I.E C1I\TE\11 DE U VIE
vaioiil ; mais rien ii’empècliail de rcconiincnccr.
Gracieux emplit son fiacon de cette eau bienfaisante et s’approclia du palais. Le cœur lui battait, car il lui restait une dernière épreuve ; si près de réussir, on craint bien plus d’échouer. Il monta le perron du château ; tout était fermé et silencieux; il n’y avait personne pour recevoir le voyageur. Quand il fut à la dernière marche, près de frapper à la porte, une voix plutôt douce que sévère l’arrêta.
— As-tu aimé? disait la voix invisible.
— Oui, répondit Gracieux ; j’ai aimé ma graiid’rnére plus que tout au monde.
La porte s’ouvrit de façon qu’on y eût passé la main.
— As-tu souffert pour celle que lu as aimée ? reprit la voix.
— J’ai souffert, dit Gracieux, beaucoup par ma faute sans doute, mais un peu pour celle que je veux sauver.
La porte s’ouvrit à moitié, l’enfant aperçut une perspective inliiiie : des bois, des eaux, un ciel plus beau que tout ce qu’il avait rêvé.
— As-tu toujours fait ton devoir? reprit la voix d’un ton plus dur.
— Hélas ! non, reprit Gracieux en tombant à genoux; mais quand j’y ai manqué, j’ai été puni par mes remords plus encore que par les rudes épreuves que j’ai traversées. Pardonnez-moi, et, si je n’ai pas encore expié toutes mes fautes, châtiez-moi comme je le mérite ; mais sauvez ce que j’aime, gardez-moi ma grand’mère.
Aussilôt-la porte s’ouvrit à deux battants sans que Gracieux vit personne. Ivre de joie, il entra dans une cour entourée d’arcades garnies de feuillage; au milieu était un jet d’eau qui sortait d’une touffe de fleurs plus belles, plus grandes, plus odorantes que celles de la terre. Près de la source était une femme vêtue de blanc, de noble tournure, et qui ne semblait pas avoir plus de quarante ans; elle marcha au-devant de Gracieux et le reçut avec un sourire si doux, que l’enfant se sentit touché jusqu’au fond du cœur et que les larmes lui vinrent aux yeux.
— Ne me reconnais-tu pas? dit la femme à Gracieux.
— O mère-grand, est-ce vous? s’écria-t-il ; comment êtes-vous au Château de la Vie?
LE CHATEAU DE LA VIE. T.15
— Mon enfant, lui dit-elle en le serrant contre son sein, celle qui m’a portée ici est une fée plus puissante que les fées des eaux et des bois. Je ne retournerai plus à Salcrne ; je reçois ici la récompense du peu de bien que j’ai fait, en goûtant un bonheur que le temps ne tarira pas.
— Et moi, grand’mère, s’écria Gracieux, que vais-je devenir? Après vous avoir vue ici, comment retourner là-bas pour souffrir dans la solitude?
— Cher fils, répondit-elle, on ne peut plus vivre sur la terre quand on a entrevu les célestes délices de cette demeure. Tu as vécu, mon bon Gracieux, la vie n’a plus rien à l’apprendre. Plus heureux que moi, tu as traversé en quatre jours ce désert où j’ai langui quatre-vingts ans ; désormais rien ne peut plus nous séparer.
La porte se referma ; depuis lors on n’a jamais entendu parler ni de Gracieux ni de sa grand’mère. C’est en vain que dans la Calabre le roi de Naples a fait rechercher le palais et la Fontaine enchantés ; on ne les a jamais retrouvés sur la terre. Mais si nous entendions le langage des étoiles, si nous sentions ce qu’elles nous disent chaque soir eu nous versant leur doux rayon, il
ôlfi
!^OUVFAUX CONTES BLEUS.
y a longtemps qu’elles nous auraient appris où est le Château de la Vie et la Fontaine d’immortalité.
Nunziata avait achevé son récit que je l’écoutais encore ; j’admirais ces yeux où éclatait une toi naïve dans les merveilles que sa mère lui avait récitées ; je suivais le geste de ses petites mains qui semblaient peindre les hommes et les choses.
— Eh bien, Excellence, me cria le pécheur, vous ne dites rien ? La Marchesina vous a charmé comme elle en a‘ charmé tant d’autres. C’est qu’aussi ce ne sont pas là des contes ; nous vous montrerons à Salerne la maison de Gracieux.
— C’est bien, patron, lui répondis-je, un peu honteux de m’ôtre amusé de pareilles fables.
L’enfant conte agréablement, et pour l’en remercier, dès que nous serons à terre, je veux lui acheter un chapelet d’ivoire avec de gros grains d’argent.
Elle rougit de plaisir, je l’embrassai, ce qui la rendit plus rouge encore, tandis que le père me
. -d r . Cîoogle
LE CHATEAU DE LA VIE. . TM
regardait et tournait vers ses compagnons des yeux brillants de joie.
— Demain, dit-il, demain, si vous le permettez, Excellence, elle vous récitera une histoire plus belle encore, et qui vous fera rire et pleurer.
Le lendemain, nous allions d’Amalfi à Salerne, ctNunziata... Mais ceci est un secret que je garde pour l’an prochain, si le conte de Gracieux li’a pas trop ennuyé le lecteur.