APPROVISIONNEMENT D’EAU
générale.]
Angers boil l'eau de la Loire; Marseille, celle de la Durance; Tours, celle du Cher; Saint-Étienne, celle du Furens. Paris a la Seine, la Marne, I Ourcq, pour les lavages surtout; mais les Parisiens boivent encore de ces eaux, certainement très médiocres, plus souvent qu’il n’est dans le programme.
Genève a sa prise d’eau sur son lac merveilleux et des hygiénistes qui ne la trouvent pas assez pure. Zurich a la sienne dans la Limmat au moment où celle-ci naît du lac; h la suite de la fièvre typhoïde de 188o, il a été décidé de remonter cette prise d’eau d’au moins 200 métros et l’on y installe des filtres à sable. 11 n’y a pas de motifs pour ne point louer celte amélioration et Genève pourrait l’imiter. — Stultgard fait venir son eau d’utilisation des petits lacs des environs, Katzenbachsee, PfalFensee, Steinbachsee, etc.
Des ingénieurs français amènent à Constantinople l'eau du lac Derkos, vers la mer Noire, à 40 kilomètres de la ville.
Le loch Katrine et la Clyde desservent Glasgow. Les villes américaines s’approvisionnent volontiers aux grands lacs de la région; le lac Michigan abreuve Chicago ; le lac Érié, Cleveland; le lac Cochituate, Boston.
f. Eau de barrage. — Ce système se confond presque avec le précédent quand, par un large barrage, on convertit une petite rivière en un lac artificiel. Mais l’on peut faire aussi un barrage pour retenir les eaux de pluie qui descendent les pentes d’une vallée. En Angleterre, les villes des comtés de Lancashire et Yorkshire s’alimentent à des lacs artificiels que l’on obtient de la manière suivante : on coupe, par un barrage, les étroites vallées que forment entre ces deux comtés des montagnes ardues à sommet désert, inculte et recouvert de bruyères; en arrière de la digue s’accumule l'eau des pluies qui a filtré à travers le sol des montagnes, jusqu’à la couche imperméable située à une médiocre profondeur. Liverpool utilise ainsi 78 p. 100 des 99 centimètres de pluie qui tombent sur le terrain affecté à ce drainage. Par deux fois, une pareille digue, haute de 25 à 30 mètres, s’est rompue et a causé de grands désastres ; à Sheffield, en 1864, 238 personnes périrent dans une inondation ainsi provoquée.
Un fait du même genre s’est produit naguère en Algérie. Néanmoins, Roanne se proposait, en 1884, de barrer la gorge de la Tache ou celle du Renaison pour réunir dans un grand réservoir les eaux des sources granitiques de la Madeleine (Reuillet).
g. Approvisionnement d'eau de pluie. — Dans les villes difficiles à pourvoir, les particuliers recueillent, dans leurs habitations, l’eau météorique qui tombe sur les toits et dont la masse est assez importante pour que Fonssagrives, imitant le calcul fait à Londres par Parkes, ait estimé à 5 millions de mètres cubes celle qui passe, chaque armée, sur les toits de Paris. Cette eau, comme nous l’avons vu, est d’une grande pureté, à la condition que, pour la recueillir, on néglige, selon le conseil de Guérard, la première portion des averses, qui a lavé la poussière et les ordures des toits, — ou qu’on la filtre avant de l’introduire dans les réservoirs où elle est conservée.
Ces réservoirs sont les citernes et la figure 39 indique une manière de filtrer l’eau qui y pénètre.
Les citernes doivent être construites en bonne maçonnerie étanche, à parois intérieures d’un nettoyage facile. On les protège exactement
DE L’EAU
1 Hygiène
conlre les souillures extérieures et contre les variations de température.
Les villes elles-mêmes peuvent recourir aux citernes, comme mode général d’approvisionnement. Celles d’Orient ont toujours pratiqué ce mode de collectionncment de l’eau, que Venise leur a peut-être emprunté. Conslantinc possède encore, à sa Kasbah, de vastes citernes, dans lesquelles l’eau reste particulièrement fraîche, en raison de la profondeur des réservoirs et de l’épaisseur des voûtes. Celles de Venise, paraît-il, ne présentent point le môme avantage. Mais l’eau y est pure, parce qu’elle y arrive fil-
Fig. 39. — Coupe d'une citerne à eau de pluie, à Venise.
trée selon le procédé représenté dans la figure 39. (Le fameux'puits de la place Saint-Marc est une citerne de ce genre.)
Dans une excavation maçonnée et à parois imperméables, on voit un remplissage de sable dans lequel deux conduits (drains), à droite et à gauche, déversent l’eau de la pluie. Au centre, un puits, à parois imperméables saut à la partie inférieure, se remplit d’eau filtrée; on y puise par l’orifice supérieur, ouvert.
Dans le cas d’approvisionnement urbain par des citernes munies de matériaux filtrants, on recueille non seulement l’eau des toits, mais encore celle des places publiques et, au besoin, des rues. A Cadix (Ferreira). Ion s’arrange de façon à perdre les premières portions de la pluie, qui entraînent diverses impuretés.
Les ingénieurs du chemin de fer de l’Oucst-Algérien (Oran) ont imité la disposition représentée ci-dessus pour établir des citernes loin des centres habités. Dans une dépression de terrain propre ù emmagasiner les eaux
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pluviales, on creuse un trou carré à talus raide, au centre duquel on établit un tube en maçonnerie; la partie inférieure de ce puits est en pierres sèches et laisse arriver l’eau; le reste est cimenté. On entasse, tout autour et de bas en haut, des moellons, des pierres, du gravier, du sable lin, de la terre sableuse sur laquelle on fait des semis. Les eaux pluviales arrivent filtrées dans celte citerne.
h. Eau de mer. — Nous n’inscrivons ici que pour mémoire cette source d’approvisionnement. L’eau de mer n’est utilisable en boisson que distillée et reste le monopole des navigateurs (voy. Groupe militaire et marin). Cependant, il n’est pas impossible que, dans une ville maritime, mal approvisionnée, on ne recoure parfois à celte ressource. La question s’est posée à Dunkerque, qui reçoit les eaux du canal de Bourbourg, médiocres en tout temps, très rares en été, et s’abreuve surtout à des citernes.
III. Traraui de collectionncment et de distribution. — NOUS ne revenons pas sur la question de la distribution unique ou double. La solution de principe est, assurément, pour le premier mode, à la condition que la distribution unique soit d’eau abondante et pure. Lorsque l’abondance fait défaut, il faut bien tolérer une seconde eau moins parfaite ou même mauvaise, en prenant les précautions nécessaires pour qu’elle ne serve pas d’eau de boisson.
Il a été entendu que la quantité d’eau nécessaire aux habitants, chaque jour, doit être constamment disponible ; d’autre part, que l’eau doit arriver dans les maisons et à tous les étages. De là les réservoirs , les conduites d’amenée , les tuyaux de distribution , la pression.
Réservoirs. — Si l’eau captée peut faire tout le trajet qui la sépare des consommateurs par simple gravitation, il suffit d’un réservoir, à la périphérie de la ville, placé à une altitude telle que l’eau arrive à destination avec une pression qui la monte à tous les étages (2 à 3 atmosphères). Lorsque la gravitation ne peut suffire qu’à une partie du trajet, on établit, au point où elle amène l’eau, un réservoir inférieur , d’ou elle est refoulée par des machines élévatoires dans le réservoir rapproché de la ville (ou même situé en ville), qui devient alors le réservoir supérieur. A Paris, les réservoirs supérieurs sont à compartiments ou étages superposés, renfermant une eau différente les uns des autres. Dans les villes de quelque étendue, on élève un second réservoir supérieur, à l’extrémité de la ville opposée à celle où se trouve le premier. Ce second réservoir permet de limiter la capacité du premier et, surtout, maintient la pression dans tout le réseau, dont les dernières ramifications n’auraient presque plus d’eau, dans les moments de grande consommation, par le fait que les immeubles situés sur les conduites d’amont exploitent énergiquement celles-ci. Pour celle raison, on l’appelle réservoir d'équilibre ( Gegenreservoir ). Lille en a construit un, en 1886.
Les réservoirs doivent contenir au moins toute l’eau nécessaire à la consommation moyenne d’un jour et 20 p. 100 en surplus, en vue des oscillations du débit.
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On leur donne une profondeur utile de 3 à 3 mètres. On a pu en pratiquer quelques-uns dans le sol, dans une excavation de rochers. Quand il faut les élever sur une assise de maçonnerie et employer le fer dans leur construction, leurs parois sont enveloppées de corps mauvais conducteurs. Krieger, à Strasbourg, a proposé d’en arroser d’eau le pourtour et le toit, dans la saison chaude, afin de rafraîchir l’intérieur par l’évaporation. Par contre, dit Wolffhügel, on est quelquefois obligé de réchauffer l’eau du réservoir, en hiver, par une circulation d’eau chaude. A Lille, le réservoir supérieur est en pierres exactement cimentées ; la voûte en est recouverte d’une épaisseur de terre plantée d’arbres, qui en fait une véritable butte et le rend indifférent aux variations de température. L’eau y tombe en cascade, afin de s’aérer. A Charloltenbourg, on a remarqué que l'aération de l’eau par la chute en pluie réduit de 1,66 à 0,36 p. 100,000 la proportion du fer que cette eau apportait de son sol d’origine et fait disparaître l’odeur d’hydrogène sulfuré qui résultait des transformations du carbonate d’oxydule de fer.
Conduites d' amenée. — On amène encore l’eau comme autrefois chez les Romains à l’aide de canaux en maçonnerie et ciment, découverts ou abrités par une voûte sur laquelle on rejette la terre. Lorsque les canaux sont assez profonds, la culture peut continuer à se faire par-dessus; si le canal est en relief, on se contente de gazonner la terre qui le recouvre.
Mais on ne se sert plus de pareils canaux, d’ailleurs excellents, que pour marcher en ligne droite et avec une pente uniforme. S’il se rencontre une vallée profonde à franchir, un cours d’eau à traverser, là où les anciens eussent élevé ces arches ou ces « ponts » (arches de Jouy-les-Metz, pont du Gard) dont nous admirons encore les ruines gigantesques, les modernes emploient simplement le siphon. Pour exécuter celui-ci, il faut une conduite résistante, fragmentée, dont les parties se réunissent en angles, en courbes, selon le besoin.
11 est clair que les canaux qui travaillent sous pression doivent être fermés et étanches; on les fabrique d’ordinaire en fonte. Ceux qui utilisent la gravitation pourraient être ouverts en dessus, sauf les joints où l’aqueduc est en siphon, pour passer sous une rivière, par exemple, ou franchir une vallée. Mais ce mode de construction serait déplorable : des impuretés tomberaient dans la conduite ; l’eau s’y échaufferait en été, gèlerait en hiver. On a donc soin de faire des aqueducs en bonne maçonnerie bien cimentée, et même on place à dessein le canal assez profondément dans le sol ; s’il le faut, on lui superpose un remblai de terre qui le soustrait d’autant plus à l'influence de la température extérieure. On reprend le tuyau de fonte pour les siphons.
L’aqueduc en maçonnerie est remplacé, parfois, par des cylindres en argile cuite ou en ciment, réunis bout à bout à l’aide de joints appropriés. Ces conduites sont d’un bon usage, mais paraissent plus exposées aux dé-
tériorations.
Les tuyaux de fonte exigent également un choix attentif des joints. Le caoutchouc entre d’ordinaire dans la confection de ceux-ci.
générale.] APPROVISIONNEMENT D’EAU. 273
Il n’est pas impossible que les tuyaux de fonte ne mettent un peu d oxyde ou d’oxydule de fer dans l’eau qui les traverse. Toutefois, cet accident n’est pas signalé. Mais il se forme assez fréquemment des concrétions de ces oxydes qui finissent par rétrécir le calibre du tuyau. (J. Arnould, art. Eau : Dict. encycl. des sc. médic.)
Un accident semblable avait réduit de moitié, en 1883, l’apport de l’eau à Grenoble. Pour y obvier, Angus Smith, Parkes, Ripley-Nichols ont recommandé de revêtir la paroi intérieure des tuyaux d’un enduit composé de goudron et d’huile de lin.
Pour des approvisionnements peu importants et des conduites de faible parcours, les tuyaux en bois sont encore d’un usage assez répandu. On se sert de préférence du bois de sapin, auquel on a, préalablement, fait faire un séjour dans l’eau. Ces tuyaux sont cerclés de fer à chaque extrémité. Ils ont l’inconvénient de n’être pas inaccessibles à la putréfaction et de devoir être remplacés tous les dix ou quinze ans. On les fait durer un peu plus, en les imprégnant au préalable d’un liquide conservateur.
Que les conduites d’amenée soient en maçonnerie ou constituées par des cylindres d’argile ou de ciment, il est nécessaire d’y pratiquer de distance en distance, chaque 300 mètres environ, des ouvertures de descente et des orifices de décharge; ces derniers permettent d’évacuer le trop-plein de l’aqueduc, s’il y a lieu, et de détourner le courant, lorsqu’il y a des réparations à faire sur un point. Indépendamment de ces ouvertures, on établit des tourelles de ventilation à 1500 ou 2 000 mètres de distance l’une de l’autre, quand les conduites parcourent un long trajet. En outre, on fait tomber l’eau en cascade dans le réservoir supérieur, pour l’aérer dans sa chute. (J. Arnould, loc. cit.)
Lorsqu’il y a lieu, on établit, sur les conduites travaillant en pression, des caisses à vent, des soupapes de sûreté, qui régularisent et limitent la pression. Ces dernières donnent lieu à de fâcheuses déperditions d’eau.
La pression obtenue au moyen des réservoirs élevés, indépendamment de l’ascension de l’eau aux étages, est une provision de force que l’on utilisera encore dans les cas d'incendie , pourvu que l’on ait ménagé dans les rues, dans les maisons, des bouches d’incendie et des hydrants , avec un ajutage sur lequel se visse en un rien de temps le tuyau manœuvré par les pompiers.
Conduites et tuyaux de distribution. — Les conduites en ville sont presque toujours en fonte. Celles de maison, en fonte, en fer forgé, en plomb, en étain.
Les conduites de la ville étant d’assez fort calibre, il est nécessaire de les établir en fonte, dans des tranchées assez profondes pour qu’elles échappent à la trépidation du sol de la rue et aux variations de température. A Paris, elles sont assez souvent accolées à la paroi ou à la voûte de 1 égout. Sur ces conduites principales, la ville branche les tuyaux qui alimentent ses bornes-fontaines ; les particuliers, leur tuyau d’origine de distribution privée, lequel est, d’ailleurs, commandé par un robinet dont 1 administration retient le gouvernement. ,
Arnould. Hygiène. 2' édit. 18
27 i DE L’EAU. [Hygiène
Les tuyaux de plomb ont de grands attraits en raison de leur bon marché et de la facilité avec laquelle ce métal se prêle aux courbures qu’exige la distribution domestique de l’eau. Les dangers qui en résultent, et qui vont être l’objet d’un paragraphe spécial, ont porté les industriels à fabriquer des tuyaux de fer forgé ; ceux-ci n’ont pas réussi, à cause de l’inaptitude aux lavages et de la saveur d’encre qu’ils communiquent à l’eau, quand ils viennent à s’éroder. Les tuyaux de fer étamé , d’une fabrication assez difficile, ne tardent pas à perdre leur étain par places, et l’oxydation du fer n’en est que plus intense. Nous avons indiqué ailleurs, d’après A. Wazon, le procédé de Barff, qui permettra peut-être d’utiliser plus heureusement les conduites en fer : « Il consiste à porter ces tuyaux à la chaleur rouge dans un mouflle en fer et à les soumettre à l’action de la vapeur surchauffée; le fer chaud décomposant l’eau, il en résulte que son oxygène forme avec le fer une croûte superficielle d’oxyde magnétique qui s’oppose à toute oxydation ultérieure ou formation de rouille à la surface qu’il recouvre. L’ingénieur Bower obtient cet oxyde magnétique par réduction du sesquioxyde sous l’action des gaz hydro-carbonés et oxyde de carbone. Une Compagnie s’est formée, à Londres, pour l’exploitation du procédé Barff-Bower. »
Enfin, en Amérique et dans une vingtaine de villes allemandes, on emploie des tuyaux de fer galvanisé, ou plutôt zingués, qui ont fait l’objet de recherches attentives de la part de Winsor, Boardman, R. Nichols, Bunte, v. Ehmann, Rautert. Les Américains, un peu optimistes, prétendent que ces tuyaux sont inoffensifs, même en supposant que l’eau les attaque et dissolve de l’oxyde ou surtout du chlorure de zinc. En Allemagne, on se borne à cette formule : que les tuyaux galvanisés, comme les tuyaux de plomb, sont attaqués par certaines eaux et point par d'autres ou qu’il y a des eaux qui les incrustent; par suite, ils conviennent dans quelques cas et, d’autres fois, doivent être écartés.
Les tuyaux de plomb ne doivent pas traverser un sol humide, très calcaire, non plus qu’une gangue en ciment à la chaux (Besnou, v. Knorre), sous peine de devenir rigides et cassants. Il faut, néanmoins, les protéger contre les chocs extérieurs, contre la dent des rats et contre la gelée. Dans les maisons légèrement bâties, que l’on multiplie dans Lille pour être louées, les tuyaux de distribution d’eau sont si mal protégés que leur con- -tenu est atteint par la gelée et fait éclater le métal, pour peu que l’on oublie, par les soirs d’hiver, d’interrompre la communication avec la conduite municipale et d'évacuer le liquide restant dans leurs divisions. Au moment du dégel, des inondations en sont la conséquence; dans tous les cas, des réparations ennuyeuses deviennent nécessaires.
Il importe, enfin, que des robinets de fermeture bien faits puissent interrompre exactement l’arrivée de l’eau dans telle ou telle branche de la distribution domestique et que l’on puisse vider à volonté le branchement sur lequel porte l’interruption. Malheureusement, l’habileté ou le soin de nos fonlainiers et de nos ingénieurs « hydrauliciens », comme ils s’intitulent, laissent beaucoup à désirer.
générale.] APPROVISIONNEMENT D’EAU.
Les tuyaux de plomb au point de vue sanitaire. — L’usage des tuyaux de plomb est très ancien et très répandu. Cependant, à priori, le contact d’un liquide alimentaire avec un métal toxique éveille l’idée d’un danger pour les consommateurs du premier. En fait, ce danger existe et les accidents qui le traduisent ont été signalés de temps immémorial (Yitruve, Galien, Palladius). Des catastrophes presque contemporaines, de même origine, ont eu un certain retentissement. Ainsi, les cas d’empoisonnement observés sur la famille d’Orléans, par H. Guéneau de Mussy, au château de Claremont (1848) et résumés par A. Chevallier, dans les Annales d'Hygiène de 1853; les faits rapportés par Moizard (1877), Kœchlin- Schwartz (1879), E. Richard (1880); ceux de Huddersfield (1879-1882), qui ont donné lieu à un procès fameux, encore pendant devant la chambre des lords; de Sheffield (1885), de Mirlield; les intoxications nombreuses (au moins 92), constatées à Dessau, en 1886, par le médecin de cercle llichter; celles que Pullmann a signalées (1887) à Offenbach-sur-Mein, etc.
Cependant, les villes anciennes, Rome (Varron), le Paris de Philippe- Auguste, Constantinople, Clermont-Ferrand, comme Belgrand le faisait remarquer, Londres, Berlin, Danzig, Francfort-sur-Mein, Halle, Hanovre, Essen, Rostock, Posen, etc., Lille, Nancy et une foule de villes françaises 'ont usé des conduites privées en plomb et continuent à le faire. Paris en a plus de 3,000 mètres. A première vue, les accidents consécutifs sont infiniment au-dessous de la vulgarité de la méthode. A Paris, Champouillon constatait, en 1873, que sur 108,000 malades reçus dans les trois hôpitaux militaires de la métropole, il n’avait pas été signalé un seul cas d’intoxication saturnine.
Cette opposition entre la fréquence du danger et la rareté des accidents explique qu’il y ait eu à la fois, d’un côté une sorte de croisade pour la suppression radicale des tuyaux de plomb (de Laval, Ilamon), de l’autre une résistance de parti pris. On ne saurait nier que la disparition absolue des dangers ne soit dans la première solution ; mais, comme le remplacement des tuyaux de plomb n’est pas absolument simple et qu’il y aura longtemps encore de ces sortes de conduites, le mieux est d’examiner dans quels cas l’eau attaque le plomb, dans quelles conditions cette action est dangereuse, ou au contraire quelles circonstances, naturelles ou voulues, protègent les consommateurs contre l’intoxication saturnine.
A 1 occasion des accidents de Dessau, G. Wolffhügel a résumé les données de la chimie el de 1 expérience sur ces points divers. Ce travail met en relief :
i° L influence capitale et décisive du mélange de l'air avec l’eau (Yorke, Pliilipps, Horafoid, taiszt, Kersting, Pettenkofer, Johnson, Balard, Fordos), surtout s’il y a alternance entre l’action de l’eau et celle de l’air (Philipps, Smith, Pettenkofer, Bobieire, Besnou). L eau pure, sans air, n’attaque pas le plomb. Avec l’air, il y a formation d’hydrate d’oxyde de plomb, soluble dans 10 à 12,000 parties d’eau. Souvent, d après BonsdorfT, Horsford, Stalmann, Balard, R. Nichols, la formation oxyde seiait précédée de celle d’un sous-oxyde insoluble dans l’eau et dans les solutions salines, et qui en se déposant, tapisserait la surface du métal.
Si 1 air en contact avec l’eau est riche en acide carbonique ou oue l’eau elle-même
en renferme, libre ou demi-combiné, il se forme, avec l’oxyde de plomb, du carbonate de plomb basique, très peu soluble dans l’eau (à peine t partie dans 4,000,000 d’eau), qui se précipite, dans les tuyaux, sur la paroi métallique. C’est une réelle protection. Cependant, si CO2 était en excès, ce qui est rare, le carbonate de plomb passerait en partie à l’étal de bicarbonate, relativement soluble (Pappenheim, Reichardt, Cbristison, Yorke, Graham, Hofmann, Miller, Nichols, Roscœ et Schorlemmer, Fodor, Roques).
2° L'influence de la constitution chimique de Veau. — Il y a des sels qui disposent l’eau à prendre le plomb des tuyaux, d’autres qui l’en empêchent. L’action de l’eau sur le plomb dépend de la prédominance des uns ou des autres. Selon Balard, ceux qui sont une protection s’annexent eux-mêmes le plomb et se trouvent à l’état de soluLiou saturée, tant qu’il n’y a pas d’incrustation à la surface du métal. D’ailleurs, la précipitation a lieu sous la forme pulvérulente ou sous celle d’un revêtement continu.
Ce revêtement, selon Ilorsford, consiste en combinaisons de l’oxyde de plomb avec l’acide carbonique, l’acide sulfurique et même d’autres; la protection serait d’autant plus assurée que la couche isolante renfermerait en outre des matières organiques et de la rouille de fer. A l’époque (1873) de l’agitation soulevée par de Laval, Belgrand, aidé de Fél. Leblanc, montra que l’eau de Paris, riche en calcaire, revêt la paroi des tuyaux de plomb d’un enduit formé de matières terreuses et de carbonate de chaux, réalisant la neutralisation déjà indiquée par Dumas. A Hanovre, F. Fischer a reconnu que la couche de sédiment d’un tiers de millimètre laissée par l’eau en treize années se composait surtout de carbonate et de sulfate de plomb avec un peu de carbonate calcique. E. Reichardt, dans l’enduit d’un demi-millimètre d'épaisseur qui recouvre les tuyaux de plomb d’Andernach, vieux de trois cents ans, a trouvé un mélange de chlorure de plomb, de phosphate et d’oxyde de plomb. L’analyse de l’enduit terreux d’un vieux tuyau de plomb qui avait servi à l’eau de la Vanne offrit à Gautier : oxyde de plomb 73,96 p. 100 ; chaux 1,09; magnésie 0,29; acide phosphorique 8,45; acide carbonique 1,11 ; chlore 1,25; silice, traces.
Il est à peine utile de remarquer que cet enduit n’est pas à l’abri des fissures que peuvent lui imposer la chaleur ou les atteintes mécaniques. Il peut même, un jour, être attaqué par l’eau et redissous, à la faveur d’une modification dans les propriétés de celle-ci ou dans la manière d’employer les conduites. L’enduit de carbonate de plomb, par exemple, est attaqué lorsqu’il se présente dans l’eau du chlorure d’ammonium, du nitrate ou de l’acétate d’ammoniaque, ou un fort excès d’acide carbonique.
On admet en général que l’eau prend d’autant mieux le plomb que ses proportions de matières solides dissoutes sont plus faibles. Cbristison exige au moins ()sr,125 par litre de sels, avec prédominance des carbonates et des sulfates, pour qu’il soit permis de faire passer l’eau par des tuyaux de plomb. Mais Besnou doute que l’on puisse préciser quel est le sel qui protège le mieux.
Les sels de chaux passent pour les plus efficaces vis-à-vis de la production de l’enduit protecteur. Le sulfate de chaux affaiblit l’action dissolvante de l’eau sur le plomb; le carbonate de chaux la limite de la façon la plus décisive. Il suffit, selon Lissauer, de 58 milligrammes de carbonate de chaux par litre d'eau pour que 1 on puisse se servir des conduites de plomb impunément. Les eaux de source ordinaires et même la plupart de celles des fleuves ne peuvent donc causera cet égard, aucun souci.
Toutefois, il y a quelques opposants (Kersting, Napier, Clément, C. Schneider) a celte loi généralement acceptée : que les tuyaux de plomb sont surtout attaqués par
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les eaux douces, eau distillée, eau de pluie, eaux de fleuve, et le sont très peu par les eaux dures, riches en sels terreux.
Selon Noad et Kersting, l’addition de sels alcalins (I p. 100 de carbonate de soude, par exemple) élève l’action de l’eau sur le plomb; tandis que Muir assure qu un peu de carbonate de potasse supprime cette action presque entièrement. D après Besnou, les carbonates alcalins et le sulfate de chaux seraient d’une protection plus efficace que les chlorures des mômes bases. Il semble, d’ailleurs, que pour la formation de la croûte protectrice, il ne suffit pas d’une certaine richesse de l’eau en sels de chaux ou de magnésie, mais qu’un adjuvant est nécessaire, lequel serait une faible proportion de carbonate alcalin et de CO2 libre (Muir, Pettenkofer, A. Wagner).
Les sels d’ammoniaque favoriseraient la formation de l’enduit protecteur (Muir). Le nitrate d’ammoniaque (Kersting, Fordos), le nitrite (Medlock et H. v. Sicherer), le carbonate de la même base (Bôtlger) seraient surtout dans ce cas.
Le fer, sous toutes ses formes (G. Wolfi'hügel), esL probablement propice à l’incrustation isolante, comme l’avait entrevu F. Varrentrapp et comme le prouve le procédé de Medlock pour la purification de l’eau dans les conduites de plomb.
Les matières organiques semblent devoir affaiblir l’action de l’eau sur le plomb, puisqu’elles absorbent l’oxygène et réduisent les nitrates. Cependant Graham, Hofmann, Miller, Noad, Varrentrapp prétendent le contraire. Medlock attribue l’action sur le plomb de l’eau renfermant des matières en décomposition à la formation d’ammoniaque, de nitrites, etc.
While, en Angleterre, a attribué l’action marquée sur le plomb d’une eau provenant d’un terrain tourbeux à ce fait que la décomposition végétale aurait mis des acides en liberté. Jarmain, dans une autre occasion, a mis les acides libres au compte de la décomposition de pyrites de fer et Tidy a rappelé qu’il avait démontré dans l’eau la présence d’acide sulfurique.
Tous les carbonates font obstacle à l’action de l’eau sur le plomb. Les phosphates (Christison, Frankland, Parkes, R. Nichols) forment au mieux le revêtement insoluble; Yorke, toutefois, ne regarde pas ce fait comme suffisamment démontré. Les chlorures élèvent l’action dissolvante de l’eau sur le métal (Horsford, Graham, Hofmann, Miller, Nevins, Miahle, Fordos, Letheby, etc.). Suivant Fordos, les chlorures ajoutés à l’eau lui permettent même de dissoudre en quelques jours l’enduit de carbonate de plomb qui s’était déposé à la faveur des bicarbonates de chaux et de magnésie. Philipps refuse l’action protectrice au sel marin, qui a paru, au contraire, à Gautier, retarder l’action dissolvante de l’eau. Les chlorures de calcium, de magnésium, de bore, suivant Balard, ou bien étendent sur le plomb un enduit facilement soluble, ou bien forment des précipités qui troublent l’eau.
Les sulfates empêchent plus ou moins le passage du plomb dans l’eau (Morveau, Philipps, Wetzlar, Muir). Cependant, ils paraissent le favoriser, le sulfate de magnésie surtout, quand ils sont en excès. Miahle et Fordos ont montré que le sulfate de plomb n est pas insoluble dans 1 eau et, suivant le premier, la présence du sel marin excite la solubilité du plomb dans le liquide gypseux. Solly affirme qu’une partie de sulfate de chaux sur 4,000 à 8,000 d’eau suffit à rendre possible la conservation de celle-ci dans des récipients en plomb.
Les nitrates rendent l’action de l’eau plus énergique. Horsford, Graham, Hofmann, Miller, Stalmann, Boussingault, Balard, Letheby, etc., s’accordent sur ce point. Les expériences de Kersting lui ont, cependant, semblé prouver le contraire ou, du moins, révéler la nullité de celte influence.
H après les recherches de Crookes, Odling et Tidy, la silice retarde l’absorption du plomb par l’eau.
DE LEAU. [Hygiène
3° L’influence clés propriétés du métal des tuyaux. — Le plomb à surface mate ou rugueuse est plus fortement attaqué que le métal poli. Toutes choses égales d’ailleurs, les tuyaux neufs sont plus dangereux (pendant quelque temps) que les vieux (Catvert, Goblcy, Wliite, Moizard). Les tuyaux de plomb dtamés ou faits d’un alliage de plomb et d’étain donnent plus de prise que ceux de plomb pur (Nevins, J. Smith Edwards, EIsner, etc.). Aussi les soudures sont-elles particulièrement suspectes (Walkly).
4° L 'influence de la durée du contact est une des plus positives; il faut que l’eau ait fait plus que passer (expérience de Hitler, à Nancy), qu’elle ait séjourné quelque temps dans les tuyaux de plomb, pour se charger sensiblement des sels toxiques (Calvert, Chandler, A. Gautier, Besnou, Geissler, Steiner, Iteichardl, etc.). D’où vient ce conseil : que l’on doit toujours faire couler l’eau qui a rempli les tuyaux pendant la nuit ou pendant une période de vacances, avant d’emprunter à un robinet de distribution l’eau alimentaire. Ce fut le premier remède dont on usa à Dessau.
La quantité de plomb dissous n’est pas, toutefois, proportionnelle à la durée du contact.
White, à Sheffield, a constaté que la pression de l’eau dans les conduites ne joue qu’un rôle secondaire dans le résultaL des influences de celte nature.
La température, soit de l’eau, soit de l’air extérieur, agit dans le sens positif, comme l’ont établi les expériences de White et les observations de Richard, en Algérie.
On reconnaîtra, par cet aperçu, qu’il y a, dans cette question, beaucoup de points qui ne sont pas encore suffisamment éclaircis et même des contradictions (Bolley). Comme le fait remarquer Knapp, il ne convient pas de se rattacher simplement aux formules générales; il importe plutôt de rechercher les éléments dont l’influence prédomine.
Wolffhügel, après Yorke et Philipps, relève cette particularité que le plomb dissous dans l’eau n’est qu’une partie, souvent la plus faible, de celle que l’eau a prise au métal. Les molécules plombiques en suspension ne sont, cependant, probablement pas indifférentes.
La richesse en plomb que l’eau ne doit pas dépasser pour rester inoffensive est de 0mer,7 par litre, selon Grabam et Calvert, ou même 0msr,357 suivant Angu.s Smith. L’eau de la Seine et l’eau de la Dhuis, dans des conditions favorables à la dissolution, n’ont pas donné à A. Gautier plus de Omer,l de plomb par litre.
En pratique, dit cet auteur, « il n’y a pas lieu de se préoccuper outre mesure de la distribution des eaux potables par des branchements de plomb partant de la rue, à la condition que ces eaux n’y séjournent pas trop longtemps ou n’y soient pas battues avec de l’air, qu’elles ne soient pas trop surchargées d’acide carbonique, qu’elles ne viennent pas s’accumuler dans des bassins, citernes ou réservoirs de plomb, de zinc ou d’étain soudés au plomb, placés dans les habitations où l'accès de l’air favoriserait la dissolution du mêlai toxique; que les eaux ainsi distribuées ne proviennent pas d’eaux de pluies, n’aient pas été artificiellement aérées par leur passage préalable à travers des filtres tels que des bancs de sable ou de cailloux ; enfin qu’elles coulent à plein tuyau dans les conduites de distribution sans pouvoir s’y fouetter avec l'air. »
Les eaux de Paris, si rien ne change, de quelque origine qu’elles
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soient, « sont sans action sensible sur le plomb » (A. Gautier). C’est ce qui résulte des recherches anciennes de Dumas, de Belgrand, et des expériences contemporaines de Gautier et de Schiilzenberger. En 1887, le fait fut encore mis hors de doute pour l’eau de la Vanne dont l’aqueduc venait d’être, pour couper court aux infiltrations, muni d’une cuvette en plomb sur la paroi interne ; après avoir laissé l’aqueduc fonctionner pendant un mois avec son nouveau revêtement, on examina soigneusement à la fois l’eau d’amont et l’eau d’aval (acide acétique et hydrogène sulfuré); dans aucun des deux échantillons il ne se produisit ni coloration brune ni précipité coloré pouvant accuser la présence de traces de plomb (Schützenberger).
Amélioration des tuyaux de plomb. — Cependant, Gautier lui-même reconnaît que les conditions heureuses des eaux de Paris pourraient être modifiées par des circonstances accidentelles. D’ailleurs, il est constant que certaines localités ont éprouvé des désastres par le fait du plomb dissous dans leur eau. 11 est donc tout à fait rationnel de chercher à se mettre à l’abri, tout en conservant les tuyaux de plomb, à cause de leur bon marché et de la facilité avec laquelle ce métal se travaille.
Indépendamment des précautions à prendre dans le fonctionnement, précisées plus haut, on a voulu obtenir des tuyaux de plomb inattaquables (les tuyaux de cuivre ou de zinc ne pouvant être adoptés). Schwarz et Christison ont imaginé les tuyaux de plomb sulfurés , au moyen d’une solution de sulfure de potassium, ou encore phosphatés, dans un bain de phosphate de soude. Gautier, Wilm, recommandent ces tuyaux, que Belohoubek, Hamon, Reichardt, repoussent au contraire, comme n’offrant que des garanties insuffisantes.
Les tuyaux de plomb étamés ou vernissés, en raison de la facilité avec laquelle l’enduit se fissure ou se détache par points, ne peuvent donner qu’une sécurité illusoire. Mieux vaudraient encore les tuyaux de plomb mou, fin (Smith, Kersting, Galvert, Belohoubek, Reichardt).
La tentative qui paraît aujourd’hui couronnée de succès, à cet égard, est la fabrication de tuyaux de plomb doublés d’ étain à l’intérieur, ou encore de tuyaux d’étain avec enveloppement de plomb, comme disent les Allemands. Ce procédé, du à l’ingénieur Ilamon (Paris), a été discuté par quelques hygiénistes, tels que Reichardt, Meinel, Teuchert, au moins parce que les tuyaux ainsi construits coûtent trop cher (un tiers en plus que les tuyaux de plomb environ) et ne sont pas indispensables. Depuis lors, ils ont été conseillés à la ville de Dessau et Wolflhügel déclare qu’au point de vue sanitaire, ils ne laissent rien à désirer, pourvu qu’ils soient parfaitement faits et soudés.
Tels sont les faits connus. Nous croyons, néanmoins, que le vœu, formulé au congrès de Vienne (1888), par Hamon, en vue de l’interdiction des conduites de plomb pour l’amenée des eaux potables est excessif et prématuré.
En terminant cet article, mentionnons les essais, rationnels d’ailleurs, tendant à donner à 1 eau qui ne l’a pas la propriété d’incruster les tuyaux
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de plomb, par l’addition de gypse et de silice (Grookes, Tidy, Odling, Heyer) ou de pierre calcaire pulvérisée (Sinclair Wkite).
Enfin, rappelons que les filtres au charbon retiennent les sels de plomb; mais que, malheureusement, ils perdent ce pouvoir bien avant le moment où ils cessent d’ôtre perméables.
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L’eau a la maison. — Nous avons dit, plus haut (p. 258), quelques mots qui justifient la rétribution pécuniaire, exigée des habitants par les municipalités, lorsque celles-ci fournissent l’eau. Cette rétribution, assurément équitable, prévient le gaspillage et, par suite, la disette d’eau, en même temps qu’elle maintient dans des limites modérées le cube d’eau usée, que la ville doit évacuer.
Les tuyaux de distribution à domicile sont, naturellement, de petit calibre.
La distribution est continue ou intermittente. Le premier mode entraîne incontestablement quelque gaspillage de l’eau ; mais le second ne va pas sans l’installation dans quelque coin de l’habitation de réservoirs, où l’on fait provision d’eau pendant que la conduite municipale est ouverte, et, par conséquent, expose aux risques de malpropreté des récipients et de souillure de l’eau. La distribution continue est évidemment préférable, dût-on imposer le compteur à eau à tout propriétaire ou locataire qui serait convaincu de gaspillage. Londres est en voie de substituer celle-ci à l’autre, dans toutes ses habitations.
La distribution intermittente emporte l’usage de réservoirs à la maison. Qu’il y en ait pour cette raison ou pour une autre, les préoccupations qui se sont présentées au sujet des tuyaux de plomb peuvent se reproduire, en raison de la tendance des particuliers à construire en plomb, en zinc, en un métal étamé (souvent à l’étain plombifère), ces récipients où l’eau est plus ou moins battue avec l’air et dont le métal est alternativement en contact avec l’air et avec l’eau, selon qu’ils sont vides ou pleins. Le plomb peut être attaqué plus sûrement, en raison de la durée du contact; le zinc, de môme, sauf que la toxicité de ses sels est faible. Quelquefois, on munit les réservoirs d’armatures en fer ou en cuivre qui augmentent le danger. Rocques a retrouvé, dans deux échantillons de résidus retirés des réservoirs, pour 100 grammes de matières :
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1" échantillon. 2' échantillon.
Oxyde do zinc Ssr.O llKr,G7
— de plomb 2 ,01 G >00
— de cuivre traces. traces notables.
Le mélange est à l’état de silicates et de carbonates. L’attaque finit par s’arrêter lorsque le métal est recouvert d’une couche d’oxyde; mais celle-ci peut être enlevée mécaniquement ou par l’action de l’ammoniaque, qui opère un décapage spontané. 11 est donc indiqué d’éloigner les réservoirs métalliques des endroits où peut se dégager de l’ammoniaque. Or, c’est précisément à la cuisine et aux water-closels que l’on s’en sert.
A. Gautier a trouvé 0sr,74 de plomb dans 100 grammes de la matière d’encroûtement du bain-marie èlamé, annexé au fourneau de cuisine qui fonctionnait depuis sept ans dans son appartement.
Les mêmes dangers existent de la part de certaines peintures dont on revêt parfois les réservoirs en fer et, spécialement, de la peinture rouge au minium, même alors que celui-ci serait intitulé minium de fer , car il renferme encore du plomb. Toutefois, la situation des réservoirs immobiles de nos maisons n’est pas tout à fait analogue à celle du navire norvégien Douna-Zogla, qui arriva, en mai 1885, à Brooklyn, avec un grand nombre de saturnins dans son équipage ; l’eau, dans un réservoir de navire, est agitée par le roulis et tend incessament à détacher des parcelles de l’enduit intérieur.
La confection des robinets exige un soin particulier; les meilleurs sont ceux qui ferment par une vis. Chameroy a inventé un robinet qui porte son nom et qui a l’avantage de régulariser la pression dans les tuyaux, en même temps qu’il assure un écoulement intermittent; quand le robinet a versé un certain nombre de litres, l’écoulement s’arrête et il faut donner un second tour de clef pour qu’il recommence. Les inondations par négligence sont ainsi prévenues.
Il est de toute importance d’avoir des tuyaux — et, quand il y a lieu, des réservoirs, — absolument distincts pour l’eau de boisson et pour celle qui se rend aux water-closets. Le mieux est de rompre la continuité du tuyau qui se rend à la cuvette des latrines et de le munir d’un orifice libre, fermant à robinet, au-dessus d’un réservoir spécial dont le tuyau d’écoulement aboutit à la cuvette. Si, par des variations de pression, les gaz des latrines remontent dans les conduites d’eau, ils ne dépasseront pas le réservoir aflecté exclusivement au nettoyage et à l’entraînement des matières excrémenlitielles.
Dans les pays froids et en hiver, les particuliers auront grand soin de mettre les tuyaux et leurs dépendances à l’abri de la gelée; il y va non seulement de la continuité de l’approvisionnement d’eau, mais de la sécurité de la maison. Une fissure a bientôt fait de donner passage à une inondation au moins incommode et compromettante pour les maçonneries. j ^n^n’ *1 est nécessaire d’organiser la surveillance des fuites et pertes d eau. Le mieux serait que cette organisation fût municipale, comme à Liverpool et à Cincinnati (Wazon). Cependant, la Sanitary Protection Asso-
dation , qui s’est formée en Angleterre, rend de grands services dans la recherche des fissures et des dislocations des tuyaux de conduites, qui est une partie de ses attributions (Vallin). Du reste, on a inventé un certain nombre d’appareils avertisseurs des fuites (système Deacon, de Liverpool; microphone de Kümmel, etc.).
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