ARTICLE I. - ARTICULATIONS DE L'ÉPAULE
i; I. — Articulations de la clavicule
La clavicule s'articule par sou exlréniité interne avec le sternum, articulation sterno-claviculaire, par son extrémité interne avec racromion, articulation acromio-claviculaire ; cette dernière articulation est renforcée par des ligaments allant de l'apophyse coracoïde à la clavicule, ligaments coraco-claviculaires.
1° Articulation sterno-claviculaire (fig. 64). ('/est une articulation kménisque.
Surfaces articulaires. — Non seulement l'extrémité interne de la clavicule dépasse de 0™,01d, sous forme de saillie arrondie, le bord supérieur de la facette sternale, mais encore les surfaces ne concordent pas. La facette sternale est à peu près concave transversalement; la facette claviculaire plus étendue, concave en dedans et en haut, fortement convexe en dehors et en bas, est très irrégulière. Les deux sont recouvertes d'un revêtement fibro-cartilagineux de 0'°,001b d'épaisseur.
Ménisque (3). — Entre les deux surfaces et s'adaptant à leur configuration on trouve un ménisque de 0",003 à 0'",004 d'épaisseur en moyenne ; ce ménisque, épais à son bord interne, adhère à la partie de la clavicule qui déborde la facette sternale par des faisceaux fibreux très forts et par des fibres beaucoup plus faibles au bord interne saillant de la facette sternale ; aussi suit-il la clavicule dans ses mouvements; en dehors, il s'arrondit et va se perdre dans le périchondre du premier cartilage costal et le ligament costo-claviculaire.
Synoviales. — Ce ménisque partage l'articulation en deux chambres pourvues chacune d'une synoviale ; l'inférieure ne présente rien de particulier ; la supérieure envoie en dehors un prolongement entre la face inférieure de la clavicule et la face supérieure du premier cartilage costal, prolongement qui forme quelquefois une petite synoviale distincte. Ces synoviales sont renforcées en avant et en arrière par des fibres décrites sous le nom de ligaments antirieur et postérieur.
Ligaments. — Les ligaments de renforcement sont le ligament interclaviculaire et le ligament costo-claviculaire. 1° Le ligament interclaviculaire (1) est un faisceau épais, commun aux deux articulations et allant d'une clavicule à l'autre, en passant comme un pont sur le bord supérieur du sternum ; il adhère de chaque côté à la partie interne du ménisque ; 2° le ligament costo-claviculaire (4) est un ligament fort, aplati, allant de la partie supérieure du premier cartilage costal à la partie interne de la clavicule; il est quelquefois remplacé par une masse fibro-cartilagineuse, quelquefois même par une véritable articulation diarthrodiale avec synoviale.
Nerfs. — Ils sont fournis par les deux branches les plus internes des nerfs sus-claviculaires du plexus cervical.
ARTHROLOGIE
2° Articulation acromio-claviculaire.
C'est une arthrodie. Les surfaces articulaires sont ovalaires, à peu près planes et tapissées d'un revêtement fibreux très épais, surtout du côté de l'acromion, et quelquefois détaché en partie, de manière à former un ménisque plus ou moins complet dans l'intérieur de l'articulation.
La synoviale, simple ordinairement, à moins de division complète de l'articulation en deux cavités par un ménisque parfait, est renforcée par des faisceaux périphériques, dont les supérieurs, très épais et résistants, sont décrits sous le nom de ligament supérieur,
Nerfs. — Elle reçoit un filet du grand nerf thoracique antérieur.
3" Ligaments coraco-claviculaires (fig. 67 et 68).
Ces ligaments, très forts, rattachent la face inférieure de la clavicule à l'apophyse coracoïde. Ils sont au nombre de deux et forment par leur réunion une bourse triangulaire plus large en haut et ouverte en avant et en dedans.
Le côté antérieur et externe de cette bourse est formé par le ligament trapézoïde (fig. 68, 5), faisceau quadrangulaire aplati, allant de la partie supérieure de la base de l'apophyse coracoïde à la face inférieure de la clavicule, qui présente là une ligne rugueuse; le côté postérieur et interne est formé par le ligament conoïde (fig. 68, 4), faisceau triangulaire inséré par son sommet à une saillie du bord interne de l'apophyse coracoïde près de sa base, et par sa partie élargie en éventail au bord postérieur de la clavicule et aux rugosités voisines de sa face inférieure. Ces ligaments sont très résistants et tiennent l'omoplate solidement attachée à la clavicule.
Mécanisme des articulations de la clavicule et de l'omoplate. — A. Articulation sterno-claviculfiire . — Dans cette articulation, les surfaces articulaires sont tellement inégales que, malgré la présence de deux synoviales, elle ressemble presque autant à une symphyse très mobile qu'à une diarthrose. Elle a deux espèces de mouvements : 1° des mouvements autour d'un axe antéro-postérieur (abaissement et élévation) ; 2° des mouvements autour d'un axe vertical (mouvement en avant et en arrière). Dans tous l'extrémité interne de la clavicule fait un mouvement inverse de celui de son extrémité externe; ainsi, si l'extrémité externe se porte en ari'ière, l'extrémité interne se porte en avant ; l'os représente donc un levier à branches très inégales, tournant autour d'un point fixe situé très près de son extrémité interne, à peu près à l'attache du ligament costo-claviculaire, et l'arc de cercle décrit par la branche interne du levier se traduit à l'extrémité de la branche externe par un arc de cercle beaucoup plus grand et une excursion étendue des mouvements. Ces mouvements, du reste, sont toujours assez restreints ; bmités qu'ils sont par la rencontre des os ou la résistance des ligaments.
Muscles moteurs. — 1° Élévation de la clavicule. — Trapèze, faisceau externe du sterno-mastoïdien, — 2° Abaissement. — Grand pectoral, deltoïde, sous-clavier. — 3° Mouvement en avant. — Sous-clavier, grand pectoral et deltoïde (quand le bras est porté en avant). — 4" Mouvement en arrière. — Trapèze, sterno-mastoïdien. — 5" Coaptalion de U articulation sterno-claviculaire. — Sous-clavier. — Tous les muscles qui meuvent le moignon de l'épaule meuvent en outre indirectement la clavicule.
B. Articulation omo-claviculaire. — Le plan de l'omoplate forme, avec la clavicule, un angle embrassant le contour supérieur du thorax ; l'attache de la clavicule à l'apophyse coracoïde se faisant par des ligaments qui présentent une certaine longueur, cet angle est susceptible de varier, autrement dit la face concave de l'omoplate peut se coller
ARTICULATIONS DU MEMBRE SUPÉRIEUR
contre le thorax ou peut s'en écarter. Outre ce mouvement, l'omoplate peut exécuter sur la clavicule une sorte de mouvement de sonnette autour d'un axe passant par les articulations acromio-claviculaires et coraco-claviculaires ; dans ce mouvement la face antérieure de l'omoplate glisse contre la face dorsale du thorax, comme s'il y avait là une véritable articulation, et l'angle externe de l'omoplate et avec lui le bras peut se trouver abaissé ou élevé ; dans cet abaissement du moignon de l'épaule, le bord spinal de l'omoplate est à peu prés vertical et le bord axillaire oblique; c'est l'inverse dans l'élévation.
La position de l'omoplate, par rapport au thorax, peut varier suivant les individus, et ces variations ont une grande influence sur la forme du thorax, des épaules et du cou. Les diflerences que présente la forme de ces régions dans les deux sexes tiennent en grande partie à ces différences de position de l'omoplate.
Les mouvements d'abaissement et d'élévation de l'épaule se composent donc de deux mouvements distincts : un mouvement se passant dans l'articulation sterno-claviculaire, et un mouvement se passant dans l'articulation omo-claviculaire. Les mouvements de ces deux articulations peuvent se combiner de toutes les façons possibles, et ne se font pour ainsi dire jamais isolément sur le vivant.
Muscles moteurs. — 1° Élévntion du moignon de L'épaule. — Trapèze, grand dentelé (ses faisceaux inférieurs). — 2» Abaissement. — Petit pectoral, grand dorsal, rhomboïde angulaire, grand dentelé (faisceau supérieur). — 3° Mouvement en avant. — Grand pectoral, sous-clavier. — 4» Mouvement en arrière. — Trapèze, sterno-mastoïdien.
§ II. — Articulation scapulo-humérale (fig. 66 à 70)
Préparation. — Enlever le deltoïde ; disséquer avec précaution le.s tendons des muscles qui s'insèrent au grand et au petit troehiter; redoubler d'attention au niveau du tendon du sousscapulaire oii se trouve le prolongement sous-scapulaire de la synoviale, et à la partie inférieure de la capsule, là oii s'engage le tendon du biceps.
C'est une énarthross. — Surfaces articulaires. Elles sont constituées par la tète de l'humérus et la cavité glénoïde. La été de llmmérus représente un peu plus du tiers d'une sphère de 0",023 de rayon ; cependant elle n'appartient pas à une sphère parfaite, mais plutôt à un ellipsoïde à grand axe vertical ; elle a un revêtement cartilagineux de 0°',002 à son milieu el qui décroit d'épaisseur sur les hords ; son étendue est à celle de la cavité comme 3:1.
La cavité glénoïde a la forme d'un ovoïde à grosse extrémité tournée en bas, et de même rayon que la tète ; à l'inverse de celle-ci, son revêtement cartilagineu.x est moins épais au centre que sur les bords, où il atteint 0'",003. A son pourtour, on trouve un bourrelet fibreux prismatique, triangulaire, haut de 0'",004, appliqué par sa base sur le rebord de la cavité, et par son bord tranchant sur la tète de l'humérus, bourrelet glénoïdien (fig. 66, 2) ; sa face interne se continue insensiblement avec la surface de la cavité glénoïde.
(*) 1) Tendon du bicep.s. — 2) Partie du bourrelet gWnoïdien se continuant avec ce tendon. — 3) Partie pi'i-i (ibérique du bourrelet glénoïdien. — 4) Apopbyse coracoïde. — 5) Acromion. — G) Ligament acromio-coracoïdicu-
Fig. 06. — Bourrelet glénoïdien et insertion du tendon du biceps (*).
ARTHROLOGIE
Cetle cavité de réception de la tète humérale, très imparfaite, est complétée en haut et en arrière par nne voûte ostéo-fibreuse, voûte acromio-coracoïdienne,
Fig. 67. — Articulation scapulo-humérale, face antérieure (*).
formée par l'apophyse coracoïde, l acromion (5), et dans l'intervalle par le ligament acromio-coracoîdien (6), membrane fibreuse, triangulaire, dense, allant du sommet de l'acromion au bord externe et postérieur de l'apophyse coracoïde.
Fig. 68. — Articulation scapulo-humcrale, face postérieure (**).
Une capsule, constituée par la soudure intime de la synoviale et de la capsule fibreuse, réunit les deux os. Elle a la forme d'un cône tronqué dont la base, à peu
("I I) Clavicule. — 2) Acromion. — 3| Apophyse coracoïde. — 4) Ligament acromio-coracoîdien, — 5) Ligaments coraco-claviculaires. — 0) Tendon du sous-scapulaire. — 7) Prolongement sous-scapulaire. — 8) Capsule articulaire. — Oi Tendon de la longue portion du biceps. — 10) Tendon du triceps.
(**) Une partie de l'épine de l'omoplate a Wt enlevée. — 1) Base de l'épine. — 2) Sommet de l'acromion. — 3) Ligament acromio-coracoîdien. — 4) Ligament cono'ide. — .5) Ligament trapézoi'de. — 6) Ligament sus-coracoidien. — 7) Partie postérieure de la capsule. — 8) Tendon du triceps.
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près circulaire, s'attacherait au col anatomique, et le sommet tronqué elliptique, au pourtour de la cavité glénoïde. Cette capsule est assez lâche pour permettre, après rablation des muscles, un écartement de plus de 0™,02 entre les deux os.
Synoviale. — Très pauvre en prolongements synoviaux, elle s'insère, du côté de l omoplate, sur le bord tranchant du bourrelet glénoïdien, sauf en haut, où cette insertion a lieu en dehors du bourrelet ; sur l'humérus, elle s'insère au col anatomique, sauf en bas, où elle s'attache à une certaine distance de la limite du cartilage. Cette synoviale présente deux prolongements : 1» un prolongement sous-scapulaire (fig. 67, 7), situé entre la cavité de l'apophyse coracoïde et le tendon du sous-scapulaire, et communiquant avec la synoviale par une ouverture arrondie à bords tranchants ; 2" un prolongement qui enveloppe comme une gaine le tendon du biceps (9) au moment où il pénètre dans l'articulation, et
Fig. 69. — Coupe verticalp de l'articulation Fig. 70. — Coupe horizontale de V articulation scapulo-humérale ('}. scapulo-humérale ("}.
tapisse la gouttière bicipitale en formant un petit cul-de-sac à la partie inférieure de cette gouttière.
Ligaments. — La capsule fibreuse est constituée principalement par des fibres longitudinales; beaucoup plus épaisse et plus forte en avant et en haut qu'en arrière et en bas, elle est renforcée en haut par un ligament, ligament coraco-huinéral ou ligament suspenseur de Vhumérus, qui va du bord externe de l'apophyse coracoïde à la partie supérieure et postérieure de la capsule, et de plus par les tendons des muscles sus et sous-épineux en arrière, sous-scapulaire en avant, dont les insertions se confondent avec la capsule.
Le tendon de la longue portion dubiceps (fig. 66, i et 70, 2), qui s'engage dans la cavité articulaire par la gouttière bicipitale et va se bifurquer en se continuant avec la partie supérieure du bourrelet glénoïdien, forme un vrai ligament interarticulaire.
(*) I) Partie supérieure de la capsule. — i) Prolongement de la sjnoviale, foramen ovale de Weitbrecht par où pénètre le tendon du sous scapulsire. (**) 1) Synoviale. — 2) Tendon du biceps.
ARTHROLOGIE
Artères. — Elles viennent des circonflexes et de la sus-scapulaire. — Les nerfs viennent en avant de l'axillaire, en arrière du nerf sus-scapulaire.
Mécanisme. — Ce qui distingue par-dessus tout cette énarthrose, c'est une excessive nidbilité, due au peu détendue de la cavité de réception et à la laxité de la capsule; de sorte que les mouvements ne sont arrêtés qu'au bout d'un certain temps par la rencontre des surfaces osseuses ou par la résistance des ligaments. Dans ces mouvements la capsule fait des plis du côté où elle est relâchée, plis adhérents en général à quelques libres des muscles dont la contraction a amené le mouvement.
La tête de l'humérus étant à peu près sphérique, il y a une infinité d'axes de rotation passant par le centre de la tête ; on peut donc avoir des mouvements dans toutes les directions possibles. Cependant on peut les rattacher à trois directions principales ; on a alors les trois mouvements suivants : adduction et abduction, rotation, mouvement en avant et en arrière.
1° Adduction et abduction. — L'humérus se meut dans un plan tangent à la face postérieure du thorax, par conséquent autour d'un axe antéro -postérieur, dirigé un peu en dedans et en avant; l'excursion de ce mouvement ne dépasse guère un angle droit; mais si les articulations sterno-claviculaires et Omo-claviculaires interviennent, le bras peut être élevé jusqu'à prendre une position vei'ticale. L'abduction est limitée surtout par la rencontre de la grosse tubérosité et du bord supérieur de la cavité glénoïde, l'adduction par la tension du ligament coraco-huméral.
2" Rotation. — Elle se fait autour d'un axe passant par le centre de la tête et le centre du condyle de l'extrémité inférieure de l'humérus, de façon que son axe prolongé constitue l'axe même de rotation du radius autour du cubitus (voy. fîg. 74).
3° Mouvement en avant et en arrière. — Si le bras est pendant, l'humérus se meudans un plan dirigé en avant et un peu en dedans ; s'il a été préalablement placé dans l'abduction, il se meut dans un plan horizontal ; dans ce cas la grosse tubérosité glisse contre la voûte acromio-coracoïdienne, qui constitue alors une sorte de cavité supplémentaire, ayant une bourse séreuse qui facilite le glissement.
Dans les différentes positions prises par la tête dans ces mouvements, les deux tiers de la tête sont toujours en dehors des limites de la cavité ; seulement la portion extraf/lénoïdienne de la tête varie comme forme et comme répartition de surface ; dans les mouvements d'avant en arrière, par exemple, la tête déborde la cavité de tous les côtés, et la partie extra-glénoïdienne représente une sorte de surface annulaire ; dans d'autres cas, au contraire, la partie extra-glénoïdienne est reportée d'un seul côté (ex., dans l'abduction) ; aussi est-ce dans ces positions qu'il y a le plus de facilité pour les déplacements.
Le contact de la tête avec la cavité est maintenu par la pression atmosphérique ; mais cette pression seule ne suffit pas, du moins dans toutes les positions du bras. Il faut qu'il existe une certaine tension musculaire empêchant les plis de la capsule très lâche de l'articulation d'être repoussés par la pression atmosphérique et de s'invaginer entre les surfaces articulaires. Les muscles sous-scapulaire, sus et sous-épineux agissent très efficacement sous ce rapport. Le deltoïde agit de même pour maintenir la partie supérieure de l'humérus appliquée contre la voûte acromio-coracoïdienne. Cependant, même sur le cadavre, il est certaines positions dans lesquelles, même après l'ablation des muscles, la tête reste en contact avec la cavité : telles sont une forte rotation de l'humérus en dedans ou dans une adduction forcée.
Muscles moteurs. — 1« Adduction. — Grand pectoral, coraco-brachial, triceps, court chef du biceps, grand dorsal, grand rond, pelit rond, sous-épineux, sous-scapulaire. — 2° Abduction. — Deltoïde, sus-épineux. — 3" Rotation en dedans. — Grand pectoral, grand dorsal, grand rond, sous-scapulaire. — 4o Rotation en detiors. — Sous-épineux, petit rond. — 5° Mouvement en avant. — Grand pectoral, biceps, coraco-brachial, faisceaux antérieurs du deltoïde. — C» Mouvement en arrière. — Grand dorsal, faisceaux postérieurs du deltoïde.
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ARTICLE II. - ARTICULATIONS DE L'AVANT-lîRAS
Le radius s'articule avec le cubitus par ses deux extrémités, articulation radiocubitale supérieure et inférieure, et l'espace restant entre les deux os est occupé par une membrane ligamenteuse, membrane interosseuse.
1° Articulation radio-cubitale supérieure.
Trochoide. — Surfaces articulaires. — La tête du radius présente un rebord annulaire cylindrique de 0'°,012 de rayon, reçu dans un anneau ostéo-fibreux constitué dans son quart interne par la petite cavité sigmoïde du cubitus, et dans ses trois quarts externes par un ligament, le ligament annulaire. Ce ligament est un anneau épais, évasé, haut deO",01 environ, qui s'attache aux deux extrémités de la petite cavité sigmoïde ; sa circonférence inférieure, plus étroite, s'applique sur le col du radius et maintient la tète dans sa situation; sa face interne, lisse, est en rapport avec le rebord de la tète du radius ; sa face externe se confond avec le ligament latéral externe et est recouverte par le court supinateur.
La. synoviale de cette articulation n'est ([u'un prolongement de celle du coude et sera décrite avec elle.
2° Articulation radio-cubitale inférieure.
Surfaces articulaires. — La cavité de réception de la tète du cubitus est formée en partie par le radius, en partie par un ligament ou ménisque, ligament triangulaire. La facette cubitale du radius, petite cavité sigmoï ie du radius, est une petite excavation de 0'°,009 de hauteur et se continue en formant un angle arrondi avec la face supérieure concave du ligament triangulaire ; ce ligament fibro-cartilagineux s'attache par sa base au radius à l'angle que forme la facette cubitale avec la facette carpienne, et, par son sommet, à la partie externe de l'apophyse styloïde du cubitus depuis sa base jusqu'à son sommet; cette insertion se fait par l'intermédiaire d'un faisceau fibreux assez long pour permettre au fibro-cartilage de suivre les mouvements du radius sur le cubitus. Ce ligament, plus épais sur ses bords qu'à sa partie moyenne, où il a 0™,00i, présente une face supérieure articulée avec la partie inférieure de la tète du cubitus, et une face inférieure qui continue la facette carpienne du radius et s'articule avec le pyramidal. Il forme donc une sorte de ménisque interarticulaire entre le cubital et le pyramidal (fig. 75). La tète du cubitus, quelquefois arrondie (femmes), est ordinairement divisée en deux parties : une verticale, correspondant au radius; une inférieure, oblique en bas et en dedans, correspondant au ligament triangulaire.
La synoviale, distincte de la synoviale radio-carpienne, sauf quelques cas de communication par une fente du ligament triangulaire, se prolonge au-dessus des surfaces articulaires du radius et du cubitus dans une certaine étendue en formant là un petit cul-de-sac entre les deux os.
La capsule fibreuse est assez forte, mais a une grande laxité.
3° Membrane interosseuse (fig. 136, 4).
Cette membrane, insérée aux bords interosseux des deux os de l'avant-bras, est formée de faisceaux fibreux obliques en bas et en dedans ; elle ferme l'espace
ARTHROLOGIE
interosseux et. laisse seulement, en haut et en bas, deux ouvertures pour le passage des vaisseaux.
A la partie supérieure de l'espace interosseux on trouve un faisceau fibreux arrondi, ligament de Weitbrecht (b), dirigé en bas et en dehors en sens inverse des fibres de la membrane interosseuse et allant de la partie externe de l'apophyse coronoïde à la partie interne du radius, au-dessous de la tubérosité bicipitale.
ARTICLE III. - ARTICULATIONS DU COUDE (fig- et 72)
Préparation. — Éviter d'ouvrir la synoviale, qui est excessivement mince à sa partie postérieure et externe au niveau de l'anconé. Deux coupes sont très utiles pour étudier cette articulation : 1° l'une, verticale, passant par le milieu de la trochlée et de la grande cavité sigmoïde; 2" l'autre, verticale aussi, séparant le condyle de l'humérus de la trochlée et laissant le ligament latéral externe attaché à l'épicondyle ; en renversant ce fragment externe de l'humérus, on voit très bien comment le ligament latéral externe se continue avec le ligament annulaire du radius. Pour bien voir ce ligament annulaire, on peut aussi scier le col du radius et enlever la lête du radius de son anneau ostéo-flbreux.
Cette articulation est une charnière. — Surfaces articulaires. — L'humérus présente en dedans la trochlée articulée avec la grande cavité sigmoïde, en dehors le condyle articulé avec la cupule du radius.
1" Articulation huméro-cubitale. — La trochlée humérale est parcourue d'avant en arrière par une gouttière médiane, qui se continue avec deux surfaces convexes, l'une interne, plus étendue et terminée en dedans par un bord tranchant, bord cubital, descendant plus bas que l'externe ; l'autre, externe, plus étroite, se terminant par un bord, bord radial de la trochlée, à partir duquel commence la surface articulaire radiale de l'humérus. Sur une coupe antéro-postérieure, le rayon de courbure de la trochlée est de O'^jOlS à son bord interne, de 0™,012 à son bord externe et de 0",010 à la gouttière médiane; le cercle de cette dernière est à peu près complet (fig. 73), car il n'est interrompu que dans une étendue de 0™,002 à 0",003 par l'épaisseur de la cloison formant le fond des deux cavités oléocrânienne et coronoidienne.
La grande cavité sigmoïde se moule sur la configuration de la trochlée ; seulement elle présente moitié moins d'étendue et n'embrasse guère que la moitié de la trochlée dans sa concavité.
2° Articulation huméro-radiale. — Le comhjle de l'humérus, beaucoup plus étendu en avant qu'en arrière, représente un segment de sphère imparfaite dont le centre tombe sur l'axe de rotation de l'articulation du coude ; ce condyle est réuni au bord radial de la trochlée par une surface étroite, oblique en bas et en dedans, articulée avec une sorte de truncature existant sur le bord de la cupule du radius; cette cupule est moins étendue que la surface du condyle, de façon qu'il n'y a jamais qu'une portion de ce condyle en contact avec le radius.
Ces surfaces articulaires sont encroûtées d'un cartilage de 0°',002 environ d'épaisseur, qui manque quelquefois sur la cavité sigmoïde suivant une ligne transversale, trace de la séparation de l'apophyse coronoïde et de l'olécrâne.
Synoviale. — Son insertion se fait en quelques endroits aune certaine distance des surfaces articulaires, et si on suit la ligne d'insertion (ligne de réflexion) sur les trois os, on trouve les dispositions suivantes : t" sur Vhumérus, en la faisant partir de l'extrémité antérieure du bord interne de la trochlée, elle s'élève en cernant la fosse coronoïde, et formant là un premier cul-de-sac, redescend vers l'ex-
ARTICULATIONS DU MEMBRE SUPÉRIEUR
trémité antérieure du Lord externe de la trochlée, remonte immédiatement en cernant la petite fosse sus-condylienne, gagne le bord externe du condyle, puis son bord postérieur, et là, s'attache juste à la limite du cartilage jusqu'à la fosse olécrànienne, au fond de laquelle elle s'insère près de son bord postérieur en formant un vaste cul-de-sac, redescend ensuite en arrière, puis au-dessous de l'épitrochlée, en restant à 0™,000 ou O^.OOS de distance du bord interne de la trochlée, et regagne son point de départ ; 2" sur le cubitus, son insertion se fait du côté interne, à la limite du cartilage; du côté externe aune distance qui atteint 0'",003 à 0'°,004 au-dessous de la petite cavité sigmoïde ; 3'^ sur le radius, elle s'insère suivant une
Fig. 71. — Articulation du coude, face interne (*). Fig. 72. — Articulation du coude, face externe (* )■
ligne circulaire à la partie supérieure du col du radius, au-dessous du rebord articulaire.
Cette synoviale, riche en prolongements synoviaux et entourée, surtout en avant et en arrière, de pelotons graisseux volumineux, présente plusieurs prolongements importants : 1° un large cul-de-sac, sus-olecrdnien, remontant entre la face postérieure de l'humérus et le triceps ; 2° un cul-de-sac antérieur, sus-coronoidien;'i° en dehors de celui-ci, un plus petit cul-de-sac, sus-condylien ; 4» un petit cul-de-sac annulaire, situé autour du col du radius et au-dessous du ligament annulaire (fig. 71, 12; fig. 72, 8).
(*) I.a capsule a été insufflée. — 1) Humérus. — 2) Epiti-oclilée. — 3] Cubitus. — 4) Olécràne. — 5) Radius. — 6) Ligament latéral interne ; faisceau coronoïdien. — 7) Ligament latéral interne; faisceau olécrànien. — 8) Bandelette transversale. — 9) Cul-de-sac olécràuien. — 10) Partie antérieure de la capsule. — 11) Ligament annulaire. — 12) Cul-de-sac annulaire de la capsule.
(**) 1) Humérus. — 2) Épicondyle. — 3) Cubitus. — 4) Olécràne. — o) Radius. — 6) Ligament latéra externe. — 7) Ligament annulaire. — 8) Cul-dc-sac annulaire de la synoviale. — 9) Cul-de sac coronoïdien. — 10) Cul-de-sac sus-olécrànien.
Beaunis et BoiiciiAHD. 11
ARTHROLOGIE
Ligaments. — On trouve deux ligaments latéraux : l'un interne, l'autre externe, puis des faisceaux de renforcement situés en avant et en arrière de l'articulation.
1" Ligament latéral interne (fig. 71, 6, 7). — Il se compose de fibres fortes, en éventail, allant de la partie postérieure et inférieure de l'épitrochlée, s'irradier en s'insérant au bord interne de l'olécrâne et de l'apophyse coronoïde; ces dernières insertions sont recouvertes par une bandelette transversale (8), qui va du bord
A Jl
Fig. 73. — Coupes de l'articulation du coude (').
interne de l'olécrâne au bord interne de l'apophyse coronoïde ; en avant, ce ligament se confond avec l'insertion des muscles épitrochléens.
2° Ligament latéral externe (fig. 72, 6). — Confondu en grande partie avec les insertions des muscles épicondyliens et surtout du court supinateur, il part de l'épicondyle et se jette, en s'élargissant, sur le ligament annulaire, sans ■prendre
(*) A. Coupe transversale. — 1) Humérus. — 2) Radius. — 3) Cubitus. — 4, 5) Synoviale. — 6) Cul-desac annulaire de la synoviale. — A, .V. Ligne joignant l'épitrochlée à l'épicondyle. — B, B'. Axe de rotation du radius autour du cubitus. — C, C. Axe de rotation des mouvements de flexion et d'extension du coude.
B. Coupe verticale antéro-postérieure de la trochUe et de la ç/rande cavité sigmoide. — 1) Humérus. — 2) Cubitus dans l'extension. — 3) Cubitus dans la flexion. — 4) Gul-de-sac postérieur. — 5) Cul-de-sac antérieur de la synoviale.
C. Coupe verticale antéro-postérieure du condyle et du radius. — 1) Humérus. — 2) Radius. — 3) Partie antérieure. — 4) Partie postérieure de la synoviale.
ARTICULATIONS DU MEMBRE SUPÉRIEUR
aucune insertion au radius, donl il ne peut gêner en rien les mouvements de rotation.
3" Faisceaux de renforcement. - i° En avant, on trouve des fibres verticales, qui partent du pourtour supérieur de la fosse coronoïde, et des fibres obliques, qui vont en général de la partie interne vers le ligament annulaire; 2° en arrière, il y a des fibres arcifornies à concavité supérieure, allant d'un bord à l'autre de la cavité olécrânienne et se continuant en dedans jusqu'à; l'épitrochlée ; ces fibres en arc circonscrivent, avec le bord supérieur de la fosse olécrânienne, une ouverture ovalaire par où le cul-de-sac postérieur de la synoviale fait hernie dans les mouvements d'extension ; en dedans et en dehors le tendon du triceps a des adhérences avec la capsule, il en est de même pour le tendon de l'anconé et des muscles épicondyliens. En dehors, la capsule est extrêmement mince entre le tendon de l'anconé et l'insertion externe du triceps, et renforcée idus bas par des faisceaux assez forts, allant du cubitus au radius; toute cette partie postéroexterne est recouverte par le muscle anconé.
Artères. — Elles viennent de l'tiumérale profonde, des collatérales interne et externe de Ptiumérale, des récurrentes radiales et cubitales et forment un réseau péri-articulaire.
Nerfs. — En arrière, l'articulation reçoit un filet du nerf cubital qui accompagne la branche collatérale de l'humérale profonde et un filet du nerf de l'anconé. En avant, elle reçoit des filets du radial, du médian et du musculo-cutané.
Mécanisme des articulations du coude et de l'avant-bras.
~ \° Articulation du coude. — C'est une véritable charnière. 11 n'y a que deux mouvements possibles autour d'un seul axe de rotation : la flexion, qui rapproche l'avant-bras du bras, et l'extension, qui met l'avant-bras et le bras sur le prolongement d'une même ligne droite. L'axe de rotation est transversal (fig. 7:i, A, C, C) et passe au-dessous du point le plus saillant des tubérosités interne et externe de l'humérus ; cet axe n'est pas perpendiculaire à la direction de l'humérus et du cubitus, mais un peu oblique en bas et en dedans, et il en résulte que les deux os forment entre eux dans la flexion un angle aigu, grâce auquel le cubitus se porte en dedans vers la ligne médiane, et dans l'extension un angle obtus ouvert en dehors.
La flexion peut être portée jusqu'à la rencontre de l'apophyse coronoïde et du fond de la cavité coronoïde ; dans ce mouvement la capsule fait un pli en avant, et les surfaces articulaires huméro-cubitales et huméro-radiales sont en contact intime. L'extension va jusqu'à la rencontre du bec de l'olécrâne et de la fosse olécrânienne ; le pli de la capsule existe en arrière ; dans ce mouvement la cupule du radius abandonne en partie le condyle, qu'elle déborde en arrière d'une étendue notable, et fait une saillie marquée à la partie postérieure et externe de l'articulation. L'excursion de ces deux mouvements est d'environ 140".
2" Mouvements du radius sur le cubitus ; pronation et supination (fig. 74). — Dans ces mouvements le radius seul est mobile et tourne autour d'un axe (A), qui passe en haut par le centre de la tête du radius, en bas par le centre de la tête du cubitus ; axe c|ui,
{*) A. Axe des mouvements de pronation et de suijiiiution. — S. Supincition. — P. Pronation.
g. 74. — Mécanisme de la pronation et de la supination (*).
ARTHROLOGIE
prolongé du côté de l'humérus, va joindre le centre de la tête humérale. La main à peu près libre de toute articulation avec le cubitus, grâce au ligament triangulaire, suit le radius dans ses mouvements.
Dans la supination (S), le bras étant supposé pendant le long du corps, la face palmaire de la main est tournée en avant : le radius est situé au côté externe du cubitus et parallèle à lui. Dans la pronation complète (P), la face palmaire de la main est tournée en arrière et le radius croise le cubitus en avant, de façon que sa partie inférieure se place en dedans du cubitus. L'attitude normale est celle dans laquelle la face palmaire de la main est tournée vers le plan médian du corps, ou demi-pronation. Ces mouvements, du reste, peuvent s'exécuter soit dans la flexion, soit dans l'extension de l'avantbras.
Trois articulations prennent part à ces mouvements : les articulations radio-cubitale supérieure, radio-cubitale inférieure et huméro-radiale : 1° Dans l'articulation radiocubitale supérieure, le radius tourne autour de son axe en glissant par la surface convexe de son rebord articulaire dans la petite cavité sigmoïde du cubitus ; l'absence d'insertions ligamenteuses au radius et la laxité du petit cul-de-sac annulaire de la synoviale facilitent ce glissement ; 2° dans l'articulation radio-cuhitale inférieure, le radius tourne autour d'un axe passant par la tète du cubitus, et entraîne dans son mouvement le ligament triangulaire mobile à son insertion à l'apophyse styloïde, et avec lui toute la main ; 3° dans l'articulation huméro-radiale, la cupule du radius tourne sur le condyle de l'humérus en même temps que son bord tronqué glisse sur la surface oblique intermédiaire au condyle et au bord externe de la trochlée à la manière des roues d'angle. Lorsque la pronation ou la supination s'accompagnent de flexion ou d'extension de l'avant-bras, la cupule du radius subit donc un double mouvement simultané sur le condyle, un mouvement de rotation autour d'un axe vertical et un mouvement de rotation autour d'un axe transversal. Lorsque l'e.xtension de l'avant-bras se combine avec la supination, le bras entier forme un angle obtus ouvert en dehors ; lorsqu'elle se combine avec la pronation, il devient rectiligne. L'excursion de la pronation et de la supination est de près de deux angles droits.
D'après 0. Lecomte, dans ces mouvements, la rotation au lieu de se faire toujours autour du cubitus immobile servant d'axe fixe, peut se faire autour d'axes passant par tous les points du diamètre transversal de la main. Le cubitus prendrait donc part au mouvement comme le radius. Dans la pronation produite, d'après lui, pour le radius par le rond pronateur, pour le cubitus par l'anconé, l'extrémité supérieure du cubitus exécute un mouvement de torsion qui la porte vers l'épicondyle (torsion externe) ; dans la supination, produite par le court supinateur pour le radius, par le carré pronateur pour le cubitus, le mouvement se fait en sens inverse (torsion interne) ; en outre, l'olécrâne s'élève dans la pronation, s'abaisse dans la supination. L'un de nous a fait reprendre cette question des mouvements de pronation et de supination par un de ses élèves (Dumur, thèse de Bordeaux), en appliquant à cette étude un dispositif enregistreur. Dans la pronation le radius tourne seul autour du cubitus jusqu'au moment où la moitié du mouvement est exécuté, et c'est dans l'articulation de latéte humérale que le mouvement se complète. Pour la supination c'est le contraire, la première moitié du mouvement se passe dans l'articulation scapulo-humérale, et le complément dans la radiocubitale.
Muscles moteurs. — \° Flexion. — Biceps, brachial antérieur, muscles épitrochléens, huméro-radial, premier radial externe. — 2° Extension. — Triceps, anconé. — 3° Pronation. — Rond pronateur, carré pronateur ; accessoirement : grand palmaire, premier radial externe. — 'i" Supination. — Biceps, court supinateur.