VIOLETTE
Si l’on en croyait nos anciens, Pæstum n’aurait pas toujours été ce qu’il est aujourd’hui. Il n’y a maintenant, disent les pêcheurs, que trois vieilles ruines où l’on ne trouve que la fièvre, des buffles et des Anglais; autrefois c’était une grande ville, habitée par un peuple nombreux, Il y a bien longtemps de cela, comme qui dirait au siècle des patriarches, quand tout le pays
13ft NOUVEAUX CONTES BLEUS.
était aux mains des païens grecs, que d’autres
nomment Sarrasins.
En ce temps-là, il y avait à Pæstum un marchand bon comme le pain, doux comme le miel, riche comme la mer. On l’appelait Cecco; il était veuf, et n’avait qu’une fille qu’il aimait comme son œil droit. Violette, c’était le nom de cet enfant chéri, était blanche comme du lait et rose comme la fraise. Elle avait de longs cheveux noirs, des yeux plus bleus que le ciel, une joue veloutée comme l’aile d'un papillon, et un grain de beauté juste au coin de la lèvre. Joignez à cela l’esprit d’un démon, la grâce d’une Madeleine, la taille de Vénus et des doigts de fée, vous comprendrez qu’à première vue jeunes et vieux ne pouvaient se défendre de l’aimer.
Quand Violette eut quinze ans, Cecco songea à la marier. C’était pour lui un grand souci. L’oranger, pensait-il, donne sa fleur sans savoir qui la cueillera ; un père met au monde une fille, et pendant de longues années la soigne comme la prunelle de ses yeux pour qu’un beau jour un inconnu lui vole son trésor, sans même le remercier. Où trouver un époux digne de ma Violette? N’importe, elle est assez riche pour choi-
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sir qui lui plaira ; belle et fine comme elle est, elle apprivoiserait un tigre, si elle s’en mêlait.
Souvent donc le bon Cecco essayait adroitement de parler mariage à sa fille; autant eût valu jeter ses discours à la mer. Dès qu’il touchait cette corde, Violette baissait la tête et se plaignait d’avoir la migraine; le pauvre père, plus troublé qu’un moine qui perd la mémoire au milieu de son sermon, changeait aussitôt de conversation, et tirait de sa poche quelque cadeau qu’il avait toujours en réserve. C’était une bague, un chapelet, un dé d’or; Violette l’embrassait, et le sourire revenait comme le soleil après la pluie.
Un jour cependant que Cecco, plus avisé que ' de coutume, avait commencé par où il finissait d’ordinaire, et que Violette avait dans les mains un si beau collier qu’il lui était difficile de s’affliger, le bonhomme revint à la charge. « O amour et joie de mon cœur, lui disait-il en la caressant, bâton do ma vieillesse, couronne de mes cheveux blancs, ne verrai-je jamais l’heure où l’on m’appellera grand-père? Ne sens-tu pas que je deviens vieux? ma barbe grisonne et me dit chaque jour qu’il est temps de te choisir un
protecteur. Pourquoi ne pas faire comme toutes les femmes? Vois-tu qu’elles en meurent? Qu’eslce qu’un mari? C’est un oiseau en cage, qui chante tout ce qu’on veut. Si ta pauvre mère vivait encore, elle te dirait qu’elle n’a jamais pleuré pour faire sa volonté; elle a toujours été reine et impératrice au logis. Je n’osais souffler devant elle, pas plus que devant toi, et je ne puis me consoler de ma liberté.
— Père, dit Violette en lui prenant le menton, tu es le maître, c’est à toi de commander. Dispose de ma main, choisis toi-même. Je me marierai quand tu voudras, et à qui tu voudras. Je ne te demande qu’une seule chose.
— Quelle qu’elle soit, je le l’accorde, s’écria Cecco, charmé d’une sagesse à laquelle on ne l’avait pas habitué.
— Eh bien, mon bon père, tout ce que je désire, c’est que le mari que tu me donneras n’ait pas l’air d’un chien.
— Voilà une idée de petite fille! s’écria le marchand rayonnant de joie. On a raison de dire que beauté et folie vont souvent de compagnie. Si tu n’avais pas tout l’esprit de ta mère, diraistu de pareilles sottises? Crois-tu qu’un homme
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de sens comme moi, crois-tu que le plus riche marchand de Pæstum sera assez niais pour accepter un gendre à face de chien? Sois tranquille, je te choisirai, ou plutôt tu te choisiras le plus beau et le plus aimable des hommes. Te fallût-il un prince, je suis assez riche pour l’acheter.
A quelques jours de là, il y eut un grand dîner chez Cecco ; il avait invité la fleur de la jeunesse à vingt lieues à la ronde. Le repas était magnifique; on mangea beaucoup, on but davantage; chacun se mit à l’aise et parla dans l’abondance de son cœur. Quand on eut servi le dessert, Cecco se retira dans un coin de la salle, et prenant Violette sur ses genoux :
— Ma chère enfant, lui dit-il tout bas, regarde-moi ce joli jeune homme aux yeux bleus, qui a une raie au milieu de la tête. Crois-tu qu’une femme serait malheureuse avec un pareil chérubin?
— Vous n’y pensez pas, mon père, dit Violette en riant, il a l’air d’une levrette.
— C’est vrai, s’écria le bon Cecco, une vraie tête de levrette ! Où avais-je les yeux pour ne pas voir cela? Mais ce beau capitaine qui a le front ras, le cou serré, les yeux à fleur de tête, la poi-
trine bombée, c’est un homme celui-là, qu’en
dis-tu?
— Mon père, il ressemble à un dogue ; j’aurais toujours peur qu’il me mordît.
— Il est de fait qu’il a un faux air de dogue, répondit Cecco en soupirant. N’en parlons plus. Peut-être aimeras-tu mieux un personnage plus grave et plus mûr. Si les femmes savaient choisir, elles ne prendraient jamais un mari qui eût moins de quarante ans. Jusque-là les femmes ne trouvent que des fats qui se laissent adorer, ce n’est vraiment qu’après quarante ans qu’un homme est mûr pour aimer et pour obéir. Que dis-tu de ce conseiller de justice qui parle si bien et qui s’écoute en parlant? Ses cheveux grisonnent, qu’importe? Avec des cheveux gris on n’est pas plus sage qu’avec des cheveux noirs.
— Père, tu ne tiens pas ta parole. Tu vois bien qu’avec ses yeux rouges et les boucles blanches qui lui frisent sur les oreilles, ce seigneur a la mine d’un caniche.
De tous les convives il en fut de même ; pas un n’échappa à la langue de Violette. Celui-ci, qui soupirait en tremblant, ressemblait à un chien turc; celui-là, qui avait de longs cheveux noirs
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el des yeux caressants, avait la figure d’un épagneul ; personne ne fut épargné. On dit, en effet, que parmi vous autres hommes il n’en est pas un qui n’ait l’air d’un chien quand on lui met la main sous le nez, en lui cachant la bouche et le menton; vous devez le savoir, vous autres signori, qui ôtes tous des savants, car on dit que, si vous venez remuer les pierres de notre Italie, c’est pour demander à nos morts la sagesse qui, à mon avis, ne doit pas être une marchandise commune dans votre pays.
— Violette a trop d’esprit, pensa Cecco, je n’en viendrai jamais à bout par la raison. Sur quoi il entra dans une colère blanche ; il l’appela ingrate, tête de bois, fille de sot, et finit en la menaçant de la mettre au couvent pour le reste de sa vie. Violette pleura; il se jeta à ses genoux, lui demanda pardon, et lui promit de ne plus jamais lui parler de rien. Le lendemain il se leva sans avoir dormi, embrassa sa fille, la remercia de n’avoir pas les yeux rouges, et attendit que le vent qui tourne les girouettes soufflât du côté de sa maison.
Cette fois il n’avait pas tort. Avec les femmes il arrive plus de choses en une heure qu’en dix ans
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avec les hommes ; ce n’est jamais pour elles qu’il est écrit : On ne passe pas par ce chemin.
naissance et fiançailles de perlino.
Un jour qu’il y avait fête aux environs, Cecco demanda à sa fille ce qu’il pourrait lui apporter pour lui faire plaisir.
— Père, dit-elle, si tu m’aimes, achète-moi un dem\-canta7'o de sucre de Palerme et autant d’amandes douces ; joins-y cinq ou six bouteilles d’eau de senteur, un peu de musc et d’ambre, une quarantaine de perles, deux saphirs, une poignée de grenats et de rubis ; apporte-moi aussi vingt éclieveaux de lil d’or, dix aunes de velours vert, une pièce de soie cerise, et surtout n’oublie pas une auge et une truelle d’argent.
Qui fut étonné de ce caprice? ce fut le marchand; mais il avait été trop bon mari pour ne pas savoir qu’avec les fe’mmes il est plus court d’obéir que de raisonner; il rentra le soir à la
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maison avec une mule toute chargée. Que n’eût-il pas fait pour uii sourire de son enfant?
Aussitôt que Violette eut reçu tous ces présents, elle monta dans sa chambre, et se mit à faire une pâle de sucre et d’amandes, en l’arrosant d’eau de rose et de jasmin. Puis, comme un potier ou un sculpteur, elle pétrit cette pâte avec sa truelle d’argent, et en moula le plus beau petit jeune homme qu’on ait jamais vu. Elle lui fit les cheveux avec des fils d’or, les yeux avec des saphirs, les dents avec des perles, la langue et les lèvres avec des rubis. Après quoi elle l’habilla de velours et de soie, et le baptisa Perlino, parce qu’il était blanc et rosé comme la nacre de la perle.
Quand elle eut finit son chef-d’œuvre, qu’elle avait placé sur une table, Violette battit des mains, et se mit à danser autour de Perlino; elle lui chantait les airs les plus tendres, elle lui disait les paroles les plus douces, elle lui envoyait des baisers à échauffer un marbre : peine perdue, la poupée ne bougeait pas. Violette en pleurait de dépit, quand elle se souvint à propos qu’elle avait une fée pour marraine. Quelle marraine, surtout quand elle est fée, rejette le premier vœu qu’on
lui adresse? Et voici ma jeune fille qui pria tant et lant, que sa marraine l’entendit de deux cenls lieues et en eut pitié. Elle souffla ; il n’en faut pas davantage aux fées pour faire un miracle. Tout à coup Perlino ouvre un œil, puis deux; il tourne la tête à droite, à gauche, puis il éternue comme une personne naturelle; puis, tandis que Violette riait et pleurait de plaisir, voilà mon Perlino qui marche sur la table, gravement, à petits pas, comme une douairière qui revient de l’église ou un bailli qui monte au tribunal.
Plus joyeuse que si elle eût gagné le royaume de France à la loterie, Violette emporta Perlino dans ses bras, l’embrassa sur les deux joues, le plaça doucement à terre, puis, prenant sa robe a deux mains, elle se mit à danser autour de lui, en chantant :
Danse, danse avec moi.
Cher Perlino de mon âme;
Danse, danse avec moi.
Si tu veux m’avoir pour femme ;
Danse, danse avec moi.
Je serai la Reine et tu seras le Roi.
Nous sommes tous deux à la fleur de l’âge,
Plaisir de mes yeux, entrons en ménage.
Courir et sauter.
Danser et clianler.
Voilà toute la viet
Si tu fais toujours tout ce que je veux, Mon petit mari, tu seras lienreux A donner envie Aux dieux Des cieux.
Danse, danse avec moi.
Cher Perlino de mon âme:
Danse, danse avec moi.
Si tu veux m’avoir pour femme ; Danse, danse avec moi.
Je serai la Reine et tu seras le Roi.
Cecco, qui refaisait le compte de ses marchandises, parce qu’il lui semblait dur de ne gagner qu’un million de ducats dans l’année, entendit de son comptoir le bruit qu’on faisait au-dessus de sa tête : Per Bacclw! s’écria-t-il, il se passe làhaut quelque chose d’étrange ; il me semble qu’on se querelle.
11 monta, et, poussant la porte, vit le plus joli spectacle du monde. En face de sa fille, rouge de plaisir, était l’Amour en personne, l’Amour en pourpoint de velours et de soie. Les deux mains dans les mains de sa petite maîtresse, Perlino,
sautant des deux pieds à la fois, dansait, dansait, comme s’il ne devait jamais s’arrêter.
Aussitôt que Violette aperçut l’auteur de ses jours, elle lui fit une humble révérence, et lui présentant son bicn-aimé :
— Mon seigneur et père, lui dit-elle, tu m’as toujours dit que lu désirais me voir mariée. Pour t’obéir et te plaire, j’ai choisi un mari suivant mon cœur.
— Tuas bienfait, mon enfant, répondit Cecco, qui devina le mystère ; toutes les femmes devraient prendre exemple sur toi. J’en connais plus d’une qui se couperait un doigt de la main, et non pas le plus petit, pour se liibriquer un mari à son goût, un petit mari tout confit de sucre et de fleur d’orange. Donne-leur ton secret, tu sécheras bien des larmes. 11 y a deux mille ans qu’elles se plaignent, et dans deux mille ans elles se plaindront encore d’être incomprises et sacrifiées. Sur quoi il embrassa son gendre, le fiança sur l’heure, et demanda deux jours pour préparer la noce. Il n’en fallait pas moins pour inviter tous les amis à la ronde et dresser un diner qui ne fût pas indigne du plus riche marchand de Pæstum*
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l’enlèvement BE PERLINO.
Pour voir un mariage si nouveau, on vint de bien loin ; de Salerne et de la Cava, d’Amalfi et de Sorrente, même d’Ischia et de Pouzzoles. Riches ou pauvres, jeunes ou vieux, amis ou jaloux, chacun voulait connaître Perlino. Par malheur, il ne s’est jamais fait de noce sans que le diable s’en mêle; la marraine de Violette n’avait pas prévu ce qui devait arriver.
Parmi les invités, on attendait une personne considérable ; c’était une marquise des environs, qui s’appelait la dame des Écus-Sonnants. Elle était aussi méchante et aussi vieille que Satan ; elle avait la peau jaune et ridée, les yeux caves, les joues creuses, le nez crochu, le menton pointu: mais elle était si riche, si riche, que chacun l’adorait au passage et se disputait l’honneur de lui baiser la main. Cecco la salua jusqu’à terre, et la fil asseoir à sa droite, heureux et fier de présenter sa fille et son gendre à une femme qui, ayant
plus de cent millions, lui faisait la grâce de manger son dîner.
Tout le long du repas, la dame des Ecus-Sonnants ne fit que regarder Perlino ; la convoitise lui brûlait le cœur. La marquise habitait un château digne des fées; les pierres en étaient d’or, et les pavés d’argent. Dans ce château il y avait une galerie où l’on avait rassemblé toutes les curiosités de la terre : une pendule qui sonnait toujours l’heure qu’on désirait, un élixir qui guérissait la goutte et la migraine, un philtre qui changeait le chagrin en joie, une flèche de l’Amour, l’ombre de Scipion, le cœur d’une coquette, la religion d’un médecin, une sirène empaillée, trois cornes de licorne, la conscience d’un courtisan, la politesse d’un enrichi, l’hippogriffe d’O'rlando, toutes choses qu’on n’a jamais vues et qu’on ne verra jamais autre part ; mais à ce trésor il manquait un rubis : c’était ce chérubin de Perlino.
On n’était pas au dessert que la dame avait résolu de s’emparer de lui. Elle était fort avare; mais ce qu’elledésirait, il le lui fallait sur l’heure, et à tout prix. Elle achetait tout ce qui se vend, et même ce qui ne se vend pas ; le reste, elle le
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volait, bien certaine qu’à Naples la justice n’est faite que pour les petites gens. De médecin ignorant, de roule rechignée et de femme méchante, libéra nos. Domine, dit le proverbe. Dès qu’on se fut levé de table, la dame s’approcha de Perlino, qui, né depuis trois jours, n’avait pas encore ouvert les yeux sur la malice du monde; elle lui conta tout ce qu’il y avait de beau et de riche dans le château des Écus-Sonnants : « Viens avec moi, cher petit ami, lui disait-elle, je te donnerai dans mon palais la place que tu voudras : choisis; te plaît-il d’être page avec des habits d’or et de soie, chambellan avec une clef en diamants au milieu du dos, suisse avec une hallebarde d’argent et un large baudrier d’or qui te fera une poitrine plus brillante que le soleil? Dis un mot, tout est à toi . »
Le pauvre innocent était tout ébloui ; mais si peu qu’il eût respiré l’air natal, il était déjà Napolitain, c’est-à-dire le contraire d’une bête.
— Madame, répondit-il naïvement, on dit que travailler, c’est le métier des bœufs ; il n’est rjen de plus sain que de se reposer. Je voudrais un étal où il n’y eût rien à faire et beaucoup à gagner, comme font les chanoines de Saint-Janvier.
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— Quoi! dit la dame des Écus-Sonnants, à ton âge veux-tu déjà être sénateur?
— Justement, madame, interrompit Perlino, et plutôt deux fois qu’une, pour avoir double traitement.
— Qu a cela ne tienne, reprit la marquise; en attendant, viens que je te montre ma voiture, mon cocher anglais et mes six chevaux gris. Et elle l’entraîna vers le perron.
— Et Violette? dit faiblement Perlino.
— Violette nous suit, répondit la dame en tirant l’imprudent, qui se laissait faire. Une fois dans la cour, elle lui fit admirer ses chevaux qui, en piaffant, secouaient de beaux filets de soie roupie parsemés de clochettes d'or; puis elle le fit monter dans sa voiture pour essayer les coussins et se mirer dans les glaces. Tout d’un coup elle ferme la portière ; fouette cocher ! les voilà partis pour le châteaû des Écus-Sonnanls.
Violette cependant recevait avec une grâce parfaite les compliments de l’assemblée; bientôt, étonnée de ne plus voir son fiancé, qui ne la quittait guère plus que son ombre, elle court dans toutes les salles : personne ; elle monte sur le toit de la maison pour voir si Perlino n’y avait pas été
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chercher le frais : personne. Dans le lointain on apercevait un nuage de poussière, et un carrosse qui s’enfuyait vers les montagnes au galop de six chevaux. Plus de doute, on enlevait Perlino. A cette vue, Violette sentit son cœur faiblir. Aussitôt, sans penser qu’elle était nu-tête, en coiffure de mariée, en robe de dentelle, en souliers de satin, elle sortit de la maison de son père et se mit à courir après la voiture, appelant à grands cris Perlino, et lui tendant les bras.
Vaines paroles qu’emportait le vent. L’ingrat était tout entier aux paroles mielleuses de sa nouvelle maîtresse ; il jouait avec les bagues qu’elle portait aux doigts, et croyait déjà que le lendemain il SC réveillerait prince et seigneur. Hélas! il y en a de plus vieux que lui qui ne sont pas plus sages! Quand sait-on qu’au logis bonté et beauté valent mieux que richesse? C’est quand il est trop tard, et qu’on n’a plus de dents pour ronger les fers qu’on s’est mis aux mains.