PREMIÈRE PAIRE
Nerf olfactif . [ethmoidaf Chauss.)
Le nerf olfactif le plus antérieur des nerfs crâniens est entièrement destiné à la membrane pituitaire.
A vrai dire , il n’existe pas seulement un nerf olfactif de chaque côté ; on en trouve, au contraire, un grand nombre qui naissent d’une masse nerveuse appelée bulbe olfactif, masse placée au-dessus de la lame criblée de Tethmoïde* Le prétendu tronc de ce nerf est une véritable portion de l’encéphale, c’est l’extrémité antérieure de la moelle alongée, suivant quelques anatomistes. Bien différente, en effet, des nerfs par sa structure, cette partie est composée de substance blanche et de substance grise, comme les centres nerveux; en outre, chez les animaux, chez lesquels elle est très développée, elle renferme une cavité oui se continue avec le ventricule latéral du cerveau.
Les anciens, au reste, n’étaient pas tombés, sous ce rapport, dans l’erreur grossière des modernes, ils appelaient cette partie processus niamillaire du cerveau; mais en revanche, aussi, ils ne connaissaient pas les véritables nerfs olfactifs; Massa est le premier c[ui les ait décrits.
Quoi qu’il en soit, le processus olfactif commence dans la scissure de Sy'tviüs, sur la face inférieure du corps strié et appartient par conséquent au cerveau proprement dit ; cependant il ne procède pas de rhémisphère lui-même, mais oe 1 un des renflemens de la moelle prolongée dans le crâne, comme je l’ai dit plus haut. Trois faisceaux médullaires ou trois racines distinctes lui donnent naissance , une grü^eet deux blanches parfaitement décrites par Yicq-d’Azir. La première, pyramide gjùse^ se continue avec l’écorce grise de la dernière circonvolution du lobule frontal. Les secondes sont distinguées en externe et interne ; la racine blanche externe, la plus longue, se dirige en dehors dans la scissure de Syivius, et s’enfonce dans la partie externe du corps strié ^ la racine blanche interne, la plus courte, commence à la partie antérieure interne de la scissure de Syivius, en avant et en dedans de l’espacé blanc perforé ; toutes deux convergent l’une vers l’autre, et se réunissent bientôt sur les côtés et au-dessous de la racine grise.
DES CORDONS NERVEUX. 5yi
Il oe peut pas y avoir de doute aujoiird’iiiii relativement à la continuité des processus olfactifs avec les corps striés; Viens— sens, Winslow, Monro, Gliaussier, Scarjja, H. Mayo s’accordent parfaitement à cet égard. Leurs racines Ijianclies sont en relation avec le faisceau des fibres des pédoncules qui s’étale dans les corf)S striés ; ce qui explique très bien comment Willis a pu les suivre jusqu’à la moelle alongée, et M. Gruveilbier jusqu’à la commissure antérieure qui est elle-même une émanation des fibres pédonculaires. L’opinion de Ridley toucbant l’origine de ces nerfs à la partie antérieure du corps calleux ne peut pas soutenir l’épreuve de la dissection.
Une fois constitué par la réunion des trois cordons précédens, le processus olfactif représente un faisceau prismoïde et triangulaire libre seulement par sa face inférieure. Il s’avance d’abord d’arrière en avant et un peu de dehors en dedans, placé dans une anfractuosité rectiligne de la partie interne de la face inférieure du lobule frontal, et recouvert seulement par Faraclinoïde ; ensuite, parvenu dans la gouttière ethmo'idale, il se détache tout-à-fait du cerveau, offre un renflement très prononcé qui constitue le hulbe ou le lohe olfactif ^ et donne aussitôt naissance à une multitude de filets qui traversent i’ethmoïde.
Le bulbe olfactif est remarquable par sa mollesse et par sa couleur grisâtre. Il est formé extérieurement d’une substance grise semblable à celle du cerveau, en dedans de laquelle s’étalent les fibres de sa substance blanche. Malacarne et Scarpa l’ont considéré comme un ganglion. G’est à son niveau , et seulement à son niveau, que commencent les nerfs olfactifs, comme je l’ai dit précédemment. ;
Les nombreux filets des bulbes olfactifs se dirigent immédiatement vers les trous de la lame criblée de relhmoïde, les traversent et parviennent à la partie supérieure des fosses nasales enveloppés, chacun de leur côté , par un petit prolongement de la dure-mère.
Ges filets se placent en dehors de la membrane pituitaire, les plus gros du côté de la cloison et de la paroi externe des fosses nasales, les plus petits au niveau de lalame criblée. Tous se divisent aussitôt en filamens très déliés, disposés d’une manière pénicillée , et se terminent dans la partie supérieure de la membrane olfactive, en s’épanouissant dans son corps papillaire.
5y2 ANATOMIE
Suivant Tiedemann, chez Tembryon les processus olfactifs sont creux chez l’homme, comme chez les grands mammifères adultes , et , comme chez ceux-ci , leur cavité se continue avec celle des ventricules cérébraux rudimentaires; mais bientôt cette disposition s’efface, les processus olfactifs diminuent de volume et prennent les caractères que je leur ai assignés.
Action. Les nerfs olfactifs sont essentiellement réservés à l’olfaction ; mais , comme l’a établi M. Magendie , leur action est liée jusqu’à un certain point à celle du nerf de la cinquième paire. Leur distribution spéciale dans la partie supérieure de la membrane pituitaire, rend cette région plus sensible que les autres aux émanations olfactives des corps ; aussi le nez a-t-il été disposé de manière à diriger ces émanations surtout vers ce point.
DEUXIÈME PAIEE.
Nerf optique ( oculaire Chauss. ) .
Les nerfs optiques , exclusivement destinés au globe de l’œil, comme leur nom l’indique, se détachent nettement des corps genouiliés externe et interne à l’aide de deux bandelettes aplaties , qui se réunissent promptement ensemble. Mais ces deux points de l’encéphale ne sont pas les seuls qui leur fournissent des fdets : i° ils se prolongent jusqu’aux tubercules quadrijumeaux par deux faisceaux bien appareils , celui de l’éminence nates plus prononcé et surtout plus évidemment continu avec ces nerfs que celui de l’éminence testes ; 2° le tuber cinereum leur fournit aussi quelques racines, au niveau de leur commissure.
Tout le monde , cependant n’admet pas cette triple origine des nerfs optiques dans les nates et les testes , dans les corpora geniculata et dans le tuber cinereum. La plupart des auteurs, au contraire, les font naître seulement de l’éminence nates, du corpus geniculaCum externum et du tuber cinereum; mais leurs relations sont aussi évidentes avec le corpus geniculatum internum qu’avec l’exlernum. M. Cruveilhier , d’autre part , croit pouvoir assurer que les nerfs optiques ne vont pas au delà du corpus geniculatum externum ; il se fonde surtout sur ce que dans un grand nombre de cas d’atrophie de ces nerfs qu’il a
r»gù
DES CORDONS NERVEUX, eus occasion d’observer , jamais il n’a vu l’altération aller au delà de ce point. Toutefois ce fait pathologique ne me paraît pas de nature à prévaloir contre les résultats fournis par l’observation sur des sujets sains ; on sait d’ailleurs très bien , que dans une autre série assez nombreuse de cas d’atrophie des nerfs optiques , on n’a pas vu l’altération aller au delà de leur commissure, circonstance qui n’implique assurément rien contre leur origine plus reculée en arrière.
Quoi qu’il en soit, au delà des couches optiques, les nerfs oculaires encore mous et aplatis , contournent les parties externe et inférieure des pédoncules cérébraux , et leur adhèrent intimement en dehors ^ puis ils convergent l’un vers l’autre, deviennent plus denses, s’accolent au tuber cinereum, comme je l’ai dit, se réunissent pour former le chiasma o\\ coiinnissure ^ s’écartent ensuite de plus en plus, traversent de chaque côté le trou optique , gagnent la partie postérieure du globe de l’œil , traversent la sclérotique et la choroïde par des ouvertures particulières de ces membranes placées un peu en dedans de l’extrémité postérieure de l’axe de l’œil , et se terminent dans la rétine.
Le chiasma , ou la commissure des nerfs optiques , ( espace carre de Zinn ) , est placé sur la ligne médiane , à la face inférieure du cerveau , en arrière de la scissure de séparation des deux lobules frontaux, et en avant du tuber cinereum et de la tige pituitaire. Il adhère intimement au tuber cinereum , en reçoit quelques filets , et se trouve lié à l’extrémité antérieure du corps calleux au moyen d’une lamelle d’un blanc grisâtre, c]ui ferme obliquement l’extrémité antérieure du troisième ventricule. Mais quelle est la nature de cette partie ? Est-elle formée par un entrecroisement complet des deux nerfs? Ou bien y a-t-il entre eux entrecroisement partiel , simple accolement , ou seulement commissure transverse?
Si l’on s’en rapportait à l’anatomie comparée des poissons et à quelques faits d’anatomie pathologique , on n’hésiterait pas à adopter la première opinion ; mais , d’un côté , l’inspection directe, et d’autre part des faits d’anatomie pathologifjue contraires aux précédens , faits c]ui témoignent que l’atrophie peut aussi se continuer du même côté , au delà du chiasma, jettent beaucoup d’incertitude sur ce point. Aussi comprend -on que Mi- II 38
chaelis ait admis reiifcrecroisement partiel, et que Caldani ail soutenu la doctrine de la simple commissure îransverse. Toutefois, l’opinion mixte de M. le professeur Cruveilhier, qui représente les fibres internes des nerfs optiques , comme entrecroisées en avant et réunies par une simple commissure en arrièi^e, tandis que leurs fibres externes seraient continues d’une extrémité à l’autre du même nerf, est celle qui me paraît le mieux représenter l’état des choses.
A leur origine aux tubercules quadrijumeaux, les deux nerfs optiques sont peu éloignés l’un de l’autre ; ils divergent ensuite jusqu’aux pédoncules cérébraux, puis convergent vers le chiasma, et divergent de nouveau au-delà de ce point jusqu’à leur terminaison. Mous, aplatis et dépourvus de névrilemme en arrière du chiasma , ils sont résistans, arrondis et revêtus de névrilemme, au devant de cette ouverture , et deviennent de nouveau mous et réduits à leur pulpe dans l’intérieur de l’œil. Jusqu’au trou optique, leur névrilemme est simple et fourni par la pié-mère. Au-delà de cette ouverture , au contraire , il est double et formé, en dehors, par un prolongement de la duremère, en dedans par la pie-mère. Enfin à la partie postérieure de l’œil cette double enveloppe les abandonne, la plus extérieure en dehors , la plus intérieure en dedans de l’ouverture de la sclérotique qui leur livre passage.
Dans l’orbite, les nerfs optiques, entourés par beaucoup de graisse et par l*es muscles de Eœil , concourent à former le pédicule de cet organe ; ils reçoivent du plexus caverneux un filet cpi s’etait d’abord accolé au nerf de la sixième paire , comme on le verra, et qui abandonne ce nerf pour eux; l’artère ophtalmique passe au-dessus d’eux ; ils sont accolés aux vaisseaux, aux nerfs et au ganglion ciliaires ; enfin l’artère centrale de la rétine les pénètre en traversant leur double névrilemme , et les accompagne intérieurement jusqu’à la rétine.
Au moment où ils traversent la sclérotique, ces nerfs deviennent beaucoup plus petits, parce qu’ils se sont dépouillés en dehors de leur enveloppe méningienne. Au niveau de la choroïde, privés de leur enveloppe méningienne , ils sont plus grêles encore, et paraissent comme étranglés par cette membrane.
Enfin, arrivés à la rétine , leur pulpe s’étale, s’épanouit réel-
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lement pour former cette membrane , et l’artère centrale s’en échappe pour se terminer comme on l’a vu.
Action. Le nerf optique est certainement destiné à transmettre au cerveau les impressions produites sur la rétine par les corps lumineux ; mais les observations pathologiques et les expériences deM. Magendie ont établi qu’il est soumis jusqu’à un certain point, sous ce rapport, au nerf delà cinquième paire, comme le précédent.