ILS SONT LA
Et nous tenant sous leur loi.
O mon pays! souviens-toi.
Souviens- toi de ta souffrance:
Ils sont 13. dans notre France!
AU DOCTEUR DOLBEAU
AU DOCTEUR DOLBEAU
Je ne suis pas de ceux qui, lo poing sur la hanche, Aux efforts du pays no joindront que leur voix, Mais si je suis debout et parlant de revanche, Je n'ai pas oublié, maître, à qui jo le dois.
Je n'ui pas oublie la main consolatrice, La science plus grande eiicor que la pi ic:
Mon être endolori porte sa cicatrice
Moins profonde en ses chairs qu'en mon cœur l'aniiti
Comment je la paierai la dette qui m'engage. Dieu le sait! Comme il sait aussi si je le veux : Ma vie est votre fait, ma force est votre ouvrage, Et votre souvenir se mêle à tous mes vœux.
Car j'attends, car je garde en mon âme française Ma foi de citoyen, mes haines de soldat ^ Ma jeunesse a souffert d'un mal que rien n'apaise, Le partage du sol, la défaite au combat.
Ah! cette luttc-là vaut bien que l'on s'efforce, Eux ou nous, France ou Prusse, il n'y va pas de moins! C'est le duel à mort du Droit contre la Force Dont les peuples jaloux ne sont que les témoins.
Et la chanson dit vrai, tant pis pour qui la raille ! — Mourir pour la patrie est le sort le plus beau ! — El si je dois tomber en un jour do bataille., C'est au sol prussien que je veux mon tombeau.
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La revanche est la loi des vaincus; nous le sommes. Je la demande à Dieu terrible et sans recours, Prochaine et sans merci, je la demande aux hommes. Les chemins les plus sûrs sont parfois les plus courts.
A LA BAÏOXXETTE
A LA baïonnette
Leur batterie ûtait instalk^e à mi-cùto, \u milieu d'un grand champ, près d'un bouquet de bois « Enfant^, ces canons-là nous gônent, qu'on les ùte! » Dit le chef. — Et déjà, sautant dans l'herbe haute, Zouaves partaient comme de gais chamois.
« Défense de tirer, vous savez, camarade,
1) C'est à la baïonnette, et ça se manze à part! »
Une salvo d'obus aclieva la tirade.
« Ventre à terre, faisons honneur à l'ambassade! »
La mort choisit les siens, et la troupe repart.
Ed vain, visant cent fois à la calotte rouge, Le canon prussien tire à coups redoublés; 11 crache en vain l'enfer contre ces endiablés; Pas un coup de fusil ne part du champ qui bouge, Et ces coquelicots s'avancent dans les blés.
O combats sans seconds! 0 luttes sans pareilles! Vaincus dont la défaite a meurtri le vainqueur! Tout à coup le clairon résonne à leurs oreilles, Ils bondissent légers comme un essaim d'abeilles; Et leur vol est terrible et leur dard frappe au cœur.
Et les voilà jouant de la crosse et du sabre, Assommant, égorgeant, tuant... mourant aussi! Arrachant du timon le cheval qui se cabre, Et, vivaces danseurs de la danse macabre. Jetant à pleins poumons leurs éternels lazzi.
Enfin la place est nette et les pièces sont prises. Un silence profond suivit ce branle-bas;
A La 15A10N^'ETTE. 80
Mais, lorsqu'on fit alors l'appel des barbes grise>, 0 compte aiïrcux, rempli de terribles surprises.' Ils étaient neuf, avec dix canons sur les bras.
« Ma foi, dit un sergent, la chose est asse^ drôle I n Nous en rironsplus tard, quand nous aurons letemps. » Puis passant prestement les fusils sur l'épaule, Ramenant les chevaux avec des coups de gaule, On les rattelle et puis : « Ea route, les enfants ! »
Ils partirent. La nuit couvrait dnà la plaine. Quelques sourds roulements grondaient encore au loin. Et prouvant à leurs yeux la victoire certaine, Tout au pied du coteau, dans la gorge prochaine, Le feu brillait déjà comme un joyeux témoin.
« Ce sont les compagnons qui nous taillent la soupe. » Du diable si j'en vais donner ma part aux chiens I » Il galope riant jusques au premier groupe : « Hé! les amis! voyez ce qu'on amène en croupe! » — Wer'st dà I » dit une voix. C'étaient les Prussiens.
xvr
LA COCARDE
LA COCARDE
Ma cocarde a les trois couleurs, Les trois couler.rs de ma Patrie.
Le sar.g l'a bien un peu rougie, I^ poudre bien un peu noircie ; Mais elle est encor bien jolie, Ma cocarde des jours meilleurs.
Que j'ai fait de route avec elle, Toujours content et jamais las!
Que j'ai coml»atlu de combats!
Ils la connaissaient, mes soldats!
Ah! bien des cocardes n'ont pas Rubar. si beau, couleur si belle !
Et maintenant d'où je la tiens?
C'est presqu'un roman, son histoire!
Dieu me garde d'en faire gloire, Mais elle était, on peut m'en croire.
Elle était sous sa tresse noire :
Je lai vue et je m'en souviens.
C'était après trois jours de marches !
Nous arrivions transis de froid, Cherchant l'auberge de l'endroit ; Mais elle alors nous aperçoit :
« Oh ! les Français de peu de foi 1 • Elle était debout sur les marches.
Nous approchons tout éblouis.
La maison est blanche et coquette, V: fou brille, la table est priHe:
« Jour d'espérance est jour de fête !
LA COCARDE. 93
» F.ntroz, dit-elle, » et sur sa tête Brillaient les couleurs du Pays.
« Les Français sont chez eux en Franco.
» Toute la ville vous attend.
» Vous faisiez mal en en doutant, n
Elle riait, tout en parlant,
Elle riait, et cependant
Mes larmes montent quand j'y pense.
Et j'y pense, et jo la revois!
Kl'e était là près do sa mère; Tout à coup, sur notre prière, Elle chanta nos chants de guerre.
Et c'ét-ait la Gloire on colère Qui nous grondait par cette voix.
Oh! la bonne et belle Française!
Le grand cœur et les jolis yeux !
Vous demandez, cher curieux.
Si je Tai prise, audacieux,
La cocarde de ses cheveux?
Moi la prendre, qua Dieu ne plaise!
96 CH\NrS DU SOLDAT.
Mais tout pensif, je regardais, Je contemplais, parlant à peine, Ce front d'enfant, cet air de reine, Ces trois couleurs dans cet ébène, Et je me disais, l'âme en peine :
« Tout cela reste et je m'en vais! »
Le clairon sonne : adieu cocarde!
Adieu chansons... et cependant
« Ah! si je l'avais, ce ruban... »>
Et je m'arrêtai tout tremblant.
Mais eile alors si simplement :
« Tenez, dit-elle, et Dieu vous garde!
Ma cocarde a les trois couleurs.
Les trois couleurs do ma Patrie.
Le sang l'a bien un peu rougie, La poudre bien un peu noircie; Mais elle est encor bien jolie.
Ma cocarde des jours meilleurs