CHAPITRE VI
On a rangé sous le nom commun de glandes vasculaires sanguines toute une série d’organes ayant pour caractères communs l’aspect glandulaire de leur parenchyme et l’absence d’un conduit excréteur. Quelque obscure que soit encore aujourd’hui la physiologie de ces organes, on peut cependant, en se basant sur leur structure intime, les répartir en quatre groupes assez naturels.
A. Un premier groupe comprend la glande thyroïde seule, que sa structure et son développement rapprochent des glandes en grappe. D’après des recherches récentes, peut-être faudrait-il y joindre la glande pituitaire (Peremeschko).
B. Le deuxième groupe, le plus nombreux et le plus important de tous, se compose d’une série d’organes auxquels on peut donner le nom à’ organes lymphoïdes à cause do leur analogie de structure avec les ganglions lympha tiques. On y trouve les amygdales, le thymus, la rate, les plaques de Payer et les follicules clos du tube intestinal. Tous ces organes ont pour caractère commun un parenchj'me de tissu connectif réticulaire infiltré de globules analogues aux globules lymphatiques. Seulement à cette structure fondamentale commune s’ajoutent des dispositions spéciales (surtout du côté du système vasculaire), qui peuvent donner naissance à des formes très complexes, la rate par exemple.
Pour bien comprendre leur structure, il importe de suivre ces organes du degré le plus simple au degré le plus complexe, dans leur progression ascendante.
1» Infiltration lymphoïde diffuse. — Le premier degré, le plus simple, est celui dans lequel le tissu connectif réticulaire s’infiltre de globules lymphatiques sans prendre une forme circonscrite, sans donner lieu, par conséquent, à un organe dans le sens propre du mot; c’est là ce qu’on peut appeler Vinfiltration lymphoïde diffuse, qu’on rencontre dans la muqueuse intestinale, cl qui se montre surtout très fréquemment à l’état pathologique. Toutes les formes du tissu connectif ordinaire peuvent subir cette infiltration lymphoïde ; mais elle est plus commune dans certains endroits que dans d’autres ; derme de certaines muqueuses, tunique adventice des artères, cto.
2“ Infiltration lymphoïde circonscrite. — Dans le deuxième degré, Tinfillration lymphoïde, au lieu de rester diffuse et sans limites précises, se circonscrit plus ou moins nettement du tissu connectif ambiant, et constitue une petite granulation arrondie molle, un follicule clos, qui représente par conséquent la forme la plus simple àf organe lymphoïde. Déjà, dans le follicule clos, les vaisseaux offrent une disposition spéciale et il y a surtout une grande richesse vasculaire. Les corpuscules de Malpighi de la rate ne sont pas autre chose que des follicules clos.
Les follicules clos peuvent être isolés. Mais le plus souvent ils sont agminès, c’est-à-dirc qu’ils se rapprochent pour former de petits amas. S’ils ne
SPLANGHNOLOGIE
sont qu’en très petit nombre, ils constituent les glandes dites solitaires ou lenticulaires, comme dans l’intestin, à la base de la langue, etc. Ordinairement ces glandes solitaires ont la disposition suivante : la muqueuse se déprime à leur niveau, et il en résulte une sorte de cul-de-sac ou de lacune, et c’est dans les parois de cette cavité que se déposent les follicules clos. Aussi trouvet-on, en général, sur le soulèvement dû à l’amas des follicules clos, une petite ouverture centrale qui conduit dans la lacune, ouverture prise longtemps pour l’orifice du canal excréteur d’une véritable glande.
Les follicules clos peuvent s’agminer au contraire en grande quantité et s’étaler dans l’épaisseur de la muqueuse, comme dans les 'plaques de Payer de l’intestin grêle.
3° Organes lymphoïdes proprement dits. — Jusqu’ici les follicules clos sont restés enfouis dans l’épaisseur de la muqueuse dont ils n’étaient qu’une dépendance, nous allons les voir maintenant s’isoler et acquérir une indépendance véritable, s’agminer enfin pour produire des organes distincts, dont nous allons suivre la progression ascendante,
a) Le premier de ces organes et le plus simple est V amygdale. Ce n’est en réalité autre chose qu’une simple agglomération de glandes solitaires.
Après l’amygdale vient le thymus, dont la structure ne diffère pas essentiellement de celle de l’amygdale ; seulement, outre ses caractères extérieurs, il en diffère notablement en ce que les lacunes dans les parois desquelles sont contenus les follicules clos de l’organe s’ouvrent toutes dans une lacune centrale (canal central), sans communication avec l’extérieur, et limitée non plus par un épithélium, mais par le tissu réticulaire même.
c) Les glandes lymphatiques présentent déjà une disposition plus compliquée en rapport avec les connexions qu’ils ont avec la circulation lymphatique. Les alvéoles de la substance corticale et les cordons de la substance médullaire se composent de deux parties, une partie cevivale, pulpe centrale, analogue aux follicules clos, et une partie périphérique, sinus lymphatiques, à mailles beaucoup plus larges, représentant un système de trajets intermédiaires entre les lymphatiques afférents et les lymphatiques efférents.
d) La rate enfin est située comme complexité de structure au sommet de la série. Les corpuscules de Malpighi sont de véritables follicules clos développés aux dépens de la tunique adventice de ses artères ; son parenchyme est constitué par un tissu connectif réticulaire remarquable par sa finesse, mais la distribution vasculaire qu’elle représente et qui sera décrite plus loin en fait un organe spécial et bien distinct des précédents.
C. Le TROISIÈME GROUPE, glandes nerveuses ou sympathiques, comprend les capsules surrénales, et peut-être glande pituitaire. On retrouve bien dans le parenchyme des capsules surrénales le réticulum des follicules clos j seulement ses mailles contiennent des éléments spéciaux qu’on ne peut assimiler aux globules lymphatiques. En outre elles ont par leur développement et 1 ar leur structure des connexions intimes avec le système nerveux.
D. Le QUATRIÈME GROUPE, le moins important de tous, comprend deux for-
GLANDES A'ASCÜLAIRES SANGUINES ET ORGANES LYMPHOÏDES 869
mations récemment décrites, la glande cocoygienne de Luschka et le ganglion inter carotidien .
La structure de ces petits organes n’est pas encore bien connue. Luschka les rattache aux glandes nerveuses. Mais elles paraissent plutôt devoir former un groupe à part, le seul auquel s’appliquerait avec exactitude le nom de glandes vasculaires sanguines.
Les flexuosités et les dilatations de leurs artères, l’épaisseur considérable de leur tunique musculaire paraissent les rapprocher de ces cœurs périphériqites qu’on rencontre chez certains vertébrés <*>.
Nous décrirons successivement la glande thyroïde, la rate, les capsules surrénales, et, dans un appendice, la glande coccygienne, le ganglion intercarotidien’ et la glande pituitaire ; les autres organes, amj'gdales, g:landes lymphatiques. ont été décrits dans le courant du livre. Le thymus disparaissant chez l’adulte et n’étant qu’un organe transitoire sera décrit au chapitre du développement.
§ I — Glande ou corps thyroïde (fig. sss)
Le corps thyroïde a la forme d’un croissant à concavité supérieure et se compose de deux lobes réunis par une partie médiane ou isthme : 1“ l'isthme, haut de 0“,017 environ sur 0'",012 d’épaisseur, répond au deuxième, troisième et quatrième cerceaux de la trachée, auxquels il adhère assez intimement, De son bord supérieur part, dans un tiers des cas, un prolongement, pyramide de Laloulette, tantôt médian, plus souvent incliné à gauche, qui remonte plus ou moins haut, et dépasse même quelquefois le bord supérieur du cartilage thyroïde ; 2“ les lobes ou cornes du corps thyroïde, hauts de 0"',07, ont trois faces : une face interne, concave, qui répond aux cinq ou six premiers anneaux de la trachée, au cartilage cricoïde, aux lames du cartilage thyroïde et à l’œsophage; une face postérieure convexe adossée à la carotide primitive et aux muscles profonds du cou, une face antérieure convexe recouverte par le sterno-thyroïdien. L’extrémité supérieure se termine en pointe arrondie, l’extrémité inférieure large, arrondie, déborde un peu le bord inférieur de l’isthme. Le lobe droit est habituellement un peu plus volumineux que le gauche.
liO poids du corps thyroïde est de 30 grammes environ. Son volume, assez variable, plus considérable chez la femme, augmente dans le sommeil, le décubitus dorsal, l’expiration, l’etfort, etc.
Variétés. — Quelquefois (rarement) l’isthme manque; beaucoup plus rarement encore, c’est un des lobules latéraux. La pyramide de Lalouette est quelquefois détachée du reste de la glande. On peut rencontrer enfin de petites masses glandulaires surnumé-
On rencontre souvent, surtout quand la pyramide existe, des faisceaux musculaires striés d'origine variable (faisceaux détachés des muscles thyro-hyoïdien, crico-thyroïdien, constricteur inférieur, cartilage thyroïde), rayonnant vers l’isthme et le bord interne des lobes latéraux ou d’un seul lobe (élévateur de la thyroïde).
(h Les limites de ce traité nous interdisent de donner le développement nécessaire à cette question des glandes vasculaires sanguines (voy. sur ce sujet : Liégeois, Des glandes vasculaires sanguines. 1860; Beaunis, Anatomie générale et physiologie du système lymphatique, isès ; Bouchard, Du tissu connectif, 1866).
SPLANCHNOLOGIE
La surface de la glande thyroïde est lisse, d’une couleur qui varie, suivant la réplélion des vaisseaux, du rouge jaunâtre clair à une teinte lie de vin foncé.
Structure. — Le corps thyroïde se compose d’une enveloppe fibreuse et d’un parenchyme.
a) Uenveloppe fibreuse est assez résistante, mince et envoie dans l'épaisseur de la glande des cloisons connectives. Cette enveloppe est rattachée aux parties ambiantes par un tissu connectif lâche, qui s’épaissit en certains endroits pour former des espèces de ligaments, un médian et deux latéraux : 1° le ligament médian est un cordon fibreux qui rattache l’isthme au premier anneau de la trachée ou au cartilage cricoïde; 2“ les ligaments latérau.v vont des lobes latéraux aux premiers anneaux de la trachée et au cartilage cricoïde.
Le parenchyme a tout à fait l'aspect du parenchyme des glandes en grappe. Il se divise comme lui en lobules composés de granulations de 0"',001 à pei le. On rencontre très souvent dans ce parenchyme des vésicules d’une grosseur très variable, visibles à l’œil nu, remplies par une masse hyaline, gélatiniforme, comparable à du sagou cuit (substance colloïde).
Structure d'une granulation glandulaire. — Chaque granulation glandulaire se compose d'une mince enveloppe membraneuse, d’où partent des cloisons, cloisons intervésiculaires, dans les mailles desquelles sont renfermés les éléments propres de l’organe ou les vésicules thyroïdiennes. Ces vésicules comprennent une paroi très mince, amorphe, tapissée par un épithélium polygonal. Cet épithélium se détruit excessivement vite après la mort et, même pendant la vie, subit très facilement, surtout chez l'adulte, des modifications particulières. Aussi trouve-t-on souvent comme contenu de la vésicule glandulaire un liquide tenant en suspension des noyaux libres, des cellules et des granulations moléculaires brunâtres. Klles sont très souvent (et on peut presque considérer cet état comme normal à cause de sa fréquence) le siège d'une production de matière colloide, substance liquide visqueuse, jaunâtre, qui précipite par l’acide acétique.
Vaisseaux et nerfs. — Les artères de la thyroïde proviennent des thyroïdiennes ; leur volume est considérable, eu égard au volume de la glande, et n'est que de très peu au-dessous du volume des quatre artères qui se rendent à l’encéphale. D'après Hyrtl, les quatre artères thyroïdiennes se rendent chacune à une l'égion spéciale de la glande, et les anastomoses laryngiennes établiraient seules des communications entre ces départements vasculaires distincts. Les veines, au contraire, communiquent toutes entre elles; elles sont dépourvues de valvules. Elles se rendent dans la veine faciale commune, la jugulaire interne et la veine innominée gauche. Les lymphatiques vont à de petits ganglions situés au-dessous de l’isthme et derrière les lobes latéraux; ils partent des vésicules glandulaires par des culs-de-sac venant s’ouvrir dans des réseaux qui entourent les granulations (Frey). Les nerfs, peu nombreux, proviennent de la partie cervicale du grand sympathique et surtout du ganglion cervical moyen, et suivent l’artère thyroïdienne inférieure; on trouve sur leur trajet de petits ganglions microscopiques (Luschka).
§ II — Rate
La rate est située profondément dans l’hypochondre gauche, entre le diaphragme, le rein gauche et le grand cul-de-sac de l’estomac (fig. 271). Elle
est rattachée à l'estomac et au diaphragme par les replis gastro-splénique et phrénico-splénique, qui seront décrits avec le péritoine, replis assez lâches pour lui permettre dans certains cas de se déplacer.
Elle a une forme ovoïde ou quadrangulaire et présente deux faces : une face externe, costo-diaphragmatique, lisse, convexe, tournée à gauche et en arrière ; une face interne, séparée par une crête saillante, large en bas, en deux parties ; la partie postérieure, concave, longe le bord externe du rein gauche ; la partie antérieure, excavée, plus large, répond au grand cul-de-sac de l’estomac ; sur cette face, en avant de la crête de séparation se trouve un sillon vertical, hile de la rate, offrant dix à douze ouvertures. Les bords sont souvent échancrés ; l’antérieur est plus tranchant que le postérieur. L’extrémité inférieure est plus large que la supérieure. La rate présente souvent des traces de lobulations et quelquefois même des lobules complètement indépendants du reste (rates surnuméraires).
Le volume de la rate est excessivement variable suivant l’afllux sanguin ; aussi est-il très difficile de donner des mesures précises. En moyenne elle a une longueur de 0'",li sur O^^OS de largeur et0"',03 d’épaisseur.
Sonpoîtfs peut être évalué à 195 grammes (Sappey).
La couleur de la rate est lie de vin foncé ; sa surface est lisse et brillante à cause de la présence du péritoine; cette surface au contraire devient froncée si l’enveloppe fibreuse de l’organe n’est plus tendue, par exemple sur une rate incisée. Cette enveloppe est blanche, transparente, mince, mais résistante et intimement adhérente au parenchyme splénique. Le parenchyme, très humide sur une coupe, présente une consistance et une cohésion très faibles et qui diminuent encore et très rapidement après la mort , son tissu est alors transformé en une sorte de bouillie rougeâtre, houe splénique, qui s’écoule par la pression. Si on enlève toute cette bouillie parle lavage, il ne reste plus qu’une trame de filaments blanchâtres (trabécules) partant de l’enveloppe fibreuse ou accompagnant les vaisseaux, et s’entre-croisant dans tous les sens, ce qui donne à l’organe ainsi préparé un aspect aréolaire. Dans ce parenchyme, examiné à l’état frais, se voient à l’œil nu des granulations blanchâtres, arrondies, très molles, de O"™ .005, isolables avec la pointe d’une aiguille et dispersées sur le trajet des artères ; ce sont les corpuscules de Malpighi; elles disparaissent très vite après la mort, on peut en compter une environ pour deux millimètres cubes. On voit encore sur des coupes de la rate les troncs veineux avec leurs ramifications étoilées entourées par les branches artérielles, ce qui rappelle les rapports des veines hépatiques et de la veine porte dans les lobules du foie.
Structure. — L’enveloppe de la rate, tapissée par l’épithélium du péritoine, est formée par du tissu connectif et contient une très grande quantité de fibres élastiques ; chez l’homme, elle ne possède pas de fibres lisses.
Le parenchyme se compose des trabécules et de la pulpe splénique contenue dans les mailles circonscrites par les trabécules.
1“ Trabécules, — Elles se divisent en deux espèces : les unes sont creuses et accompagnent comme gaines vasculaires les artères et les veines, celles-ci plus loin que les premières ; les autres sont solides, aplaties ou cylindriques et partent de la face profonde de l’enveloppe fibreuse du rein; elles se subdivisent à l’infini jusqu’à 0""",0i de diamètre et Circonscrivent les mailles où se trouve la pulpe splénique. L’existence de fibres lisses dans ces trabécules est douteuse chez l’homme.
SPLANCHNOLOGIE
2î Pulpe splénique (flg. 346). — La pulpe splénique se compose de deux parties : un réticulum connectif très fin et des éléments cellulaires.
Le réticulum (3) a la structure du tissu connectif réticulaire ordinaire ; seulement il est excessivement délicat ; ce réticulum se continue, d’une part, avec les plus fines divisions des trabécules spléniques, do l’autre, avec le tissu connectif réticulaire de la gaine adventice des vaisseaux (4) et des corpuscules deMalpighi (6).
Fig. 246. — Structure de In rate; figure schématique n
Les éléments cellulaires contenus dans les mailles du réticulum sont : 1“ des noyaux libres arrondis ou elliptiques, granuleux ; 2“ des globules analogues aux globules lymphatiques ; 3“ des cellules contenant deux ou trois noyaux et quelquefois plus ; 4“ de grandes cellules contenant des vésicules colorées analogues aux globules rouges; 5“ des globules rouges; 6“ des molécules pigmentaires en amas ou isolées ; 7“ des cellules, dites cellules spléniques, provenant de l’épithélium des capillaires veineux.
A la pulpe splénique appartiennent encore des capillaires, qui seront décrits avec les vaisseaux.
Yaisseaux. — 1“ Artères. — L’artère splénique, remarquable par l’épaisseur énorme de sa tunique musculaire, se divise près du hile en cinq à dix branches, qui pénètrent isolément dans la glande et se distribuent chacune à une région distincte de l’organe, sans s’anastomoser avec les branches voisines. Les rameaux qui en naissent, après un certain trajet, se résolvent en un pinceau d’artérioles (penicilH), d’où partent les capillaires.
(•) A. Artère. — V. Veine. — i) Trabécules spléniques. — 2) Trabécules plus fines. — 3) Réticulum de la pulpe splénique. — 4) Infiltration lymphoïde de la gaine des artères. — 5) Sa continuation avec nn corpuscule de Malpighi. — (6 Corpuscule de Mulpighi. — 7) Gaine de la veine. — 8) Réticulum de la pulpe splénique. — 9) Terminaison de la gaine librillaire [des capillaires artériels avec le réticulum de la pulpe. — 10) Artères des pinceaux. — 11) Capillaires artériels. — 12) Leur abouchement dans les trajets intermédiaires de la pulpe. — 13) Veines. — 14) Capillaires veineux. — 15) Partie de la pulpe où sont restés les éléments cellulaires. — 16) Corpuscule de Malpighi attenant à; 17) une artère et vu sur une coupe perpendiculaire à l'axe du vaisseau.
Jusqu’à un diamètre de les artères sont accompagnées par les veines et contenues
dans la même gaine fibreuse ; mais à partir de ce diamètre les artères abandonnent les veines, et leur tunique adventice subit une modification qui mène aux corpuscules de Malpighl ; cette tunique prend la structure du tissu réticulaire (4) et s'infiltre de globules lymphatiques (infiltration lymphoïde diffuse). Bientôt cette infiltration se circonscrit dans certains points (6, 16), et ainsi se forment les granulations ou les corpuscules de Malpighi, qui ne sont autre chose qu’une sorte d’hypertrophie locale de la tunique adventice des artères. Ils ont, du reste, la même structure que les follicules clos. Leur réticulum, surtout à la périphérie, est plus résistant, oe qui permet de les isoler facilement du réticulum très délicat et facilement déchirable de la pulpe splénique ; il n’y a pas de membrane d’enveloppe distincte entourant le corpuscule et l’isolant des parties voisines; mais comme les mailles périphériques des corpuscules de Malpighi sont assez serrées, leur communication avec les mailles de la pulpe est assez difficile.
Les capillaires artériels des pinceaux paraissent se terminer de la façon suivante (9, 10, 11) : la paroi des capillaires, d’abord amorphe, devient peu à peu fibrillaire, et ces fibrilles semblent se continuer directement avec les trabécules fines du réticulum de la pulpe splénique, de sorte que le capillaire lui-même s’aboucherait dans les mailles du réticulum.
2“ Veines, — Si l’on suit les veines du tronc vers les branches d’origine, on voit la veine splénique se diviser dans le hile en quatre ou cinq branches dépourvues de valvules. Les divisions veineuses accompagnent d'abord les artères et sont situées dans la même gaine ; puis, quand elles ont atteint de diamètre, elles abandonnent les
artèi’es en conservant encore leur gaine et émettant des branches qui s’en détachent à angle droit. C’est dans ces branches que viennent s’aboucher les capillaires veineux de la rate.
Ces capillaires veineux (14) ont un calibre uniforme de 0"'"",08, et constituent un élément très important de la pulpe splénique. Leurs parois sont très minces et consistent : 1“ en une tunique externe, d’abord continue, puis interrompue de distance en distance et formée alors par des fibres annulaires ou spiralées, d’aspect élastique, régulièrement espacées ; 2“ en une tunique interne, épithéliale, d’abord continue, puis interrompue comme la précédente; les cellules épithéliales de ces capillaires veineux ou cellules spléniques sont caractéristiques : elles sont fusiformes et leur noyau est ordinairement proéminent et comme pédiculé, de façon qu’il fait saillie dans l’intérieur du vaisseau ; ces cellules sont parallèles à l’axe des capillaires. De cette absence de paroi propre en certains points, il l'ésulte que dans ces points, les capillaires veineux sont limités simplement par la pulpe splénique qui les entoure et que, par suite, leur cavité communique librement avec les mailles du réticulum de la pulpe (origines veineuses lacunaires),
3" Trajets intermédiaires entre les capillaires artériels et les capillaires veineux (12). — C’est là une des questions les plus difficiles de l’histologie, et dont la solution définitive ne peut encore être donnée. Nous avons vu que les capillaires artériels s’ouvrent dans les mailles mêmes de la pulpe splénique, et que c’est aussi dans ces mailles que les capillaires veineux prennent leur origine. Dans ce cas, le sang, au lieu de passer des artères dans les veines par un réseau capillaire ordinaire, passerait au milieu même des éléments de la pulpe splénique en s’y creusant ce que Frey appelle des trajets pulpeux intermédiaires (12), système de lacunes intermédiaires aux artères et aux veines. Dans cette hypothèse, la rate serait comparable à une glande lymphatique, dans laquelle les vaisseaux lymphatiques afférents et efférents seraient remplacés par des artères et par des veines. Le réticulum de la pulpe splénique représenterait la pulpe centrale des ganglions lymphatiques, les trajets intermédiaires représenteraient les sinus lymphatiques (Stieda. \V. Miiller, Frey). Tous les auteurs n’admettent pas cette opinion. Luschka, Billroth, etc., croient à un passage direct des artères dans les veines et rapprocheraient la rate du tissu caverneux. M. Schulze, Kyber, etc., consi-
SPLANCHNOLOGIE
dèrent la rate comme constituée par deux appareils, un appareil sanguin formé par la pulpe splénique et les vaisseaux, un appareil lymphatique formé par les corpuscules de Malpighi, la tunique ou gaine artérielle infiltrée de globules blancs et le système lym- . phatique de l’organe (‘b
4“ Lymphatiques. — lis sont assez nombreux à la périphérie de l’organe. L’existence des lymphatiques profonds, niée pendant longtemps, a été démontrée par Tomsa.
5“ Nerfs. — Ils proviennent du plexus coeliaque et suivent l’artère splénique. Leur terminaison est inconnue.
§ III — Capsules surrénales
Les capsules surrénales sont deux petits organes situés au-dessus des reins dans la cavité abdominale. Ils ont la forme d'un casque comprimé latéralement ou mieux d’un bonnet phrygien, et présentent une base, deux faces, deux bords et un sommet. La base concave est appliquée sur la partié interne de l’extrémité supérieure du rein. La face antérieure, un peu convexe, est partagée en deux par un sillon, hile de l’organe, oblique en bas et en dedans. La face postérieure est aplatie. Le sommet, plus ou moins aigu, se continue avec les deux bords ; le bord interne est abrupt, presque vertical.
La surface des capsules surrénales est tantôt lisse, tantôt mamelonnée ; quelquefois l’organe est divisé en deux lobes. Plus rarement on trouve de très petites glandes surnuméraires.
Leur volume est variable ; il est relativement plus faible chez l’adulte que chez le nouveau-né. Leur poids est d’environ 7 grammes.
La capsule surrénale répond en arrière au diaphragme. En avant, elle répond à droite au lobe droit du foie, auquel elle adhère intimement, à gauche au pancréas, à la rate et au grand cul-de-sac de'l’estomac.
Conformation intérieure. — Les capsules surrénales sont enveloppées par une membrane fibreuse, mince, adhérente, qui envoie des cloisons dans l’intérieur de la glande. Leur parenchyme se divise en deux parties d’aspect bien différent, la substance corticale et la substance médullaire.
1» La substance corticale, qui forme la masse principale de l’organe, a une épaisseur à peu près uniforme de 0“,0015 ; sa couleur est blanc jaunâtre ou rouge jaunâtre ; vers la profondeur, elle s’assombrit et sur une coupe elle est limitée du côté de la substance médullaire par un liséré foncé parallèle à la surface externe. La coupe paraît homogène, mais sa cassure est fibreuse et présente des stries radiées allant de la face profonde à la face superficielle.
2“ La substance médullaire s’altère excessivement vite après la mort et se transforme en une bouillie brun foncé {atrabile des anciens) contenue dans
fi) Consul'.er : H Gray, On the structure and use ofthe spleen. London 1854.— Billroth. Beit. zur vergl, Histologie der MHz (Archiv. de MüUer 1857; Virchows Archiv, vol. XX et XXXIII ; et Zeitschrift fur wissenschaftl. Zoologie. Bd XI). — A. Key, Zur Anatomie der MHz (Virchow's Archiv. vol. XXI). — F. Schweigger-Seidel, Bisquisit. de liene. Halis, 1861, et Virchow's Archiv, vol. XXIII et XXVII. - L. Slieda, Virchow's Archiv, vol. XXIV, et surtout W. Muller, TJeber den feinern Bau der MHz, Liepzig. 1865. — E. Kyber, Archiv für mikr Anat., t. VIII.
une cavité centrale ; mais cette cavité n’existe pas pendant la vie. Fraîche, la substance médullaire forme une masse gris rosé, spongieuse, présentant des ouvertures béantes veineuses. Cette substance n’existe pas vers les bords amincis delà glande.
Structure.— 1“ Substance corticale. — Les cloisons partant de l’enveloppe fibreuse divisent cette substance en loges cylindriques dirigées de la périphérie vers le centre ; ces loges ou cavités glandulaires, d’abord arrondies en allant de la surface vers la profondeur [zone glomérulaire d’Arnold), deviennent ensuite allongées [zone fasciculée), et disparaissent à peu près complètement au niveau du liséré sombre qui sépare les deux substances (zone réticulaire). Ces mailles sont entrecoupées par un réseau très fin de trabécules délicates, réseau qui est seul conservé dans la zone réticulaire, où les trabéeulos volumineuses ont disparu. La zone fasciculéc occupe la plus grande étendue de la substance corticale.
Ces cavités contiennent des cellules granuleuses, à noyau, souvent infiltrées de graisse, surtout chez l’adulte. Les cavités cylindriques de la zone fasciculée contiennent quinze à vingt de ces cellules superposées, de façon à former des espèces de colonnettes, qui, d’après certains auteurs, seraient entourées d’une membrane d’enveloppe et constitueraient des tubes formés. Dans la zone réticulaire, les mailles ne contiennent plus qu’une seule cellule.
2“ Substance médullaire. — Elle se compose d’un tissu interstitiel et de cellules glandulaires. Le tissu interstitiel est formé par un tissu réticulaire, très fin. Quant aux cellules qui sont contenues dans les mailles de ce réseau. 11 n’y a lien de bien net à leur égard. Pour les uns elles sont analogues aux cellules glandulaires do l’écorce (Ecker, Mœr.s) ; Luschka y décrit des cellules nerveuses gaiiglioiinaires. Ce sujet demande de nouvelles recherches. (Voir : Grandry, Journal de l'Anatomie, 1867).
Vaisseaux et nerfs. — Les vaisseaux des capsules surrénales sont très nombreux eu égard à leur volume. Les artères fournissent quinze à vingt branches, qui pénètrent l’organe par sa périphérie et se distribuent isolément dans son intérieur comme pour la rate (Mœrs). Une partie de cos branches artérielles se distribue dans la substance corticale, en formant des pelotons et des glomérules vasculaires caractéristiques (Arnold^ ; l’autre se rend à la partie centrale de la moelle. Les veines se divisent en veines corticales et une veine centrale unique. Les veines corticales suivent les artèi’es et reçoivent le sang du réseau capillaire de la substance corticale ; la veine centi-alo part du centre de la moelle et reçoit le sang du réseau capillaire central de la moelle et, en outre, par des branches veineuses spéciales du réseau périphérique de la moelle; elle sort par le bile pour se jeter à droite dans la veine cave inférieure, à gauche dans la veine rénale. Les lymphatiques y sont peu nombreux.
Les nerfs proviennent pour la plupart du ganglion semi-lunaire ; quelques filets viennent du pneumogastrique et du phrénique. Ils sont excessivement nombreux (Kôlliker en a compté trente-trois pour une glande) et forment un plexus surrénal, qui présente des ganglions quelquefois assez volumineux. Dans la substance médullaire, on trouve sur leur trajet des cellules ganglionnaires. Leur terminaison est inconnue.
§ l'y — Glande coccygienne, ganglion intercarotidien et glande pituitaire
1” Glande coccygienne. — La glande coccygienne est une petite granulation gris rougeâtre, de la grosseur d'une lentille ou d’un pois, située en avant de la pointe du coccyx, dans une petite fossette circonscrite par deux tendons d’attache du releveur de l'anus; elle est suspendue à la terminaison de l’artère sacrée moyenne, qu’on peut suivre après l’injection préalable, pour arriver à la glande.
SPLANCHNOLOGIE
D’après Luschka, ses éléments propres consisteraient en des vésicules et des tubes glandulaires remplis par un épithélium polygonal. Ces cavités paraissent, d’après les recherches d’Arnold et do Meyer, être plutôt des dépendances du système artériel (').
Les norfe de la glande coccygienne, au nombre de deux ou trois filets très fins, proviennent du ganglion coccygien terminal ou du cordon de communication des extrémités inférieures des grands sympathiques. Leur terminaison est inconnue.
2“ Ganglion intercarotidien. — Sa structure, analogue à celle de la glande oocoygienne, a donné lieu aux mêmes dissentiments. Pour Luschka, ses éléments propres sont des vésicules et des tuhes glandulaires qu’.Arnold considère comme des glomérules artériels.
8° Glande pituitaire. — D’après Peremeschko (1867), le lobe antérieur serait divisé en deux parties par une fente transversale, sorte do canal étroit, tapissé par un épithélium vibratile. La partie antérieure au canal ou substance corticale, plus épaisse, présente des vésicules glandulaires remplies souvent de matière colloïde et comparables à celles de la thyroïde ; la partie postérieure, substance corticale, se compose de lobules radiés contenant des cellules irrégulières et fréquemment aussi de la matière colloïde. Le lobe postérieur est un prolongement de l’infundibulum et paraît contenir des cellules nerveuses. La question de savoir si le canal de la glande pituitaire communique, ou non, avec la cavité de l’infundibulum est laissée indécise P).