‹ Nouveaux éléments d'histoire générale rédigés sur un plan méthodique entièrement neufChapitre 83 sur 166 · PAR M. GUIZOT · texte numérisé non relu

PAR M. GUIZOT

Rome n'était dans son origine qu'une municipalité, une commune. Le gouverneuient romain n'a été que l'ensemble des institutions qui conviennent à une population renfermée dans l'intérieur d'une ville; ce sont des institutions municipales ; c'est là leur caractère distinctif.

Ce caractère municipal du monde romain rendait évidemment l'unité, Je lien social d'un grand Etat extrêmement difficile à établir et à maintenir; une municipalité comme Rome avait pu conquérir le monde; il lui était beaucoup plus malaisé de le gouverner, de le constituer.

C'est avec sé's croyances particulières, avec son organisation administrative et le système d'organisation militaire qui y était joint, que l'empire romain a lutté contre la dissolution qui le travaillait intérieurement et contre l'invasion des Barbares.

Il a lutté longtemps dans un état continuel de décadence, mais il se défendit toujours. Un moment est enfin arrivé où la dissolution a prévalu ; ni le savoir-faire du despotisme , ni le laisser-aller de la servitude n'eussent plus suffi pour maintenir ce grand corps.

Au quatrième siècle, on le voyait partout se désunir, se démembrer; les Barbares entraient de tous côtés; les provinces ne résistaient plus, ne s'inauiétaient plus 6e la destinée générale.

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coup-d'oeil

sur l'état géographique de l'empire romain depuis Auguste.

Du temps d'Auguste à celui de Constantin, le monde romain conserva à peu près les mêmes frontières ; le dieu Terme, pas plus qu'au temps de la république, n'avait appris à reculer. Cette règle ne souffrit qu'une seule grande exception : la Dacie, conquête de Trajan, au nord du Danube, et en dehors des frontières naturelles de l'empire, fut abandonnée après un siècle et demi de possession. Mais la guerre que les Romains du premier siècle faisaient toujours en dehors ae leurs frontières était, au quatrième, presque toujours reportée par les Barbares dans l'enceinte romaine. Les empereurs ne pouvaient plus défendre des provinces qu'ils prétendaient toujours dominer, et souvent ils voyaient sans regret de vaillants ennemis devenir leurs hôtes et occuper les déserts de leur empire.

Cette fixité des limites de l'empire romain tenait surtout à ce que, dans les temps de sa plus grande puissance, il avait volontairement borné ses conquêtes au point où il avait trouvé la meilleure frontière militaire à défendre. Les grands fleuves, qui n'arrêtent guère les armées des peuples civilisés, formaient en général une barrière suffisante contre les incursions des Barbares, et de grands fleuves, la mer, des montagnes et des déserts donnaient en effet des frontières naturelles à cet immense empire.

Par un calcul assez vague, on a estimé que l'empire romain avait six cents lieues d'étendue du nord au midi, plus de mille du levant au couchant, et qu'il couvrait cent quatre-vingt mille lieues carrées de superficie. Mais les nombres ne donnent jamais qu'une idée abstraite et difficile à saisir.

Nous comprendrons mieux ce que représente cette immense étendue, au centre des pays les plus riches et les plus fertiles de la terre, en suivant la ligne des frontières romaines.

Au nord, l'empire était borné par le mur des Calédoniens, le Rhin, le Danube et la mer Noire. Le mur des Calédoniens, qui coupait YEcosse dans sa partie la plus étroite, laissait aux Romains les plaines de ce royaume et toute l'Angleterre. Le Rhin et le Danube, dont les sources sont rapprochées, et qui coulent, l'un au couchant, l'autre au levant, séparaient l'Europe barbare de l'Europe civilisée. Le Rhin couvrait la Gaule, qui comprenait alors YHelvétie et la Relgique. Le Danube couvrait les deux grandes presqu'îles italique et illyrienne ; il partageait des pays dont les uns sont aujourd'hui regardés comme allemands, d'autres comme slaves.

Les Romains possédaient, sur la rive droite de ce fleuve, la Rhétie, la Norique, la Pannonie et la Mœsie, qui répondent à peu près à la Souabe, à la Bavière, à une partie de l'Autriche et de la Hongrie, et à.

la Bulgarie. Le court espace entre les sources du Danube et le Rhin au-dessus de Bâle, était fermé par une chaîne de fortifications.

La mer Noire venait ensuite et couvrait l'Asie-Mineure. Sur ses bords septentrionaux et orientaux, quelques colonies grecques conservaient une indépendance douteuse sous la protection de l'empire. Un prince grec régnait à Caffa sur le Bosphore Gimmérien ; des colonies grecques dans la Cokhide étaient tour à tour sujettes ou tributaires. Les Romains possédaient tout le rivage méridional de la mer Noire, des bouches du Danube à Trébizonde.

Au levant, l'empire était borné par les montagnes de Y Arménie, une partie du cours de YEuphrate et les déserts de Y Arabie. Une des plus hautes chaînes de montagnes du globe, le Caucase, qui règne de la mer Noire à la mer Caspienne, et qui, d'une part, communique au Thibet, et de l'autre aux montagnes du centre de l'Asie-Mineure, séparait les Scythes de la Haute-Asie d'avec les Persans et les Romains.

La partie la plus sauvage de ces montagnes appartenait aux Illyriens, qui maintinrent leur indépendance ; la plus susceptible de culture était habitée par les Arméniens, qui subirent tour à tour le joug des Romains, des Parthes et des Perses, mais qui demeurèrent toujours tributaires des uns ou des autres, et jamais sujets

Le Tigre et l'Euphrate, qui sortent des montagnes d'Arménie pour 6e jeter dans le golfe Persique, traversaient les plaines de la Mésopotamie. Sur toute cette partie de la ligne orientale, jusqu'aux déserts de sable qui, plus au midi, séparent les rives de l'Euphrate des riches collines de la Syrie, la frontière de l'empire n'avait point été tracée des mains de la nature : aussi les deux grandes monarchies des Romains et des Parthes, ou des Persans leurs successeurs, s'enlevèrentelles tour à tour plusieurs provinces de l'Arménie et de la Mésopotamie. Les déserts arabes couvraient la Syrie sur une étendue de deux cents lieues, et la mer Rouge couvrait l'Egypte.

Au midi, les déserts de la Libye et du Sahara.

Au couchant, l'Océan Atlantique servait en môme temps de bornes à l'empire romain et au monde habitable.

Après avoir fait le tour des frontières, nous donnerons encore un moment d'attention à l'énumération des provinces dont l'empire était composé.

Vers l'an 292, Dioclétien l'avait divisé en quatre préfectures prétoriales, dans l'intention de pourvoir mieux à sa défense, en lui donnant en même temps quatre chefs. Ces préfectures étaient les Gaules, Ylllijrie, Y Italie et Y Orient.

Le préfet des Gaules établissait sa résidence à Trêves; il avait sous ses ordres les trois vicaires des Gaules, d'Espagne et de Bretagne. Dans les Gaules on distinguait, d'après l'ancien langage des habitants,

la Narbonnaise, Y Aquitaine, la Celtique, la Belgique. L'Espagne se partageait en trois provinces : la Lusitanie, la Bétique et la Tarragonaise. La Bretagne, enfin, comprenait toute l'île jusqu'aux Frilhs de Dumbarlon et d'Edimbourg.

La préfecture illyrique se formait de cet immense triangle dont le Danube est la base, et dont les deux côtés sont marqués par la mer Adriatique, la mer Egée et le Pont-Euxin. Il comprend aujourd'hui à peu près tout l'empirs d'Autriche et toute la Turquie d'Europe. 11 se partageait alors entre les provinces de Rhétie, Norique et Pannonie, Dalmatie, Mœsie, Thrace, Macédoine et Grèce. Le préfet résidait à Sirmium, non loin de Belgrade et du Danube, ou à Tiiessalonique.

La préfecture italienne comprenait, outre cette province d'où étaient sortis les conquérants du monde, toute l'Afrique, à partir des frontières occidentales de l'Egypte jusqu'à l'empire actuel de Maroc. Les provinces portaient les noms de Lybie, Afrique, Numidie, Mauritanie Césarienne et Mauritanie Tingitane. Rome et Milan furent tour à tour la résidence du préfet d'Italie ; mais Carthage était la capitale de toutes les provinces africaines; elle égalait Borne en population comme en magnificence ; et, dans les temps de sa prospérité, les provinces africaines surpassaient trois fois la France en étendue.

La préfecture d'Orient, bornée par la mer Noire, le royaume des Perses et le désert, était encore la plus étendue, la plus riche et la plus peuplée : elle contenait les provinces d'Asie-Mineure, Bythinie et Pont, Cilicie, Syrie, Phénicie et Palestine, l'Egypte enfin, avec une partie de la Colchide, de l'Arménie, de la Mésopotamie et de l'Arabie. La résidence du préfet était à Anlioche ; mais plusieurs autres capitales, et surtout Alexandrie d'Egypte, égalaient presque cette ville en population et en richesses.

Leetnre : Tableau des vicissitudes de l'empire romain, par Sismondi. — Gra deur et décadence des Romains, par Moutesquieu. — Histoire de la civilisation, par M. Guizot.

Tableau géographique de l'empire romain, depuis Auguste. lre colonne, Europe.

2e colonne, Asie.

3e colonne, Afrique,

La carte au milieu.

FUS1 DE L HISTOIRE ANCIENNE, De 4963 avant Jésus-Christ, à 475 après l'ère chrétienne»

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