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CHAPITRE PREMIER

DE LA RACINE (i).

On donne le nom de racine à cette partie d'un végétal qui, occupant son extrémité inférieure, et cachée le plus souvent dans la terre, se dirige et croît constamment en %ens inverse de la tige, c'est-à-dire s'enfonce perpendiculairement dans la terre, tandis que celle-ci s'élève vers le ciel. Un caractère non moins remarquable de la racine est de ne jamais devenir verte (au moins dans son tissu) quand elle est exposée à l'action de l'air et de la lumière, tandis que toutes les autres parties des végétaux y prennent cette couleur.

A l'exception de quelques T remette s et de certaines Conferves, qui, plongées dans l'eau, ou végétant à sa surface, absorbent les matériaux de leur nutrition par les différens points de leur étendue, tous les autres végétaux sont pourvus de racines, qui servent à les fixer au sol, et à y puiser une partie de leurs principes nutritifs.

Les racines, avons-nous dit, sont le plus souvent implantées dans la terre. C'est ce qui a lieu, en effet ,

( i) Radie, laL ; P«|«, grec.

D. H. HILL UBRARY North Carolina Stete Colleg*

racine. 39

pour le plus grand nombre des végétaux. Mais il en est d'autres qui, vivant à la surface, de l'eau, présentent des racines flottantes au milieu de ce liquide, comme on l'observe dans certaines Lentilles d'eau. La plupart des plantes aquatiques, comme le Trèfle d'eau, le Nénuphar, VUtriculaire (1), offrent deux, espèces de racines.Les unes, enfoncées dans la vase, les fixent au sol; les autres, partant ordinairement de la base des feuilles, sont libres et flottantes au milieu de l'eau.

D'autres plantes végétant sur les rochers, comme les Lichens ; sur les murs, comme la Giroflée commune, le grand Muflier, la Valériane rouge; sur le tronc ou la racine des autres arbres, comme \eLierre, certaines Orchidées des tropiques, la plupart des Mousses, X Orobanche et YHypociste, y implantent leurs racines, et, véritables parasites, eu absorbent les matériaux nutritifs, et vivent à leurs dépens.

Le Clusia rosea, arbrisseau sarmenteux de l'Amérique méridionale, le Sempetvwum arboreum, le Maïs et quelques figuiers exotiques, outre les racines qui les terminent inférieurement , en produisent d'autres de différens points de leur tige, qui, d'une hauteur souvent considérable , descendent et s'enfoncent dans la terre.

Ne confondons pas avec les racines, comme on l'a

(1) Les parties filamenteuses, que la plupart des botanistes ont prises pour des feuilles dans l'utriculaire, ne sont que des racines flottantes.

/[O ORGANES DE LA. VÉGÉTATIOIf.

fait très -souvent, certaines tiges souterraines, qui rampent horizontalement sous terre, comme dans Y Iris germanica , le sceau de Salomon, etc. Leur direction seule suffirait presque pour les distinguer, si d'autres caractères ne venaient point encore nous éclairer sur leur véritable nature. (Voyez dans le chapitre suivant ce que nous en disons en parlant de la Souche ou tige souterraine.)

Différentes parties dans les végétaux sont susceptibles de produire des racines; coupez une branche de saule, de peuplier; enfoncez- la dans la terre, et au bout de quelque temps son extrémité inférieure sera chargée de radicelles. Le même phénomène aura encore lieu lorsqu'on aura implanté les deux extrémités de la branche dans la terre : l'une et l'autre s'y fixent, au moyen de racines qu'elles développent. Dansle^ Graminées, particulièrement le Mais ou blé de Turquie, les nœuds inférieurs de la tige poussent quelquefois des racines qui descendent s'enfoncer dans la terre. C'est sur cette propriété qu'ont les tiges, et même les feuilles dans beaucoup de végétaux, de donner naissance à de nouvelles racines, que sont fondées la théorie et la pratique du marcotage et de la bouture, moyens de multiplication trèsemployés dans l'art de la culture.

Il existe une grande analogie de structure entre les racines qu'un arbre pousse dans le sein de la terre, et les rameaux qu'il étale au milieu de l'air. Les principales différences que l'on observe entre ces deux organes dépendent principalement de la diffé^

RACIUE. 41

rence(i) des milieux dans lesquels ces organes se développent.

Les racines de certains arbres poussent de distance en distance des espèces de cônes ou de bosses d'un bois mou et lâche, entièrement nus et saillans hors de terre, et que l'on a désignés sous le nom iïExostoses. Le Cyprès chauve de l'Amérique septentrionale ( Taxodium distichum. Rich. ) en offre les exemples les plus remarquables.

La racine y considérée dans son ensemble et d'une manière générale, peut être divisée en trois parties : i° le corps ou partie moyenne, de forme et de consistance variées, quelquefois plus ou moins renflé, comme dans le navet, la carotte; i° le collet ou nœud vital : c'est le point ou la ligne de démarcation qui sépare la racine de la tige, et d'où part le

(i) On a dit que, lorsqu'on renversait un jeune arbre de manière que ses branches fussent enfoncées daas la terre et ses racines étalées dans l'air, les feuilles se changeaient en racines, et celles-ci en feuilles ; ce fait est faux, ou du moins l'explication que l'on en donne n'est pas exacte. En effet, les feuilles ne se changent pas plus en racines que les racines en feuilles. Mais lorsqu'ils sont cachés sous la terre , les bourgeons situés à l'aisselle des feuilles , au lieu de développer de jeunes rameaux ou scions foliacés , s'allongent, s'étiolent , et deviennent des fibres radicales ; tandis que les bourgeons latens qui existent dans les racines, et qui sont destinés à renouveler le chevelu chaque année , placés dans un autre milieu , se développent en feuilles. On a encore un exemple bien frappant de cette tendance des bourgeons latens de la racine à se changer en rameaux foliacés, lorsqu'ils sont exposés au contact de l'air, dans ces rejets qui poussent autour des arbres à racines rampantes, comme l'acacia , le peuplier , etc.

4u ORGANES DE LA VÉGÉTATION.

bourgeon de la tige annuelle , dans les racines vivaces ; 3° les radicelles ou le chevelu : ce sont les fibres plus ou moins déliées qui terminent ordinairement la racine à sa partie inférieure.

A. Suivant leur durée, les racines ont été distinguées en annuelles y bisannuelles, vivaces et li-

gneuses.

Les racines annuelles sont celles des plantes qui, dans l'espace d'une année, se développent, fructifient et meurent: tels sont le blé, le pied-d'alouette ( Delphinium consolida ) , le coquelicot ( Papaver Rhœas), etc.

Les racines bisannuelles sont celles des plantes à qui deux années sont nécessaires pour acquérir leur parfait développement. Les plantes bisannuelles ne produisent ordinairement, la première année, que des feuilles; la seconde année .elles meurent après avoir fleuri et fructifié, comme la carotte, etc.

On a donné le nom de racines vivaces à celles qui appartiennent aux plantes ligneuses et à celles qui, durant un nombre indéterminé d'années, poussent des tiges herbacées, qui se développent et meurent tous les ans, tandis que leur racine vit pendant un grand nombre d'années; telles sont celles des asperges, des asphodèles, de la luzerne, etc.

Cette division des végétaux en annuels, bisannuels et vivaces, suivant la durée de leurs racines, est sujette à varier, sous l'influence de diverses circonstances. Le climat, la température, la situation d'un pays, la culture même, modifient singulièrement la

durée dès végétaux. Il n'est pas rare de voir des plantes annuelles végéter deux a/»s, et même davantage, si elles sont mises dans un terrain qui leur soit convenable, et abritées contre le froid. Ainsi le réséda odorant , qui cbez nous est une plante annuelle, devient une plante vivace dans les sables de l'Egypte. Au contraire, des plantes vivaces et même ligneuses de l'Afrique et de l'Amérique, transplantées dans les régions septentrionales, y deviennent annuelles. La belle de nuit {Nyctago hortensis), le Coàœà, sont vivaces au Pérou , et meurent chaque année dans nos jardins. Le ricin, qui, en Afrique, forme des arbres ligneux, est annuel dans notre climat. Cependant il reprend son caractère ligneux quand il se retrouve dans une exposition convenable. En herborisant aux environs de Villefranche, sur les bords de la Méditerranée , au mois de septembre 1 8 1 8* j'ai découvert sur la montagne qui abrite l'arsenal de cette ville, au couchant, un«petit bois formé de ricins en arbre. Leur tronc est ligneux, dur. Les plus hauts ont environ vingt-cinq pieds d'élévation, et présentent à peu près le même aspect que nos platanes. Il est vrai que la situation de Villefranche, exposée au midi, défendue des vents d'ouest par une chaîne de collines assez élevées , la rapproche singulièrement du climat de certaines parties de l'Afrique.

Les racines ligneuses ne diffèrent dés racines vivaces que par leur consistance plus solide , et par la persistance de la tige qu'elles supportent ; telles sont celles des arbres et des arbrisseaux.

B. Suivant leur forme et leur structure, lés racines peuvent se diviser ^n :

Pivotante (radix perpendicularis),

Fibreuse (radix Jibrosa) ,

Tubérifère (radix tuberifera) ,

Bulbifère (radix bidbifera).

i°Les racines picolantes sont celles qui s'enfoncent perpendiculairement dans la terre. Elles sont simples et sans divisions sensibles, comme dans la rave, la carotte ; rameuses, dans le frêne et le peuplier d'Italie, etc. Elles appartiennent exclusivement aux végétaux dicotylédons. (Voyez planche 2, fig. 1,2, 3 et 4. )

i° La rdicmejibreuse se compose d'un grand nombre de fibres, quelquefois simples et grêles, d'autres fois épaisses et ramifiées. Telle est celle de la plupart des Palmiers. Elle appartient exclusivement aux plantes monocotylédones.

3° J'appelle racines tubèriferes ceiles qui présentent sur différens points de leur étendue, quelquefois à leur partie supérieure, d'autres fois au milieu ou aux extrémités de leurs ramifications, des tubercules plus ou moins nombreux. Ces tubercules ou corps charnus, que l'on a long-temps, et à tort, regardés comme des racines, ne sont que des amas de fécule amylacée , que la nature a, en quelque sorte, mis en réserve pour servir à la nutrition du végétal. Aussi n'observet-on jamais de véritables tubercules dans les plantes annuelles; ils appartiennent exclusivement aux plantes vivaces; tels sont ceux de la pomme de terré , du

topinambour, des orchidées, des patates, etc. (1) (Voyez pi. 2, fig. 5 et 6.)

l\° La racine bulbifere est formée par une espèce de tubercule mince et aplati, qu'on nomme plateau, produisant, par sa partie inférieure, une racine fibreuse, et supportant supérieurement un bulbe ou ognon, qui n'est rien autre chose qu'un bourgeon d'une nature particulière, formé d'un grand nombre d'écaillés ou de tuniques appliquées les unes sur les autres; par exemple , dans le lis, la jacinthe, l'ail, et en général les plantes qu'on appelle bulbeuses. (Voyez pi. 2, fig. 8 et 9.)

Telles sont les modifications principales que présente la racine relativement à sa structure particulière. Avouons cependant que ces différences ne sont pas toujours aussi tranchées que nous venons de les présenter. Ici , comme dans ses autres ouvrages , la

(1) Le point de \ue sous lequel j'examine ici les tubercules diffère de celui sous lequel on les considère communément. Loin d'être des racines , comme beaucoup d'auteurs l'ont dit , ils ne nous paraissent être , avec M. Sprengel (Linnœi Philos, bocan.), que des espèces de bourgeons souterrains des plantes vivaces , auxquels la nature a confié le soin et la conservation des rudimens de la tige. La seule différence que présentent les tubercules ainsi considérés, c'est que la jeune tige , au lieu d'être protégée par des écailles nombreuses et serrées , se trouve enveloppée par un corps dense et charnu qui sert non-seulement à l'abriter pendant l'hiver, mais qui lui fournit au printemps les premiers matén.iux de son développement et de sa nutrition.

On pourrait également les considérer comme des tiges souterraines, courtes et charnues, et les yeux qui en naissent comme des bourgeons.

l\(j ORGANES DE LA VÉGÉTATION.

nature ne se prêle pas servilement à nos divisions systématiques. Elle fait quelquefois disparaître par des nuances insensibles ces différences, que nous avions crues d'abord si constantes et si bien établies.

Toutes les racines qui ne peuvent être rapportées à une des quatre modifications principales que nous venons d'indiquer conservent le nom générique de racines.

Le chevelu des racines, ou cette partie formée de fibres plus ou moins déliées, sera d'autant plus abondant et plus développé, que le végétal vivra dans un terrain plus meuble. Lorsque par hasard l'extrémité d'une racine rencontre un filet d'eau, elle s'allonge, se développe en fibrilles capillaires et ramifiées, et constitue ce que les jardiniers désignent sous le nom de queue de renard. Ce phénomène , que l'on peut produire à volonté, explique pourquoi les plantes aquatiques ont , en général, deS racines beaucoup plus développées.

Après ces considérations générales sur la structure des racines, nous devons présenter ici les principales modifications que cet organe peut subir, quant à sa consistance, sa forme et ses autres caractères extérieurs.

C. Relativement à sa consistance , la racine est charnue, lorsque, étapt manifestement plus grosse et plus épaisse que la base de la tige , elle est en même temps plus succulente : telle est celle de la carotte , du navet , etc. Elle est ligneuse , au contraire , lorsque son parenchyme, plus solide, approche plus

RACINH. 47

ou moins de la dureté du bois. C'est ce que l'on observe dans la plupart des végétaux ligneux.

D. La racine peut être simple (simplex), c'est-àdire formée par un pivot absolument indivis, comme la betterave, le panais, la rave, etc. D'autres fois, elle est rameuse (ramosa), ou divisée en ramifications plus ou moins nombreuses et déliées, toujours de même nature qu'elle; telle est celle de la plupart des arbres de nos forêts, du cbêne, de l'orme, etc.

E. Considérée quant à sa direction, la racine peut être verticale, comme ceile de la carotte , de la rave ; oblique , par exemple, celle des iris; et enfin située horizontalement sous la terre, comme dans le Bhus radicans , l'orme, etc. Assez souvent l'on trouve ces trois positions réunies dans ies différentes ramifications d'une même racine.

F. Les variétés de forme Ifs plus remarquables sont les suivantes :

i° Fusiforme, ou en fuseau (Jiisifbrmis) , lorsqu'elle est allongée, plus mince à ses deux extrémités, plus grosse à sa partie moyenne, comme la rave. (PI. 2, fig. 3.)

20 Napi/'orme, ou en forme de loupie {iiapiformis) quand elle est simple, arrondie, et renflée à sa partie supérieure , amincie et terminée brusquement en pointe inférieurement : le navet, le radis, etc. (PI. 2, %• 2.)

3° Conique (conica), celle qui présente la forme d'un cône renversé; la betterave, le panais, la carotte. (PI. 2, fig. 4.)

4° arrondie ou presque ronde (subrolunda), comme dans le Bunium bulbocastanum , etc.

5° Didyme ou testiculée (î) (didyma, testiculatd), lorsqu'elle présente un ou deux tubercules arrondis ou ovoïdes, comme dans YOrchis milâaris, maeulata, etc. (Voy. pi. a, îig. 5 et 6.)

La racine didyme est appelée palmée {palmata), quand les deux tubercules sont divisés en lobes divergens, comme dans les doigts de la main jusqu'au milieu environ de leur ép-aisseur. Ex. Orchis maculata. (PI. 2 , fîg. 6. )

Digitée (digitata), quand les tubercules sont divisés presque jusqu'à leur base, comme dans le Satyrium albidum. C'est d'après cette forme de la racine didyme que Linné a divisé les espèces du genre Orchis en trois sections.

6° Noueuse ou Jîlipendulèe (nodosa) , lorsque les ramifications de la racine présentent de distance en distance des espèces de renflemens ou de nœuds (2) qui lui donnent quelque ressemblance avec un chapelet ; c'est ce que l'on observe dans la filipendule , l 'Avena prœcaloria.

(1) Dans la racine testiculée, l'un des tubercules (pi. 2 , fig. 5. a.) est ferme, solide, un peu plus gros que l'autre ; c'est lui qui renferme le rudiment de la tige qui doit se développer l'année suivante ; l'autre, au contraire (pi. 2 , fig. 5. b.) mou,iidé, plus petit, contenait le germe de la tige qui vient de se développer, et à l'accroissement de laquelle il a employé la plus grande partie de la fécule amylacée qu'il renfermait.

(2) Ces nœuds ne doivent pas être confondus avec les véritables tubercules, qui renferment toujours les rudimens de nouvelles tiges.

70 Grenue (granulata). M. de Candolle nomme ainsi celle qui présente un amas de petits tubercules renfermant des yeux propres à reproduire la plante, sans être enveloppés de tissu cellulaire rempli de fécule amylacée. Par exemple, celle de la saxifrage grenue.

8° Fasciculée (fasciculata), quand elle est formée par la réunion d'un grand nombre de radicelles, épaisses, simples ou peu rameuses, comme celle des asphodèles, des renoncules (1).

90 Articulée (articulata) , celle qui présente, de distance en distance , des articulations. Par exemple, dans la gratiole.

io° Contournée (conforta) quand elle offre plusieurs courbures en differens sens; celle de la bistorte.

1 1° On appelle racine capillaire (capillaris), celle qui est formée de fibres capillaires très-déliées, comme la plupart des Graminées, le blé, l'orge.

ia° Chevelue (comosa) quand les filets capillaires sont rameux et très-serrés, comme dans les bruyères. Quant à la structure anatomique de la racine, nous n'en ferons l'exposition qu'après celle de la tige, parce que ces deux organes offrent beaucoup d'analogie sous ce rapport.

Usages des racines.

Les usages des racines sont relatifs au végétal lui-

(1) Celles des renoncules, formées de fibres plus couries et plus serrées , portent en général le nom de griffes.

5o ORGANES DE LA VÉGLTATION.

même ou à ses applications à l'économie domestique* aux arts , à la médecine.

Relativement au végétal lui-même, les racines servent, i° à le fixer à la terre ou au corps sur lequel il doit vivre ; i° à y puiser une partie des matériaux nécessaires à son accroissement.

Les racines de beaucoup de plantes ne paraissent remplir que la première de ces fonctions. C'est ce que l'on observe principalement dans lés plantes grasses et succulentes, qui absorbent par tous les points de leur surface les substances propres à leur nutrition. Dans ce cas, leurs racines ne servent qu'a les fixer au sol. Tout le monde connaît le magnifique cierge du Pérou [Cactus peruvianus) qui existe dans les serres du Muséum d'histoire naturelle. Ce végétal, qui est d'une hauteur extraordinaire, pousse avec une extrême vigueur des rameaux énormes, et souvent avec une rapidité surprenante ; ses racines sont renfermées dans une caisse, qui contient à peine trois à quatre pieds cubes d'une terre que l'on ne renouvelle et n'arrose jamais.

Les racines des plantes ne sont pas toujours en proportion avec la force et la grandeur des troncs qu'elles supportent. Les Palmiers et les Conifères , dont le tronc acquiert quelquefois une hauteur de plus de cent pieds, ont des racines courtes, s'étendant peu profondément dans la terre, et ne les y fixant que faiblement. Des plantes herbacées , au contraire , dont la tige , faible et grêle , meurt chaque année , ont quelquefois des racines d'une force et d'une longueur considérable relativement à celle de la tige, comme on

l'observe clans la réglisse, la luzerne, et dans YOnonis aivensis (qui, à cause de la ténacité et de la profondeur de ses racines, a été appelé arrête-bœiif.)

Les racines ont aussi pour usage d'absorber dans le sein de la terre les substances qui doivent servir à l'accroissement du végétal. Mais tous les points de la racine ne concourent pas à cette fonction. Ce n'est que par l'extrémité de leurs fibres les plus déliées que s'exerce cette absorption. Les uns ont dit qu'elles étaient terminées par de petites* ampoules, d'autres par des espèces de bouches aspirantes ; quelle que soit leur structure , il est prouvé que c'est par ces extrémités seules que s'opère cette fonction.

Il n'est point d'expérience plus facile à faire que celle au moyen de laquelle on démontre d'une manière péremptoire la vérité de ce fait. Si l'on prend un radis ou un navet, qu'on le plonge dans l'eau par l'extrémité de la radicule qui le termine, il poussera des feuilles et végétera. Si, au contraire, on le place dans l'eau de manière à ce que son extrémité inférieure soit hors du liquide, il ne donnera aucun signe de développement.

Les racines de certaines plantes paraissent excréter une matière particulière, différente dans les diverses espèces. Duhamel rapporte qu'ayant fait arracher de vieux ormes , il trouva la terre qui environnait les racines d'une couleur plus foncée et plus onctueuse. Cette matière onctueuse et grasse était le produit d'une sorte d'excrétion faite par les racines. C'est à cette matière, qui. comme nous l'avons dit, est différente

dans chaque espèce végétale, que l'on a attribué les sympathies et les antipathies que certains végétaux ont les uns pour les autres. On sait, en effet, que certaines plantes se recherchent en quelque sorte , et vivent constamment les unes à côté des autres ; ce qui forme les plantes sociales ; tandis qu'au contraire d'à utres semblent ne pouvoir croître clans le même lieu.

On a remarqué que les racines ont une tendance marquée à se diriger vers les veines de bonnes terres, et que souvent elles Rallongent considérablement pour se porter vers les lieux où la terre est plus meuble et plus substantielle. Elles s'y développent alors avec plus de force et de rapidité. Duhamel rapporte que. voulant garantir un champ de bonne terre des racines d une rangée d'ormes qui s'y étendaient et en épuisaient une partie , il fit faire le long de cette rangée d'arbres une tranchée profonde qui coupa toutes les racines qui s'étendaient dans le champ. Maisbienlôt les nouvelles racines, arrivées à l'un des côtés du fossé , se recourbèrent en suivant la pente de celui-ci jusqu'à la partie inférieure; là elles se portèrent horizontalement sous le fossé , se relevèrent ensuite de l'autre côté, en suivant !a pente opposée, et s'étendirent de nouveau dans le champ.

Les racines, dans tous les arbres, n'ont pas la même force pour pénétrer dans le tuf. Duhamel a fait l'observation qu'une racine de vigne avait pénétré profondément dans un tuf très-dur, tandis qu'une racine d'orme avait été arrêtée par sa dureté, et avait en quelque sorte rebroussé chemin.

La racine, ainsi que nous l'avons dit précédemment, a une tendance naturelle et invincible à se diriger vers le centre de la terre. Cette tendance se remarque surtout dans cet organe, au moment où il commence à se prononcer , à l'époque de la germination de l'embryon ; plus tard elle est moins manifeste quoiqu'elle existe toujours , surtout dans les racines qui sont simples, ou dans le pivot des racines rameuses; car elle est souvent nulle dans les ramifications latérales de la racine.

Quels que soient les obstacles que l'on cherche à opposer à cette tendance naturelle de la radicule, elle sait les surmonter. Ainsi placez une graine germante de fève ou de pois de manière que les cotylédons soient placés dans la terre et la radicule en l'air, vous verrez bientôt cette radicule se recourber vers la terre pour aller s'y enfoncer. On a donné beaucoup d'explications diverses de ce phénomène : les uns ont dit que la racine tendait à descendre, parce que les fluides qu'elle contenait étaient moins élaborés, et par conséquent plus lourds que ceux de la tige. Mais cette explication est contredite par les faits. En effet, ne voit-on pas dans certains végétaux exotiques, tels que le Clusia rosea , etc., des racines se développer sur la tige à une hauteur très-considérable, et descendre perpendiculairement pour s'enfoncer dans la terre. Or, dans ce cas, les fluides contenus dans ces racines aériennes sont de la même nature que ceux qui circulent dans la tige, et néanmoins ces racines, au lieu de s'élever comme elle, descendent au con-

traire vers la terre. Ce n'est donc pas la différence de pesanteur des fluides qui leur donne cette tendance vers le centre de la terre.

D'autres ont cru trouver cette cause dans l'avidité des racines pour l'humidité, humidité qui est plus grande dans la terre que dans l'atmosphère. Duhamel, voulant s'assurer de la réalité de cette explication, fit germer des graines entre deux éponges humides et suspendues en l'air; les racines, au lieu de se porter vers l'une ou l'autre des deux éponges bien imbibées d'humidité, glissèrent entre elles, et vinrent pendre au-dessous, en tendant ainsi vers la terre. Ce n'est donc pas l'humidité qui attire les racines vers le centre de la terre.

Serait-ce la terre elle-même par sa nature et par sa masse ? L'expérience contredit encore cette explication. M. Dutrochet remplit de terre une caisse dont le fond était percé de plusieurs trous ; il plaça dans ces trous des graines de haricot germantes , et il suspendit la caisse en plein air à une hauteur de six mètres. De cette manière, dit-il , les graines, placées dans les trous pratiqués à la face inférieure de la caisse, recevaient de bas en haut l'influence de l'atmosphère et de la lumière : la terre humide se trouvait placée au-dessus d'elles. Si la cause de la direction de cette partie existait dans sa tendance pour la terre humide, on devait voir la radicule monter dans la terre placée au-dessus d'elle, et la tige au contraire descendre vers l'atmosphère placée au-dessous d'elle; c'est ce qui n'eut point lieu. Les radicules des graines

descendirent dans l'atmosphère, où elles ne lardèrent pas à se dessécher; les plumules au contraire se dirigèrent en haut dans la terre.

M. Rnight, célèbre physicien anglais, a voulu s'assurer par l'expérience si cette tendance ne serait pas détruite par le mouvement rapide et circulaire imprimé à des graines germantes. Il fixa des graines de haricots dans les augets d'une roue, mue continuellement par un filet d'eau dans un plan vertical, cette roue faisant cent cinquante révolutions en une minute. Ces graines placées dans de la mousse sans cesse humectée, ne tardèrent pas à germer; toutes les radicules se dirigèrent, vers la circonférence de la roue, et toutes les gemmules vers son centre. Par chacune de ces directions les radicules et les gemmules obéissaient à leurs tendances naturelles et opposées. Le même physicien fit une expérience analogue avec une roue mue horizontalement et faisant deux cent cinquante révolutions p*r minute; les résultats furent semblables , c'est-à-dire que toutes les radicules se portèrent vers la circonférence, et les gemmules vers le centre, mais avec une inclinaison de dix degrés des premières vers la terre, et des secondes vers le ciel. Ces expériences , répétées par M. Dutrochet , ont eu les mêmes résultats, excepté que dans la seconde l'inclinaison a été beaucoup plus considérable, et que les radicules et les gemmules sont devenues presque horizontales.

Des diverses expériences rapportées ci -dessus il résulte évidemment que les racines se dirigent vers

le centre de la terre, non parce qu'elles contiennent un fluide moins élaboré, ni parce qu'elles y sont attirées par l'humidité ou la nature même de la terre, mais par un mouvement spontané, une force intérieure, une sorte de soumission aux lois générales de la gravitation.

Mais, quoiqu'on puisse dire que cette loi de la tendance des racines vers le centre de la terre soit générale , néanmoins quelques végétaux semblent s'y soustraire ; telles sont en général toutes les plantes parasites , et le gui (Viscuni album) en particulier. Cette niante singulière pousse, en effet, sa radicule dans quelque position que le hasard la place; ainsi, quand la graine, qui est enveloppée d'une glu épaisse et visqueuse, vient à se coller sur la partie supérieure d'une branche, sa radicule, qui est une sorte »de tubercule évasé en forme de cor de chasse, se trouve alors perpendiculaire à l'horizon : si , au contraire, la graine est placée à la partie inférieure de la branche, la radicule se dirige vers le ciel. La graine est-elle située sur les parties latérales de la branche, la radicule se dirige latéralement. En un mot, dans quelque position que la graine soit fixée sur la branche, la radicule se dirige toujours perpendiculairement à l'axe de la branche.

M. Dutrochet a fait sur la germination de cette graine un grand nombre d'expériences pour constater la direction de la radicule. Nous rapporterons ici les plus intéressantes. Cette graine , qui trouve dans la glu qui l'enveloppe les premiers matériaux de son

accroissement, germe et se développe non-seulement sur du bois vivant et mort, mais encore sur des pierres, du verre, et même sur du fer. M. Dutrochet en a fait germer sur un boulet de canon. Dans tous ces cas la radicule s'est toujours dirigée vers le centre de ces corps. Ces faits prouvent, ainsi que le remarque l'ingénieux expérimentateur, que ce n'est pas vers un milieu propre à sa nutrition que l'embryon du gui dirige sa radicule , mais que celle-ci obéit à l'attraction des corps sur lesquels la graine est fixée, quelle que soit leur nature.

Mais cette attraction n'est qu'une cause éloignée de la tendance de la racine du gui vers les corps. La véritable cause est un mouvement intérieur et spontané exécuté par l'embryon à l'occasion de l'attraction exercée sur sa radicule. M. Dutrocbet colle une graine de gui germée à l'une des extrémités d'une aiguille de cuivre , semblable à une aiguille de boussole, et placée de même sur un pivot; une petite boule de cire mise à l'autre extrémité forme le contre-poids de la graine. Les chosesainsi disposées, M. Dutrochet approche latéralement de la radicule une petite planche de bois, à environ un millimètre de distance. Cet appareil est ensuite recouvert d'un récipient de verre, afin de le garantir de l'action des agens extérieurs. Au bout de cinq jours la tige de l'embryon s'est fléchie et a dirigé la radicule vers la petite planche qui l'a* voisinait , sans que l'aiguille eût changé de position, malgré son extrême mobilité sur le pivot. Deux jours après, la radicule était dirigée perpendiculai-

rement vers la planche avec laquelle elle s'était mise en contact, sans que l'aiguille, qui porlait la graine, eût éprouvé le moindre dérangement.

La radicule du gui présente encore une autre tendance constante; c'est celle de fuir la lumière. Faites germer des graines de gui sur la face interne des vitres d'une croisée d'appartement, et vous verrez toutes les radicules se diriger vers l'intérieur de l'appartement pour y chercher l'obscurité. Prenez une de ces graines germées, appliquez-la sur la vitre en dehors de l'appartement, et sa radicule s'appliquera contre la vitre, comme si elle tendait vers l'intérieur de l'appartemeut pour fuir la lumière.

Dans l'économie domestique, beaucoup de racines sont utilement employées comme alimens. Ainsi les carottes , les navets , les panais, les salsifis, et beaucoup d'autres racines , sont trop universellement usitées pour que nous soyons obligés d'entrer dans des détails à cet égard.

C'estaveclestuberculesd'un grand nombre d'orchis convenablement préparés que se fait le salep.

On extrait de la betterave, par des procédés que la chimie a singulièrement perfectionnés, un sucre qui peut avantageusement remplacer celui que nous tirons à grands frais des colonies.

Certaines plantes, ayant la faculté de pousser des racines qui se ramifient et s'étendent à de grandes distances, on s'en est servi pour ramifier et consolider les terrains mouvans. C'est ainsi qu'en Hollande, et aux environsde Bordeaux, on plante le Carex arenaria sur

les dunes et les bords des canaux, afin de consolider et fixer les terres. Dans plusieurs autres pays on plante, pour remplir le même objet, V Hippophae rhamnoïdes ou argousier, le genêt d'Espagne, etc.

Plusieurs racines sont employées avec avantage dans la teinture. Telles sont celles de garance, d'orcanette, de curcuma, etc.

Quant aux usages médicinaux des racines, on sait que la thérapeutique leur emprunte des médicamens précieux. Relativement aux principes qui y prédominent, les racines officinales ont été divisées en : § 1. Racines fades: principe muqueux ou amylacé. Guimauve officinale {Althœa officinalis. L. ) Grande Consolide ( Sjmphjtum officinale. L. ) Chiendent ( Triticum rcpens. L. ) etc. , etc. § 2. Racines douces et sucrées.

Réglisse ( Gljcjrrhiza glabra. L. ) Vo\y\>oàe(Polypodiwncommwie. L.) etc.,elc.

§ 3. Racines peu sapides, ou légèrement amères. Salsepareille (Smilax Salsaparilla. L.) Squine ( Smilax China, L. ) Bardane (Arclium Lappa. L.) Patience ( Rwnex Palientia. L. ) § l\. Racines aromatiques et odorantes.

Valériane ( Valeriana officinalis. L. ) Serpentaire de Virginie [Aristolochia seipen-

iaria. L. ) Angélique {Angelica Archangelica,. L.) Aunée (Inula Hclenium. L.) Benoîte ( Geum itrbanuni. L. )

Raifort ( Cochlearia armoracia. L. ) Ginseng ( Patiax quinquefoliwn. Lamk. )

§ 5. Racines amères.

Grande Gentiane (Gentiana lutea. L.) Rhubarbe ( Rheum palmatum et R. undula-

twn. L. ) Columbo ( Cocculus palmalus. DC. ) Polygala amer {Polygala amara. L. ) Chicorée sauvage (Cichoriwn lntybus. L.)

§ 6. Racines acerbes.

Bistorte ( Polygonum Bistorta. L. ) ïormentille ( Tormentilla erecta. L. )

§ 7. Racines acres et nauséabondes.

Ipécacuanha annelé (1) ( Cephaelis Ipeca-

cuanha. Rich. ) Ipécacuanha simple ou strié {Psycho tria eme-

tica. L. ) Cabaret [Asarum europœum. L. ) Hellébore noir ( Helleborus niger. ) Hellébore blanc (yVeratrum album. ) r Jalap {Convolvulus Jalappa. £. ), etc., etc.

(1) Voyez mon Mémoiresur les deux espèces à? ipécacuanha tirées de la famille des Rubiacées, inséré daus les bulletins de la Société la Faculté pour l'année 1818 , et mon Histoire naturelle et médicale des différentes espèces d'ipécacuanha du commerce. Paris , i8ao. Un vol. in-4°, fig- Chez Béchet jeune.

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