‹ Nouveaux élémens de botanique et de physiologie végétaleChapitre 100 sur 129 · X >- PS · texte numérisé non relu

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446 TAXONOMIK.

ou DES FAMILLES NATURELLES.

La méthode des familles naturelles diffère essentiellement , dans sa marche et ses caractères , des deux systèmes de Tournefort et de Linnaeus , dont nous venons de donner l'explication. Dans cette méthode, en effet, les classes ne sont point fondées d'après la considération d'un seul organe, mais les caractères offerts par toutes les parties des végétaux concourent à les former. Aussi les plantes qui se trouvent ainsi rapprochées sont -elles disposées de manière qu'elles ont avec celle qui les précède ou les suit immédiatement plus de rapport et de ressemblance qu'avec aucune autre.

Cette classification est donc bien supérieure et préférable à toutes celles qui l'ont précédée, par les idées générales et philosophiques d'ensemble et d'harmonie qu'elle nous donne sur toutes les productions du règne végétal. En effet, elle ne considère plus les êtres isolément, mais elle les réunit et les coordonne en groupes ou familles, d'après le plus grand nombre de leurs caractères communs.

La nature, en imprimant sur la physionomie de certains végétaux un caractère particulier en rapport avec leur organisation intérieure , semble avoir

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voulu éclairer, aider le botaniste dans la recherche des affinités qui existent entre toutes les productions végétales. En effet , il y a un grand nombre de plantes qui ont entre elles tant de ressemblance dans la structure et la conformation de toutes leurs parties, que de tout temps cette analogie a été aperçue, et que l'on a regardé ces différens végétaux comme "faisant en quelque sorte partie d'une même famille. Ainsi les Graminées, les Labiées , les Crucifères, les Synanthérées ont toujours été réunies, quand on n'a pas sacrifié les caractères d'analogie et de ressemblance aux bases d'un système artificiel.

Lors donc que l'on s'occupa de réunir et de rassembler tous les végétaux en familles, c'est-à-dire en groupes ou séries de genres se ressemblant par le plus grand nombre de caractères, on n'eut qu'à imiter la nature, qui avait en quelque sorte créé, comme pour servir de modèles, des types de familles essentiellement naturelles. Ainsi les Légumineuses , les Crucifères, les Graminées, les Ombeliifères, les Labiées, etc., vinrent d'elles-mêmes se montrer au botaniste comme autant d'exemples dont il devait tacher de se rapprocher.

Mais tous les végétaux n'ayant point , comme ceux que nous venons de nommer, des caractères extérieurs assez nets ni assez tranchés pour faire connaître à l'instant leur analogie avec certains autres, on eut recours à l'analyse , et l'on chercha dans tous leurs organes des modifications qui puissent servir de caractères.

C'est dans le Gênera plantarum de M. de Jussieu , véritable inventeur de la méthode des familles naturelles , qu'il faut étudier les principes de cette méthode, dont il est impossible de faire saisir l'esprit dans un exposé aussi succinct que celui que nous sommes forcés d'en donner.

Nous allons seulement tacher de faire connaître la manière dont les caractères ont été envisagés par cet auteur, et les principes sur lesquels reposent les bases de cette admirable classification.

Les caractères doivent être considérés quant à leur valeur, quant à leur nombre , quant à leur affinité.

Sous le rapport de la valeur des caractères, on conçoit qu'ils doivent être d'autant plus fixes e^plus importans, qu'ils sont tirés des organes les plus essentiels des végétaux. Or, nous savons que ceux qui concourent à la reproduction jouent le rôle le plus impartant dans la vie végétale; et que parmi eux encore, l'embryon, qui est en quelque sorte le but commun vers lequel sont dirigées toutes les fonctions de la plante, est celui que son importance place au premier degré. C'est donc dans l'embryon que M. de Jussieu a cherché les premières bases de ses divisions. Les étamines et le pistil occupent le second rang, et fournissent des caractères plus constans et plus précieux que les enveloppes florales. Ces caractères ont d'autant plus de valeur qu'ils sont tirés, non du nombre et de la structure de ces organes, qui sont fort sujets à varier, mais de leur position relative, qui est fixe. Après l'embryon,

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la position relative des organes sexuels, ou leur insertion, fournit les caractères les plus importans'pour la coordination des végétaux. Enfin les tiges, les feuilles et les. racines ne peuvent jamais être employées que comme caractères accessoires.

Quant à leur nombre, les caractères se réunissent, se groupent et se coordonnent; et de l'agrégation des caractères simples résultent les caractères généraux , qui servent à réunir sous une dénomination commune un certain nombre de végétaux.

Plusieurs caractères sont entre eux dans une dépendance réciproque, et semblent inséparables les uns des autres. Ceux que l'on tire de la fleur et du fruit sont principalement dans ce cas. C'est ainsi , par exemple , que l'ovaire infère nécessite constamment un calice Tnonosépale , et une insertion épigynique. La corolle monopétale indique presque constamment que les étamines sont insérées sur elle, et qu'elles sont en nombre déterminé , etc.

D'après la valeur et l'importance donr'jsuissenl les différens caractères , il est facile de prévoir que les plus fixes, les plus constans , ont dû être employés pour les divisions fondamentales du règne végétal. Ainsi l'embryon a servi à former dans les végétaux les trois premières grandes divisions. Les étamines et les enveloppes florales ont ensuite été employées pour subdiviser les trois premières sections, établies d'après la considération de l'embryon.

Cherchons maintenant à faire connaître par quels moyens on est. parvenu à réunir les végétaux en

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familles ou groupes naturels. Et commençons par donner une idée des mots : espèce, variété , genre , ordre et famille.

Les plantes disséminées sur la surface du globe forment les individus du règne végétal : quand on les examine avec attention , on ne tarde point à s'apercevoir qu'il en existe un grand nombre, s'offrant toujours à nos regards sous le même aspect, avec les mêmes caractères extérieurs et intérieurs, et se reproduisant constamment sous la même forme. C'est à cette réunion d'êtres parfaitement semblables, considérés abstractivement, que l'on a donné le nom d'espèce. L'espèce est donc l'ensemble des individus qui se reproduisent constamment de la même manière. Une graine provenue d'une espèce quelconque reproduit toujours un individu qui lui est parfaite-** ment semblable. Les caractères sur lesquels est fondée la distinction des différentes espèces entre elles sont en général tirés des organes de la végétation , «-esL-à-dhe des feuilles, de la tige et des racines. Les espèces, qui présentent quelques différences sous le rapport de la couleur de leurs fleurs, du lieu qu'elles habitent, de leur hauteur plus ou moins considérable, constituent les variétés, qui se distinguent des espèces proprement dites, en ce que, dans l'état de nature, elles ne se reproduisent point de graine avec tous leurs caractères (i). Ainsi, par exemple, le lilas a habituellement les fleurs d'une

(i) Nous avons eu soin de mettre dans l'état de nature , car dans les plantes cultivées plusieurs variétés se conservent de graine

teinte violette tendre; mais quelquefois ses fleurs sont blanches ,• sans que pour cela aucun de ses autres caractères ait. changé; le lilas blanc n'est donc qu'une variété de celui à fleurs violettes. En effet, si l'on sème des graines récoltées sur le lilas à fleurs blanches, elles donneront naissance à des individus dont les fleurs seront indifféremment violettes ou blanches; ce qui prouve que les variétés ne se conservent pas toujours par le moyen des graines.

Le genre se compose d'un nombre plus ou moins considérable d'espèces , réunies par des caractères communs tirés des organes de la fructification, mais toutes distinctes les unes des autres par des caractères spécifiques, particuliers à chacune d'elles, et fournis par les organes de la végétation. Ainsi le genre Jlnagallis a pour caractères une corolle monopétale rotacée, cinq étamines, et pour fruit une pjxide, c'est-à-dire une capsule globuleuse s'ouvrant circulairement par une sorte d'opercule. Toutes les espèces de ce genre devront offrir ces différens caractères; mais elles se distingueront les unes des autres par la forme de leur tige et de leurs feuilles, etc. Il en est de même des autres genres.

En réunissant ensemble les genres de la même manière que les espèces, c'est-à-dire en rapprochant tous ceux qui ont des caractères communs et analogues, on forme simplement des ordres proprement dits, si l'on n'a égard qu'à un seul caractère, tel que le nombre des stigmates ou de la forme du fruit , etc. , et des familles ou ordres naturels, si l'on fait con-

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courir à cette réunion toutes les considérations que l'on peut tirer de la forme, de la structure et de la disposition respective de tous les organes des végétaux que l'on classe.

On doit donc entendre par ordre ou famille naturelle de plantes une série ou réunion de genres plus ou moins nombreux, qui offrent tous les mêmes caractères dans les organes de la fructification.

Ainsi la famille des Crucifères a pour caractères un embryon dicotylédoné, un fruit siliqueux ou siliculeux, ordinairement quatre pétales opposés deux à deux, des étamines en nombre déterminé, etc., etc. Tous les genres de cette famille devront offrir les mêmes caractères, mais seulement avec quelques légères modifications, qui n'en altéreront point le type primitif, et qui serviront à établir les différences des genres dont la réunion constitue cette famille.

C'est en suivant une marche semblable que 1 on est parvenu à rassembler les végétaux en groupes ou familles naturelles. Mais, comme ces familles sont en assez grand nombre, il a fallu les distribuer en différentes classes plus ou moins nombreuses, en tâchant de conserver entre elles la même analogie et la même affinité. C'est à cette classification des familles que l'on a donné le nom de Méthode de Jussieu, ou méthode des familles naturelles. Nous allons voir quels sont les caractères que cet auteur célèbre a employés pour former ces différentes classes.

Cette méthode a été divisée en quinze classes. Les premières divisions reposent sur les caractères que

l'on peut tirer de la présence ou de l'absence de l'embryon : de là les embrjonès et les inembryonés.

Les plantes embryonées sont distinguées, d'après le nombre de leurs cotylédons, l° en monocotylédonées, i° en dicotylédonées. Tous les végétaux sont rangés dans ces trois grandes divisions primordiales :

Les Acotylédonés,

Les Monocotylédonés,

Les Dicotylédones.

La seconde considération, celle qui sert vraiment à établir les classes proprement dites , est fondée sur l'insertion relative des étamines ou de la corolle monotépale staminifère. Or, nous avons vu qu'il existe trois espèces d'insertion :

i° Insertion hjpogynique , ou celle dans laquelle l'ovaire étant entièrement libre , les étamines ou la corolle staminifère sont insérées au pourtour même de sa base.

i° Insertion pèrigy nique , ou celle dans laquelle l'ovaire étant libre ou pariétal, les étamines ou la corolle monopétale staminifère s'insèrent au calice à une certaine distance du pourtour de la base de l'ovaire.

3° Insertion épi gy nique , ou celle dans laquelle l'ovaire est toujours infère, et où les étamines ou la corolle staminifère sont insérées sur la partie supérieure de l'ovaire.

Ces trois sortes d'insertion servent à établir autant de classes.

Les Acotylédonés étant dépourvus d'embryons , et par conséquent de fleurs et de fruits, n'ont pu se prê-

Zj54 TAXO]\OMIl'\

ter à cette division. Ils constituent la première classe.

Les Monocotylédonés , pouvant offrir ces trois modes d'insertion, ont été partagés en trois classes : i° Monocotylédonés à étamines hypogynes; i° Monocotylédonés à étamines périgynes; 3° Monocotylédonés à étamines épigynes.

Les Acotylédonés et les Monocotylédonés forment donc quatre classes, savoir :

Acotylédonés Ie

/ étamines hypogynes. . ie

Monocotylédonés < étamines périgynes. . . 3e ( étamines épigynes .... 4e

Les Dicotylédones étant beaucoup plus nombreux que les Acotylédonés et les Monocotylédonés réunis, on a dû chercher à y multiplier le nombre des divisions. Sans abandonner l'insertion, elle n'est plus devenue qu'un caractère secondaire. Ainsi l'on a remarqué que ces plantes sont dépourvues de corolle ou apétales, ou qu'elles ont une corolle monopétale staminifère, ou bien que leur corolle est polypétale. Cette distinction a servi de base aux trois divisions que l'on a établies d'abord dans les Dicotylédones, savoir :

r° Dicotylédones apétales;

2° ! — monopétales;

3° polypétales.

On s'est ensuite servi de l'insertion comme caractère secondaire pour subdiviser ces trois sections en classes. Ainsi les Apétales forment trois classes dans lesquelles l'insertion est èpigynique^ pèiigynique et hypogjnique.

MÉTHODE DE JTJSSTEU. 4^5

Les Monopétales, dont la corolle porte toujours les étamines, constituent également trois classes, suivant que leur corolle staminifère est liypogynique , périgynique ou épigyniqne. Cette troisième classe des Monopétales a été encore subdivisée, suivant que les étamines sont libres ou réunies par leurs anthères, ce qui porte à quatre le nombre des classes dans les corolles monopétales, savoir :

! étamines hypogynes i étamines pérrgynes i l anth. soudées. 3 étamines épigynes l [ anth. libres.... 4 Ces quatre classes réunies aux trois des Dicotylédones apétales, et aux quatre des Monocotylédonés et Acotylédonés, forment déjà onze classes.

Les Poîypétales ont également été divisés en trois crasses, d'après leur mode d'insertion, qui est épigynique, périgynique ou liypogynique.

Enfin dans la quinzième et dernière classe sont rangées toutes les plantes dicotylédonées, dont les fleurs sont essentiellement unisexuées, et séparées sur des individus distincts. On leur a donné le nom de diclines irrégulières.

Telles sont les quinze classes que M. de Jussieu a établies dans le règne végétal, afin de pouvoir disposer méthodiquement les différentes familles de plantes, qu'il avait auparavant créées.

Chacune de ces classes, en effet, renferme un nombre plus ou moins considérable de familles naturelles

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toutes réunies par le caractère commun qui constitue la classe. Le nombre de ces familles n'est point définitivement arrêté, et ne peut pas l'être en effet. De nouvelles découvertes, des observations plus précises et plus exactes, en faisant connaître desobjets nouveaux, ou en démontrant les différences qui existent entre des végétaux auparavant réunis et confondus , augmenteront continuellement le nombre des familles de plantes. Lorsqu'en 1789, M. de Jussieu (1) publia son Gênera plantarum;\\ décrivit 100 familles; aujourd'hui la liste que nous en allons donner en contient plus de 160 , et encore ce nombre est-ii susceptible d'augmentation. M. de Candolle % également publié une série de familles rangées dans un ordre particulier, presque inverse de celui adopté par M. de Jussieu. Sans vouloir nullement prononcer sur la supériorité de l'une ou de l'autre de ces classifications, nous exposerons celle de M. de Jussieu, comme étant la plus généralement adoptée, et comme étant d'ailleurs conforme aux classes que nous venons d'indiquer.

(1) On avait reproché à M. de Jussieu de n'avoir point donné de nom propre à chacune de ces quinze classes , comme Linnœus l'avait fait pour celles de son système. Ce célèbre botaniste a trop bien senti la justesse de cette observation pour ne point y remédier. Il a donc donné à chacune de ces classes un nom particulier. C'est dans une note qu'il a eu la bonté de nous communiquer que nous avons puisé ces noms , que l'on trouvera en tête de chaque classe dans la liste suivante. Le seul changement que nous nous soyons permis , c'est de leur donner une terminaison substantive. Ainsi nous avons dit Monohypogynie au lieu de Monohypogynes , Peristaminie au lieu de Peristaminées , etc. , etc.

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