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CHAPITRE SECOND

Fœtus.

Par l’expression de fœtus^, je désigne ici d’une manière générale, le petit être placé dans la cavité de l’œuf, et qui doit y rester renfermé jusqu’à l’époque du développement de ses principaux organes, de ceux qui sont le plus indispensables à la vie individuelle. Toutefois, il importe de rappeler, que la dénomination de fœtus lui est plus particulièrement appliquée dans les six derniers mois de la vie intra-utérine , tandis qu’on l’appelle embryon dans les trois premiers.

Le fœtus occupe la cavité de l’amnios, plongé au milieu du fluide qui la remplit, et uni aux parois de l’œuf au moyen du cordon ombilical. La surface de son corps est couverte d’un vernis caséïforme plus abondant sur la tête, au col , dans les aisselles et dans les aines que partout ailleurs. Son tronc est courbé en arc sur sa face sternale. Ses membres sont fléchis et croisés au-devant de lui; de manière que dans son ensemble'il représente une masse ovoïde, autour de laquelle est roulé le cordon ombilical. A terme , sa longueur est de dix-huit pouces environ, et son poids de cinq à six livres.

L’extrémité de l’ovoïde du fœtus est le plus souvent tournée en bas. Hippocrate et Galien croyaient que cette direction

(ï) Voyez tom. a, page 237 .

n’appartient qu’aux derniers temps de la grossesse, tandis que l’inverse aurait lieu dans l’origine jusqu’au troisième mois , e'poque à laquelle le fœtus exécuterait une sorte de culbute ; mais cette doctrine ne compte plus guère de partisans.

On considère généralement le volume et le poids considérables de la tête du fœtus comme la cause de la position déclive que prend la dernière partie. Toutefois cette question n’est pas aussi claire qu’on pourrait le croire ; en effet , M, le professeur P. Dubois a récemment soutenu, dans un travail remarquable; que cette attitude pourrait bien être le produit de déterminations instinctives , au lieu de dépendre de la différence dans la pesanteur des deux extrémités de Tovoide fœtal (i).

Structure. L’organisation du fœtus se distingue par une mollesse d’autant plus prononcée des parties, que l’age de celuici est moins avancé : le tissu cellulaire y est abondant et abreuvé d’une grande quantité de sucs séreux; la graisse y est rare et n’occupe guère que les parties superficielles du corps ; au moins , on n’en rencontre presque point dans les cavités splanchniques. Les différents organes ne présentent pas encore cette perfection de développement que j’ai toujours prise pour type de mes descriptions ; mais je ne puis ici que rappeler ce fait d’une manière générale , car j’ai mentionné avec grand soin , pour chacune de nos parties, les phases nombreuses qu’elles parcourent depuis leur état embryonaire jusqu’à celui de l’âge adulte.

L’extrémité fœtale des vaisseaux ombilicaux doit seule maintenant fixer notre attention , parce que seuls parmi tous les organes du fœlus ces vaisseaux n’ont pu être encore décrits.

Les \>aisseaux ombilicaux sont au nombre de trois , comme on l’a vu: deux artères et une veine.

Les artères ombilicales naissent de la partie antérieure des hypogastriques, dans le bassin, et sont tellement développées relativement aux autres branches des troncs dont elles émanent, qu’à la naissance, elles paraissent être la continuation de ceux» ci. Dès leur origine elles se portent en avant et en haut, en dé-

( I ) Mémoire sur tes causes de la présentation de la tête pendant i’acoouchement^ et sur les déterminations instinctives ou volontaires du fœtus humain.

( Mémoires de l’Académie royale de médecine, Paris, i833, tom. 2e, page a65 et suiv. )

crivant une courbure à concavité supérieure, se placent sur les parties postérieure et latérales de la vessie , convergent Tune vers Fautre en remontant , s’accolent à l’ouraque derrière la paroi antérieure de l’abdomen, puis traversent Tombilic inférieurement, pour se jeter dans le cordon. Ces artères sont revêtues en arrière parle péritoine, et font sous cette membrane un relief qui a été décrit sous le nom de ligament péritonéoombilical, et qui détermine ce qu’on appelle les fossettes inguinales du péritoine.

La veine ombilicale passe du cordon dans l’abdomen, en traversant la partie supérieure de l’anneau ombilical. Elle se dirige obliquement en haut, à droite et un peu en arrière , sur la face postérieure de la paroi abdominale antérieure. Embrassée par le repli du ligament falciforme de la veine ombilicale dont la base se continue avec le ligament suspenseiir du foie, elle gagne l’extrémité antérieure du sillon antéro-postérieur de cet organe, s’y engage, et se divise bientôt en trois brandies. La droite se porte dans le sillon transverse du foie, et s’abouche avec la veine porte. La gauche se subdivise eil rameaux , en ramuscules etc., et se perd dans le lobe gauche du foie (i). La troisième constitue le canal veineux^ canal qui continue le trajet primitif de la veine ombilicale dans la partie postérieure du sillon longitudinal du foie, et va se réunir, tantôt avec le tronc même de la veine cave inférieure, et tantôt avec une des veines sus-liépatiques près de la précédente.

Développement, L’origine de rembryon , le mode de sa formation primitive , tout cela est entouré des plus épaisses ténèbres ; l’ovologie nous apprend seulement, que dès l’origine le germe est accolé à la vésicule ombilicale, et que son union avec elle est le produit de la fécondation. Pour aller plus loin, il faudrait auparavant déterminer en quoi consiste cette cicatricule si tenue qui représente le germe j or ce problème est encore à résoudre; disons-le même, sa solution est presque au-dessus de la portée de nos moyens d’investigation. Quoi qu’il en soit, en l’absence de faits positifs, voici la manière dont je conçois la formation première de l’embryon :

(0 Cette caractérise

cifcoüslatJce déïermîne le développement considérable le lobe gauche du foie pendant la vie intra-utérine.

DE L’ŒUF HUMAIN. jjS

Dans Tacte génital, les deux organismes sexuels (i) me paraissent donner naissance à des produits sinon semblables, au moins très analogues, la vésicule ombilicale et le germez la vésicule ombilicale est fournie par la femelle et le germe par le mâle. Le germe, d’abord très simple et vésiculaire comme la première, constitue le blastoderme (2) des auteurs.

Ceci étant posé, dans Tacte de la fécondation la vésicule ombilicale et celle du germe se superposent , s’accolent, et se greffent l’une sur l’autre par le développement des vaisseaux omphalo-^més entérique s .

D’abord d’un volume très peu considérable relativement à la vésicule ombilicale , la vésicule du germe subit un rapide accroissement ; bientôt elle de^dent à son tour la plus grosse, se prolonge autour de l’autre, rentoure et l’englobe plus ou moins complètement dans son intérieur.

Cependant la vésicule du germe subit d’importantes modifications dans sa forme : elle perd bientôt la disposition arrondie cju’elle avait auparavant; au niveau de la vésicule ombilicale, elle offre une dépression extérieure et une saillie intérieure plus ou moins pédiculée. Or, cette saillie est l’embryon rudimentaire, son pédicule est le principe du cordon ombilical , et l’es^ pace dans lequel elle fait hernie est la cavité de l’amnios.

Dans cette manière de considérer les choses, que je ne donne au reste que comme une liypotlièse , que l’on rejettera si 1 on veut , ou de laquelle on prendra ce que l’on jugera convenable, la membrane de la vésicule du germe devient l’amnios et la peau; celle de la vésicule ombilicale est le principe de la membrane téguinentaire digestive; les vaisseaux omphalo-mesenteriques sont les premiers rudiments du système vasculaire de l’embryon; et celui-ci est d abord iormé seulement de ses deux téguments opposés et des précédens vaisseaux.

Quoi qu’il en soit, aussitôt qu on peut distinguer l’embryon, il offre une forme alongée, et parait résulter du rapprochement de deux ampoules, une plus grosse que Tautre qui représente la tête , l’autre plus petite qui appartient au reste du corps ,

(1) L’un et l^autre sont pourvus d’une glande dont Fanalogîe est aujourd’hui reconnue par tout le inonde.

(2) P, /S'erras germe , Upjiv. peau .

ampoules sépare'es par un re'tre'cissement qui est le rudiment du col. C’est alors que, pour la forme, l’embryon a été comparé, par Aristote à une grosse fourmi^ par Burton à un grain d'orge , et par Baudelocque au marteau du tympan.

Dans l’origine , l’embryon est beaucoup plus courbé sur luimême que par la suite , ainsi que M. Yelpeau le fait remarquer ; le redressement qu’il éprouvé successivement résulte du développement de ses organes au-devant du rachis, et de l’alongement graduel des membres qui sont placés en avant du tronc , dans l’aire du cercle circonscrit par lui.

Le tronc se forme avant les membres de l’embryon. Beaucoup de personnes croient que l’abdomen , le centre de celui-ci , se forme le premier ; mais l’inverse me paraît plutôt avoir lieu. Au moins, si l’on en juge d’après le volume considérable de la tete , d apres 1 apparition précoce de l’extrémité coccygienne du rachis, et par l’état d’imperfection de la paroi anterieure de l’abdomen dans les premiers temps de la vie intrautérine, il est difficile de conserver des doutes à cet égard.

Les membres paraissent végéter des parties latérales du tronc, les supérieurs un peu avant les inférieurs , suivant les auteurs , mais , à la même époque , suivant M. Velpeau. Leur extrémité libre se dégage la première ; puis ensuite on voit successivement se dessiner l avant-bras et la jambe , le bras et la cuisse , l’épaule et la hanche. D’abord les doigts de la main et du pied sont

reunis par une membrane appelée inter-digitale y comme chez les oiseaux nageurs.

Le développement des membres a fourni à plusieurs personnes 1 occasion de reclamer contre l’idée, dès long-temps émise par les embryotomistes , que les parties de notre organisation se forment successivement , et souvent par une sorte de végétation ou d’expansion les unes des autres; rien cependant n’est plus exact; sous ce rapport meme , notre corps est soumis à une loi qui régit , dans sa formation , toute fa nature organique. Soutenir que tous les organes de l’âge adulte sont déjà en vestige dans l’embryon rudimentaire , ce serait faire une spéculation que rien absolument ne justifierait. Sans doute, l’embryon est destiné à subir l’organisation qui caractérise l’âge adulte ; sans doute, tout est combiné chez lui pour que , de métamorphoses en métamorphoses , il arrive à cet état ; mais il se-

rait aussi peu exact de dire qu’il possède tous les organes qu’il aura plus tard , que de prétendre qu’un jeune chêne qui sort de la terre, et qui tient encore au gland qui Ta produit, est déjà en possession des branches, des rameaux et des ramuscules qui feront plus tard son ornement.

Dans l’origine , tous les organes sont d’ahord confondus dans une masse grisâtre , muqueuse ou gélatineuse ; ou , pour parler plus exactement, à cette époque les organes n’existent pas , l’embryon est réduit aux deux surfaces qui le terminent, et la masse mucoso-gélatineuse dont j’ai parlé est la trame dans laquelle ils doivent se former.

A des époques plus avancées , et qui ne sont pas les mêmes pour tous, les organes s’isolent les uns des autres, subissent un certain nombre de transformations , et passent par des états plus ou moins complexes, jusqu'à ce qu’ils aient acquis la structure qui doit les caractériser.

Les transformations qui succèdent à l’état muqueux primitif s’établissent souvent par points séparés , qui marchent les uns vers les autres, et finissent par se réunir. Mais qu’on ne s’y trompe pas , pendant que s’accomplissent les phénomènes de cette formation secondaire ou tertiaire, quel que soit le nombre des points qui y président dans un organe, celui-ci est toujours simple 5 les espaces non encore envahis par la matière de l’organisation nouvelle , sont remplis par celle de l’organisation précédente ; en un mot quand l’évolution se fait régulièrement , l’état muqueux , par exemple , ne disparaît dans une partie, qu’au fur et à mesure que le tissu qui doit lui succéder se développe lui- même. Ainsi, les vertèbres forment un cercle complet à toutes les époques de leur existence, jamais elles ne sont séparées en trois pièces , quoique leur formation tertiaire ou osseuse s’accomplisse par trois points principaux. J’ai déjà précédemment montré, pour quelques parties , l’importance de ces règles de formation , j’y reviendrai encore un peu plus loin.

Considéré d’une manière générale , le mode suivant lequel a lieu la formation secondaire dans l’embryon, est digne du plus haut intérêt. Cette formation s’accomplit d’abord symétriquement dans les parties latérales du corps, comme l’ont établi les travaux d’une foule de savans, et surtout, dans ces

tleniiers temps, ceux Je M. Serres; ensuite elle s’étend graduellement vers les parties médianes , au niveau desquelles s’établissent ces soudures, ces rapliés qu’on y observe.

Or gtiTiisme fœtal. Quoique chez le fœtus tous les organes de la vie de relation existent, et cjii’ils soient déjà remarquables par leur développement, ils n’exercent encore aucune ou presque aucune action; ils sont seulement tout prêts pour l’époque de la naissance. L’enfant exécute bien quelques mouvemens dans les cinq ou six derniers mois de la grossesse; mais , selon toute apparence, tout se borne là. Du reste, renfermé dans l’étroite cavité de l’œuf, plongé dans l’eau comme les poissons , quoiqu’il soit doué d’une organisation disposée pour une vie toute aérienne, le fœtus n’éprouve pas le besoin et, d’ailleurs, n’a pas le pouvoir d’exercer ceux des organes qui pourraient recevoir les impressions du monde extérieur ; de telle sorte que ses systèmes nerveux et locomoteur, qui n’agissent le plus souvent que sous l’influence de ces impressions, restent à peu près inactifs.

La physiologie du fœtus roule presque tout entière, comme on le voit, sur les fonctions organiques ou végétatives, la «>cidation , V hématose et les sécrétions .

La circulation transporte tour à tour le sang des différents organes et du placenta vers le cœur , et de celui-ci vers les organes et le piacenla. Le placenta n’est pas un centre vers lequel converge tout le sang de l’organisme du fœtus ; il est seulement

place sur le trajet de l’une des Ijianches de son système vasculaire.

Le sang qui revient du placenta par la veine ombilicale, est en pai tie distiibue dans le lobe gauche du foie, par la branche correspondante de cette veine ; le reste parvient à la veine cave inférieure par le canal veineux, et se réunit au sang qu’elle lappoite de toutes les parties sous-diaphragmatiques du corps.

De la veine cave inférieure le sang passe dans roreillette droite, et s’y mêle plus ou moins complètement, suivant l'âge, avec celui qui revient des parties sus-diaphragmatiques par la veine cave supérieure. Dans les premiers temps de la vie intrautérine, la valvule d’Eustaclii, et la valvule droite du trou de botal, forment au-dessus de ce sang une sorte de pont qui le diiige immédiatement vers 1 oreillette gauche, sans presque

permettre son mélange avec le sang delà veine cave supérieure; mais dans les derniers temps , au contraire , devenues plus courtes , ces valvules n’empêchent plus aussi bien le mélange du sang des deux veines caves, elles ne transmettent plus aussi directement celui de l’inférieure dans l’oreillette gauche , et cette cavité reçoit par le trou de botal un sang entièrement semblable à celui qui reste dans la droite, et dans lequel ne domine pas, comme chez l’embryon, le fluide plus vivifiant qui vient du placenta par la veine ombilicale.

Quoi qu’il en soit, les deux oreillettes reçoivent du sang des veines caves : la droite , directement, la gauche , à la faveur du trou de botal. Les veines pulmonaires rapportent, en outre, à celle-ci le sang qui s’engage dans les branches de l’artère pulmonaire , et qui commence vers le poumon cette circulation qui doit devenir si importante après la naissance.

Des oreillettes du cœur le sang passe dans les ventricules par le mécanisme ordinaire. De ceux-ci il est lancé dans l’aorte, directement par le ventricule gauche, indirectement parle ventricule droit, c’est-à-dire à la faveur du tronc de l’artère pulmonaire et du canal artériel , qui représentent réellement une racine de l’aorte. Une très petite quantité seulement du sang qui traverse l’artère pulmonaire, s’engage dans les deux branches de cette artère , ce qui varie même suivant les âges, et suivant ce que j’ai dit précédemment du développement de ces branches (1). Du reste , il est facile de voir que le sang du ventricule gauche parvient plus particulièrement dans l’origine de l’aorte , et dans les troncs artériels destinés aux membres thoraciques et à la tête; tandis que celui du ventricule droit se porte plutôt dans l’aorte descendante, et vers les parties sous-diaphragmatiques du corps; ce qui permet de comprendre, comme on l’a fait remarquer depuis long-temps , le plus grand développement des premières parties pendant la vie intra-utérine.

Le sang lancé dans l’aorte par les deux ventricules à la fois, ne va pas tout entier se distribuer aux organes du fœtus ; une partie de celui de l’aorte descendante passe dans les artères ombilicales, et va se distribuer au placenta ; puis ensuite il revient par la veine, après avoir été plus ou moins modifié dans

(1) Voyez t. 2 pag. Syi .

sa composition par l’addition de nouveaux élémens , comme on le verra plus loin.

U hématose ou la sanguification, si nécessaire pendant la vie Intra-utérine , à cause des pertes que l’active nutrition du fœtus fait; continuellement éprouver au fluide circulatoire dans le système capillaire, ne s’accomplit pas tout-à-fait de la même manière que chez l’adulte , et varie, en outre , suivant l’époque à laquelle on l’étudie.

Dans les premiers jours qui suivent la fécondation, le germe, privé de toute union avec sa mère, et placé sous ce rapport dans les mêmes conditions que l’œuf des oiseaux, vit aux dépens du fluide de la vésicule ombilicale sur laquelle il est grelFé.

Plus tard , la formation des villosités du chorion , et l’absorption par elles de la matière plastique de la membrane caduque dans laquelle elles sont plongées , vient s’ajouter au premier moyen de nutrition, et le remplace même bientôt, lorsqu’il est devenu insufiisant.

Plus tard enfin, quand le placenta est développé, il constitue entre les deux organismes maternel et fœtal une communication médiate , sans doute , mais très importante cependant, et plus en rapport que les premières avec les besoins de plus en plus croissants de la nutrition du fœtus. A partir de cette époque, le sang est directement versé par les vaisseaux utéro-placentaires dans certains points du placenta ; il baigne les radicules des vaisseaux ombilicaux , qui y puisent en abondance les élémens nécessaires à la réparation de celui du fœtus. Ce n’est pas du sang en nature qui passe de la mère à l’enfant ; il y aurait eu, en effet, de graves inconvéniens à ce qu’il en fût ainsi ; cette transfusion eut été trop excitante pour le frêle organisme du dernier : il lui faut un sang qui lui soit propre , et qui puisse seulement trouver à remplacer dans le placenta, les élémens qu’il a fournis au fœtus.

Le fluide de la vésicule ombilicale passe-t-il dans l’intestin, et y subit-il une altération analogue à celle qu’y éprouve le chyme chez l’adulte? est-il seulement absorbé par les vaisseaux omphalo-mésenteriques ? ou bien est-il soumis à cette double action à la fois ? Cette dernière supposition me paraît réunir en sa faveur le plus grand nombre de probabilités.

Quant au fluide de l’allantoïde , comme je l’ai fait remarquer

DE L*<BTTP HUMAIN.

plus haut , il me paraît d’autant moins être destiné à la nutrition du fœtus , qu’il est formé par celui-ci , et qu’ainsi sa production est plutôt pour lui une cause de perte, qu’un moyen de restitution d’élémens nutritifs.

L’absorption de l’eau de l’amnios par la peau, celle de la matière gélatineuse du cordon par les vaisseaux ombilicaux , la déglutition de l’eau de l’amnios et sa digestion , ont encore été considérées comme d’autres sources auxquelles le sang du fœtus puiserait les moyens de réparer les pertes qu’il éprouve à chaque instant ; mais rien n’est moins démontré. D’une part, il n’est pas bien certain que les mouvemens des mâchoires que l’on observe sur de jeunes animaux vivans encore renfermés dans les membranes de l’œuf, soient de véritables mouvemens de déglutition; et, d’autre part, la présence dans les intestins de la matière excrémentitielle connue sous le nom de méconium, est d’autant moins favorable à cette prétendue digestion du fluide amniotique, qu’on la trouve chez des fœtus privés de bouche, aussi bien que chez ceux qui en sont pourvus. Le méconium paraît résulter d’une sorte de digestion du mucus sécrété par la membrane muqueuse de l’intestin.

Des expériences de Scheèle et de M. Lassaigne, tendraient à faire croire qu’un gaz respirable contenu dans l’eau de l’amnios, pourrait agir sur le sang tenu en circulation dans la peau du fœtus; de sorte que, plongé dans un milieu analogue à celui qu’habitent les poissons , celui-ci aurait une respiration aquatique comme ces animaux.

Enfin, on croit généralement que \e thymus ^ les capsules surrénales , et même le corps thyroïde ont une action relative à l’hématose du fœtus. Mais, je me hâte de le dire , cette manière de voir est une vaine hypothèse ; née du besoin que nous éprouvons naturellement de tout expliquer, de tout interpréter , elle n’a de fondement que dans le développement considérable de ces organes pendant la vie intra-utérine , et dans l’atrophie de quelques-uns d’entre eux après la naissance.

Les principales sécrétions commencent chez le fœtus , celle de la peau, de la membrane muqueuse, du foie, des reins, etc. La sécrétion des follicules cutanés produit la matière caséiforme qui enduit la peau, et que l’on trouve surtout abondante dans les points où ces follicules sont réunis en grand nombre.

;.8o ANATOMIE

Variétés. On a cite des cas de fœtus trouves libres dans la cavité de Famnios ; ^mais aucun d’entre eux ne réunit les conditions d’autlienticilé les plus nécessaires. Ce qui est bien plus positif, c’est qu’on a trouvé quelquefois des adliérences anormales entre le corps ou les membres du fœtus et le placenta ou l’amnios, adhérences qui gênent le de'veloppement , et sont une cause fréquente de monstruosités , suivant M. Geoffroy Saint- Hilaire.

Chez certains fœtus, on observe l’absence de quelques parties importantes de l’organisation ou seulement de quelquesuns de ses organes. Chez d’autres, il existe seulement des divisions ou des réunions anormales de parties qu’on trouve ordinairement réunies ou séparées. Ces différents vices de conformation constituent les monstruosités; ils dépendent le plus souvent d’un trouble survenu dans l’évolution du fœtus, trouble qui tantôt s’oppose à la formation primitive , et qui tantôt se borne à empêcher la formation secondaire de s’accomplir régulièrement.

Description générale de Vœuf humain.

L’œuf humain, comme je l’ai déjà dit , est formé par la réunion du fœtus et des organes temporaires qui l’entourent de toutes parts.

Chez tous les animaux la femelle produit des œufs; il y a seulement cette différence entre les uns et les autres sous ce rapport, que ceux-ci, appelés vmpares pour cette seule raison, retiennent leurs œufs jusqu’à une évolution très avancée du germe qu’ils recèlent , tandis que ceux là , nommés ovipares, s’en débarrassent bien long-temps avant ce terme. Chez les premiers , les œufs éclosent à l’intérieur de la mère , après s’être greffés sur elle pour quelque temps dans un point déterminé. Chez les seconds, ils éclosent à l’extérieur, et long-temps après avoir perdu tout rapport de continuité avec l’organisme qui leur a donné naissance.

L’œuf humain est remarquable par sa mollesse. Placé dans Putérus peu de temps après son origine , il distend cet organe, lui imprime de nombreuses modifications par sa présence , se moule jusqu à un certain point sur lui, et arrange sa forme à la sienne. Son volume varie suivant l’époque à laquelle on l’étu-

DE L’OiüE HUMAIK. ;8i

die. Son grand diamètre répond au grand diamètre derutérus.

Sa surface extérieure est villeuse. Elle est en rapport avec la face interne de rute'rus, et lui est unie par des adhérences plasticjues et par les vaisseaux utéro-placentaires.

Sa surface interne appartient à la cavité de Tamnios. Elle est lisse , en rapport avec le liquide amniotique et avec le fœtus , unie du reste à celui-ci par le cordon ombilical.

Développement. C’est dans Tovaire que Fceuf prend naissance ; l’analogie des oiseaux , les faits de grossesse ovarienne , les expériences physiologiques et les notions que l’anatomie noua fournitsur les vésicules de DeGraaf, ne laissent pas le moindre doute à cet égard. Les vésicules de De Graaf sont des œufs rudimentaires , mais des œufs réduits à la vésicule ombilicale et qui n’attendent que des circonstances favorables pour se développer, s’échapper de l’ovaire, et parcourir plus ou moins rapidement les voies génitales de la femme.

Un coït fécondant a seul ou presque seul le pouvoir de faire naître les circonstances favorables au développement d’un œuf complet. Sous son influence, l’ovaire se tuméfie momentanément, et devient le siège d’une circulation plus active. Bientôt cette turgescence se circonscrit à un des points de l’ovaire occupé par une des vésicules de De Graaf.Pendant ce temps, la trompe s’applique de son pavillon sur l’ovaire, la membrane de celui-ci s’entr’ouvre, la vésicule ovarienne qui s’était développée s’en échappe et passe dans la trompe (i). Ensuite l’ulcération de l’ovaire disparaît, il se forme à sa place une cicatrice jaunâtre, qui reste long-temps boursoulflée {corpus luteum de Haller)^ et qui devient enfoncée par la suite.

En pénétrant dans la trompe , l’œuf est forme' par la vésicule ombilicale et par celle du germe, la première fournie par Fovaire, la seconde produite par Faction du sperme dans l’acte du coït, quelque soit du reste le mécanisme inconnu de cette action.

(i) On a dit que Eulcératioti de Fovaire s’étend jusqu’à la vésicule de De Graaf ; si l’on entend par là que le kyste cellulaire qui entoure cette vésicule s’entrouvre pour lui livrer passage , il n’est pas possible d’élever la plus petite contestation à cet égard ; mais si l’on veut insinuer que le fluide de la vésicule ovarienne passe seule dans la trompe, on est dans l’erreur* L’analogie ne permet pas d’admettre cetlc supposition.

ySî ANATOMIE

En descendant dans la trompe , le chorion se forme sur l’ovule, puis entoure d’une complète enveloppe et le germe et la vésicule ombilicale qui existaient auparavant.

En pénétrant dans l’utérus, l’ovule refoule devant lui et déprime la membrane caduque qu’il y rencontre; il s’entoure de son feuillet réfléchi dans tous ses points , excepté dans celui qui correspondra plus tard au placenta.

En même temps , toute sa surface se hérisse de ces filamens noueux qui plongent dans le tissu de la membrane caduque , et qui constituent les villosités du chorion.

Plus tard , ces villosités disparaissent du côté de la caduque; l’allantoïde et le placenta se développent dans le point opposé ; les vaisseaux de celui-ci se rassemblent en une masse compacte, en dehors de laquelle une membrane plastique nouvelle s’organise, et dans laquelle se prolongent les vaisseaux artériels et veineux de l’utérus. La vésicule ombilicale qui , jusque-là, avait offert un très grand volume , proportionnellement aux autres parties de l’œuf, et qui en>vait occupé le centre , s’atrophie et paraît reléguée dans Jes parois de celui-ci, parce que l’embryon et l’amnios se développent en proportion de son affaissement, et se substituent réellement à elle pour le volume et la position.

Plus tard encore , la vésicule ombilicale disparaît , ainsi que l’allantoïde; la cavité de la caduque s’affaisse, ses deux feuillets adhèrent à eux-mêmes, et Tœuf se trouve constitué par les éléments que je lui ai attribués à l’époque de la naissance.

Ainsi, comme on le voit, les parties constituantes de l’œuf forment deux catégories pour le développement: les unes , primordiales , en constituent la base , et prennent naissance dans l’ovaire; les autres, accessoires, viennent se surajouter aux premières, à mesure que l’œuf descend dans les voies génitales.

Variétés, Jusqu’ici je n’ai considéré l’œuf humain que comme un produit de conception ; mais , qu’on ne s’y trompe pas , il n en n est pas toujours ainsi. La femme, comme la femelle des autres animaux , donne aussi naissance à des œufs non fécondés. Il suffit pour cela d’une excitation diflérente du coït, celle des règles, par exemple, celle même du coït, lorsqu’il n’est pas fécondant , pour que l’ovaire subisse des changemens analogues à ceux que j’ai décrits , et pour qu’une des vésicules

de De Graaf s’en détache et passe dans la trompe. Les rides de la surface externe de Tovaire chez les vierges, ou chez les femmes qui n’ont jamais eu d’enfants , sont autant de cicatrices qui ont succède' à des ulcérations de cet organe survenues dans les circonstances indiquées. Chez les femmes même qui ont eu des enfants , jamais le nombre des rides de l’ovaire n’est en rapport exact avec celui de leurs grossesses ; de sorte qu’il faut bien admettre qu’un certain nombre d’entre elles sont de même nature que les précédentes.

Un œuf non feeondé n’est autre chose qu'une vésicule ovarienne om ombilicale sans germe, à laquelle s’ajoute quelquefois une sorte de chorion villeux dans la trompe , et qui s’entoure aussi d’une véritable caduque dans l’utérus. Ces œufs peuvent, comme ceux qui ont été fécondés et qui sont plus complets , se greffer sur l’utérus , donner naissance à tous les phénomènes des véritables grossesses, et constituer alors ces tumeurs qu’on appelle môles , tumeurs qui consistent en une cavité séreuse, dont les parois sont formées par un ou deux feuillets membraneux, doublés en dehors par une masse cellulaire plus ou moins parfaite, qui représente une membrane caduque. Les œufs non fécondés sont rejetés au dehors à des époques variables , tantôt par suite d’un travail très analogue à celui de l’accouchement ordinaire, tantôt prématurément et par un véritablement avortement (i). Plus souvent encore ils sont excrétés presque aussitôt que détachés de l’ovaire , parce que l’excitation qui a suscité leur développement ayant été incomplète , ils ne rencontrent pas dans la trompe et dans l’utérus ces couches plastiques qui pourraient seules les retenir dans ces organes. L’excitation des règles , suivant Chaussier, produit souvent la séparation de l’ovaire et la prompte issue au dehors d’ovules non fécondés.

L’œuf se développe quelquefois en dehors de la cavité de l’utérus; ce qui constitue les grossesses extra-utérines, ovariennes ^péritonéales ou tubaires , suivant que l’œuf s’est arrêté dans l’ovaire,

(i) J’ai plusieurs foi» en occasion d’examiner des œufs abortifs de cette es])èce. Tout récemment, on m’en a apporté un, qui séjournait depuis trois semaines dans l’utéru» ; il était composé d’une simple vésicule, toutà-falt dépourvue d’embryon et entourée d’une caduque très belle , dont les deux feuillets étaient séparés par un liquide.

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dans le pe'ritoine ou dans la trompe. Parmi les dernières , il en est une espèce qui est caractérisée par le séjour de l’œuf dans l’extrémité interne de la trompe, au centre même du tissu utérin, et qui a été appelée inlersticielle pour cette raison. Dans tous ces cas , la membrane caduque se forme dans l’utérus , comme de coutume , quoique l’œuf n’y soit point parvenu ; celui-ci se greffe sur les parties avec lesquelles il se trouve anormalement en rapport , et le placenta reçoit du sang des vaisseaux voisins. Toutefois, ces communications ne s’établissent pas aussi facilement que dans Tutérus ; de sorte que le produit de la conception ne se développe qu’avec peine; le plus souvent même il ne parvient pas à acquérir le développement ordinaire. Quoi qu’il en soit, au bout d’un certain temps, tantôt il devient la cause de graves accidents, tantôt il est rejeté au dehors, à la faveur derinflammalion et de l’ulcération des parties voisines, du rectum, de la vessie, etc., et tantôt il s’atrophie et disparaît plus ou moins complètement par absorption.

Quelquefois plusieurs œufs se développent en même temps dans la matrice. Alors, tantôt ils sont complètement séparés, et tantôt on les trouve en partie confondus ensemble. Souvent les deux placentas sont réunis, et les deux amnios sont enveloppées par le même cborion. D’après ce qui a été dit précédemment de la formation du cborion, on comprend que deux ovules descendus dans l’utérus , l’un par la trompe droite, l’autre par la gauche , devront avoir chacun leur amnios et leur chorion particuliers ; tandis que deux autres, qui seraient arrivés du même ovaire et par la même trompe , doivent être pourvus d’amnios isolées , mais avoir un chorion commun à l’un et à l’autre.

Bu reste, dans les grossesses multiples, les œufs, sont presque toujours du même âge. Quand il en est autrement , ils doivent leur origine à des fécondations successives ; ce qui constitue la superfétation , dont les auteurs ont tant contesté la possibilité , mais dont il existe cependant quelques exemples bien avérés.

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