‹ Nouveaux élémens de physiologie (volume 3)Chapitre 4 sur 16 · HORAT · texte numérisé non relu

HORAT

'^^ (2) Il serait difficile d'accumuler un plus grand nombjre de consonnes dans le même mot qu'on n*en trouve dans ce nom propre d'un Allemand appelé Scsngder.

que leur prononciation n'exige point un égal degré d'ouverture de la bouche, et ne donne pas lieu , par conséquent, a l'admission continuelle d'un air glacé dans les organes pulmonaires? Le naturel doux et pacifique des habitans d'Otaiti et des autres îles fortunées de la mer du Sud, se peint dans les expressions de leur idiome, où les voyelles abondent, tandis que la langue dure et barbare des sauvages eskimaux, des peuples du Labrador et de la Nouvelle-Zélande, est la conséquence naturelle de la rigueur du climat , de l'infertilité du sol qu'ils habitent , et de leurs habitudes féropes et

guerrières.

On ne s'est pas contenté de distinguer les lettres en voyelles et en consonnes; on en a encore établi d'autres classes , d'après les parties qui servent plus spécialement au mécanisme de leur prononciation. Ainsi on reconnaît des voyelles simples et mixtes, et des semi-voyelles M, N, R , L, labiales , orales^ nasales et linguales^ suivant que, pour les articuler, la langue frappe la voûte palatine, les dents ou les lèvres; enfin , les consonnes ex/?/o^iV&y K, T, P, Q, G,D,B, et sifflantes, H, X, Z, S, J, V, F, C, qui sont plus nombreuses et plus fréquemment employées dans les langues dont la prononciation est la plus difficile. Si cette connaissance avait un but directemcyit utile, on pourrait expliquer le mécanisme de la prononciation de chaque lettre de l'alphabet, au risque de fournir une nouvelle scène ^u Bourgeois gentilhomme»

3ï8 DE LA VOIX

GXCIV. Chant^ Bégaiement ^ Mutisme, Engastrimfsme. Le chant n'est autre chose que la voix modulée^ c'est-à-dire, qui parcourt avec une vitesse variable les divers degrés de Téchelle harmonique, passe du grave à l'aigu, et de Faigu au grave, en exprimant aussi les tons intermédiaires. Quoique, le plus souvent, notre chant soit paillé , la parole n'y est pas nécessaire. Celte action des# organes de la voix exige plus d'efforts et de mouvemens que la parolp : Ta glotte s'agrandit ou se resserre; le larynx s'élève ou s'abaisse; le cou s'alonge ou se raccourcit; les inspirations sont accélérées prolongées ou ralenties; les expirations sont longues, ou courtes et brusques. Aussi toutes ces parties se fatiguent-elles plus que par la parole, et nous est-il impossible de chanter aussi long-temps que nous parlons.

Quoi qu'en ait dit Rousseau, dans son Diction-naire de musique, le chant peut être regardé comme l'expression la plus naturelle des passions de l'âme , puisque les peuples les moins civilisés expriment par des chants de guerre ou d'amour, de joie ou de tristesse, les divers sentimens qui les agitent; et comme chaque affection de l'àme modifie la voix d'une certaine manière, la musique, qui n'est que le chant imité, peut, à l'aide des sons, peindî'c l'amour ou •! a fureur, la tristesse ou la joie, la crainte ou le désir; produire les émotions que ces divers états occasionnent, maîtriser ainsi le cours de nos idées, diriger à son gré les opéra-

lions de l'cnjendement et les actes de la volonté (i). Comme chaque affection de i'àme modifie la voix d'une certaine manière, la musique, qui imite parfaitement ces modifications particulières, nous .' émeut, en réveillant en nous des idées analogues, de la même manière que la vue d'une peinture lascive nous porte à la volupté. De tous les instfiimens que cet art emploie, l'organe vocal de l'homme est^, sans coiilredit, le plus parfait, celui duquel on peut' obtenir les combinaisons les plus agréables et les plus variées. Qui ne connaît la propriété qu'a la voix humaine de se plier à tous les accens, et d'imiter tous les langages (2)? J'observerai, à l'occ^ion du chant , qu'il est spécialement consacré à l'expression des sentimens tendres ou des mouvemens passionnés, et que c'est le détourner de sa destination naturelle et primitive, que de l'employer dans les circonstances où l'on ne peut soupçonner aucune émotion chez ceux qui en font usage. C'est ce qui rend le récitatif de nos opéras si mortellement ennuyeux, et nous fait trouver si ridicules ces dialogues où les interlocuteurs s'entretiennent, en chaqtant, des choses les plus indifférentes. Les langues dont les mots renferment un plus grand nombre de voyelles sont

(i) Lisez Grétry , Essais sur la musique , etc.

(i) J^oyczj dans 'C Ainccptologie française, ouV Art de prendre toutes sortes d'oiseaux ^ la manière dont on les attire dans les pièges en contrefaisant leur ramage.

par-là plus propres au chant, et favorisent davantage le développement du génie musical. C'est peut-être cet avantage d'une langue plus douce et plus sonore qui assure à la musique italienne la supériorité (i) dont elle jouit sur celle des autres peuples. La déclamation des anciens s'éloignait beaucoup plus que la nôtre du ton habituel de la conversation , se rapprochait davantage de la musique, et pouvait être notée comme un véritable chant.

L'agrément, la justesse de la voix, l'étendue et la variété des inflexions dont elle est capable, dépendent de la bonne conformation de ses organes 5 de la flexibilité de la glotte, de l'élasticité des cartilages, de la disposition particulière des diverses parties de la bouche et des fosses nasales, etc. ïl suffit que les deux moitiés du larynx, ou les deux

(i) Celte prééminence a été singulièrenjent contestée , surtout en France, où, vers le milieu du dernier siècle, s'éleva à ce sujet une guerre dans laquelle on vit toute la littérature, divisée en deux partis, combattre pour savoir qui devait l'emporter de la musique italienne ou de la musique française. Cette querelle, un moment apaisée par le renvoi des bouffons , se ralluma de nouveau, atibout de quelques années, à l'occasion des opéras de Gluck et de Piccini. Dans la foule innombrable d'écrits, soit en vers, soit en prose, qu'elle fit éclore, on se rappellera toujours plusieurs épigrammes, la Lettre de Rousseau sur la musique française ^ et l'opuscule de d'Alembert : de la Liberté de la musique. Blarmontel a fait également de ces disputes l'objet d'un poème , qui porte le titre de V orages dp Pplyinnie.

fosses nasales, soient inégalement développées, pour que la voix manque de précision et de netteté.

Le bégaiement est u:) vice dans ia prononciation , trop connu pour qu'il soit besoin de le définir. Une langue trop volumineuse et trop épaisse, une diminution notable de l'irritabilité, comme dans l'état d'ivresse, à l'invasion d'une apoplexie, ou bien encore dans cerlaines fièvres de mauvais caractère; la longueur excessive du filet de la langue, en s'opposant à la promptitude et à la facilité de ses mouvemens, deviennent les causes du bégaiement. Il peut encore être produit par le manque ou le mauvais arrangement de plusieurs dents. Mais son origine la plus ordinaire est liée à une infiuencc vicieuse de l'innervation sur les mouvemens des organes de la parole. Aussi voit-on, dans certaines circonstances, le bégaiement disparaître tout à coup, dans un accès de colère, par exemple; augmenter, au contraire, quand la personne qui en est atteinte est obligée de parler en public ou a des personnes qui Ini inspirent de la contrainte. Les mouvemens d'où résulte la parole paraissent plus faciles à coordonner quand on chante , car alors le bégaiement cesse complètement. Cette circonstance est mise à profit pour pallier et même guérir radicalement cette pénible infirmité.

Est-ce une cause semblable, ou bien la longueur du frein ou filet de la langue, qui retiennent cet organe contre la paroi inférieure de la bouche, et

empêchent ç\ue sa pointe ne puisse frapper la partie antérieure de la voûte palatine par un coup sec, nécessaire à la prononciation de la lettre R, défaut de la parole, auquel on donne le nom de grasseyement ?

Quant au mutisme^ il peut être accidentel ou cle naissance. Lorsque , par un accident quelconque, comme une plaie' d'arme à feu, une tumeur cancéreuse qui a nécessité l'extirpation d'une portion de la langue, ect organe, détruit dans une portion plus ou moins considérable de sa substance, ne peut plus se porter contre les diverses parties des parois de la bouche , et combiner ses mouvemens avec ceux des lèvres , alors lea personnes sont muettes , c'est-à-dire privées de la parole: elles conservent encore la voix ou la faculté de proférer des sons ; elles peuvent même les articuler, en suppléant, par des moyens mécaniques , aux parties de la langue , des lèvres ou du palais , dont le défaut empêche la prononciation. Un assez grand nombre de faits ont même démontré que l'articulation des sons pouvait se rétablir sans l'aide d'aucuns moyens mécaniques. La couche charnue qui forme la paroi inférieure de la langue, et notamment ce qui reste du géntoglosse, peuvent alors remplacer la langue.

Il n'en est pas de même du mutisme de naissance. Souvent toutes les parties de la bouche ne présentent aucun vice de conformation , et néanmoins l'enfant ne peut parvenir à parler : tel est

le cas d'un polit garçon de trois ans et demi, que Ton a amené chez moi pour lui faire pratiquer l'opération du filet. Nul doute que, dans les cas de ce genre, le mutisme ne soit le résultat d'un défaut d'organisation cérébrale. Quelquefois cependant la langue est trop adhérente à la paroi inférieure de la bouclîc^, parce que la membrane interne de cette cavité se réfléchit sur la surface supérieure, bien avant d'être arrivée à la ligne médiane de la face inférieure. Dans d'autres cas , les bords de îa langue adhèrent aux gencives.

D'autres fois enfin îa langue est vraiment paralytique : tel était le cas du iîls de Crésus , dont la merveilleuse histoire est rapportée par Hérodote.

Dans les sourds et muets de naissance, le mutisme a constamment la surdité pour cause ; c'est au moins ce qu'a toujours observé M. Sicard sur le grand nombre d'élèves confiés à ses soins : ce qui lui fait dire que l'absence de la parole mérite chez eux moins le nom de mutisme que celui de silence. îl est entièrement dû à l'ignorance absolue des sons et de leurs valeurs représentées par les lettres de l'alphabet. Les organes de la voix n'offrent les traces d'aucune lésion visible ; ils sont très-aptes par eux-mêmes à remplir les usages auxquels la nature les a destinés ; mais ils réitent dans l'inaction , parce que l'enfant sourd ignore qu'il a en eux un moyen de communiquer ses pensées. *

^^4 * DE l\ VOIX

C'est d'après cette théorie ingénieuse quô M. Sicard a perfectionné Fnlphabet artificiel (i) de Pércirc.^ à l'aide duquel il est parvenu à faire articuler aux sourds et muets un assez grand nombre de voyelles et de consonnes pour proférer des mots et des discours suivis.

Pour apprendre au sourd et muet comment se prononcent les lettres de ce nouvel alphabet , on lui fait étudier les mouvemens des lèvres (2) et ceux du larynx; et changeant, par une conibinaîson savante, son corps entier en instrument d'harmonie , on se sert de son bras pour régler les inflexions fortes ou faibles de certains sons, de la même manière qu'on emploie l'action des pédales pour modifier les. touches du forté-piano.

Mais c'est principalement par l'organe de la vue que Tinstruction arrive aux sourds et muets de naissance; un alphabet manuel, c'est-à-dire dont on exprime les lettres en les dessinant par la position variée des doigi.s , est le moyen que l'on emploie le plus volontiers pour s'en faire entendre. Par ce procédé dactfologique^ la transmission des idées s'opère avec une rapidité qui étonne ceux

(i) Voyez sa Grammaire à t usage des squr/is et muets, utileifc ceux qui entendent et parlent.

(2) On sait que les veilUards devenus sourds par.les progrès de l'âge portent beaucoup d'attention aux mouvemens des lèvres, aux diverses expressions de la physionomie, et, par cette obgervalion attentive, deviennent eri quelque sorte la pensée,'

qui, pour la première fois, sont témoins de son exécution.

Pour terminer ce chapitre, il me reste a parler d'un phénomène bien digne, par sa singularité , de l'attention des physiologistes. Il est connu sous le nom à^engastrimjsme^ et l'on appelle vejitrilo^ ques ceux qui le présentent, parce que leur voix, toujours faible et peu sonore, paraît sortir de l'estomac. Il existait naguère au Palais-Royal , dans le café de la Grotte, un homme qui pouvait dialo»guer avec'unc telle vérité, que l'on croyait assister à la conversation de deux personnes placée?-à une certaine distance Tune de l'autre , et dont l'accent et la voix auraient été tout-à-fait différens. J'ai observé qu'il n'inspirait point lorsvqu'il parlait du ventre , mais que l'air sortait en moins grande quantité par la bouche et les narines que dans le parler ordinaire. Chaque fois qu'il exerçait ce rare talent , il éprouvait un gonflement dans la région épigastrique; quelquefois même il sentait des vents rouler plus bas, et ne pouvait long-temps, sans fatigue, continuer cet exercice.

J'avais d'abord conjecturé que , dans ce sujet , une grande portion de l'air chassé par l'expiration ne sortait point par la bouche et les fosses nasales, mais qu'avalé et porté dans l'estomac , il allait se réfléchir dans quelques portions du tube digestif, et donner naissance à un écho véritable; mais ayant depuis observé , avec le plus grand soin , ce curieux phénomène sur M, Fit^s-Jamçs, qui le pré^

sentait dans sa plus grande perfection , j'ai pu me convaincre cjue ie nom à^ eiigastrimjsme ne lui convient nullement , puisque tout son mécanisme consiste dans une expiration lente , graduée , filée, en quelque sorte , soit que, pour la reientir y l'artiste use de l'empire qu'exerce la volonté sur les muscles des parois de la poitrine, soit qu'il tienne Tépiglotte légèrement abaissée au moyen de la base de la langue, dont il n'avance guère la pointe audelà des arcades dentaires.

Il fait toujours précéder cette longue expiration par une forte inspiration , au moyen de laquelle il introduit dans ses poumons une grande masse d'air , dont il ménage ensuite la sortie. Aussi l'état de réplétion de l'estomac gênait-il considérablement le jeu de M. Fitz-James , en empochant le diaphragme de s'abaisser assez pour que la poitrine se dilate en raison de la quantité d'air que les poumons doivent recevoir.

En accélérant ou en relardant la sortie de cet air, il pouvait imiter différentes voix, faire croire que les interlocuteurs d'un discours , qu'il tenait lui seul, étaient placés à différentes dislances , et produire une illusion d'autant plus complète que son talent était mieux formé. Personne autant que M. Fitz-James ne possédait l'art de tromper sur ce point les personnes les moins sujettes àseîaisserprévenir. Aujourd'hui M. Comte s'en montre le digne successeur.

11 Jouissait de la faculté de monter son organe

sur cinq à six tons, tous difrérens^dc passer rapidement de l'un à l'autre, comme il ic faisait lorsqu'il représentait une discussion fort animée, au sein d'une société populaire, d'imiter le son d'une cloche, et de tenir à lui seul une conversation à laquelle on aurait pu croire que prenaient part plusieurs personnes d'âge et de sexe différens. Mais ce qui rend l'illusion plus* complète^ et distingue spécialement l'art du ventriloque de celui du mime , qui ne sait que contrefaire , consiste dans le pouvoir de moduler tellement la voix , qu'on est trompé sur la distance où se trouve celui qui parle; de telle sorte qu'une voix vient de la rue, l'autre d'un appartement voisin , celle-là d'une personne qui aurait grimpé sur les toits , etc., etc. On devina sans peine quel parti on eût pu tirer d'un sem-^ blable talent dans les temps des oracles.

Il existe sur le phénomène que nous venons d'étudier, un ouvrage intitulé le V^entrïloque ou V Engastromjthe ^ par l'abbé de La Chapelle (i). Ce livre est surtout remarquable, en ce qu'il renferme une lettre dans laquelle un homme instruit^ qui possédait ce singulier talent, rend compte luimême des moyens dont il faisait usage : « Je )) presse , dit M. le baron de Mengen ( c'est ainsi » que se nommait ce ventriloque ), je presse for- )) tement la langue contre les dents et la joue » gauche , et la voix atticulée se forme réellement

(i) 2 vol. in-î2. Paris, 1772.

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