RÉFLEXIONS SUR HOMERE
Le nom d'Homère ne réveille pas seulement le souvenir d'un grand poète, mais celui d'une civilisation tout entière. Ses merveilleux récits et ses fictions si pleines de charmes firent oublier peu à peu les poésies d'Orphée, au moyen desquelles des chantres sacrés, des prèlresses-poètes avaient élevé l'enfance de la race hellénique. La plupart des traditions secondaires furent obscurcies ou effacées par cet essaim de fables ingénieuses, dont se nourrit l'imagination mobile des Grecs, à dater du siècle d'Homère. Croyances, poésie, sculpture, tout se règle sur Homère, sur ce modèle désormais national. Son influence morale sur ses contemporains, et sur les générations qui suivirent, n'est pas moins incontestable. Les rapsodes qui parcouraient les villes et les bourgades en chantant ses poèmes, familiarisaient les peuples avec les principes les plus importans de la loi naturelle, et, tout en captivant les imaginations, disposaient les cœurs à la pratique des vertus sociales et des vertus domestiques.
L' Iliade et l'Odyssée sont comme un vaste répertoire de tou-
10e SIÈCLE. 107
tes les connaissances mythologiques, historiques et géographi phes de son temps, c'est un tableau vivant de la société à cette époque : à peine peut-on citer un trait de physionomie morale des peuples contemporains qui ne soit pas indiqué par Homère. Les voyageurs s'étonnent encore aujourd'hui de retrouver le théâtre de la guerre de Troie tel qu'il l'a décrit, et les navigateurs qui parcourent la Méditerranée reconnaissent les écueils et le promontoire que Nestor et Ménélas virent à leur retour. Enfin Homère, depuis trois mille ans, a présidé par son génie à toutes les littératures du monde.
En voyant tant de bienfaits répandus par un seul homme, quelques littérateurs ont pensé qu'Homère n'avait pas existé, mais que son nom résumait toute une époque historique. C'est ainsi que s'exprime à ce sujet Wolf, célèbre critique allemand:
« Une longue suite de poètes cycliques -ioniens a versifié l.i « généalogie des dieux, l'histoire de la guerre de Troie, et le re- « lourdes princes grecs dans leurs foyers. Transmise de bouche « en bouche dans un siècle où l'écriture était encore un art in- « connu, les poésies se répandirent dans l' Asie-Mineure occiden- « taie et dans les îles voisines. Lycurgue les entendit pendant ses « voyages, et les transporta dans le Péloponèse; des rapsodes en « détachèrent des fragmens et les chantèrent par toute la Grèce. « Les Pisistratides les firent rassembler en deux grandes épopées « et mettre par écrit. Celte rédaction première fut ensuite rctou- « chée, arrangée, altérée, continuée, et ne fut définitivement « mise en ordre que par les grammairiens d'Alexandrie , qui « nous ont transmis Vlliade et l'Odyssée telles que nous les « avons. »
On donna le nom d' homérides à une école particulière de rapsodes, qui récitaient les vers de ce poète. Les homérides composaient des espèces (ïexordes ou d'hymnes par lesquels ils préludaient à leurs chants épiques, quelques-uns furent contemporains d'Homère lui-même; mais ils ne méritent pas de lui être comparés. Cependant il ne faut pas oublier qu'ils firent les premiers efforts pour dégager la vérité historique des mythes et des traditions qui l'obscurcissaient. La prose devait naître plus tard, et c'est à elle que nous devons la connaissance des faits historiques, passés sous silence par Homère, qui n'a parlé ni de l'événement important de l'entrée des Héraclides, ni de l'émigration des Grecs en Asie-Mineure.
Lecture. —Homère, traduction en prose, par Bitaubé ; en vers par Ifignan. Quelques passages de P.oileau, de Perrault, de Lamotle sur Homère, dans le Parallèle des anciens et des modernes.
Mém&ùe. — Parmi les imitateurs d'Homère, Hésiode tient le premier rang; e'est le premier poète
108 10e SIÈCLE.
didactique de la Grèce ; il écrivit sur l'agriculture et intitula son poème : les Travaux et les Jours , parce que l'art et la culture demandent le temps et les saisons.
Aux préceptes de l'agriculture , il mêle des conseils pour la conduite de la vie , et son ouvrage est partout semé de réflexions morales. Virgile l'a imité dans ses Géorgiques , et l'a de beaucoup surpassé. Hésiode composa deux autres ouvrages; 1° la Théogonie ou généalogie des Dieux , poème faible, sans inspiration, mais monument précieux propre à nous faire connaître la théogonie des anciens : 2° le Bouclier d'Hercule, poème descriptif, qui n'est qu'un fragment du poème Héroogonie ou filiation des demidieux. Le Bouclier d'Enée de Virgile en est encore une imitation supérieure.
Hésiode fait entrer dans sa composition poétique l'histoire, la morale, la philosophie, la mythologie, la théogonie, l'économie rurale et domestique; il est le premier signe d'un véritable progrès dans l'esprit humain; il descend pour ainsi dire sur la terre, et cherche à instruire les hommes par le merveilleux instinct des animaux; la nature lui sert de modèle, il la décrit, la peint et la fait aimer; on sent, en h' lisant, que l'âge héroïque touche à sa fin, et que la raison éclairera les hommes de sa douce lumière. Le style d'Hésiode a des charmes ; l'harmonie qui règne dans sa poésie a fait dire que les Muses avaient nourri de leur lait le poète à'Ascra (Béotie). Les anciens appréciaient tant ses œuvres qu'ils les faisaient apprendre aux enfans, et qu'on les grava dans le temple des Muses. N'oublions pas qu'Hésiode était de la Grèce européenne, du misérable bourg de Cumes(Eolide), situé au pied de l'Hélicon, et qu'il remporta le trépied d'or dans les combats de poésie institués à Ghalcis, en Eubée, par Amphidamas. Ces épreuves solennelles transformèrent les plaisirs sociaux en jouissances intellectuelles.
10e SIÈCLE, 109
JUDÉE
schisme ses »îx trsbus. — Avant la mort de Salomon, Dieu lui avait annoncé que son royaume allait être divisé, et que son fils Roboam n'en conserverait qu'une légère portion. En effet, ce prince, à peine sur le trône, prit des conseils de jeunes gens comme lui, et accabla le peuple d'impôts ; ceux-ci se soulevèrent, et Jéroboam, l'un de leurs généraux, fut proclamé roi des dix tribus qui formèrent le royaume d'Iraël, dont la capitale fut d'abord bit-hem et ensuite Samarie, bâtie par Jmri, en 918. Ce royaume eut dix-neuf rois, de différentes nations, qui se succédèrent par de violentes révolutions. L'an 735 , Téglalhphalasar, roi d'Assyrie, soumit les tribus d'Azer, de Nephtalie, de Zabulon , et les pays situés au-delà du Jourdain ; Salmanazar, successeur de Teglalh, conquit le reste du royaume d'Israël, détruisit Samarie, et emmena les Israélites en servitude dans l'intérieur de l'Asie.
Les tribus de Juda et de Benjamin restèrent à Roboam, et prirent le nom de royaume de Juda, qui eut pour capitale Jérusalem. Elles eurent vingt rois, de la maison de David. La succession passe tranquillement la plupart du temps du père au fils, et n'est interrompue deux fois que par l'usurpation ÏÏÀlhalie et l'intervention d'un conquérant étranger. L'alliance des rois de Damas et d'Israël contraignit Achaz d'appeler à son secours Téglathphalasar, qui détruisit le royaume de Damas et rendit tributaires les royaumes d'Israël et de Juda. Sous le règne d'Ezéchias, le royaume de Juda s'affranchit du joug de l'Assyrie, et Jérusalem échappa à Sennachérib (714).
Néchao, roi d'Egypte, vainqueur de Josias à Maggedo (611), rendit le royaume de Juda tributaire. Néchao est vaincu à son tour par Nabonassar, roi deBabylone, et Nabuchodonosor , son successeur, à sa troisième invasion dans le royaume de Juda, détruisit Jérusalem, et emmena Sédécias, son dernier roi, avec le reste de la nation à Babylone (588).
(Voirie Tableau ei-après.)
10e SIÈCLE.
TAS3LIAU BSS H@IS BE JÏÎBA ET B'ïSHA^Iy