ARTICLE II. - DEUXIÈME TAIRE. - NERF OPTIQUE
Le tubercule quadrijumeau antérieur fournit un cordon nerveux, dirigé en dehors, qui se réunit au corps genouillé externe pour former la racine blanche externe ; le tubercule quadrijumeau postérieur émet un cordon semblable uni au corps genouillé interne (fig. 291), racine blanche interne. Ces deux racines se réunissent en la bandelette optique, qui contourne la face inférieure des pédoncules cérébraux, le long du bord interne de la grande fente de Bichat (fig. 280, 7). Elle s'arrondit et se porte à la rencontre de la bandelette du côté opposé, à laquelle elle s'unit en formant une masse quadrilatère, c/iiasma des nerfs optiques (fig. 277),
NÉVROLOGIE
Fig. 298.
Entre-croisement des fibres optiques dans le chiasma.
que nous avons étudiée plus haut, et qui reçoit par sa partie antéro-supérieure une lamelle grise, racine grise des nerfs optiques.
L'étude attentive du chiasma nous permettra de mieux comprendre la formation de la handelette optique et de sa racine. Dans le chiasma se trouve d'abord une partie interne, plus volumineuse, qui s'y entre-croise avec celle du côté opposé ; c'est le faisceau interne, faisceau croisé, dont les fibres viennent de la bandelette du côté opposé et se rendent à la partie interne, nasale de la rétine divisée suivant une ligne verticale qui passerait par le centre de la tache jaune. L'autre, faisceau externe, faisceau direct, occupe la partie temporale de la rétine située en dehors de cette ligne. Enfin on y trouve des anses qui passent par le bord postérieur du chiasma et qui, sous le nom de fibres commissurales, fibres de Gudden, unissent les parties centrales d'origine des nerfs optiques les unes aux autres.
Ces dernières fibres appartiennent toutes à la racine blanche interne, elles ne vont pas à la rétine. Les faisceaux direct et croisé forment au contraire par leur réunion la racine externe. Aux fibres de la racine externe, venues toutes du corps genouillé et du tubercule quadrijumeau antérieur, viennent s'en joindre d'autres en plus petit nombre (jui vont au pulvinar de la couche optique, d'autres encore qui iraient des corps genouillés dans le pédoncule cérébral pour gagner, les unes le noyau de l'oculo-moteur commun (fibres réflexes de l'iris de Stilling), les autres par le pédoncule cérébelleux supérieur au cervelet, et d'autres enfin qui atteindraient en descendant l'olive bulbaire.
La racine grise des nerfs optiques, lame sus-optique (voir plus haut), contient dans sa partie la plus voisine du tuber cinereum un amas ganglionnaire de cellules nerveuses, ganglion sus-basal de Meynert, dont les fibres irradiées vont, d'après cet auteur, se joindre au nerf optique pour gagner l'œil. Ce sont peut-être là des fibres de trophicité. Tous ces noyaux gris desquels naissent les fibres de la bandelette optique ne sont en réahté que des relais où la sensation lumineuse est perçue, mais non analysée. C'est, comme pour toutes nos sensations, dans les cellules de l'écorce que se fait cette analyse qui nous démontre la forme et les qualités de l'objet perçu. Des noyaux genouillé externe et quadrijumeau antérieur ainsi que du pulvinar, les fibres nerveuses, après s'être mises en relation avec les cellules de ces ganglions, vont gagner le faisceau sensitif de la capsule interne, faisceau de Meynert, et vont, accompagnées peut-être par des fibres émanées directement de la bandelette, sans avoir passé par les cellules ganglionnaires, aboutir à l'écorce cérébrale du cuneus et de la région voisine. C'est là le centre psychooptique. Mais tout n'est pas fini, il nous faut encore pour reconnaître et qualifier l'objet actuellement perçu, que nous le comparions à une sensation antérieurement perçue et que nous établissions la ressemblance ou la dissemblance entre le fait actuel et celui que nous fournit la mémoire ; il s'ensuit que du centre psycho-optique doivent partir de nouvelles fibres qui vont unir les centres corticaux des circonvolutions frontales avec le cunéus.
C'est par l'expérimentation physiologique et surtout par l'analyse attentive des
NERFS ENCÉPHALIQUES OU CRANIENS
faits que nous fournit l'anafomie pathologique que nous avons pu connaître la structure de toutes les parties que nous venons de décrire.
Mais il nous faut ajouter en terminant que certains faits pathologiques échappent encore à notre compréhension. Je fais allusion à Vamblyopie croisée, pour l'explication de laquelle Charcot a dû admettre théoriquement que les fibres directes du faisceau externe de la bandelette optique, fibres non entre-croisées dans le chiasma, s'entre-croisent en arrière des corps genouillés externes. Faute de place, je renvoie pour de plus amples détails aux traités spéciaux d'ophthalmologie.
Des angles antérieurs du chiasma partent deux cordons arrondis, nerfs optiques, qui se portent en avant, gagnent les trous optiques, en décrivant une courbe à concavité interne (fig. 302, 4), pénètrent dans l'orbite et arrivent à la partie postérieure de la sclérotique, qu'ils traversent (fig. 303).
A son origine, le nerf optique est en rapport, par son côté externe, avec l'artère carotide interne, au moment où ce vaisseau décrit son coude ascendant en arrière de l'apophyse clinoïde. En pénétrant dans l'orbite, le nerf de la vision se trouve placé au-dessus de l'artère ophthalmique, qui passe avec lui par le trou optique. A son entrée dans la cavité orbitaire, il reçoit un prolongement de la dure-mère, qui lui forme une sorte de névrilème adventice. Dans l'orbite, le nerf optique est entouré par le tissu graisseux intraorbitaire ; sa face supérieure est croisée par l'artère ophthalmique et, plus en avant, il est entouré par les nerfs et artères ciliaires.
Le nerf optique n'aborde pas la sclérotique par le point central du sphéroïde oculaire, mais il traverse cette coque fibreuse à 0"",003 en dedans de l'axe visuel et à 0™,001 au-dessous. A ce niveau, il est rétréci et comme étranglé; il perfore la sclérotique, puis la choroïde et s'épanouit dans la rétine.
Usages. — Il est inutile d'insister sur les usages de ce nerf. De nombreuses expériences, ainsi que les faits anatomo-pathologiques les plus concluants, ont démontré que le nerf optique est insensible à la douleur, mais que son irritation détermine la production de sensations lumineuses subjectives, de même que sa section ou sa compression entraînent la cécité.
fARTICLE Ilî. - TROISIÈME PAIRE. - NERF OCULO-MOTEUR COMMUiN
Préparation. — Pour la préparation de tous les nerfs de l'orbite, voyez celle indiquée plus loin pour ï ophthalmique de Willis.
L'origine apparente de ce nerf se fait par un grand nombre de filaments sur la face interne du pédoncule cérébral, sur le côté de l'espace interpédonculaire. L'origine réelle de Voculo-moteur commun est un noyau de cellules (fig. 311, 5) qui existe tout auprès de la ligne médiane de la protubérance, immédiatement en arrière de son bord antérieur et à peu de distance au-dessous de l'aqueduc de Sylvms. [1 est à direction longitudinale placé entre l'extrémité antérieure des tubercules quadrijumeaux et le noyau du pathétique avec lequel il est en connexion directe. Ce noyau est en réalité constitué par un assemblage de petits noyaux fonctionnellement isolés en autant de petits groupes qu'il y a de muscles innervés par ce nerf. Dans ces derniers temps on a décrit au-devant du noyau du moteur commun un nouveau petit ganglion divisé en centre photo-moteur et centre accommodateur d'où émaneraient les lilets destinés à la pupille et au muscle ciliaire. Les noyaux des deux côtés sont anastomosés par des fibres entre-croisées sur la
NÉVROLOGIE
ligne médiane. Les fibres qui partent de ce noyau sortent à travers les faisceaux du pédoncule cérébral en traversant le locus niger, et se réunissent en un cordon nerveux qui, près de son origine, passe entre l'artère cérébrale postérieure située en avant et l'artère cérébelleuse supérieure qui lui répond en arrière ; à ce cordon s'adjoint, comme nous le verrons plus loin, un petit faisceau de fibres émanées du noyau d'origine de l'oculo-moteur externe.
Le nerf oculo-moteur commun se porte en avant, en haut et en dedans, chemine dans l'espace sous-arachnoïdien antérieur et se place, au niveau de l'apophyse clinoïde postérieure, dans la paroi externe du sinus caverneux, en dehors de la carotide, au-dessus de l'oculo-moteur externe, en dedans de l'ophthalmique de Willis et du pathéticjue. A la partie antérieure de ce sinus, le nerf oculo-moteur commun se porte un peu en avant et pénètre dans l'orbite par la partie la plus large de la fente sphénoïdale, en passant entre les deux tendons d'origine du muscle droit externe.
Dans la paroi externe du sinus caverneux, l'oculo-moteur commun reçoit :
1° une anastomose du nerf ophthalmique de Willis ; 2° plusieurs filets très grêles venus du rameau carotidien du grand sympathique.
Dans l'orbite, le nerf de la troisième paire se divise en deux branches : la branche supérieure (fig. 302, 2), plus petite, se porte en haut et un peu en dedans, pour gagner la face profonde du muscle droit supérieur; elle fournit quelques filets à l'élévateur de la paupière supérieure, filets qui traversent d'ordinaire le droit supérieur ; la branche inférieure continue d'abord le trajet primitif du nerf oculo-moteur commun et se divise bientôt en trois rameaux destinés, l'un au droit interne, l'autre au droit inférieur, et le troisième, le plus long, au petit oblique. Cette dernière branche fournit toujours sui' son trajet un rameau assez volumineux au ganglion ophthalmique, dont il forme la racine courte ou motrice (fig. ,303, 7).
Usages. — Ce nerf est moteur et donne la motricité aux muscles auxquels il se distribue. Les filets sensitifs qu'il reçoit par son anastomose avec l'ophthalmique de Willis sont destinés à fournir le sens musculaire aux muscles qu'il anime.
Fig. 299. — Coupe horizontale pratiquée à la naissance des pédoncules cérébraux.
Origine de l'oculo-moteur commun (*).