Nouveaux rapports entre l'Europe et l'Amérique
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Effet produit en Europe par la révolution de juillet. — Situation des principaux États.
La révolution de juillet produisit dans le monde un tressaillement universel. Les peuples que les traités de 1815 avaient asservis s'agitèrent. La Pologne et la Belgique donnèrent le signal ;
Les provinces Rhénanes, sans parler la langue des Français, voulurent garder leurs droits et leur appartenir ;
Les universités allemandes aspirèrent à la liberté ;
Les États Romains proclamaient déjà avec enthousiasme la fin de leur captivité ;
V Angleterre tout entière, whigs et tories, s'émut à l'héroïsme des Français, et laissa le royal exilé s'établir au château d'Holyrood délabré complètement, sans lui donner ces témoignages d'intérêt que le malheur et le rang déchu ont coutume d'inspirer. — L'Angleterre voulait, diton, se venger des préférences de Charles X pour la Russie; elle espérait attirer vers elle la France nouvelle ;
La Russie dissimula ses ressentiments ; mais elle n'en conçut pas moins de l'aversion pour un nouveau gouvernement qui portait atteinte à l'inviolabilité des races royales, en la privant d'une alliance qui lui promettait une position importante sur les confins de l'Asie et de l'Europe ;
La Prusse attendit les événements ;
V Autriche s'inquiéta fortement de ce brillant appel à la liberté qui trouvait des échos en Italie.
Tels étaient les sentiments contraires que la révolution de juillet devait faire naître : a On eût dit que désormais les nations n'allaient plus vivre qu'avec le secours et par les promesses de la France. »
Voyons maintenant la situation générale des États de l'Europe, au moment de la révolution de 1830.
En Turquie, Mahmoud avait abandonné aux Russes les bouches du Danube par le traité de Buckarest (1812) ; il avait exterminé les Janissaires le 15 juin 1826; cette politique barbare avait été expiée par le traité d' Andrinoplè, qui donna à la Russie victorieuse une large part des dépouilles de la Turquie. Le réformateur ne put môme empêcher le soulèvement de la Grèce , en faveur de laquelle les puissances chrétiennes étaient intervenues par le traité du 28 juillet 1827. La Turquie était donc réduite à l'impuissance ; la civilisation européenne l'avait tuée.
La Russie touchait au but de son ambition, qui remontait à Pierre le Grand, son législateur toujours vivant ; conduite sur les bords de la mer Noire en 1774 (sous Catherine II) parle traité de Kaïdnarji; mise en possession du Kouban et de la Crimée, la même année, par le traité de Constantinople; maîtresse en 1812, par la paix de Buckarest, des rives du Pruth et de la Bessarabie, elle venait de couronner par le traité d'Andrinople toutes ses victoires diplomatiques. Elle n'avait qu'un but, celui d'occuper le détroit des Dardanelles, et alors « elle faisait un lac » intérieur de la mer Noire, elle tenait en échec dans la Méditerranée
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: les flottes de l'Angleterre et de la France ; elle dominait l'Adriatique,
> elle rangeait sous sa dépendance l'Egypte, la Grèce et les Iles; elle se s frayait enfin une route jusqu'aux possessions anglaises des Indes;
> l'occupation du Bosphore, pour elle, c'était l'empire du monde. » I.a Prusse se croyait désintéressée dans la question russe; quant à la
France, elle craignait bien son influence sur les provinces Rhénanes; "iKÙs elle espérait qu'elle s'arrêterait au Rhin : Alors, avait dit son roi, V ne bouge pas s'ils ne vont que jusque-là.
V Autriche aurait dû craindre les accroissements de la Russie, qui ^ \ menaçait sur les bords du Danube et sur l'Adriatique; mais son mitùcire, M. de Metternich, ne se préoccupait que de l'ambition de la crusse en Allemagne et de l'esprit révolutionnaire en Italie.
V 'Angleterre semblait concentrer toute sa politique à l'intérieur, îl'e qui avait à surveiller la Russie dans la mer du Levant et dans ses possessions de l'Inde. La lutte des wighs et destories était ardente ; la n ort de Georges IV et l'avènement du duc de Clarence (Guillaume IV) attiraient toute son attention, aussi bien que la misère toujours croissante du peuple. L'Angleterre n'avait plus ni agriculture, ni industrie, ni commerce, ni finances. D'un autre côté, Y Irlande, dont l'émancipation récente des catholiques n'avait pu désarmer la colère, s'agitait sur son fumier sanglant, dit un historien, et commençait sa ven* geariee contre les Anglais, ses oppresseurs et leur e^vovaitjO'GonnelJ
^wlssaiBccs secondaires. — > U Espagne , dejd si mameureuse, se vit déchirer encore par des guerres civiles; l'ordre de successibility au trône que Philippe V avait établi le 10 septembre 1713, et par lequel il avait introduit en Espagne la vieille loi salique des Gaules, fut subitement changée par' un décret de Ferdinand VII (29 mars 1830), qui rend les filles habiles à succéder à la couronne. C'était un coup porté contre don Carlos, frère du roi, qui se voyait exclu du trône en faveur de l'enfant que Marie-Christine, la quatrième femme du roi, portait encore dans son sein. De là, chez les apostoliques et les partisans de don Carlos l'exaltation de fureur, et chez leurs adversaires l'enivrement du triomphe. Cet événement avait éveillé les vives réclamations des rois de France et de Naples, intéressés, comme membres de la famille des Bourbons, dans la succession d'Espagne ; ils prirent le parti de don Carlos. Une révolution était imminente à la mort de Ferdinand VII. L'Espagne en ressent encore les terribles effets.
Le Portugal touchait aussi à une guerre de succession. Devenu empereur du Brésil, le jour où les Brésiliens avaient secoué la domination portugaise (1822), don Pedro, à la mort de Jean VI, son père, s'était vu dans l'obligation d'opter entre les deux couronnes ; il avait gardé celle du Brésil et abdiqué en faveur de dona Maria, sa fille, celle du Portugal. Mais son frère don Miguel avait usurpé le trône. La reconnaissance de Miguel était en suspens dans toutes les cours de l'Europe ; le Portugal fut tien tôt victime de ces prétentions de famille ; il n'en est pas encore relevé*
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En Italie, l'amour de l'indépendance existait partout, même dans les classes inférieures de la société. La Romagne, Gênes, Palerme, le Lombardo-Vènitien, toutes les villes, toutes les provinces autrefois indépendantes, ne rêvaient que la liberté, et dans la liberté Y unité ; mais sur quel front national serait déposée la couronne?
La Belgique était aussi agitée que l'Italie, et cependant jamais elle n'avait été aussi heureuse que depuis sa réunion à la Hollande. Les colonies hollandaises fournissaient à ses produits d'importants et nécessaires débouchés. Guillaume I d'Orange-Nassau, qui la gouvernait, était un des souverains les plus remarquables de l'Europe ; il avait donné à l'industrie une impulsion très vive, et s'était même associé aux chances du commerce de son royaume; mais il était profondément hollandais, et dans la distribution des emplois il faisait voir une partialité révoltante.
D'un autre côté, les Belges parlaient une autre langue que les Hollandais ; ils n'avaient ni la même religion ni les mêmes mœurs ; il ne pouvait donc y avoir unité dans deux états si différents. Les libéraux et les catholiques se liguèrent ensemble en 1830. Le ministre Van Maenen, instrument fidèle des volontés de Guillaume, fut renvoyé ; mais les esprits ne furent pas apaisés par cette concession ; ils s'exaspérèrent surtout à la nouvelle delà condamnation à l'exil de trois patriotes, MM. de Potter, Tielmans et Harthels. qui avaient pris chaudement le parti des fonctionnaires destitués pour avoir voté le rejet du budget décennal dans la seconde chambre. M. Surletde Chokier, prophétisa au gouvernement dans le sein des états-généraux les sombres destinées qui allaient s'appesantir sur la couronne (18 mai 1830). Saprédic tion s'accomplit : la Hollaude et la Belgique sont aujourd'hui séparées.
La situation de la Pologne comme celle de la Belgique, renfermait des germes nombreux de révolution. Sans doute le prince Lubecki, ministre de l'empereur de Russie, avait donné un essor prodigieux à l'industrie de la Pologne ; sans doute le grand-duc Constantin", son frère, était parvenu à y organiser une superbe et savante armée! mais, orgueilleuse et fière, la noblesse ne supportait plus qu'avec peine le joug des traités de 1815. Malgré des obstacles sans nombre qu'elle rencontra dans son propre sein, la Pologne aspirait à l'indépendance, elle préparait sourdemsnt une révolution, quand les événements de France arrivèrent.
Ainsi pour nous résumer en quelques lignes, la Russie engagée dans des projets trop vastes pour ses ressources ; la Prusse en lutte avec les provinces Rhénanes ; l'Autriche menacée par l'esprit de liberté en Allemagne, par l'esprit d'indépendance en Italie; l'Angleterre incertaine et impuissante ; le Portugal et V Espagne, à la veille d'une guerre de succession ; Y Italie, la Belgique, la Pologne, maudissant les traités de 1815 , et prêtes a se soulever au moindre signal ; voilà quel était l'état de l'Europe quand la révolution de 1830 vint la surprendre.