‹ Nouveaux éléments d'anatomie descriptive et d'embryologie (volume 2)Chapitre 181 sur 303 · DES LYMPHATIQUES · texte numérisé non relu

DES LYMPHATIQUES

Injection et préparation. — Il faut choisir un sujet amaigri et légèrement infiltré; si l'on se propose d'injecter les réseaux cutanés, il sera bou de se servir d’un cadavre dont la putréfaction sera commencée et chez lequel l'épiderme se sépare du derme.

L'injection des lymphatiques se fait habituellement avec le mercure, qni par sa grande divisibilité pénètre dans les vaisseaux les plus ténus. Pour le canal thoracique on peut se servir du suif coloré. Il faut, avant tout, avoir soin de débarrasser le mercure de toutes les impuretés qu'il peut contenir et de la légère couche d'oxyde qui le recouvre ; ou le passe pour cela à travers un tamis fait en peau de chamois.

L’appareil dont on se sert pour l'injection est composé ; 1° d'un tube en verre d'une longueur d'un mètre environ ; 2'> d'un petit entonnoir également en verre, qui sert à verser le mercure dans le premier tube; 3» d'un tube en caoutchouc épais adapté à l'extrémité du précédent ; 4» d'un ajutage en acier, garni d'un robinet, terminant le tube de caouthouc ; 5® d'un petit tube de verre d'une longueur de O'v.OS à 0“>,08, dont une extrémité est capillaire, tandis que l’autre doit s'adapter dans l'ajutage. Pour fixer ces deux dernières parties de l’appareil on entoure la grosse extrémité du petit tube de verre d'un fil de soie ciré et l'on fait autant de tours qu'il est nécessaire pour que cette extrémité soit d'un diamètre légèrement plus grand que celui de l'ouverture de l’ajutage. Sappey recommande de faire creuser l’intérieur de ce dernier d'un pas de via. Cette pré -aution a, en effet, l’avantage de mieux fixer le tube. On introduit le lube en lui imprimant un mouvement de rotation. 11 ne reste plus qu’à s’assurer s'il est Boli<lement fixé et s’il n’y a pas de fuite. On suspend alors l’appareil verticalement, de manière que l'extrémité capillaire du petit tube se trouve au-dessous du niveau du cadavre. Grâce à la flexibilité du tube de caoutchouc, cette pointe pourra être portée dans tous les sens au gré de l'opérateur. On remplit le grand tube d'une colonne de mercure, qui variera en hauteur et par suite en pression, suivant les résultats que l'on veut obtenir. Les fortes pressions sont souvent avantageuses, mais elles ont l'inconvénient de rompre fréquemment les vaisseaux.

Si l'on veut injecter les réseaux, il faut se servir du procédé de Frommann, indiqué par Lauth. « Il fuit dans la partie qn'il veut injecter uue piqûre, en y glissant superficiellement la pointe d'un scapel très fin, de manière à y labourer dans l’espace de deux à trois lignes et sans s’appliquer à découvrir un vaisseau. Il introduit ensuite le tube dans l’ouverture qui vient d'étre faite et il le maintient en place en serrant les parties sur lui au moyen de deux doigts de la main gauche. Le robinet étant ouvert, on voit de suite si le mercure pénètre dans des lymphatiques ou bien s'il s’épanche dans le tissu cellulaire ; dans le dernier cas, on recommence l’opération et, après avoir tâtonné deux ou trois fois, ou vient aisément à bout d'injecter une portion du tissu capillaire lymphatique, en favorisant l’entrée du mercure au moyen de friction ou de pression que l'on exerce sur la partie que l'on injecte. »

Pour les vaisseaux, voici comment l'on opère. Si d’abord l'on a injecté les réseaux, l'origine des vaisseaux l'est également; mais rarement le métal va bien loin. Si, au contraire, l'on veut se borner à obtenir l'injection des vaisseaux, on recherche un tronc sur le trajet que l'on connaît d'avance; pour en faciliter la découverte, il est bon de faire sur la région des frictions avec le dos d'un scalpel, en suivant le cours de la lymphe. On incise alors la peau, et dans le tissu cellulaire sous-cutané on finit avec un peu de patience par trouver les lymphatiques. 11 ne reste plus qu'à introduire dans l'intérieur du vaisseau la pointe du tube capillaire, ce qui n'est pas toujours très facile, le lymphatique fuyant sous la pression. On ouvre le robinet et le mercure pénètre très rapidement jusqu'au premier ganglion.

Il arrive fréquemment que l'on pique à côté et que le métal passe dans le tissu cellulaire, cedontil est facile de s'assurer. Il faut alors recommencer l’opération. Si le mercure, alors même qu’il a pénétré dans le vaisseau, vient s'arrêter, on peut aider sa progression par des frictions douces avec le manche d’un scalpel. On agira de même quand le métal sera arrivé dans un ganglion ; on peut alors quelquefois le voir ressortir par les vaisseaux efférents ;

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plus souvent, au contraire, il s'y arrête et il faut que l'opérateur se mette à la recherche de ces derniers et les injecte directement.

Une précaution à prendre pour s’assurer que l’opération marche réellement, consiste à mettre autour du gros tube qui contient le mercure un fil destiné à marquer la hauteur initiale de la colonne métallique. On voit alors si l’injection progresse ou reste stationnaire. Ou le voit encore en considérant la forme de la surface supérieure du métal. Si elle est convexe, l’écoulement est arrêté ; il continue, au contraire, à se faire si elle est concave. Si l’on voit le mercure descendre très rapidement dans le tube, on peut être sûr qu’il s’est produit une rupture et un épanchement dans le tissu cellulaire. Il faut alors suspendre l’injection et disséquer soigneusement les vaisseaux jusqu’au point où s’est faite la rupture. Il est nécessaire quelquefois d’augmenter la pression pour faire cheminer le métal ; mais il est impossible de donner pour cela une règle quelconque ; l’habitude seule peut enseigner la manière dont il faut varier les pressions.

La dissection des lymphatiques se fait de deux manières ; ou bien ou enlève soigneusement le derme et une partie du tissu cellulo-graisseux et on laisse les vaisseaux lymphatiques appliqués sur l’aponévrose, ou bien on enlève la peau jusqu’à l’aponévrose et l’on renverse, de celte façon les lymphatiques restent adhérents à la face profonde de la peau; cette seconde manière d’agir doit s’employer toujours pour les réseaux cutanés.

Il ne faut pas atlacher une trop grande importance à débarrasser bien exactement les lymphatiques du tissu cellulo-graisseux qui les entoure ; ce tissu devient transparent par la dessication, et les vaisseaux remplis de mercure apparaissent bien nettement. Il est surtout essentiel d’éviter de couper des rameaux, à cause de la facilité avec laquelle les vaisseaux se vident. La dissection se fait des radicules vers les troncs et en général parallèlement à la direction de ceux-ci.

Une fois la préparation terminée, on la fait sécher et l’on en fait une pièce de cabinet. Lauth recommande de laisser toujours ces pièces dans une position horizontale ; Sappey, au contraire, donne de bonnes raisons pour les placer verticalement.

Je vais indiquer, d’après Sappey, les différetits endroits où les lymphatiques de la peau sont les plus faciles à injecter, endroits auxquels il a donné le nom de lieux d’élection'.

K 1“ Sur le crâne, l’espace où l’on injecte avec le plus de facilité les réseaux s’étend depuis la suture lamhdoïde jusqu’à la suture pariétale. En piquant le pavillon de l’oreille, soit sur sa face externe, soit sur sa face interne, on obtient aussi avec facilité de très beaux réseaux. Une seule piqûre suffit pour recouvrir d’un laris à mailles fines et serrées toute une face de ce pavillon.

« 2“ Sur la face, la ligne médiane est encore le siège principal du système capillaire lymphatique. La racine, le lobe, les ajles du nez et la commissure des lèvres sont les points qu’il importe surtout de piquer.

« 3“ Sur les membres, on injectera tous les lymphatiques superficiels, en piquant les doigts ainsi que les orteils sur leurs deux parties latérales, et la paume de la maiu ainsi que la plante du pied sur les divers points de leur surface. Pour obtenir l’injection la plus riche possible, il convient de faire dix piqûres, c’est-à-dire de piquer chacune des régions latérales des cinq doigts. La paume de la main et la plante du pied sont extrêmement difficiles à injecter, tant qu’ils sont recouverts de leur épiderme ; cette membrane étant plus ou moins épaisse, le tube qui la traverse entaille une couronne qui reste apposée sur son orifice comme un bouchon et s’oppose à la sortie du mercure ; il faut donc avoir soin, par des frottements convenables, d’enlever la plus grande partie de la couche épidermique. Le moyen le plus sûr et le plus facile pour l’enlever complètement est la macération; l’injection deviendra alors si facile qu’on pourra la pratiquer dans toutes les conditions et avec les appareils les plus défectueux. Le lieu d’élection pour ces régions est leur partie centrale. »

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