EXAMINES
Telles sont les trois parties qui composent ordinai* rement l'étarnine. Mais remarquons ici que deux seulement lui sont nécessaires; ce sont l'anthère et le pollen. Le filet, en effet, n'est qu'une partie accessoire de Tétainine; aussi manque-t-il souvent, c'est-à-dire que l'anthère est immédiatement attachée au corps sur lequel elle est insérée, sans le secours d'un filet. Dans ce cas l'étainine est appelée sessile ( stamen sessile), comme dans beaucoup de Thymélées.
L'essence et la perfection de l'étamine résident donc dans la présence de V anthère. Mais une condition indispensable pour que cet organe soit apte à remplir les fonctions que la nature lui a confiées , c'est qu'il faut que non-seulement il contienne du pollen, mais encore qu'il s'ouvre, pour que cette substance soit mise en contact avec le stigmate ; car, sans cette circonstance, la fécondation ne pourrait pas avoir lieu.
Le nombre des étamines varie singulièrement dans les différentes plantes. C'est même d'après cette considération du nombre des organes sexuels mâles contenus dans chaque fleur, que Linnaeus a établi les premières classes de son système.
Ainsi il y a des fleurs qui ne renferment qu'une seule étamine; on leur donne le nom de fleurs monanclres [flores monandri). Tels sont X Hippuris vulgaris , la valériane rouge [Centranthus ruher), le Blilum virgatum, etc.
On les appelle fleurs diandres {flores diandri), quand elles contiennent deux étamines. Par exemple,
l'JO ORG/UVES DE LA REPRODUCTION.
le lilas ( Syringa vulgaris), le troëne ( Ligustrum vidgare), la véronique officinale (Veronica officinalis) , la sauge (Salvia of/îcinalis) , etc.
Fleurs Triandres {Jlores triandri) : la plupart des Graminées, des Cypéracées, des Iridées, etc.
Fleurs Tètrandres {Jlores tetrandri), le caille-lait ( Galium verum ) , la garance (Rubia tinctorurri), la plupart des Labiées, des Antirrhinèes , des Dfpsacées , etc.
Fleurs pentandres (Jlores pentandri) , le bouillon blanc (Verbascum Thapseis), et la plupart des Solanées; la cynoglosse (Cynoglossum officinale), et la plupart desBorraginées; la carotte (Daucus Carotta), et toutes les Ombellifères, etc.
Fleurs hexandres {Jlores hexandri); le lis (Lilium candidum), la tulipe (Tulipa gesneriana), et la plupart des Liliacées, des Asphodèles, le riz (Oryza sativa).
Fleurs heptandres [Jlores heptandri), le marronnier d'Inde (Msculus Hippocasianum).
Fleurs octandres (Jlores octandri), celles des bruyères, des Vaccinium , desDaphne, des Polygonum , etc.
Fleurs ennèandres (Jlores enneandri) , comme celles du jonc fleuri (Butomus umbellatus).
Fleurs dècandres (Jlores decandri), comme dans l'œillet, la saponaire (Saponaria oJJicinalis),eV\di plus grande partie des Caryopbyllées; la ruè(Ruta graveolcns) , la pyrole (Pyrola rotundifolia), les saxifrages, etc.
ETAMINES. 27 f
Passé clix, le nombre des étainines n'est plus fixe dans les fleurs; ainsi, on dit qu'elles sont :
Dodècandres {flores dodecandri sj , quand elles contiennent de douze à vingt étainines, comme dans la gaude (Reseda luteold) , l'aigremoine [Agrimonia Eupatoria ).
Polyandres ( flores polyandri ) , quand elles contiennent plus de vingt étamines, comme le pavot Papaver somaiferum), les renoncules, etc.
Les étamines peuvent être toutes égales entre elles, comme dans le lis, la tulipe, etc.
Elles peuvent être inégales, c'est-à-dire les unes plus grandes, les autres plus petites dans la même (leur.
Tantôt cette disproportion se fait avec symétrie, tantôt elle a lieu sans aucune espèce d'ordre. Dans les Géranium , les Oxalis, il y a dix étamines, cinq grandes et cinq plus petites, disposées alternativement, en sorte qu'une grande se trouve entre deux petites, et réciproquement.
Quand une fleur renferme quatre étamines, dont deux sont constamment plus courtes, ces étamines prennent le nom de didynames{staniinadidynama)\ la plupart des Labiées, le marrube {Marrubium vidgare), le thym, etc. ; la plupart des Antirrhinées, comme lalinaire [hirtària vulgaris) , le grand mufle de veaw (Antirrhinum majus), ont les étamines didynames .
Lorsqu'au contraire elles sont au nombre de six dans une fleur, et que quatre d'entre elles sont plus
■l'J-X ORGANES DE LA REPRODUCTION.
grandes que les deux autres, elles sont appelées tétradynames (stamina tetradynama). Cette disposition existe dans toute la famille des Crucifères, comme da,ns le cochléaria (Cochlearia officinalis)y le radis (Brassica Napus), etc.
La situation des étamines, relativement aux divisions de la corolle et du calice, mérite aussi d'être soigneusement observée. Ordinairement chaque étamine répond aux incisions de la corolle, c'est-à-dire que les étamines sont alternes avec les divisions de la corolle ou les pétales, lorsqu'elles sont en nombre égal à ces divisions, comme dans la bourrache et les autres Borraginées.
Quelquefois cependant chaque étamine, au lieu de correspondre aux incisions, est située vis-à-vis chaque division ou chaque pétale; dans ce cas, les étamines sont dites opposées aux pétales, comme on l'observe dans la primevère, la vigne, etc.
Quand le nombre des étamines est double de celui des divisions de la corolle, la moitié de ces étamines sont alternes, l'autre moitié opposées aux divisions de la corolle.
Les étamines sont, dans le plus grand nombre des cas, opposées aux sépales ou aux divisions du calice, excepté dans les cas rares où elles sont opposées aux pétales.
Dans le lis," la tulipe, les six étammes sont opposées aux six segmens du périanthe simple.
Quelquefois les étamines sont plus courtes que la corolle ou le calice, de manière qu'elles ne sont pas
Staminés. 278
saillantes à l'extérieur; on les nomme alors incluses ( stamina inclusa), comme dans la primevère, les narcisses, les daphnés, etc.
On les nomme, au contraire, exertes (stamina exerta), lorsqu'elles dépassent la hauteur de la corolle ou du calice, comme dans le jasminoïde (Lycium europœiun) , les menthes, le plantain, etc.
Suivant leur direction, les étarnines sont :
Dressées (stam. erecta), comme dans la tulipe, le lis, le tabac (Nicotiaua Tabacuni) , etc.
Iivflèchies (stam. inflexa), quand elles sont pliées en arc, et que leur sommet se courbe vers le centre de la fleur, comme dans les sauges, la fraxinelle Dictamnus Fraxinella).
Réfléchies {stam. reflexa) , quand elles sont recourbées en dehors, comme dans la pariétaire (Parietaria officinales) , le mûrier à papier (Broussonetia papyti/èra), etc.
Étalées {stam. patentia) , lorsqu'elles s'étendent horizontalement, comme dans le lierre (Hedera Hélix).
Pendantes (stam. pendentia) y quand leur filet est très-grêle et trop faible pour soutenir l'anthère, comme dans la plupart des Graminées.
Ascendantes (stam. ascendentid) , quand elles se portent toutes vers la partie supérieure de la fleur, comme dans la sauge.
Déclinées ou décombantes (stam. declinata, decumbentia), quand elles se portent toutes vers la partie inférieure- de la fleur, comme dans le marron-
nier d'Inde (jEscuIus hippocastanuni), la fraxinelle, Les étamines sont quelquefois réunies par leurs filets ou par leurs anthères; d'autres fois elles sont réunies et comme confondues avec le pistil : nous parlerons de ces diverses modifications en traitant du filet et de l'anthère considérés en particulier.
Dans certaines fleurs on voit un nombre déterminé d'étamines avorter constamment. Le plus souvent, les étamines qui manquent sont remplacées par des appendices de forme très -variée, auxquels on donne le nom de slaminodes (sjaminodia), comme dans l'éphémère de Virginie {Tradescantia virginica), la plupart des Orchidées, etc.
Une seule étamine avorte constamment dans XAntirrhinum, et beaucoup de Personnées; deux dans la sauge , le Ljcopus, le romarin , etc. , et dans toutes les Labiées diandres, ainsi que dans toutes 1|^> Orchidées, à l'exception du Cjpripedium ; trois dans le Bigiionia, la gratiole; cinq dans YErodium, etc.
§ t. Du Filet.
Le filet y comme nous l'avons déjà vu , n'est point une partie essentielle et indispensable de l'étamine, puisque assez souvent il manque entièrement.
Le plus généralement sa forme correspond à son nom , c'est-à-dire qu'il est allongé, étroit et filiforme.
Il est aplati ( fil. planum , compressum ) dans XAlliumfragrans, la pervenche, etc.
Cwiéaire {fil. cunéiforme}, ayant la forme d'un coin, dans le Thalictrum petaloïdeum.
ÉTA MINES. ayS
Subulè (Jîl. subulatum) , ou en forme d'alêne, quand il est allongé et va en s'amincissant vers le sommet, comme dans la tulipe, etc.
Capillaire (Jîl. capillaré), quand il est grêle comme un cheveu; par exemple, dans le blé, l'orge et la plupart des Graminées.
Il est pélaloïde (fîl petaloîdeum ) , quand il est large , mince et coloré à la manière des pétales , comme dans le Nymphœaalba, les Amomées, etc.
Quelquefois il est dilaté à sa base, comme dans X Ornithogalum pyrendicum.
D'autres fois il est comme voûté {JîL basi fornication ) , comme dans l'asphodèle , les campanules, etc.
Le sommet du filet est ordinairement aigu, comme dans la tulipe, le lis, etc.
D'autres fois il est obtus, et même renflé entête ou capitulé, comme dans le Cephalctus , etc.
C'est, dans le plus grand nombre des cas, au sommet du filet que s'attache l'anthère. Cependant il arrive quelquefois qu'il se prolonge au - dessus du point d'insertion de cet organe; dans ce cas il est dit proéminent {JzL prominens) comme dans le Paris quadrifolia , etc.
Les étamines sont, le plus souvent, libres de toute adhérence, et isolées les unes des autres. Mais il arrive quelquefois qu'elles sont réunies par leurs filets en un ou plusieurs corps, que nous désignerons avec M. Mirbel , sous le nom à1 androphore ( Androphorum).
Quand tous les filets sont réunis ensemble en un seul androphore, les étarnines prennent le nom de monadelphes {^stamina monadelplia) , comme dans la mauve, la guimauve, etc. (Voy. pi. 6, fig. 10.)
Dans ce cas, l'androphore forme un tube plus ou moins complet. Quelquefois cependant l'union des filets n'a lieu que par leur base, en sorte qu'ils sont libres dans la plus grande partie de leur étendue , comme dans le Géranium, X Erodium.
D'autres fois ils sont soudés jusqu'à la moitié de leur hauteur, comme dans plusieurs. Oxalis (Voyez pi. 6, fig. 10.)
Enfin ils sont soudés en tube à peu près complet , dans la plupart des Malvacées. A sa partie supérieure, X androphore tubuleux se divise en autant de petits filets courts et distincts qu'il y a d'anthères.
Lorsque toutes les étarnines sont réunies en deux androphores, c'est-à-dire que leurs filets se soudent en deux corps distincts, on les nomme eliadelphes (yStamina diade/pha). Par exemple, la fumeterre (Fumaria q/ficinalis) , les haricots -7 les acacias, etc. , et la plus grande partie des Légumineuses. (Voyez pi. 6, fig. 11.)
Quand les filets sont réunis en trois ou en un nombre plus considérable d'androphores, les étarnines sont dites alors poljadelphes ( stamïaa polyadelplt(t). Il y a trois androphores dans YHypericum cegyptiacum , cinq et un plus grand nombre dans les Melaleuca.
La nature et la structure organique du filet des
Staminés. 27-7
étamines paraissent être entièrement analogues à celles de la corolle. En effet, l'on voit très-souvent ces deux organes se changer l'un clans l'autre. Ainsi, par exemple, dans le nénuphar (Nymphœa alba^), on aperçoit successivement les filets staminaux, à partir du centre vers la circonférence de la fleur, devenir de plus en plus larges et s'amincir; l'anthère, au contraire , diminuer et finir par disparaître entièrement quand les filets se sont tout-à-fait changés en pétales. C'est cette dégradation insensible des filets des étamines en pétales qui a fait penser à quelques botanistes que la corolle et les segmens qui la composent n'étaient que des étamines avortées , dont les filets avaient acquis un développement extraordinaire.
Cette opinion, que nous ne voulons ni admettre, ni rejeter entièrement, semble encore trouver un appui dans la formation des fleurs nommées doubles et pleines. La rose, en effet, dans son état primitif et sauvage, n'a que cinq pétales, mais un nombre très-considérable d'étamines. Dans nos jardins, par les soins du cultivateur, nous voyons les étamines de la rose se changer en pétales, et la fleur devenir stérile. Ici la transformation des étamines en pétales est manifeste , et paraît confirmer l'opinion des botanistes qui regardent la corolle comme de véritables, étamines avortées.
•2'jS ORGANES DE LA REPRODUCTION.
§ 2. De V Anthère.
L'anthère (anthera) est cette partie essentielle de l'étamine qui renferme le pollen ou poussière fécondante avant l'acte de la fécondation. Le plus généralement elle est formée par deux petites poches membraneuses , adossées immédiatement l'une à l'autre par un de leurs côtés ( voy. pi. 6, fig. 6, 7, 8), ou réunies par un corps intermédiaire particulier, auquel on a donné le nom de connectif. (PI. 6, fig. 9... a).
Chacun de ces petits sacs membraneux, nommés loges de l'anthère , est partagé intérieurement en deux parties par une cloison longitudinale, et s'ouvrent à l'époque de la fécondation, pour laisser sortir le pollen.
Les anthères sont donc le plus communément biloculaires (untherœ biloculares) , c'est-à dire formées de deux loges, comme dans le lis, la jacinthe, etc.
Quelquefois elles ne sont formées que d'une seule loge; dans ce cas, elles sont dites uniloculaires [antherœ uniloculares), comme dans les Conifères, les Epacridées, les Malvacées, le coudrier, etc.
Plus rarement encore l'anthère est composée de quatre loges, et on la nomme quadriloculaire (anthera quadrilocularis), comme dans le Butomus umbcllatus, etc.
Chaque loge d'une anthère offre ordinairement sur Tune de ses faces un sillon longitudinal, par lequel elle s'ouvre, dans le plus grand nombre des cas. La