‹ Nouveaux élémens d'anatomie descriptiveChapitre 4 sur 88 · CHAPiTRE SECOND · texte numérisé non relu

CHAPiTRE SECOND

Menhranes encéphaliques.

Les membranes des centres nerveux encéphaliques sont les mêmes que celles qui ont été décrites pour la moelle épinière , la dure-mère , Tarachnoïde et la pie-mère.

ARTICLE PREMIER

Dure-mère crânienne.

La dure-mère crânienne, placée immédiatement en dedans du crâne , a pour double usage de protéger les centres nerveux qui occupent cette cavité, et de servir , jusqu’à un certain point, de périoste interne aux parties osseuses qui la forment.

Conformation. La dure-mère crânienne circonscrit une grande cavité concentrique à celle des os du crâne, d^une forme générale semblable à la sienne, mais subdivisée intérieurement, par des cloisons incomplètes, en plusieurs cavités secondaires qui seront décrites un peu plus loin. Elle se continue avec la dure-mère spinale, sur la marge du trou occipital , à laquelle elle adhère très intimement.

La face externe de la dure-mère crânienne est immédiatement en rapport avec les os du crâne , bien différente, sous ce rapport, de celle de la dure-mère spinale , qui est séparée des vertèbres par de la graisse et par un tissu cellulaire fort lâche. Cette face au reste est hérissée de filamens cellulo-fibreux, qui pénètrent dans les sutures et à travers les trous qui mettent en communication Eexlérieur et rintérieur du crâne. A la faveur de ces filamens , la dure-mère se continue avec le périoste extra crânien( i). Elle envoie en particulier à travers le trou optique un prolongement fort remarquable, sur lequel j’ai déjà appelé l’attention dans la myologie (2), prolongement qui en pénétrant dans l’orbite se sépare en deux lames , dans l’intervalle desquelles se fixent la plupart des muscles intra-orbitaires; une

(1) Dans les maladies, cette continuité est quelquefois la source de graves accidens.

(2) Voy. p. 408, aponévrose de Zinn.

de ces lames va s’identifier avec le pe'rioste, l’autre accompagne le nerf optique jusqu’au globe de l’œil, et va adhérer à la sclérotique.

L’adhérence de la dure-mère aux os du crâne n’est pas la même partout : elle est beaucoup plus grande à la base qu’à la voûte de cette cavité ; du reste, on conçoit bien cette circonstance, pour peu qu’on réfléchisse, i** que la solidité de cette adhérence est fondée sur le nombre des prolongemens que la dure-mère envoie à travers les sutures et les trous du crâne ; 2° que ces prolongemens sont beaucoup plus nombreux à la base qu’à la voûte de cette cavité , puisque les sutures et les trous de transmission y sont prescjue tous réunis.

Des vaisseaux artériels et quelques veines diploïques (i) ou émissaires (2) , servent encore de moyens d’union entre les os du crâne et la dure-mère; mais ces liens n’ont presque aucune résistance en comparaison des précédons.

La face interne de la dure-mère crânienne est partout en rapport avec le feuillet externe de l’arachnoïde; elle lui est unie de la manière la plus intiim’, et en reçoit cet aspect lisse et poli qu’elle présente. Cette face est loin d’être conformée comme la première : dans un certain nombre de points elle donne naissance à des prolongemens, qui pénètrent plus ou moins profondément entre les centres nerveux crâniens, et qui cloisonnent la cavité générale de la membrane. Les plus remarquables de ces prolongemens constituent, la faulx du cerveau , la tente et la faulx du cervelet. Deux autres moins importans et qui n’ont pas reçu de noms particuliers, se rencontrent sur le bord postérieur des petites ailes du sphénoïde.

La faulx du cerveau {repli longitudinal de la méninge^ Ciiauss.) est une lame placée de champ sur la ligne médiane et dirigée dans le sens antéro-postérieur. Elle offre assez bien la forme d’une lame de faulx. Elle est large en arrière, et de plus en plus rétrécie en avant. Elle occupe la grande scissure interlobaire. Ses deux faces latérales sont planes, et quelquefois criblées d’une foule de pertuis qui donnent à cette lame l’apparence de la dentelle. Son bord supérieur, ou excentrique^ est

(1) Les veines qui rapportent le sang de lïntérieur des os.

(2) De petites veines qui naissent en dehors et qui vont se terminer à rintéiieur du crâne.

le plus long et le plus large ; il loge dans son épaisseur le plus grand de tous les sinus méningiens (i), et adhère d’avant en arrière à la crête éthmoidal, à l’apophyse crista gaïli, à la crête frontal interne et auX deux bords de la gouttière longitudinale supérieure, jusqu’à la protubérance occipitale interne. Son bord inférieur, ou concentrique , est le plus court et le plus mince ; il loge en arrière le sinus longitudinal inférieur^ et repose plus ou moins immédiatement sur la face supérieure du corps calleux. Son extrémité antérieure ou sa pointe, embrasse l’apophyse crista galli , et se prolonge jusque vers la face supérieure du sphénoïde. Son extrémité postérieure ou son talon, adhère à la tente du cervelet et renferme le sinus droit.

La tente du cervelet ( septum transi^erse de la méninge , Ckauss. ) est placée transversalement entre le cervelet et la partie postérieure du cerveau, au-dessus des fosses occipitales inférieures. La tente du cervelet n’est pas dirigée horizontalement , elle forme plutôt une voûte à concavité inférieure. Sa face supérieure, convexe et unie sur la ligne médiane à la base de la faulx de la dure-mère qui la tiraille de son côté , est en rapport avec la partie postérieure du lobule tempovo-occipital du cerveau. Sa face inférieure est concave et contiguë à la région supérieure du cervelet. Son bord postérieur ou excentrique, grande circonférence des auteurs, est très-épais; il loge dans son épaisseur une partie des sinus latéraux en arrière, et les sinus pétreux supérieurs en avant; il adhère à l’occipital, à l’angle postérieur inférieur des pariétaux et au bord supérieur des deux rochers; près de la pointe de ceux-ci, il lient seulement aux deux bords de la gouttière superficielle destmee au nerf de la cinquième paire , et forme une sorte de pont audessus de ce nerf ; enfin il se termine en avant par deux replis, qui se fixent sur les apophyses clinoïdes postérieures. Son bord antérieur, o\x concentrique , petite circonférence des auteurs, est beaucoup plus mince que le précédent ; avec le corps du sphénoïde, il forme une ouverture ovalaire qui répond à la protubérance annulaire; il se termine antérieurement par deux replis, qui vont se fixer sur le sommet des apophyses clinoïdes anté-

(i) Le sinus longitudinal supérieur.

xieures, en croisant obliquement et à la manière d’un X; les prolongemens analogues du bord préce'dent.

La faulx du cervelet {septum médian du cervelet^ Chacss.) est une lame triangulaire , placée de champ sur la ligne médiane et dans le sens antéro-postérieur, comme la faulx du cerveau, et reçue dans réchancrure postérieure du cervelet. Ses deux faces sont latérales. Sa base tient à la tente du cervelet près de la protubérance occipitale interne. Son sommet s’avance jusqu au trou occipital et l’embrasse en se bifurquant. Son bord postérieur tient à la crête occipitale interne. Son bord antérieur est libre dans la scissure cérébelleuse.

Le repli cpie forme la dure-mère sur le bord postérieur de la petite aile du sphénoïde est peu saillant et peu important ; il est reçu dans la scissure de Sjlvius.

La cavité de la dure-mère crânienne est divisée par la tente du cervelet, en deux cavités secondaires ; l’une grande, supérieure et antérieure; l’autre, petite, inférieure et postérieure ; toutes deux subdivisées à leur tour, d’une manière fort incomplète, par les faulx du cerveau et du cervelet. Ces deux cavités communiquent ensemble au moyen d’une ouverture ovalaire formée, en arrière et latéralement, par la tente du cervelet, eu avant, par la gouttière basilaire et occupée par la protubérance annulaire. La grande cavité de la dure-mère est appelée cérébrale, parce qu’elle est exclusivement destinée au cerveau ; la petite pourrait être nommée cérébelleuse , parce qu’elle appartient Surtout au cervelet , le bulbe supérieur de la moelle n’occupant qu’un point très circonscrit de sa partie antérieure.

Structure. La dure-mère est épaisse, dense et très résistante. Elle est formée de fibres albuginées, entrecroisées d’une manière oblique. Deux lames, séparées dans certains points pour former les sinus, réunies partout ailleurs, la constituent manifestement. Elle est creusée de cavités veineuses cpi’on appelle sinus de cette membrane. Ses artères viennent de la méningée moyenne de la maxillaire interne , des méningées antérieures de l’ophtalmique et des méningées postérieures de la pharyngienne inférieure, de la vertébrale et de l’occipitale. Ses veines sont la méningée moyenne et d’autres plus petites, qui se rendent dans les sinus. Les lymphatiques y sont peu nombreux. Les nerfs, qui

lui avaient été refusés par Haller, Wrisberg, Lobstein, ont été aperçus par Yieussens, Winslow, Lieutaud^ Gliaussier, et mis hors de doute dans ces derniers temps par Arnold et par M. ,Cruveilhier ; ils viennent du grand sympathique et de la cinquième paire.

Les sinus de la dure-mère sont des cavités qui reçoivent le sang des veines encéphaliques , et qui le transmettent aux jugulaires internes, vers la base du crâne. Ce sont des conduits intermédiaires aux deux ordres de vaisseaux précédens ; ou plutôt ce sont des veines qui n’ont que la membrane interne de ce système , et dont la dure-mère se charge de former presque entièrement les parois (i).

Quoi qu’il en soit, les sinus (ü), à deux exceptions près , qui portent sur les sinus droit et longitudinal inférieur , sont creusés dans la dure-mère pariétale , et se trouvent en rapport immédiat avec les os du crâne , sur lesquels ils impriment le plus souvent leur passage, en y traçant des gouttières plus ou moins larges. Ils abondent surtout à la hase du crâne. Leur disposition est soumise à la plus exacte symétrie. Leur coupe a la forme d’un triangle à bords curvilignes, dont la base est dirigée vers les os (5). Des brides fibreuses cloisonnent irrégulièrement leur cavité. Leurs parois sont formées , en dehors, par la dure-mère, dont les deux lames sontséparées l’une de l’autre, en dedans , par un prolongement de la membrane interne des veines.

Tous les sinus de la dure-mère viennent se rendre plus ou moins immédiatement dans le conjluent des sinus , cavité placée en dedans de la protubérance occipitale interne, et décrite par Héropbile, qui l’avait appelée pressoir^ parcequbl supposait que

(1) La diMe-mère raebidîenne n’offre rien, d’analogue aux sinus crâniens; le5 prétendus sinus rachidiens ne ressemblent aux précédens que par leur nom ; ce sont des veines ordinaires pour la structure ; et ils n’ont guère de spécial que leur position sous la méninge.

(2) La description de ces sinus pourrait, â la rigueur, être renvoyée à celle diu système veineux; mais comme la part die la dure-mère à leur organisation est ineomparablemcnt plus grande que celle du tissu des veines , cette description doit être placée ici de préférence.

(3) C’eat surtout le sinus longitudinal supérieur que l’on doit choisir pour faire cette coupe.

le sang y est soumis à une pression considérable. Il importe avant tout d’étudier la disposition de cette partie.

Le confluent des sinus, -pressoir d" Hérophile , torcular Hero*phili , est une cavité de forme triangulaire , placée sur la ligne médiane , en dedans de la protubérance occipitale interne , dans le bord postérieur de la tente du cervelet, et dans le point où cette tente se réunit avec la faulx du cerveau et celle du cervelet. Il offre six ouvertures : une supérieure , pour le sinus longitudinal supérieur , deux inférieures , pour les sinus occipitaux , une antérieure , pour le sinus d.roît, et deux latérales , une de chaque côté , pour les sinus latéraux. Les deux dernières sont les plus larges, viennent ensuite successivement la supérieure , l'antérieure et les deux inférieures. Les deux ouvertures latérales servent au passage du sang qui sort du pressoir d’Héropliile , et qui se dirige vers les veines jugulaires, par les sinus latéraux. Les quatre autres permettent l’entrée du sang dans le confluent.

Il y a treize sinus. Tous aboutissent en définitive plus ou moins immédiatement au pressoir d’Hérophile, dans lequel ils apportent, ou duquel ils exportent le sang. Aussi peut -on les étudier en les faisant procéder de celui-ci , et en se représentant les petits sinus qui n’arrivent pas jusqu’au pressoir , comme des branches des premiers. On peut encore les distinguer en principaux et en secondaires , les premiers torculariens , les seconds atorculariens {i).

l* Sinus principaux , ou torculariens . Ces sinus sont ceux dont les ouvertures ont été décrites à l'occasion du pressoir d’Hérophile, et qui, en effet, aboutissent immédiatement à ce confluent. Ils sont au nombre de six : le sinus longitudinal supérieur, le sinus droit, les sinus occipitaux et les sinus latéraux. Les quatre premiers apportent du sang au pressoir, les deux derniers l’emportent et le déposent dans l’origine des veines jugulaires internes.

Le sinus longitudinal supérieur , (sinus falciformis superior, Soemmering), est placé dans le bord supérieur de la faulx du cerveau, au niveau de la gouttière longitudinale supérieure du

(i) Celte manière de considérer les sinus m’a toujours paru très-favorallc pour la mémoiic.

crâne qui lui est destinée. Il s’étend depuis le trou borgne, jusqu’à la partie supérieure du confluent des sinus. Sa largeur va en augmentant graduellement à mesure qu’il se porte en arrière, vers le dernier point. A son origine il reçoit la veine qui parcourt le trou borgne ; d’autres viennent également s’j ouvrir plus loin , comme on le verra par la suite.

Le sinus droit est placé sur la ligne médiane , dans la base de la faulx du cerveau , entre elle et la tente du cervelet. Il n’a aucun rapport avec les os du crâne. Il s’étend du bord antérieur au bord postérieur de la tente du cervelet, reçoit à son origine le sinus longitudinal inférieur^ et se termine en arrière à la partie antérieure du pressoir d’Héropliile. Sa capacité va en augmentant à mesure qu’il se rapproche de ce dernier point.

Les sinus occipitaux soni ires petits, en coinparaison des précédons. Au nombre de deux^ ils sont placés dans la base de la faulx du cervelet, au niveau de la crête occipitale interne. Ils commencent au trou occipital, l’un à droite, l’autre à gauche, et en l’entourant quelquefois. Ils se portent en haut et un peu en arrière, vers la partie inférieure du pressoir d’Hérophile et s’y terminent. Ils s’élargissent de plus en plus en remontant, et manquent sur quelques sujets.

Les sinus latéraux , au nombre de deux , sont les plus considérables des sinus de la dure-mère; ce que l’on comprend aisément, quand on réfléchit qu’ils charrient tout le sang des autres vers les veines jugulaires. Ils sont placés en partie dans le bord postérieur de la tente du cervelet , et en partie dans les fosses occipitales inférieures. Reçus dans les gouttières latérales du crâne , ils commencent sur les côtés du pressoir d’Hérophile, se dirigent d’abord en dehors, puis en bas et en avant, et viennent se terminer au trou déchiré postérieur, dans le golfe de la veine jugulaire interne. Le sinus latéral droit est presque toujours plus ample que le gauche. Près de la base du rocher, ils reçoivent les sinus pétreux , comme on va le voir.

2® Sinus secondaires ou atorculariens. Ces sinus sont tous ceux qui n’ont aucun rapport immédiat avec le pressoir d’Hérophile, qui s'abouchent avec les précédons, et qui , à vrai dire, doivent en être considérés comme des ramifications. On en compte dix : le sinus longitudinal inférieur^ le sinus circulaire de Ridlejr , les sinus pétreux ^ le sinus transÿcrse de la gouttière ha^

;o ANATOMIE

hilaire , les sinus caverneux et le sinus circulaire de la selle turcique ou coronaire.

Le sinus longitudinal inférieur est le prolongement du sinus droit. Placé dans le bord inférieur de la faulx du cerveau , il commence au milieu de ce bord environ , s’élargit de plus en plus, et vient se terminer vers la partie antérieure de la tente du cervelet, en se continuant avec le sinus di'oit. Il est très petit, et manque quelquefois presque complètement.

Le sinus circulaire de Ridley n’est, à proprement parler , que l’origine des sinus occipitaux, autour du trou occipital. Il entoure ce trou, quelquefois incomplètement, et va se terminer en avant dans les sinus occipitaux.

Les sinus pétreux , au nombre de quatre , deux de chaque côté, sont placés au niveau des bords supérieur et inférieur du rocher, dans les gouttières pétrées, et distingués, comme ces gouttières, en supérieurs et en inférieurs.

Les sinus pétreux supérieur et inférieur communiquent ensemble, à leur origine, de chaque côté, près du sommet du rocher, et ils reçoivent, dans le même point, le sinus caverneux correspondant et le transverse de la gouttière basilaire. Tous les deux vont se terminer en arrière, près de la base du rocher, dans les sinus latéraux , le supérieur avant Finférieur.

Le sinus pétreux supérieur, placé dans le bord postérieur, ou dans la grande circonférence de la tente du cervelet, occupe le centre du petit pont fibreux qui est tendu au-dessus du nerf de la cinquième paire. L’inférieur longe la suture occipitopétrée, dans la fosse occipitale inférieure de son côté.

Le sinus transverse de la gouttière basilaire est placé transversalement sur la gouttière basilaire, entre l’origine des sinus pétreux droits et gauches. Il est peu considérable, met en communication les sinus pétreux opposés, et manque quelquefois.

Les sinus caverneux , au nombre de deux , sont placés sur les côtés de la selle turcique, dans les gouttières du même nom. Ils sont très larges et très courts. Iis commencent sous l’apophyse clinoïde antérieure, en recevant la veine orbitaire, et se terminent sous l’apophyse clinoïde postérieure, en se continuant avec les sinus pétreux correspondans. Dans leur trajet, ils communiquent en dedans, par une large ouverture, avec le sinus de la selle turcique.

DU SYSTÈME NERVEUX CENTRAL. jt

Les sinus carverneux né servent pas seulement à recevoir îe sang (les veines voisines , ils logent encore l’artère carotide interne , à son entrée dans le crâne , le nerf de la sixième paire et un petit plexus nerveux qui porte le même nom que lui(i), circonstance qui rend raison de leur grande capacité. Leur paroi externe est formée par une lâme fort épaisse de la dure-mère , lame dans laquelle sont creusés de petits conduits particuliei's pour trois nerfs orbitaires (2).

Le sinus circulaire de la selle turcique ou coronaire est impair , et entoure le corps pituitaire d’un cercle complet. A droite, et à gauche , il communique par une ouverture avec le sinus caverneux ,

Déifeloppement. La dure-mère adhère différemment aux os du crâne suivant les âges : chez le fœtus , elle fait presque corps avec euX;, et ne peut que très difficilement en être séparée; chez l’enfant , il en est encore à peu près de même ; chez Tadulte, son adhérence est très faible à la voûte du crâne ; chez le vieillard , elle s’identifie de nouveau avec les os comme chez l’enfant. Mais cependant , sous ce rapport , il y a cette différence , entre les deux âges extrêmes de la vie : c|iie dans l’enfance ce sont des vaisseaux nombreux., tandis que chez le vieillard, ce sont, au contraire;, des moyens fibreux qui forment l’intimité de l’union de la dure-mère et des parois crâniennes.

ARTICLE SECOND

Pie-mère crânienne.

Bans le crâne, comme dans le canal vertébral , la pie-mère reste immédiatement appliquée à la surface des centres nerveux, se réfléchissant partout comme cette surface, pénétrant dans ses plus profondes anfractuosités, et se relevant sur toutes les saillies ou circonvolutions qu’elle présente. Plus cjue la pie-mère rachidienne, celle que je décris offre l’apparence vasculaire; on peut même assurer, sans craindre de se tromper, qu’elle est formée par le réseau des vaisseaux qui doivent ultérieurement

(1) Plexus formé par des branches ascendantes du ganglion cervical supérieur du grand sympathique.

(2) Le moteur oculaire commun , le pathétiqne et l’ophtalmique de WiUis.

pénétrer la substance nerveuse , vaisseaux que la nature a voulu atte'nuer ainsi , afin de les einpêcber d’être une source trop grande d’irritation et même de destruction pour cette délicate substance.

La pie-mère crânienne est plus dense sur la base que sur la face supérieure du cerveau^ et plus résistante sur la protubérance que partout ailleurs. Sur le bulbe , elle se continue avec la pie-mère qui constitue la membrane propre de la moelle. Du reste, elle n’est pas bornée à la surface extérieure de l’encéphale, elle pénètre aussi dans les ventricules par toute l’étendue de la grande fente de Bicbat ; de sorte qu’on lui distingue généralement deux portions , qui constituent la pie-mère extérieure et la pie-mère intérieure.

La pie-mère extérieure n’offre rien de particulier, rien surtout qui n’ait déjà été indiqué : elle s^enfonce seule dans les anfractuosités , et vient rejoindre l’aracbi/oïde sur le sommet des circonvolutions encéphaliques. Dans les anfractuosités, elle offre réellement deux feuillets, feuillets simplement contigus dans l’origine, mais dont l'imion devient intime chez l’adulte ; ce qui fait qu’on pourrait alors décrire cette membrane comme suivant partout l’arachnoïde sur le sommet des circonvolutions, et envoyant, de sa face interne, des prolongemens lamelleux dans les anfractuosités. Sa face interne est partout appliquée sur la surface des centres nerveux, dans laquelle elle envoie une foule innombrable de vaisseaux. Sa face externe, en rapport avec l’arachnoïde sur les circonvolutions et séparée d’elle dans les anfractuosités, est unie à cette membrane par des filainens vasculaires.

La pie-mère intérieure se continue avec la pie-mère extérieure dans deux points: sur la marge de la fente de Bichat et au niveau de la partie inférieure du quatrième ventricule. Dans le premier point, elle pénètre dans les ventricules latéraux et dans le ventricule moyen , et forme la toile choroïdienne dans celui-ci, eiXes plexus chordides dans ceux-là. Dans le second, elle constitue ce qu’on appelle le plexus choroïde du quatrième 'ventricule.

La toile choroïdienne est formée par la portion de pie-mère qui s’insinue dans la partie transversale et moyenne de la grande fente cérébrale. C’est une lame tendue horizontalement.

DU SYSTÈME NERVEUX CENTRAL. fo

audessous de la voûte à trois piliers, et audessus du troisième ventricule. Elle a la forme d’un triangle dont la base tournée en arrière, répond à la partie postérieure du corps calleux, et dont le sommet s’avance jusqu’au pilier antérieur du trigone cérébral. Sa face supérieure est contiguë à la voûte , sur laquelle ses vaisseaux impriment quelques sillons obliques qui constituent la l^'re. Sa face inférieure est en rapport avec le troisième ventricule, avec la glande pinéale et ses deux freins, et avec la partie interne des couches optiques. Ses bords latéraux sont côtoyés par les plexus choroïdes et unis avec eux.

Les plexus choroïdes sont constitués par la pie-mère, qui s’insinue dans les parties latérales de la grande fente cérébrale. Ce sont deux franges rougeâtres, qui parcourent les deux ventricules latéraux , dans presque toute leur étendue. Ils sont formés par une lame de la pie-mère ramassée sur elle-même, et qu’on peut déployer par l’agitation dans l’eau. Leur direction est la même que celle des ventricules latéraux : ils se portent de bas en haut , d’avant en arrière et de dehors en dedans dans l’étage inférieur de ces ventricules, se contournent comme eux, en arrière des couches optiques, puis ensuite se portent d’arrière en avant et de dehors en dedans sur les côtés du trigone cérébral. Un de leurs bords est uni au côté correspondant de la toile choroïdienne ; l’autre est libre, flottant et plus ou moins découpé. Leur extrémité antérieure est unie à la toile choroïdienne, dans l’ouverture de communication des ventricules latéraux et moyen. On y rencontre souvent des kystes séreux plus ou moins nombreux.

Le plexus choroïde du quatrième ventricule est très peu considérable; il est en rapport immédiat avec la valvule de Tarin, et appliqué sur la partie postérieure du bulbe de la moelle.

La pie-mère qui tapisse la voûte du cerveau, donne souvent naissance à des granulations blanchâtres, plus ou moins volumineuses, irrégulièrement lobées, d’une dureté fibreuse ou fibrocartilagineuse qui constituent ce qu’on a appelé les glandes de Pachioni. Ces petits corps ne se rencontrent guère que dans l’âge adulte ; leur nombre et leur volume augmentent ensuite, presque en raison directe des années. On les rencontre seulement près de la ligne médiane, sur les deux côtés de la grande scissure interlobaire , près des veines qui se rendent

dans le sinus longitudinal supérieur. Ils s’élèvent de la piemère qui revêt cette partie du cerveau, et paraissent formés par une véritable bypertropbie, ou par une sorte d’induration de cette membrane. Ils soulèvent rarachnoïde qui les recouvre^ pressent sur la dure-mère, produisent l’atrophie, ou la séparation des fibres de celle-ci, et pénètrent dans le sinus, s’ils se sont développés à son niveau, ou se mettent en rapport avec les os de la voûte du crâne, sur lesquels ils déterminent une impression particulière, s’ils se sont développés en dehors du sinus (i).

Quelle est la nature de ces granulations ? Quelle cause préside à leur formation? Telles sont les questions qui viennent naturellement à l’esprit, chaque fois qu’on étudie les membranes encéphaliques. Peu de personnes peuvent se flatter d’y avoir répondu d’une manière satisfaisante. J’j ai beaucoup réfléchi et, je l’avoue, ces circonstances, i® que ces corps manquent dans le jeune âge, et sont ensuite de plus en plus développés, à mesure qu’on s’éloigne de cette période de la vie , 2^ que la pie-mère est, de toutes les membranes cérébrales, celle qui subit le plus promptement des modifications dans sa manière d’être, quand elle dévient le siège d’une irritation quelconque, 5^^ que les céphalalgies, les migraines auc[uelles peu d’individus échappent complètement pendant l’âge moyen de la vie , ces circonstances , dis-je , m’ont toujours fait considérer les glandes de Pacliioni comme des produits pathologiques, dont l’influence, sans doute, est peu fâcheuse, mais dont la nature ne peut être méconnue pour cette raison, produits qui partagent, au reste, ces caractères avec plusieurs autres, dont Fétioiogie est un peu mieux établie.

L’adliérence de la pie-mère à la surface des centres nerveux , ,est faible chez l’enfant et chez le vieillard, tandis qu’elle est assez forte chez l’adulte. Cette disposition, comme on le voit, est justement inverse de celle que présente la dure-mère, relativement aux os du crâne.

Chez l’embryon , à l’époque à laquelle les ventricules encé-

(1) J’ai rencontré souvent de ces impressions sur les pariétaux de certains vieillards ; ce sont des cavités dans lesquelles la table interne de l’os reste intacte, mais qui sont exactement moulées sur les corps que je décris.

phaliques n’existent pas encore, et même lorsqu’ils sont seulement représentés par une gouttière , il n’j a aucune séparation entre la pie-mère extérieure et la pie-mère intérieure; cette séparation se prononce bientôt, et le devient de plus en plus par la suite. D’abord, les plexus choroïdes et la toile clioroïdienne , sont très gonflés, et remplissent les ventricules auxquels ils appartiennent. Plus tard ces productions subissent une sorte d’atrophie, et révêtent les caractères et la disposition qui ont été indiqués.

ARTICLE troisième.

Arachnoïde crânienne.

L’arachnoïde encéphalique, comme celle du canal vertébral, ofîre tous les caractères des membranes séreuses , ou pour parler plus exactement , toutes deux font partie de la même membrane, qui tapisse à la fois toute la cavité céphalo-rachidienne. Placée entre la pie-mère et la dure-mère , elle offre deux feuillets distincts, continus cependant l’iin à l’autre sur les vaisseaux et les nerfs qui se portent du cerveau vers les parois de la cavité du crâne , ou de celles-ci vers le cerveau , feuillets distingués en pariétal et viscéral.

Le feuillet pariétal de l’arachnoïde crânienne tapisse la face interne de la dure-mère et demeure uni, au moyen d’un tissu cellulaire très serré , à cette membrane et aux divers replis qu’elle présente, à lafaulx du cerveau, à la tente du cervelet, etc.

Le feuillet viscéral , continu avec le précédent , comme je l’ai montré, tapisse toute la surface extérieure du cerveau , du cervelet, de la protubérance annulaire et du bulbe supérieur de la moelle , sans pénétrer presque jamais dans les scissures de chacun d’eux, et en se bornant à revêtir le sommet de leurs lames ou circonvolutions. Toutefois la règle précédente n'est pas sans quelques exceptions : ainsi , d’une part , l’arachnoïde s’enfonce un peu dans la scissure de Sylvius, ainsi elle pénètre , d’autre part , jusqu’au fond de la grande scissure interlobaire et y revêt la face supérieure du corps calleux.

Quoi qu’il en soit, le feuillet viscéral de l’arachnoïde ferme le plus souvent les anfractuosités de l’encéphale , et passe audessus d’elles sans y pénétrer; ih se porte, en bas , sur la pro-

tubérance annulaire, en suivant les pe'doncules cérébraux, et en arrière , sur le cervelet , en passant au-dessus de la valvule de Vieussens. La face supérieure de la protubérance annulaire, engagée dans la grande fente cérébrale , ou embrassée par la partie antérieure du cervelet, est tout-à-fait étrangère à Tarachnoïde encéphalique.

Ce n’est pas seulement du cerveau que le cervelet reçoit la portion du feuillet viscéral de raraclinoïde qui lui appartient; l’arachnoïde qui tapisse la face antérieure de la protubérance annulaire, se porte aussi sur la face inférieure de ce centre nerveux, et s’v déploie en pénétrant un peu dans la scissure interlobaire.

Enfin, de la protubérance annulaire en avant, et du cervelet en arrière, le feuillet viscéral de raraclinoïde descend sur le bulbe supérieur de la moelle , et s’y comporte comme il a été dit à l’ occasion de celle-ci. La réflexion de l’arachnoïde du cervelet à la partie postérieure du bulbe est très facile à reconnaître, et a pris une certaine importance dans ces derniers temps, depuis les recherches de M. Magendie sur le liquide céphalorachidien. Cette réflexion a lieu au niveau de la partie inférieure du quatrième ventricule, et de la valvule de Tarin qui ferme incomplètement cette cavité. Un tissu cellulaire lâche, continu avec celui qui sépare la membrane propre de l’arachnoïde de la moëlle, sépare en ce lieu et l’arachnoïde crânienne et la valvule qui lui correspond; ce tissu communique avec le quatrième ventricule, au moyen de l’ouverture de la valvule de Tarin, et peut ainsi , tour à tour, recevoir du ventricule ou lui renvoyer la sérosité qui s’y trouve infiltrée (i).

Depuis Bichat , on a distingué deux portions à l’arachnoïde, ainsi qu’à la pie-mère : une extérieure , qui vient d’être décrite, et une autre intérieure^ qui communiquerait avec la précédente par la partie transverse de la grande fente cérébrale, au moyen d’un canal infondibuliforme , canal arachnoïdien , qui serait placé au-dessous de la toile choroïdienne, au-dessus de la glande pinéale, et qui viendrait s’ouvrir dans le troisième ventricule ; de telle sorte que l’arachnoïde tapisserait ce ventricule, et se

(i) Voyez à cet égard les recherches de M. Magendie, dans son journal de physiologie expérimentale.

porterait ensuite dans le quatrième et dans les late'raux , au moyen de l’aqueduc de Sylvius et des ouvertures place'es en avant des couches optiques. Mais cette manière de voir estelle fondée? M. Magendie a osé le premier élever des doutes sur ce point, et cette opinion a été partagée depuis par la plupart des anatomistes. On a fait remarquer en effet : 1® que le canal arachnoïdien n’existe pas , qu’on rencontre bien un infundibulum-arachnoïdien dans la fente cérébrale, mais qu’il s’y termine en cul-de-sac, et que Bichat a dû être trompé par cette disposition ; 2° que la membrane des ventricules , quoique d’apparence séreuse , n’a pas cependant la résistance de l’arachnoïde extérieure J 3° enfin que si l’arachnoïde pénétrait dans les ventricules, elle communiquerait, parla fente de la valvule de Tarin, avec le tissu cellulaire sous-arachnoïdien de la moelle épinière.

Quelque sérieuses que soient ces objections, quelque graves que soient les hommes qui les ont articulées, je ne crois pas qu on doive s’y rendre complètement. Sans doute le canal arachnoïdien ne se rencontre pas chez l’adulte , mais son existence est un fait notoire chez l’embryon, vers l’époque à laquelle les lobes du cerveau, encore rudimentaires, exécutent cette sorte de mouvement de révolution en arrière et en dedans, qui doit donner naissance aux ventricules, et à ce moment où la surface de ces cavités n’est pas encore complètement retournée en dedans. En effet , par suite meme du mode d’évolution des lobes du cerveau , une partie de l’arachnoïde est repliée avec une portion de la surface de ces lobes, et devient ainsi intérieure, par rapport^à l’autre. D’abord les deux arachnoïdes communiquent ensemble par une large ouverture; plus tard cette ouverture se rétrécit et se transforme en un canal; et plus tard encore, ce canal s’oblitère, absolument comme s’oblitère le canal qui met primitivement en communication le péritoine et la tunique vaginale, Ainsi il y a également erreur dans les opinions opposées ùe Bichat et des anatomistes qui sont venus après lui, relativement au canal arachnoïdien , le premier considérant celui-ci comme propre à l’age adulte, alors qu’il n’appartient qu’à l’embryon; les seconds, regardant son existence comme impossible, quoique l’observation établisse qu’on le rencontre dans les premières périodes de la vie.

yS ANATOMIE

On comprend qu’il est à peine nécessaire , mais qu’il est du reste très aise', de montrer le peu de fondement des autres objections portées contre la doctrine du canal arachnoïdien. Qu’importe , en effet , que la membrane ventriculaire , dont chacun reconnaît l’analogie avec les membranes séreuses , soit plus mince que l’arachnoïde extérieure? Cette circonstance ne doit pas plus empêcher de la considérer comme une dépendance de celle-ci , que la ténuité de la membrane des sinus des fosses nasales n’empêclie de la regarder comme une partie de la pituitaire. Qu’importe aussi que la portion ventriculaire de l’arachnoïde communique avec le tissu sous-arachnoïdien de la moelle, par la fente de la valvule de Tarin ? Est-ce que le péritoine cesse d’être une membrane séreuse , parce qu’il offre une ouverture qui le fait communiquer avec une cavité muqueuse ouverte au dehors? non, assurément (î).

(j) Ici viendrait naturellement se placer, dans un ordre physiologique, l’histoire particulière des nerfs; mais, pour des raisons que j’ai déjà exposées, je la renvoie après celle des vaisseaux.

Page 1