‹ Nouveaux éléments d'hygièneChapitre 47 sur 106 · SENS DE MECANIQUE, ETC. I · texte numérisé non relu

SENS DE MECANIQUE, ETC. I

mouvement perpétuel , et construisent , pendant leurs accès même , une infinité de mécaniques plus ou moins ingénieuses.

Faiblement développé , le sens de construction rend maladroit dans tous les arts compris dans sa sphère , cause de la répugnance pour tous les travaux de mécanique , etc.

Direction.

Notre savant Hallé , et avant lui , Rousseau et beaucoup de philosophes, étrangers à la physiologie du cerveau, représentent toujours l'homme , dans l'état original qu'ils lui supposent , comme existant sans aptitude industrielle ousans exercer ses aptitudes. Ils font ensuite dériver celles-ci , ou seulement leur exercice , de la nécessité ou de toute autre circonstance extérieure , etc. Ainsi , pour ce qui nous occupe , Hallé s'exprime ainsi : « Les premiers hommes ne cherchaient pas à se garantir des pluies , des impressions d'une trop forte chaleur , de celles d'un froid trop rigoureux , etc., parce qu'ils n'en éprouvaient aucune incommodité remarquable ; mais le désir naturel du bonheur a dirigé l'industrie humaine vers la recherche des moyens qui pourraient rendre la vie plus agréable , et les habitations ont été construites. » Si , sans demander sur quoi l'on fonde cette supposition , on émettait la suivante : « L'homme, dans les temps qui suivirent la création , resta pendant un certain nombre d'années sans satisfaire le penchant à l'amour ; mais le désir naturel du plaisir le porta vers la femme , et il cueillit le fruit défendu. » On trouverait cette assertion gratuite : elle ne l'est pourtant pas plus que celle des auteurs cités , et ce que font les hommes aujourd'hui , il n'y a pas de raison pour qu'ils ne l'aient pas toujours fait, au moins à des degrés différents , à moins que dans l'état original que supposent les philosophes, l'homme n'ait été privé de certains organes , ce qu'on ne saurait prouver.

Ces fausses opinions sur l'origine des connaissances humaines , n'empêchent pas Rousseau de donner un métier à son Émile , et de suivre sur ce point la nature d'aussi près que dans les autres préceptes qu il émet sur d'autres points de l'éducation. Dans mille circonstances de la vie , l'homme peut avoir besoin , pour sa conservation , celle de ses enfants, etc., de tirer parti de l'aptitude industrielle qui nous occupe , et dont la sphère d'activité s'étend beaucoup plus loin que nous ne pouvons le dire ici. 11 est donc utile d'exercer les sens de construction , comme il l'est d'exercer tous les autres organes. La jeune fille peut mettre ce sens en action , au moyen du dessin , de la broderie et de beaucoup d'arts sédentaires. Pour le garçon , c'est une autre affaire. « Jeune homme , dit Rousseau, imprime à tes travaux

la main de l'homme : apprends à manier, d'un bras vigoureui, la hache et la scie , à équarir une poutre, à monter sur un comble, à poser le faite , à raffermir de jambes de force et d'en traits. »

Rousseau rejette avec raison ces stupides professions dans lesquelles les ouvriers , sans industrie et presque automates , n'exercent jamais leurs mains qu'au même travail ; il choisit pour son élève le métier de menuisier : ce métier met en action le sens de construction , en même temps qu'il exerce les bras et les jambes. Tout autre métier aura les mêmes avantages , mais aura peut-être des inconvénients que n'a pas celui-ci. Il faut choisir aussi celui qui est le plus indispensable aux besoins premiers de l'homme. A la rigueur , on peut se passer d'un peintre , d'un horloger , etc. Ces états , d'ailleurs , n'ont pas sur la santé générale, une influence aussi favorable que ceux qui se rapprochent plus immédiatement de la nature. Que l'enfant apprenne donc de préférence à travailler le fer et le bois ; qu'il menuise, qu'il tourne , qu'il lime , et qu'au besoin il sache se fabriquer des instruments et se créer un t*>it contre les injures de l'air , ou une nacelle contre les envahissements de l'eau. Quand ces métiers lui seront une fois familiers , il saura bientôt construire ses instruments de mathématiques et de géométrie ; il saura plus encore , il saura se passer de tout le monde , aura un remède contre l'ennui . un délassement de ses travaux habituels , et un moyen de conserver sa santé et sa force.

Qu'une heure dans la journée , vers l'âge de douze ans , soit donc consacrée à l'exercice du sens de construction , et surtout à celui des muscles que ce sens met continuellement en action. Pourquoi n'y aurait-il pas, dans les collèges , de vastes ateliers où les jeunes gens puissent se récréer une heure par jour , en apprenant à se suffire à eux-mêmes et à subsister par une industrie utile , dans toutes les positions où pourra les jeter le sort?

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