CHAPITRE V. MALADIES DES OS
au delà de la ligne droite. La lésion ne put être reconnue que quinze Jours après l’accident, lorsque la chute de la tuméfaction et de la phlogose permit au blessé de commencer à mouvoir le membre, età essayer de marcher.
Enfin , et cette distinction est plus importante que celles qui précèdent, les fracturés peuvent avoir lieu aux extrémités articulaires ou dans la diaphyse des os longs.
Les solutions de continuité des os sont d'autant plus faciles à se produire que les sujets atteignent un âge plus avancé. L’élasticité de ces organes , dans l'enfance , et leur flexibilité préviennent alors les ruptures qu’ils pourraient éprouver ; dans l'âge adulte, ils sont plus solides, plus cassants, et exposés à des chocs plus rudes ; dans la vieillesse, ils perdent à la fois et de leur épaisseur et de leur résistance : ils se creusent, s’amincissent, deviennent plus légers, plus friables, et se brisent dès lors avec une plus grande facilité. L’extrème maigreur , en exposant plus immédiatement les os aux chocs extérieurs ; certaines maladies comme le scorbut, le cancer, les affections syphilitiques constitutionnelles , les scrofules, en
altérant le tissu osseux ; chez quelques su-
jets, la goutte et le rhumatisme, sont autant de dispositions intérieures qui favorisent les fractures, On doit ajouter à ces causes , la situation de certains os aux extrémités des leviers que représentent les membres, Ja saison froide, durant laquelle les chutes sont plus fréquentes, l'exercice des professions qui exposent le plus aux chocs, aux blessures graves, etc.
Les violences extérieures, pour déterminer les fractures, agissent, tantôt directement, et tantôt par contre-coup ; d’où résultent des complications plus où moins graves.
Les fractures directes , déterminées par des percussions , par des froissements considérables, comme le serait le passage d’une roue de voiture sur un membre, sont toujours accompagnées de contusion aux parties molles, parfois dilacérées, et souvent de fragments nombreux ou de broiements étendus.
Les fractures par contre-coup, telles que celles qui résultent de chutes faites de lieux élevés, dans lesquelles les os pressés par leurs deux extrémités se courbent Jusqu'à la rupture, présentent souvent, pour complication , des déchirures intérieures étendues, résultant du chevauchement des fragments dans les chairs environnantes, et parfois des perforations aux parties extérieures, à travers lesquelles ces fragments font des saillies considérables.
Aux fractures par cohtre-cou rattachent celles se ec musculaire, seule ou augmentée par des impulsions énergiques. Bien qu’elles aient été révoquées en doute, et qu'on ait pensé qu’elles sont impossibles, à moins d’altération préalable du tissu osseux, ces fractures ont cependant été observées, chez des sujets qu’on ne pouvait croire malades , aux membres supérieurs, dans certains eflorts brusquement arrêtés pour lancer des projectiles, et aux membres abdominaux, dans les cas de contraction subite et violente pour prévenir des chutes; enfin, dans certains accès de convulsions. |
Le diagnostic des fractures repose sur l'observation de deux ordres de signes, les uns rationnels et les autres sensibles.
La connaissance de la nature, de la manière d'agir et du degré de puissance de la cause vulnérante ; l’âge du sujet, sa constitution, ses maladies antérieures ou coexistantes, sont autant de circonstances qui, dès le premier abord, peuvent faire présumer l'existence d’une fracture, sans toutefois suflire pour la démontrer. Lorsqu'on les rencontre réunies , elles offrent assez de probabilités pour exciter Le chirurgien à rechercher, avec un surcroît d'attention, les symptômes locaux.
Parmi les phénomènes que déterminent les fractures dans les lieux qu’elles oceupent, les uns sont douteux où généraux, et les autres spéciaux ou pathognomoniques, Les premiers comprennent la douleur locale, l’'engourdissement, l'impossibilité d'exécuter certains mouvements plus ou moins étendus etnombreux, en un mot des empèchements à l’exercice des fonctions, lesquels peuvent
* dépendre de lésions variées, autres que les
fractures, presque aussi bien que des fractures elles-mêmes. Le craquement entendu par le blessé, à l'instant de l'accident, peut être entièrement illusoire, où appartenir à la rupture d’un tendon ou d’un ligament, tout anssi bien qu’à la solution de continuité d’un os.
D’autres symptômes , plus directs , plus importants, viennent heureusement s’ajouter presque toujours à ces premiers signes, et déterminer le diagnostic ; ce sont :
La déformation de la partie, dont la longueür, la rectitude ou la direction sont altérées. Le chirurgien praticien doit avoir à un degré prononcé le sentiment artistique de la configuration normale des parties , ainsi que des rapports de leurs saillies et de leurs enfoncements alternatifs. Ce sentiment lui fera distinguer, fréquemment, du premier coup d'œil , les altérations provenant du défaut de continuité de la base osseuse d’un membre de celles, moins considérables , qui dépendent de tuméfactions produites par des contusions, des extrava- Sations sanguines, ou d’autres lésions plus superficielles.
Le déplacement des fragments est la cause essentielle des déformations propres aux fractures. Ces déplacements peuvent avoir lieu : |
À. Suivant l'épaisseur. Is consistent alors en ce que les deux extrémités des fragments ont glissé l’une sur l’autre, en sens contraire, sans cesser de se correspondre.
Il en résulte, d’un côté, la saillie d’une des portions de l'os, qui soulève les parties molles et la peau, de l’autre un enfoncement contraire, correspondant à la portion osseuse opposée. Ces saillies et ces rentrées alternatives sont d'autant plus marquées que les fragments se débordent davantage, jusqu’au point de chevaucher l’un sur l’autre. ; B. Suivant la longueur. Lorsque les deux fragments, s'étant assez écartés, selon l’épaisseur, pour ne plus se correspondre, cessent de prendre un point d'appui l’un sur l'autre, ils cèdent au poids du corps et surtout à l’action musculaire, se croisent mutuellement, et chevauchent, ainsi qu’on le
dit, de manière à diminuer la longueur du