‹ Nouveaux éléments d'anatomie descriptive et d'embryologie (volume 2)Chapitre 144 sur 303 · ARTICLE I- - CONFORMATION EXTÉRIEURE DU CŒUR · texte numérisé non relu

ARTICLE I- - CONFORMATION EXTÉRIEURE DU CŒUR

Face antérieure ou sternale (fig. 113). — Quand le cœur est sorti de la poitrine avec l’origine des gros vaisseaux, si on le regarde par sa face antérieure, on n’aperçoit que les ventricules ; les oreillettes sont cachées par les vaisseaux. On voit alors une surface convexe avec un sillon étendu de la base à la pointe, qui divise cette face antérieure en deux moitiés inégales. Dans le sillon se'trouve l’artère coronaire antérieure accompagnée de ses veines et des lymphatiques. Le ventricule gauche, en raison de sa plus grande épaisseur, fait une saillie plus considérable en avant que le ventricule droit. Celui-ci se continue vers la base, avec l’artère pulmonaire, par un renflement, sous forme de cône tronqué : c’est Vinf andibulum, la partie la plus saillante delà face antérieure du cœur. En arrière et un peu à droite de cette artère on voit naître un second vaisseau dont l’origine au ventricule gauche est cachée : c’est l’aorte.

Latéralement et toujours à la base du cœur, on voit deux appendices terminés à angle arrondi, plus ou moins dentelé, dont l’un, celui du côté droit, embrasse l’origine de l’aorte, tandis que l’autre, celui du côté gauche, vient affleurer jusqu'au niveau de la continuation de l’infundibulum avec l’artère pulmonaire. Ce sont les auricules ou. appendices des oreillettes.

Le bord droit du cœur est oblique ; le gauche est très épais et convexe.

La pointe du cœur n’est pas formée par la juxtaposition régulière des ex • trémités des deux ventricules. En effet, celui du côté gauche descend un peu plus bas que celui du côté droit. De plus, la continuité du sillon antérieuravec le sillon postérieur au niveau de cette pointe lui donne un aspect plus ou moins bifide.

Si l'on vient à détacher soigneusement les artères pulmonaire et aorte au niveau de leur origine aux ventricules correspondants, on peut étudier la face antérieure des oreillettes. Elle présente une courbure à concavité antérieure, qui embrasse les vaisseaux. On n’y remarque aucune séparation médiane, aucun sillon (voy. fig. 119).

Face postérieure du cœur (fig. 114). — Elle est divisée en deux parties fort distinctes par un sillon transversal qui sépare les oreillettes des ventricules. Ce

sillon est rempli par des veines et des branches artérielles, ainsi que par du tissu adipeux. Le sillon interventriculaire est très marqué et perpendiculaire au sillon transversal ; il loge les branches des artères et veines coronaires postérieures. La ligne interauriculaire est marquée, mais moins prononcée que le sillon interventriculaire ; elle n’est pas droite et décrit une courbe à concavité dirigée à droite.

La face postérieure des ventricules est à peu près plane, quoique légèrement convexe pour le ventricule gauche.

La face postérieure des oreillettes est convexe ; tout près de sa partie médiane, mais plus près du sillon interauriculo-ventriculaire que du bord supérieur des oreillettes, se voit une ouverture très large ; c’est V embouchure de la veine eave inférieure. Plus haut, sur la partie médiane de la base de l’oreillette droite > l’on trouve l’oMuer^Mre de la veine cave supérieure. Audessous du sinus de la veine cave inférieure, l’on aperçoit à peu près au milieu de la ligne interauriculo-ventriculaire’, V embouchure de la grande veine coronaire.

ANGÉIOLOGIE

La face supérieure de l’oreillette gauche est légèrement oblique de haut en bas et de droite à gauche. On j voit ïouverlure des quatre veines 'pulmonaires, dont deux sont supérieures et deux inférieures.

Aux oreillettes sont joints latéralement deux appendices à bords déchiquetés, connus sous le nom à'aurioules. On lésa comparés à une oreille de chien. Par leur base elles se continuent avec l’oreillette correspondante ; par leur sommet plus ou moins dentelé, elles se contournent en avant et viennent, ainsi que nous l’avons dit plus haut, apparaître sur la face antérieure du cœur.

ARTICLE II - CONFORMATION INTÉRIEURE DU CCEÜR I Ventricule droit (tîg. 11.5). — On a comparé la forme de sa cavité à une

DU CŒ0R

Les faces de ce ventricule sont concaves, sauf la face interne, qui est convexe et formée par la cloison interventriculaire. A peu près lisses dans la partie la plus rapprochée de la base, ces faces sont au contraire, dans tout le reste de leur étendue, hérissées de saillies musculaires très nombreuses. Ges saillies, connues sous le nom de colonnes charnues du cœur, ont été divisées en trois classes ; les unes, muscles papillaires , de forme conoïde, fixées par leur base sur les parois du ventricule, se terminent à leur sommet par de petites cordes tendineuses qui vont aboutir à la valvule tricuspide. Les colonnes de la deuxième classe adhèrent par leurs deux extrémités aux parois du ventricule, mais en sont détachées dans leur partie médiane ; celles de la troisième classe, au contraire, font saillie dans l’intérieur de la cavité, bien qu’elles soient fixées aux parois par toute leur longueur ; ces dernières sont les plus petites. Les colonnes charnues de deuxième et troisième ordres sont très nombreuses, surtout vers la pointe du cœur. Celles de premier ordre sont dans le ventricule droit, au nombre de quatre à cinq, se divisent à leur sommet et fournissent autant de tendons distincts qu’il y a de divisions.

C’est par sa base que le ventricule droit communique avec l’oreillette d’une part et avec l’artère pulmonaire de l’autre, au moyen de deux ouvertures distinctes.

Orifice auriculo-ventriculaire.^ Sappey a fait fort judicieusementremarquer que cet orifice, loin d’être elliptique, ainsi qu’on l’a dit, est circulaire comme toutes les autres ouvertures cardiaques, et que cette forme particulière n’est due qu’à la déformation et à l’afi'aissement du cœur à l’état de vacuité.

Aux bords de cet orifice est fixé un repli membraneux appelé valvule tricuspide (très, trois ; cuspis, pointe) ou triglochine (rpstç, trois, y^wxIv, angle). Elle présente deux bords et deux faces ; le borà supérieur est fixé au pourtour de l’anneau fibro-cartilagineux auriculo-ventriculaire, le bord inférieur est libre et irrégulièrement festonné. Les anciens anatomistes n’avaient reconnu sur ce bord que trois festons principaux, d’où le nom qu’ils ont donné à cette valvule. En la détachant circulairement , on voit qu’elle présente quatre angles, dont un plus petit que les autres. Les deux faces de la valvule regardent l’une la cavité, l’autre la paroi du ventricule; la première est lisse ; c’est sur la seconde et sur le bord libre que viennent s’insérer les tendons provenant des colonnes charnues.

Orifice pulmonaire. — Tandis que l’ouverture précédente est située en arrière et à droite, l’orifice pulmonaire est en avant, à gauche et plus élevé. Plus petit que le précédent, il en est séparé par une saillie musculeuse qui affecte la forme d’un croissant à concavité inférieure. Cette saillie limite, à l’intérieur du ventricule droit, l’infundibulum, qui se porte en haut et à gauche pour aboutir à l’orifice pulmonaire.

Cet orifice est circulaire et présente trois valvules connues sous le nom de valvules sigmoïdes ; on les compare à des nids de pigeons ; elles présentent deux faces et deux bords. La face supérieure concave est dirigée vers l'artère, la face inférieure convexe vers l’infundibulum. Le bord inférieur ou adhérent est inséré sur l’anneau fibro-cartilagineux de cet orifice ; le bord supérieur est libre et contient à sa partie moyenne un petit nodule fibro-cartilagineux, désigné sous le nom de nodule de Morgagni.

Ventricule gauche (fig. 116). — Les parois de ce ventricule .sont beau-

ANGÉIOLOGIE

coup plus épaisses que celles du précédent; on les évalue à Cette épais¬

seur indique une force de propulsion plus grande et est en rapport avec la plus grande étendue du chemin à parcourir par le sang.

On a comparé la forme do ce ventricule à un ovoïde aplati de dehors en dedans. Les faces sont concaves et recouvertes par de nombreuses colonnes charnues des trois classes analogues à celles du ventricule droit. Dans le ventricule gauche il n’existe que deux colonnes de premier ordre ou muscles papilpillaires, naissant l’une sur la face antérieure, l’autre sur la face postérieure. Ces muscles se divisent en faisceaux secondaires, d’où partent un grand nombre de tendons, allant aux deux moitiés correspondantes de la vulve mitrale.

Fig. 116. - Surfa-e interae dè ror.-UlcUe et du ventricule gauches (').

Orifice auriculo-ventriculaire gauche. — Il est arron di et muni d’une valvule disposée comme celle du ventricule droit, mais dont le bord libre, moins irrégulièrement découpé, ne présente que deux valves distinctes, ce qui lui a fait donner le nom de bicuspide. On l’a encore comparée à une mitre

(*) 1) Oreillette gauche. — 8) Ventricule gauche. — 3, 3, 4, 4) Ouverture des veines pulmonaires. — 5) Empreinte de la fosse ovale dans l’oreillette gauche (elle était mieux marquée sur le sujet qui a servi à la préparation qu’elle ne l’est d’habitude). — 6) Auricule gauche. — 7, 7) Valvule mitrale. -

d’évêque renversée, d’où le nom de valvule mitrale dont on se sert habituellement.

Les deux valves de cette valvule sont de dimensions inégales ; celle de droite est plus grande et plus longue que celle de gauche. La résistance de la mitrale paraît plus forte que celle de la tricuspide.

Orifice aortique (flg. 117). — Tout à fait analogue à l’orifice pulmonaire du ventricule droit, il présente comme lui des valvules sigmoïdes disposées de la même façon et contenant chacune un nodule de Morgagni. Cet orifice n’est pas séparé de l'orifice auriuclo-ventriculaire gauche par une saillie musculaire, commes nous l’avons vu pour le ventricule droit. Les deux orifices gauches sont situés à la même hauteur et contigus ; la valvule mitrale s’adosse par la moitié droite de son bord adhérent à la valvule sigmo'ide aortique correspondante ; il suffit de diviser la première pour arriver à l’orifice aortique.

Fig. 117. - OrWce aortique du ventricule gauche (•).

Oreillette droite (fig. 115). La cavité de l’oreillette droite est ovoïde, en faisant abstraction de l’auricule, dont la forme est triangulaire. On considère généralement à l’oreillette trois faces et deux extrémités. La face interne ou iuterauriculaire présente un peu au-dessous et en arrière de sa partie centrale une dépression connue sous le nom de fosse ovale. Elle est limitée à son pourtour par un anneau musculeux saillant, anneau de Vieussens. Cet anneau est incomplet et ordinairement interrompu en bas et en arrière. En avant et en bas, la fosse ovale se continue avec une saillie membraneuse, qui aboutit à la veine cave inférieure, c’est la valvule d' Eu stache. Nous y reviendrons tout à l’heure. A la partie supérieure et antérieure de la fosse ovale on peut, en glissant le manche d’un scalpel entre la saillie de l’anneau de Vieussens et la lame qui constitue la face ovale proprement dite, passer de l’oreille droite dans l’oreillette gauche. Cette communication n’est pas constante, mais très fréquente. Ellè ne saurait permettre au sang de suivre cette voie ; les deux lames de la fissure s’aplatissent l’une contre l’autre dès que la pression augmente dans l’oreillette.

(•) La moitié droite de la valvule mitrale est divisée longitudinalement par le milieu. — 1) Aorte ouverte. — 2) Ventricule gauche. — 3, 3) Valve de la mitrale incisée sur la ligne médiane ; les deux lambeaux sont rejetés pour montrer qu’elle seule sépare l’orifice auriculo-ventriculaire de l’orifice aortique. — 4) Valvule sigmoïde. — 5) Nodule de Morgagni.

La fosse ovale est le vestige du trou de Botal, qui, chez le fœtus, fait comcommuniquer largement les deux, oreillettes. Vers la fin du deuxième mois de la vie intra-utérine, on voit s’élever de la partie inférieure et postérieure de ce trou une valvule à forme de croissant, qui'augmente successivement d'étendue, de telle sorte qu’à la naissance elle arrive à fermer entièrement l’ouverture. La fissure que nous avons signalée plus haut est due à ce que la valvule s’ést incomplètement soudée à l’anneau musculeux qui limite le pourtour du trou de Botal et qui est l'anneau de Vieussens.

La face antéro-inférieure présente l’orifice auriculo-ventriculaire.

La face externe est tapissée par un assez grand nombre de colonnes charnues de troisième ordre. Elles sont entre- croisées dans différents sens ; celles de la partie la plus antérieure de la face externe se continuent avec les colonnes charnues que l’on trouve dansl’auricule.

H extrémité antérieure ou supérieure de l’oreillette présente à sa partie inférieure l’ouverture de l’auricule. Cet appendice, de forme triangulaire, à base dirigée dans l’oreillette, présente sur sa surface interne un grand nombre de colonnes charnues de troisième ordre entre-croisées en tout sens. Au-dessus de l’ouverture de l’auricule se trouve dans l’oreillette l’orifice de la veine cave supérieure, orifice très large, dépourvu de la valvule et dirigé presque directe ment en haut.

Sur V extrémité inférieure ou postérieure on trouve également deux ouvertures ; l’une, plus externe et plus élevée, est l’orifice de la veine cavh inférieure. Cette veine s’ouvre horizontalement dans l’oreillette, en se dilatant et constituant ainsi le sinus de la veine cave inférieure. La demi-circonférence inférieure est entourée d’une valvule d'Eustache, qui se dirige en dedans vers la cloison et s’y continue avec la partie inférieure et antérieure de l’anneau musculeux qui limite le trou de Botal. Cette valvule est semi-lunaire, son bord libre est concave et regarde en haut, son bord adhérent est convexe ; l’une de ses faces regarde la veine cave, l’autre l’oreillette. Très développée chez le fœtus, où elle divise pour ainsi dire l’oreillette en deux cavités distinctes, elle s'atrophie petit à petit à mesure que le trou de Botal s’oblitère. Chez l’adulte, cette valvule ne peut fermer que le quart ou le tiers tout au plus de l’ouverture de la veine cave inférieure. Je n’insiste pas ici sur le rôle quelle joue dans lacirculation fœtale ; cette question sera traitée au chapitre de l’embryologie.

Tout auprès de la cloison interauriculaire, et à peu de distance également du sillon interauriculo-ventriculaire, se trouve dans l’oreillette droite Youverture de la grande veine coronaire. Elle est garnie d’une valvule, valvule de Théhésius ; cette valvule est incomplète et ne peut guère empêcher le reflux du sang.

Oreillette gauche (fig. il6). — De forme cuboïde et de capacité un peu moindre que celle de l’oreillette droite, cette cavité cardiaque nous présente sur sa face inférieure Y orifice auriculaire gauche, qui est arrondi.

La face antérieure de l’oreillette gauche est lisse et convexe en dedans.

La face externe présente en avant l’ouverture de l’auricule gauche, dont la conformation est analogue à celle de l’auricule droite ; elle est également hérissée de colonnes charnues de troisième ordre.

La face interne présente chez le fœtus l’ouverture du trou de Botal, et chez l’adulte le relief de la fosse ovale.

La face supérieure présente quatre ouvertures disposées deux à deux. Ce sont les orifices des veines pulmonaires. On n’y trouve pas de valvules, celles du côté droit s’ouvrent dans l’oreillette gauche, très près de la cloison interauriculaire.

ARTICLE lit. - TEXTURE DU CœUR

Le cœur est un organe musculaire, e'est un muscle creux. Quoiqu’il ne soit pas soumis à l’empire de la voûtions, il est formé de fibres musculaires striées, qui sont plus fines que celles des muscles ordinaires. Leur striation est plus manifeste dans le sens longitudinal que dans le sens transversal. Elles se laissent facilement séparer sous le microscope en petits disques. Le caractère spécial que présentent les fibrilles musculaires du cœur, c’est d’être ramifiées et anastomosées entre elles par de petites branches transversales ou obliques. Il est probable que cette disposition particulière, qui ne se rencontre que dans le cœur et la langue, est, comme on l’a dit, destinée à assurer une contraction plus instantanée, plus uniforme des fibres du cœur.

Fig. us. — Anneaux tl’>ro cartilagineux auriculo-ventriculaires (d’après Parchappe) (*).

Voilà donc un muscle qui présente la striation de ses fibrilles et sur lequel la volonté n’a pas de prise. Il s'éloigne ainsi de tous les. autres muscles de l’économie. C’est que la contraction du cœur est rapide, sous l’influence de son excitant spécial. La striation n’est donc pas un caractère propre aux muscles volontaires ; elle doit être rapportée à la nécessité de l’instantanéité de la contraction, quel que soit du reste l’excitant du muscle. La différence entre les muscles volontaires et involontaires ne saurait donc exis-

(•) 1) Artère pulmonaire. — 2) Bord supérieur de l’infundibulum. — 3) Aorte. — 4) Valvules sigmoïdes. — 5) Bosselures de l’aorte correspondantes aux valvules sigmoïdes. — 6) Orifice auriculoventriculaire gauche. — 7) Orifice auriculo-ventriculaire droit. — 8) Anneau fibro-cartilagineux gauche. — 9) Anneau fibro-cartilagineux droit. — 181 -Adossement des deux anneaux sur la ligne

356 ANGÉIOLOGIE

ter dans un caractère microscopique, mais bien plutôt dans leurs rapports différents avec le système nerveux.

Anneaux fibro-cartilagineux du cœur (fig. 118). — Avant d’étudier la marche et le trajet des fibres musculaires du cœur, il est indispensable de décrire les anneaux ou zones sur lesquels elles viennent s’implanter.

On ti ouve dans le cœur, à la base des ventricules, quatre anneaux fibro-cartilagineux, correspondant aux quatre orifices ventriculaires. Les deux anneaux artériels sont antérieurs, les deux anneaux auriculo-ventriculaires sont postérieurs. Ces deux derniers sont situés sur la même ligne transversale et adossés par leur partie moyenne. Dans l’angle curviligne antérieur qu’ils forment se trouve l’anneau aortique, au devant duquel et un peu à gauche, mais sur un plan plus élevé, on voit celui de l’artère pulmonaire. Ces anneaux fibro-cartilagineux envoient chacun des prolongements, qui pénètrent dans l’épaisseur des valvules auriculo ventricul2dre3 et sigmoïdes. Ces valvules s’y insèrent par leur bord adhérent.

Dans le point d’adossement des zones auriculo-ventriculaires et aortiques se trouve

Fig. H9. — Fibres unitives antérieures du cœur, et fibres de la face antérieure des oreillettes (d’apris Bourgery) (*).

quelquefois un noyau incrusté de phosphate calcaire. Cette disposition, normale chez les grands animaux, a été désignée chez eux sous le nom d’o5 du cœur.

L’étude du trajet et de la direction des fibres musculaires du cœur est fort difficile. Malgré les travaux de Winslow, Gerdy, Ludwig, Winckler, Pettigrew et plus récemment Paladino, il reste encore là une question anatomique à débrouiller.

Nous décrirons d’abord les fibres musculaires du cœur, d’après les travaux de Gerdy et de Cruveilhier, nous donnerons ensuite le^ conclusions du travail de Winckler et enfin notre propre opinion.

Et d’aboi'd il faut remarquer que les fibres musculaires qui constituent les oi'eillettes sont distinctes de celles des ventricules.

Fibres musculaires des ventricules. — Les anneaux fibro-cartilagineux que nous avons décrits plus haut doivent être considérés comme le squelette du cœur. Sur ces anneaux s’insèrent des fibres qui, par des trajets variés et compliqués, reviennent à leur point d'origine, soit directement, soit indirectement par l’intermédiaire des cordages tendineux fixés aux valvules tricuspide et mitrale. Nous avons vu, en effet, que ces valvules adhèrent aux anneaux par un de leurs bords.

On a considéré le cœur comme formé de deux poches musculaires accolées comme deux canons de fusils, réunies par un sac musculeux commun aux deux poches et les recouvrant en dehors et en dedans. 11 y aurait donc ainsi dans le cœur des fibres propres à chaque ventricule et des fibres communes aux deux.

Les fibres propres à chaque ventricule s’insèrent par leurs deux extrémités sur les deux anneaux de ce ventricule et forment ainsi des anses emboîtées les unes dans les autres dans les parois de l’organe, « comme des cornets de papier d’inégale grandeur, dont les plus petits seraient régulièrement emboîtés dans les plus grands et qu’on aurait aplatis en une lame triangulaire. »

Fig. 120. — Tourbillon de la pointe du cœur (d’après Eourgery) (’).

Les fibres communes au^ deux ventricules ont été désignées par Gerdy sous le nom (\e fibres unitives.

Les fibres unitives antérieures (fig. 119) occupent toute la face sternale du cœur. Elles partent des orifices pulmonaire, aortique et mitral, descendent obliquement sur la face antérieure de l’organe et arrivent ainsi à la pointe du cœur.

Les fibres antérieures se réfléchissent alors et pénètrent par un trajet spiro'ide dans l’intérieur du ventricule, pour revenir soit à leurs points d'origine en formant la partie interne du sac commun, soit en constituant les muscles papillaires. En se réfléchissant à la pointe du cœur, pour pénétrer dans l’intérieur de l’organe et en former la face interne, les fibres musculaires se groupent, se serrent, se réunissent sous forme de tour-

{•) 1) Tourbillon et pcrtuis de la pointe. — 2) Auricule. — 3) Entre-croisement des fibres unitives

billoh et décrivent ainsi un véritable huit de chilfre. Par l'anse inférieure du 8, qui est très courte, elles circonscrivent une sorte de petit pertuis, de petit canal, par lequel on peut, avec un stylet fin, pénétrer dans l’intérieur du ventricule.

Les fibres unitives postérieures (fig. 121), recouvrent la "face diaphragmatique du cœur. Elles partent des anneaux fibreux auriculo-ventriculaires et se dirigent obliquement vers le bord droit ou tranchant du ventricule. A ce niveau, elles rencontrent les fibres unitives antérieures et s’engagent au-dessous d’elles (fig. 120, 3), pour arriver, les plus inférieures, jusqu’au tourbillon de la pointe, tandis que les autres, de beaucoup les plus nombreuses, se réfléchissent en anses simples sur toute la longueur du bord droit du cœur. Gomme les précédentes, les fibres unitives postérieures remontent jusqu’aux anneaux fibreux, ou bien elles vont former les muscles papillaires.

D’après cette description, qui résume les idées de Gerdy, il n’y a dans les fibres unitives que des fibres à anse et des fibres contournées en huit de chiffre. Elles ont toutes une moitié superficielle et une moitié profonde correspondant aux faces externe et interne des ventricules.

Dans leur trajet, les fibres à anse appartiennent parleurs deux moitiés à des ventricules diflTérents et à des parois opposées. Une fibre qui par sa moitié superficielle appar-

DU CΟR 359

tient à la paroi antérieure du ventricule droit, servira par sa moitié profonde à former la paroi postérieure du ventricule gauche.

Les fibres en huit de chiffre appartiennent par leurs deux moitiés à des ventricules dlflérents, mais à des parois semblables; ainsi une fibre de la paroi antérieure du ventricule gauche ira par sa moitié profonde dans la paroi antérieure du ventricule droit. La cloison des ventricules est formée par des fibres adossées et n’a pas d'existence propre

Wincklcr a repris en 1865, l’étude des fibres musculaires du cœur (1). 11 admet:

1° Que les fibres unitives antérieures et postérieures ne forment qu’une couche assez mince, qui prend part au tourbillon et pénètre dans l’intérieur du ventricule gauche, où elles s’écartent et vont pour la plus grande partie se jeter dans les muscles papillaires de ce ventricule; un très petit nombre d’entre elles remontent le long de la paroi interne et arrivent jusqu’aux anneaux.

2“ Que les fibres propres des venti icules ne forment pas une véritable couche moyenne distincte de la couche interne, que ces fibres sont constituées comme toutes les autres fibre du cœur ; qu’elles forment des anses, des spirales, dont les parties sont tantôt superficielles et tantôt profondes; que ces anses ou spirales s’entre-croisent sous des angles extrêmement variés qui constituent ainsi ce que l’on a désigné sous le nom de fibres propres des ventricules. 11 est impossible d'après lui de les séparer en couches, en lames distinctes à cause de leur entre-croisement.

Ces fibres ne prennent pas toules part à la formation du tourbillon, et, comme les précédentes, se jettent pour la plupart dans les muscles papillaires. La cloison est formée ])ar des segments de ces anses ou spirales, qui suivent ce trajet avant d'arriver aux parois ventriculaires.

L’ancienne définition de Winslow, acceptée par tout le monde : Le cœur est composé de deux sacs musculeux renfermés dans' un troisième musculeux également, n’est donc plus vraie, d’après l’anatomiste allemand.

Cette question a été l’objet de quelques-unes de mes recherches, et voici jusqu’à présent les conclusions auxquelles je suis arrivé :

1» Toutes les fibres musculaires du cœur partent des anneaux fibreux ;

2» La plus grande partie d’entre elles y reviennent, après un trajet plus ou moins compliqué. Celles qui n’y reviennent pas, constituent les muscles papillaires, qui se terminent par des tendons ou cordages insérés sur la face inférieure des valvules, tricuspide ou mitrale ;

3o La cloison est formée par la réflexion des fibres parties des anneaux ;

4° Parmi les fibres, il en est de superficielles et de profondes : les premières se comportent comme Ta indiqué Winckler; les secondes ou fibres profondes, s’entre-croisent comme les doigts des mains jointes au niveau du sillon inter-ventriculaire, et alors les unes vont au ventricule opposé tandis que les autres remontent obliquement parla cloison ou par les muscles papillaires du ventricule opposé. Paladino a décrit récemment des faisceaux transversaux dirigés obliquement de haut en bas dans les parois ventriculaires (deux pour le cœur droit, un pour le cœur gauche). Ces faisceaux me semblent constitués par des fibres ascendantes venant du tourbillon. — Marc Séc a insisté sur la nature tendineuse des cordages fibreux des valvules et sur l’unité de contraction des muscles papillaires et des parois ventnculaii’es ; ces faits n'ont absolument rien de nouveau. 11 décrit de plus un gros faisceau musculaire dans l'épaisseur de la cloison, faisceau dont l’action aurait, d’après lui, de l’importance dans la contraction du cœur droit; ce faisceau particulier m’a toujours échappé jusqu'ici.

Paladino vient de décrire des fibres musculaires dans l’intérieur des valvules auri-

(*) F. N. Winkler, licitrüge sur KenntnUs der Hersmusculatur (Arehic. fur Ana.tomie. Physiologie, etc., von Reichert uiid Dubois-Reymond, Mai u. Juni 1865. Heft IL u. Illj.

i*) G. Paladino, Contribusione alV anatomia, Ulologia et fisiologia del caor«, Naples,

AXGÊIOLOGIE

culo-ventriculaires : ces fibres proviendraient, d’après lui, les unes des fibres des oreillettes, les autres des fibres des ventricules. Cette disposition expliquerait le jeu des valvules beaucoup mieux qu’il ne l’a été jusqu’à présent.

Fibhes musculaires des oreillettes. — Sur la face antérieure des oreillettes on trouve une bande musculaire allant de l’oreillette droite à l’oreillette gauche et se jetant des deux côtés sur les auricules. Cette bande est donc commune aux deux oreillettes, dont elle constitue les fibres unitives (fig. 119,3).

Quant aux fibres propres à chaque oreillette, on peut les diviser : 1“ en fibres qui entourent les orifices des veines ; 2” fibres intermédiaires aux auricules et aux ouvertures veineuses; 3’ fibres en anse autour des orifices auriculo- ventriculaires ; 4° fibres e.Ttre- croisées et formant la partie fa plus profonde delà paroi des oreillettes. En s’adossant, ces fibres constituent la cloison dans laquelle on remarque surtout l'anneau de Vieussens, qui forme une espèce de. sphincter'. La majeure partie des fibres musculaires des oreillettes forment des ar.ses simples embrassant ces cavités comme des écharpes. Il serait du reste nécessaire de voir sur-gir de nouveaux travaux sur ce sujet.

Vaisseaux du coeur. — Le cœur reçoit deux artères, dites coronaires ou cardiaques, qui forment deux cercles léciproquement perpendiculaires autour de lui. Elles ser-ont décrites plus loin (fig. 124). Les veines des ventricules suivent d’abord le trajet des artères, se réunissent plus tard en un seul tronc, la grande veine coronaire, qui vient s’ouvrir à la face postérieure de l’oreillette droite, près de la ligne interartiouloventriculaire (fig. 114, 6). Quelques veinules, venant du ventricule droit, ne s’abouchent pas dans ce tronc, mais s'ouvrent isolément dans l’oreillette droite; ce sont les veines cardiaques de Galien. Lannelonguc a décrit en 1867, une circulation veineuse auriculaire spéciale. J’ai répété et fait répéter ses recherches; les résultats que j’ai obtenus se trouvent longuement consignés dans la thèse d'un de mes élèves que la mort a enlevé trop tôt à la science (6. Les veinules des oreillettes ne se rendent que très rai'ement dans la veine coronaire, celles de l'oreillette droite s’ouvrent directement dans cette cavité, celles de l’oreillette gauche s’y rendent en partie en passant par la cloison, tandis qu'il en est d’autres qui s'abouchent dans la cavité auriculaire gauche elle-même où elles ver sont ainsi du sang noir. Dans les parois musculaires des oreillettes sont creusés des canaux reictus par un simple prolongement de l'endocarde; ces canaux, lieu de réunio.u de la plupart des veinules auriculaires, s’ouvrent dans la cavité des oreillettes par des foram.na au nombre de trois ou quatre dans le cœur droit et de un ou deux dans le cœur gauche. Ces foramina sont toujours pour chaque oreillette reliés entre eux par des canaux intrapariétaux. Lannelongue décrit un élargissement infundibuliforme faisant suite aux foramina, il ne m'a pas été possible de le constater. Quant aux lymphatiques, on les voit suivre les artères et les veines et se jeter dans les ganglions bronchiques au dessous de la bifurcation de la trachée.

Nerfs du cœur. — Les nerfs du cœur proviennent des pneumogastriques et des ganglions cervicaux du grand sympbatique. Les filets nerveux partis de ces origines se réunissent au-dessous de la crosse de l’aorte pour constituer un plexus, qui d’autres fois est remplacé par un ganglion dit ganglion de Wrisberg. De là partent des branches nerveuses très ténues, qui suivent les artères et gagnent la profondeur de l’organe. Mais outre ces nerfs, le cœur possède en lui-même une chaîne de ganglions situés dans son épaisseur, et lui formant ainsi un petit système nerveux spécial. Ces ganglions sont au nombre de trois. Le premier, ganglion du sinus de la veine cave gang lion, de llemak, est placé à l’embouchure de la veine cave inférieure. Le second, ganglion de Bidder ou ganglion ventricu'aire, est adossé à la valvule auriculo-ventriculaire gauche. Le troisième, ganglion auriculaire ou ganglion de Ludwig, se trouve dans la paroi même de l’oreillette droite. En 1864, Lee décrivit un riche plexus ganglionnaire existant entre l'aorte et l’artère pulmonaire au-dessous du péricarde viscéral. Les filets des

(1) A. Kenoult, Bu râle du système vasculaire dans la nutrition, en géne'ral et dans celle du muscle et du cœur en particulier (Thèse de Strasbourg, 1869).

DD GŒDR

pneumogastriques et du sympathique viennent, d’après lui, se rendre dans ce plexus, duquel partent des branches nombreuses, qui se ramifient sur les ventricules et qui présentent sur leur trajet de nombreux renflements ganglionnaires. Ce travail a été très vivement attaqué en Angleterre et n’a été jusqu’ici appuyé par aucun anatomiste. Quoi qu’il en soit, l’innervation du cœur ne nous est pas encore bien connue au point de vue anatomique.

Le cœur est toujours plus ou moins chargé de tissu adipeux, dont la quantité varie avec le sexe et l’âge. La graisse se dépose principalement dans les sillons autour des vaisseaux, s’étend alors de proche en proche sur l’organe et s’infiltre plus ou mbhis entre les fibres musculaires.

Page 1