CHAPITRE III
NERFS RACHIDIENS.
Les nerfs rachidiens sont au nombre de trente et une paires. La première passe entre l’occipital et l’atlas, la dernière entre la première vertèbre coccygienne et le bord inférieur du sacrum ; toutes les autres sortent par les trous de conjugaison correspondants.
Nous avons déjà indiqué l’origine des nerfs rachidiens à la moelle , leurs racines antérieures et leurs racines postérieures, ainsi que le ganglion intervertébral qui se trouve sur le trajet de ces dernières. Les filets de ces racines forment, par leur ensemble , un petit triangle, dont la base est à la moelle et le sommet au trou de conjugaison. Les racines postérieures sont chez l’homme plus volumineuses qus les racines antérieures ; elles se réunissent plus vite en faisceau que celles-ci. Chacun des deux faisceaux radiculaires traverse isolément la dure-mère, et ce n’est qu’au delà du ganglion intervertébral, qui appartient exclusivement aux racines postérieures, qu’ils se réunissent pour constituer le tronc des nerfs rachidiens (Fig. 162, 4, 5). Le ganglion est toujours situé au dehors du canal formé par la dure-mère et à l’entrée du trou de conjugaison ; il n’en est toutefois pas ainsi pour celui de la première paire rachidienne, qui se trouve en deçà du point où les racines postérieures de ce nerf traversent la dure-mère. Le ganglion intervertébral est en rapport dans le trou de conjugaison avec les branches veineuses qui font communiquer les plexus intra -rachidiens et extra-rachidiens. Dans l’intérieur du canal rachidien les deux ordres de racines ne communiquent pas entre elles ; mais les filets homologues s’anastomosent assez fréquemment , et cela non -seulement entre racines de la même paire , mais encore entre filets de deux paires voisines.
Les racines postérieures et antérieures, en se rapprochant du trou de conjugaison, sont séparées les unes des autres par les festons du ligament dentelé de la moelle (Fig. 162, 1). Outre l’enveloppe que la pie-mère fournit à chaque filet des racines rachidiennes, enveloppe destinée à en devenir le névrilème, l’arachnoïde les entoure d’une gaine commune, qui les accompagne jusqu’au point où elles perforent la dure-mère.
Les nerfs rachidiens ont été divisés en huit paires cervicales , douze dorsales , cinq lombaires et six sacrées. Le volume de ces différentes paires nerveuses n’est pas le même et, sans compter les deux derniers nerfs sacrés, qui sont très-grêles, l’on peut dire que les nerfs cervicaux, lombaires et sacrés l’emportent de beaucoup sur les paires dorsales et que, de plus, ceux qui correspondent à l’origine des membres supérieurs et inférieurs et qui prennent par conséquent leur origine sur les renflements brachial et lombaire de la moelle sont les plus volumineux.
Les racines des différentes paires rachidiennes n’ont pas toutes la même direction ni le même trajet dans l’intérieur du canal rachidien. Celles de la première paire cervicale sont légèrement ascendantes ; les deux suivantes sont transversales et les autres de plus en plus obliques jusqu’à l’extrémité inférieure de fa moelle épinière. Cette obliquité est telle que les racines des nerfs
NERFS RACHIDIENS.
cervicaux oui à descendre en moyenne do lu hauteur d’une vertèbre avant de gagner leur trou de conjugaison correspondant; que les nerfs dorsaux descendent d’une hauteur double, et que les nerfs lombaires et sacrés, dont l’origine est groupée d’une manière très-serrée autour de l’extrémité
inférieure de la moelle, devenus à peu près verticaux (Fig. 198, 2), descendent très-bas pour arriver à leur trou de sortie. Le che-
velu très-épais et. très-long que forment ces derniers nerfs dans la partie inférieure du canal rachidien, au-dessous de la terminaison de la moelle , a pris le nom de queue de cheval. Au milieu des éléments de cette queue se trouve le ligament coccygien de la moelle, désigné encore sous le nom de fdum terminale (Fig. 198, 3).
Immédiatement après leur sortie du ganglion intervertébral , les faisceaux des racines postérieures s’unissent à ceux des racines antérieures, pour former les troncs des nerfs rachidiens . Ces troncs sont trèscourts ; ils naissent, en effet, vers le milieu de la longueur des trous de conjugaison et déjà à leur sortie de ces canaux on les voit se diviser en deux branches : l’une postérieure, l’autre antérieure (f). La première, en général beaucoup plus petite que la seconde, ainsi que nous allons le voir dans un instant, est destinée à innerver les muscles et la peau des parties correspondantes des régions postérieures du tronc, de la nuque et de la tète. Les branches antérieures des nerfs rachidiens ont une distribution beaucoup plus compliquée : ils vont innerver les parties latérales et antérieures du tronc et du cou, ainsi que les membres supérieurs et inférieurs.
0) Avant leur division, les troncs des nerfs rachidiens émettent tous un petit rameau très-fin , <[ui rentre dans le canal vertébral par le trou de conjugaison et se distribue aux vertèbres et aux sinus rachidiens. C’est à ces rameaux que Luschka a donné le nom de nerfs sinu-verlébraux. 11 paraît certain que des filets du sympathique se joignent à ces petits cordons nerveux et partagent leur distribution.
Fig. 1US.
Nerfs de la queue de cheval (*).
( ) -I) Sillon médian postérieur de la moelle. * — 2) Nerfs de lu queue de clicval. — 3, 3) Filum terminale.
Bbaunis et Bouchard.
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NEVROLOGIE.
En raison de la grande simplicité de distribution des branches postérieures et de la similitude de leurs rapports et de leur trajet, nous commencerons par les décrire.
BRANCHES POSTERIEURES DES NERFS RACHIDIENS.
Préparation. — Nous nous bornerons exposer le moyen de préparer les branches sousoccipitales. Il sera très-facile alors de se rendre compte de la manière de préparer les autres. Coucher le cadavre sur le ventre, la tète pendante, de façon à étendre la nuque. Inciser la peau sur la ligne médiane jusque sur le sommet de la tète; faire tomber sur les extrémités de cette incision deux incisions perpendiculaires, passant, l’une transversalement sur le sinciput et l’autre à la racine du cou. Disséquer soigneusement ces lambeaux de dedans en dehors en ayant soin de ménager les filets nerveux cutanés. Quand on aura découvert le point où le nerf occipital traverse le grand complexus et le trapèze, sectionner le premier de ces muscles transversalement au-dessous de ce point et préparer le nerf jusqu’au niveau de son émergence. Entre le grand droit postérieur et le grand oblique, on trouvera le passage de la branche postérieure de la première paire Sur la ligne médiane on verra le rameau ascendant cutané du troisième nerf cervical.
Toutes les branches postérieures des nerfs rachidiens sont beaucoup plus petites que les branches intérieures , à F exception toutefois de la première et surtout de la seconde. Dès leur origine , en dehors du trou de conjugaison, on les voit se porter en arrière vers les masses musculaires de la nuque , du dos et des lombes et vers la peau de ces mêmes régions ; tous leurs rameaux cutanés traversent les insertions des muscles superficiels du dos à peu de distance du sommet des apophyses épineuses. On les a divisées en branches sous-occipitales, cervicales , thoraciques et abdomino-pelviennes.
Les branches sous-occipitales sont au nombre de deux.
La première sort entre Foccipital et l’atlas, se dirige en arrière, donne immédiatement un rameau qui se porte en bas en entourant la face postérieure de l’apophyse transverse de l’atlas pour s’anastomoser avec une branche analogue venue du grand nerf occipital. Elle se divise ensuite en branches multiples, qui vont se perdre dans les muscles grand et petit droits postérieurs el grand et petit obliques de la tète.
La deuxième branche sous-occipitale est très-volumineuse, comparée a la branche antérieure ; on lui a donné le nom de grand nerf occipital (Fig. 109, 3). Fille sort entre l’atlas et l’axis, passe au-dessous du muscle grand oblique de la tète, se réfléchit en haut et en dedans, se place entre la face postérieure de ce muscle et le grand complexus et traverse la partie supérieure de ce dernier et du trapèze. Ce nerf se dirige alors en haut et en dehors vers la partie postérieure et supérieure du cuir chevelu, dans laquelle il se perd en s’anastomosant par ses filets les plus externes avec la branche occipitale du plexus cervical.
Le grand nerf occipital fournit : 1° aussitôt après avoir passé entre l’atlas et l’axis, une branche anastomotique, qui contourne de bas en haut la face postérieure de l’apophyse transverse de l’atlas et qui s’unit à une branche analogue venue de la première branche sous-occipitale ; 2° au même niveau une seconde branche anastomotique, qui contourne de haut en bas l’apophyse transverse de l’axis pour s’unir à la branche postérieure de la troisième paire rachidienne. C’est à l’ensemble de ces arcades nerveuses que Cruveilhier a donné le nom de
NKIlfSS KACIIIDIKNS.
plexus cervical postérieur ; 13° des rameaux musculaires <jiii se perdent dans le grand complexus , le petit complexus, Je splénius, le transversaire épineux el la partie supérieure du trapèze ; quelques-uns de ces rameaux musculaires, au lieu de provenir directement dunert occipital , tirent leur origine du plexus cervical postérieur.
Les branches cervicales sont au nombre de sept : six venues des derniers nerfs cervicaux et une émanée du premier nerf dorsal. La distribution de toutes ces branches est identique. Elles cheminent d’abord entre le grand complexus et le transversaire épineux et traversent ensuite les insertions du splénius et du trapèze, pour se répandre dans la peau de la nuque. Leurs rameaux musculaires sont destinés au grand complexus , au transversaire du cou et au transversaire épineux.
Lu branche postérieure du troisième nert cervical présente seule une particularité digne d être remarquée. Elle fournit ; 1° une branche anastomo-
' ' b Branche occipitale du plexus cervical. — 2) Rameau ascendant de la branche postérieure do lu Iroi- 111110 Ba‘lc‘ ceivicale. >i ) Oiund nen occipital. — 4) Branche postérieure de la première paire cervicale ; u moment où elle forme une arcade avec l’anastomose du grand nerf occipital.
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tique ascendante , qui l'orme une arcade autour de la partie postérieure de l’axis en s’unissant avec une branche descendante du grand nerf occipital ; 2° un rameau qui traverse le trapèze (Fig. 199, 2), remonte près de la ligne médiane et vient se terminer dans la peau de la partie moyenne et postérieure
de la nuque.
Les branches thoraciques tirent leur origine des nerfs dorsaux depuis le deuxième jusques et y compris le huitième. Elles se divisent aussitôt : 1° en rameau musculaire , destiné aux muscles sacro-lombaire et loue; dorsal entre lesquels il chemine ; 2° en rameau cutané , qui passe entre Je long dorsal et le transversaire épineux, traverse les insertions du trapèze ou du grand dorsal et se termine dans la peau du dos ; quelques-uns des filets terminaux de ces rameaux cutanés , après avoir traversé les insertions du trapèze, se dirigent de dedans en dehors et atteignent la partie postérieure de l’épaule.
Les branch es al) domino -pelviennes comprennent les branches postérieures des quatre derniers nerfs dorsaux , des nerfs lombaires et des nerfs sacrés. Elles passent entre le sacro-lombaire et le long dorsal, fournissent des filets à ces muscles , au transversaire épineux et plus bas à leur masse musculaire commune , traversent les aponévroses postérieures de l’abdomen et se distribuent à la peau de la région lombaire , à celle des régions sacrée et coccygienne. Les branches lombaires envoient des rameaux descendants, qui croisent la crête iliaque et se répandent dans la peau de la partie postérieure des fesses. Les branches postérieures des nerfs sacrés sortent par les trous sacrés postérieurs ; les deux dernières sont très-grêles.