OBSERVATIONS SUR CHARLES-MARTEL
La maison austrasiennc était opposée aux papes; Charles luimême, dit M. Michelet, se signala comme l'ennemi de l'Eglise ; son surnom païen Marteau ferait volontiers douter s'il était chrétien; on sait que le marteau est l'attribut de Thor, le signe de l'association païenne, celui de la propriété, de la conquête barbare; celte circonstance expliquerait comment un empire, épuisé sous les règnes précédens, fournit tout à coup tant de soldats et contre les Saxons et contre les Sarrasins. L'appât des biens de l'Eglise qu'il leur prodigua, les attira dans les armées de Charles, et prépara une génération de soldats pour Pcpin-Ie-Bref elCharlemagne.
Dans cette famille des Carlovingiens, toute ecclésiastique , le proscrit Charles-Martel offre une physionomie à part et très peu chrétienne. Cependant il devint, vers la fin et par politique, l'ami
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des papes et leur soutien contre les Lombards. Aussi l'apôtre de l'Allemagne, saint Boniface, fut il l'instrument de la grande révolution qui mit les Austrasienssur le trône.
Lecture.— Gaule poétique, par Marchangy.
ilss©® Oaiel©viiigieMiie. — Charles-Martel en mourant partagea l'empire entre ses deux fils Carloman et Pépin- le- Bref. Ils eurent d'abord à combattre les prétentions de leur frère Griffon, auquel Charles avait assigné pour apanage un certain nombre de villes démembrées des deux duchés d'Austrasie et de Neustrie; à réprimer les tentatives de Hunalde, duc d'Aquitaine , pour recouvrer l'indépendance que leur père lui avait enlevée, à lutter enfin contre les généreux efforts des Germains, Bavarois, Souabes et Saxons qui voulaient se soustraire à la domination des Francs et refusaient de payer les tributs. Cependant Pépin, dans le dessein de montrer aux Francs que le souvenir de Clovis attachait encore à ses descendans, combien était dégénéré le sang de ce conquérant des Gaules et pour éviter la lutte avec les grands que n'aurait pas manqué de faire naître l'exécution trop précipitée de ses projets, alla chercher un certain Childéric III, fils de Thierry, et le plaça sur le trône vacant depuis long-temps. Bientôt Carloman quitta la puissance pour se retirer dans un monastère. Pépin, avec adresse, se concilie les grands et le Pape, et se fait déclarer roi. Cliildéric est enfermé avec son fils dans un monastère, et la race des Mérovingiens est éteinte après deux cent soixante-onze ans de durée depuis Clovis. La guerre longue et sourde entre les Francs Saliens et les Francs Ripuaires , c'est-à-dire entre les Neustriens et les Àustrasiens cesse un instant, l'Austrasie l'emporte; elle a su faire alliance avec la théocratie. La puissante maison de Metz parait sur la scène. La France devient germaine , c'est comme on l'a dit, une féodalité cléricale.
Lecture. — Généalogies européennes, par l'auteur. — Histoire de France, par Michelet.
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DYNASTIE DES CARLOVMGIENS.
752. :Ptppii&-le-î!ae©ff monte sur le trône. Instruit par son génie et son expérience, et surtout par les fautes de ceux qu'il remplaçait, il sent la nécessité de ramener tout à l'autorité royale, d'élever et de fortifier de plus en plus ce palladium de la tranquillité publique. Dans l'intention de rendre sa personne inviolable, il se fit sacrer et couronner dans la cathédrale de Soissons par saint Boniface, premier archevêque de Mayence et apôtre de la Germanie. Alors tout revient au point d'unité; les assemblées se tiennent régulièrement , on s'y occupe sans cesse de remédier "aux vexations qui, pendant des règnes faibles, avaient pesé sur les peuples. Pépin, désirant conserver sa couronne à ses descendans, fit légitimer son élection par la religion, et pour s'attirer la protection du pape Etienne II, il s'engagea d'enlever aux Lombards l'exarchat de Ravenne et de le donner au pontife ; en effet, Pépin entreprit successivement deux voyages en Italie, et força le roi lombard Astolplie de se reconnaître son vassal, et de lui livrer l'exarchat dont il mit ce pape en possession. En 757, Pépin reçut de l'empereur Constantin Copronyme les premières orgues qu'on ait vues en France , et les plaça dans la chapelle de Saint-Corneille, à Compiègne.
Au milieu des ténèbres qui enveloppent ces siècles, Charlemagne présente un point de mire entre deux longues périodes de trouble et d'ignominie.
€ltai"l©E2î£igiie termina le grand ouvrage de son père Pépin-le-Bref auquel il succéda en 768. Le règne long et glorieux de ce prince offre, au milieu de la barbarie qui régnait alors, un spectacle digne d'admiration : seul maitre d'un royaume puissant après la mort de Carloman son frère , Charlemagne porte ses armes en Germanie contre les Saxons
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qu'il soumit après une guerre de trente trois ans, pendant lesquels des actes de cruauté et d'injustice ternirent souvent la gloire de ses armes ; Wilikind, chef de cette belliqueuse nation , embrassa le christianisme et resta fidèle à Charlemagne. Celui-ci refoule en Espagne les Sarrasins qui possédaient encore quelques villes dans les Gaules, et la défaite de son arrière-garde à Roncevaux , où périt le paladin Roland , lui acquiert une gloire romanesque qui égale presque sa gloire historique. Le royaume de Lombardie est soumis à son tour. Didier, dernier roi des Lombards, dont Charlemagne avait épousé et répudié la fille sans motif légitime, voulut, pour se venger, faire sacrer roi par le pape Adrien Ier le fils de Carloman, qui s'était retiré à sa cour après que Charles se fut déféré la couronne d'Austrasie par la diète de Carbonac, aux dépens de son neveu. Adrien refusa, et comme Didier se disposait à s'emparer de l'exarchat de Ravenne, le souverain pontife appela à son secours le roi des Francs qui battit le roi des Lombards, l'assiégea dans Pavie, le fit prisonnier, l'enferma pour le reste de ses jours avec Serghaire, fils de Carloman, et après avoir incorporé ses états à la monarchie franke, confirma au saint-père les donations de Pépin, y en ajouta de nouvelles, et ainsi consolida et accrut la puissance temporelle des papes. Il reçut après cette victoire les hommages des ducs de France, de Spolette, de Bénévent, et ajouta à ses titres celui de patrice de Rome et de protecteur du saint-siège. Enfin, étant retourné à Rome pour protéger la vie du pape Léon III , il assista à la messe solennelle qui fut célébrée dans l'église de Saint-Pierre le jour de Noël (25 décembre 800), qui était alors à Rome le premier jour de l'an 801. Le pape qui désirait témoigner sa reconnaissance au roi, choisit le moment où le prince était à genoux au pied du grand aulel pour poser sur sa tète la couronne impériale , et pour le faire proclamer par le peuple empereur des romains ; c'est ce qu'on appelle le renouvellement de
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l'empire d'Occident dont le titre était disparu depuis trois siècles. De conquête en conquête , Charlemagne avait tellement étendu son empire qu'il comprenait une partie principale de l'Europe.
Toutes les Gaules , l'Allemagne, l'Espagne jusqu'à l'Ebre, l'Italie jusqu'à Bénévent, plusieurs îles de la Méditerranée , telles que la Sardaigne , la Corse et les îles Baléares, avec une partie considérable de la Pannonie formaient proprement l'empire français.
Charlemagne qui, pour épuiser la source des barbares, était allé les combattre dans leur propre patrie, vit les premières voiles normandes ; il les considéra long-temps immobile , pleura en prévoyant les maux qui devaient fondre sur la France quand il ne serait plus là avec son nom et sa puissance pour imposer aux barbares, et commença dès lors à créer une marine qui pût défendre les côtes et empêcher l'invasion.
Charlemagne est, pour ainsi dire, le commencement et la lin de cette seconde race qui naît et meurt en lui. lia fixé d'une manière puissante les peuples barbares dans leurs cantonnemens. Cette longue agitation qui presse les peuplades germaines vers l'Occident paraît s'affaiblir. H refoule les Germains derrière le Rhin, et les Sarrasins derrière les Pyrénées. Les Francs mêlés aux Gaulois vont bientôt former par leur mélange le peuple français. Mais il y avait un principe de dissolution dans l'agglomération des races qui composaient la France de Charlemagne ; chacune conservait son caractère, il n'y avait pas de fusion ; la nationalité française ne pouvait sortir que de l'unité.
Voilà, en quelques mots, la partie militaire et politique du règne de ce grand roi ; mais la sagesse de son gouvernement, sa législation, son goût pour les lettres et les arts, etc., c'est ce qui demanderait et mériterait un développement que les bornes de cet ouvrage ne comportent pas ; car ce n'est point au milieu des guerres que Charles doit nous paraître
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grand, c'est quand on le voit s'occuper du bonheur de ses sujets, porter ses vues sur le gouvernement, les mœurs, la religion, les lettres et les arts, sans lesquels il n'y a point de véritable grandeur.
Lecture. — Histoire de la civilisation en France, par Guizot.
OBSERVATIONS
Sur Charlemagne considéré dans sa vie politique, dans sa vie littéraire, dans sa vie privée.
Dans sa vie politique. On aime à voir Charlemagne , dans ces assemblées nationales, qu'il eut soin de convoquer souvent, proposer les lois qu'ilcroit les plus avantageuses au bien public. Ses soins s'étendaient sur les parties éloignées de son vaste empire dans lesquelles il envoyait des missi dominici ou envoyés royaux, et sur toutes les classes d'hommes. Le peuple surtout fut l'objet de sa sollicitude. Partout il chercha à le soulager et à lui procurer quelques avantages. C'est dans cette vue qu'il réparc les grands chemins, en fait de nouveaux, construit des ponts, rend les rivières navigables. Pour faciliter le commerce, il conçoit le noble projet d'établir une communication entre V Océan et la mer Noire, enjoignant le Rhin au Danube par un canal.
Les Capitulaires nous prouvent que Charlemagne comprenait les droits et savait respecter la propriété et, jusqu'à un certain point, la liberté de ses sujets. Enfin, bien différent de ces conquérans qui ne font que dévaster la terre, il voulait réparer les désordres' que les guerres; l'ignorance et la barbarie avaient faits partout.
Dans sa vie littéraire. Les efforts que Charlemagne fit pour dissiper les ténèbres de l'ignorance ne sont pas la partie la moins brillante de son règne. L'étude fut son occupation constante et journalière. Au camp comme à la cour, il avait ses heures fixes pour cultiver son esprit; il aimait la société des savans : il les assembla de toutes les parties de l'Europe autour de lin, et forma dans son palais une espèce d'académie dont lui-même était membre, sous le nom de David. Le savant anglais Alcuin avait pris celui d'Horace. Charlemagne établit des écoles dans les cathédrales et les principales abbayes, pour y enseigner l'écriture, l'arithmétique et la grammaire. L'amour des lettres que montra ce grand monarque , les efforts qu'il fit pour les répandre et les multiplier, méritent tous les éloges de la postérité.
Bans sa vie privée. Bon père, bon époux, généreux envers ses amis, pardonnant plus volontiers qu'il ne , unissait, veillant luimÊme à l'éducation de sa famille, faisant régner dans sa maison
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comme dans ses Etats l'économie et l'ordre^ sa personne était un modèle de simplicité et de vraie grandeur. « Un seul mot peint « ce grand homme, dit Montesquieu ; il ordonnait qu'on vendît « les œufs de ses basses-cours et les herbes inutiles de ses jardins, « et il avait distribué à ses peuples toutes les richesses des Lom- « hards et les immenses trésors de ces Huns qui avaient dépouillé « l'univers ! »