les eaux du torrent. »

— Et, sans voir que ces mots irritaient sa colère, — « Nous aurions le repos si tu nous délivrais;

» Si tu nous délivrais nous n'aurions plus la guerre! » Othoniel répondit : « X'on! vous n'êtes pas prêts. »

Cotte fois la fureur dépassa la surprise,

Les hommes d'Israël crièrent : « Trahison !

» Aux armes, quoi qu'il fasse! au combat, quoi qu'il diseî ;>

Mais l'un d'entre eux encore : « Othoniel a raison.

o Corrompus jusqu'à l'âme, amollis jusqu'aux fibres, » L'élan durerait peu, nous eût-il faits vainqueurs; » Fussions-nous délivrés, nous ne serions pas libres; » Nos bras se sont armés, sachons armer nos cœurs. »

Et ceci fut compris de tous, et tous se turent, Et chacun retourna pensif à ses travaux. Mais pendant les deux ans qui suivirent, ce furent Des cœurs renouvelés dans des hommes nouveaux.

Et dans tout Israël régnait un calme auguste.

Et quand on se croisait le soir par les sentiers.

Si l'un disait : « Sois prêt ! » l'autre disait : «Sois juste!»

Et l'œuvre de salut dura deux ans entiers.

Or, quand ce fut le jour de célébrer la Pâque,

Le peuple se rendit aux lieux accoutumés;

Mais comme l'on pouvait s'attendre à quelque attaque,

Les hommes vinrent seuls, et tous vinrent armes.

Ils s'assirent, formant un cercle autour des llammcs. Et sous tous les propos et dans tous les discours, Quand les lèvres montraient à nu le fond des âmes, L'espoir perçait parfois, le repentir toujours...

n Ail I quand nous tenterons l'œuvre de délivrance,

» Si, nous étant faits forts, Dieu nous fait triomphants

» Que l'épreuve, du moins, serve d'expérience,

» Et laissons notre exemple à suivre \ nos enfants!

» Soyons les artisans virils des fortes tâches; » Ne soyons plus ceux-là que tous montraient au doigt, » Qu'on a pu trouver fous, qu'on a dû croire lâches, n Et qu'un sceptre étraugejr remettrait sous sa loi.

N Prévoyons les combats, sans rêver de conquêtjs; » Sachons, gardant la paix, goûter la liberté; » Et qu'aucun fol orgueil ne chasse de nos tôtes » Si CCS choses-là sont, que d'autres ont été. »

Or ils étaient là tous, parlant dans la nuit sombre, Ceux d'Azer au front noir, ceux de Gad à l'œil bleu, Ruben, grand par le cœur, Juda, fort par le nombre: Or ce qui se dit là, fut entendu de Dieu.

Et, — comme si cette ombre eût surgi de ce rôve. — Rejetant le manteau qui leur cachait ses traits, Ayant le casque au front, ayant en main le glaive, Otlioniel, se levant, leur dit : « Vous êtes piôtsl »

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