II. — Éléments accidentels de l’atmosphère
La plupart des corps dont il va être question sont presque aussi cotistanls dans l’air que les précédents, mais leur présence ne se conçoit pas comme nécessaire ; ils procèdent d’ordinaire de circonstances liées à la vie des êtres organisés, à l’existence de l’homme en société, à ses habitudes,
(*) Le cordon B est décoloré jusqu’à 2 p. 1000. Eu A, ou voit les détails essentiels de l'appareil
générale.] ÉLÉMENTS ACCIDENTELS DE L’ATMOSPHÈRE. 3ii
à son industrie. Ils constituent un caractère plus local, plus varié, selon les temps et selon les lieux, que les proportions d’oxygène, d’acide carbonique, et môme de vapeur d’eau.
A. Éléments accidentels gazeux. — Les premiers dont il va être question, quoique étant des impuretés, sont tellemenls constants, qu’ils pourraient être mis sur le môme pied que l’un des éléments normaux, l’acide carbonique.
1° Ammoniaque. — C’est le corps auquel s’applique le mieux cette formule. « D’après l’opinion émise par Boussingault et reprise par Scblœsing, les nitrates enlevés au sol par le drainage naturel des eaux pluviales et versés dans la mer, y seraient décomposés sous l’action de la vie sousmarine et ramenés à l’état d’ammoniaque. Les eaux marines en renferment, en effet, des quantités appréciables qui s’en échappent graduellement avec l’eau évaporée. Là serait l’origine de l’ammoniaque normale de l’air, peu variable d’un point à l’autre d’un grand pays comme la France. » ( Annuaire de Montsouris.) Par un autre côté, l’origine de l’ammoniaque la range bien dans les éléments accidentels; ses proportions dans l’air oscillent, en effet, selon que les décompositions organiques, fumiers, foyers putrides des grandes villes, en dégagent plus ou moins, par localités.
Elles sont toujours très faibles, ainsique l’on peut en juger par le tableau suivant, que Renk emprunte à Fodor et à quelques autres auteurs:
Ammoniaque dans l’air libre (par mètre cube). Auteurs. Localités.
Græger Mulhouse (par la pluie)
Kémp Côtes d’Irlande
Frésénius Wiesbaden, de jour
— — de nuit
Horsford Boston, en juillet
— — en décembre
Pierre Caen, à 3 mètres au-dessus du sol (hiver)..
— — à 8 mètres — (année).
Bineau Lyon, à 7m,50 —
— — à 23 mètres —
— Caluire, en été
Viu.e Paris
Brown Burton, sur le Trent
— Aux environs de la ville....
Smith
Clermont-Ferrand
Au puy de Dôme
Au pic de Sancy
Montsouris (moyenne)
Budapest (moyenne do 1819)
— moyenne de jour. .
— — do nuit. .
Truchot.
Lévv. .
Fodor
Ammoniaque par mètre cube, en milligr.
Solon les deux derniers savants, les proportions d’ammoniaque sont à leui minimum en hiver, augmentent au printemps, atteignent le maximum en été, et se maintiennent encore assez haut en automne.
En Ecosse, sur divers points de Glascow, on a obtenu les nombres suivants, par mètre cube d’air :
DE L’ATMOSPHÈRE
[Hygiène
Milligr.
Western Inflrmary .. 0,015 d’ammoniaque.
IIospital-Kcnnedy-Street 0,019 —
Sailor's Home 0,024 —
Calton 0,044 —
Stirling-Square 0,059 —
Quoique toxique, l’ammoniaque n’existe pas dans l’air libre, à un taux qui puisse, par lui-môme, compromettre ni même influencer la santé. Il n’en est pas tout à fait de même dans les espaces clos, lorsque la décomposition de matières azotées envoie dans un air limité des quantités considérables d’AzH3 à l’état gazeux. C’est tout d’abord un indice de putridité. En outre, ce gaz et ses combinaisons peuvent avoir des effets d’irritation locale sur diverses muqueuses; à la rigueur, influencer la constitution du sang. Mais alors, comme dit Renk, son action se confond avec celle de tant d’autres gaz ou corps volatils, que l’on ne sait pas bien quelle est sa part.
D’après les expériences de K. -B. Lehmann, à l’Institut d’hygiène de Munich, l’ammoniaque ne produit des effets pathologiques chez les animaux (chats, lapins, cobayes, rats), qu’à des doses assez élevées, en général dépassant ! p. 1000. Les effets immédiats sont plutôt généraux et consistent dans le ralentissement de la respiration. Puis, à partir de 2 p. 1000, se manifestent les effets locaux, dont le trouble de la cornée est l’un des premiers et des plus constants. Il faut arriver aux doses de 15 à 30 p. 1000, pour remarquer des signes violents de douleur et déterminer la mort des animaux, au milieu delà dyspnée et des convulsions. Si la dose, assez forte, n’a pas été poussée jusqu’au point d’entraîner la mort, il se produit de l’œdème de la glotte, des hémorrhagies sous-muqueuses, du catarrhe bronchique, de l’œdème pulmonaire, mais pas de gangrène ni de nécrose.
Il va sans dire que, chez l’homme, l’inhalation de pareilles quantités d’ammoniaque ne se réalise que dans certaines circonstances rares, qui rentrent dans les accidents de l'industrie (fabriques de glace par l’appareil Carré, fabriques de soude, etc.).
Il y a de si grandes inégalités dans les proportions d’Aztl3, selon les lieux et les temps, que Renk y voit la preuve qu’une bonne parlie de l’ammoniaque de l'air n’est pas à l’état gazeux, sans quoi elle obéirait à l’action des courants et de la diffusion, mais à l’état solide et qu’elle reste en suspension dans l’air comme le charbon de la fumée. En effet, AzH3 se combine avec les acides carbonique, nitreux et nitrique de l’air; le carbonate d’ammoniaque peut rester volatilisé, mais cela n’arrive pas, à la température ordinaire, au nitrate d’ammoniaque.
Nous avons dit précédemment (page 174) que Scklœsing regarde la mer comme la principale source, ou tout au moins comme le régulateur de l'ammoniaque de l’air. L’azote des matières animales ou végétales décomposées s’oxyde dans le sol et ce sont des nitrites et des nitrates que l’eau souterraine et les fleuves portent à la mer; celle-ci réduit les nitrates et met de l’ammoniaque en liberté.
Le professeur Fodor tend à se séparer de cette théorie et fait ressortir que l’ammoniaque de l’air vient de la surface du sol, qu’elle augmente avec les circonstances qui favorisent la putréfaction et qu’elle est comme la mesure de la propreté des localités.
générale.] ÉLÉMENTS ACCIDENTELS DE L’ATMOSPHÈRE. 313
Dosage de l’ammoniaque. — Le môme savant hygiéniste dose A z II 3 en faisant passer de 4 à 10 ou 12 mètres cubes d’air sur l’acide sulfurique étendu ; la solution acide et les eaux de lavage sont ensuite soumises à la distillation avec du lait de chaux, jusqu’à ce que toute l’ammoniaque soit passée. On détermine alors la proportion d’ammoniaque dans les produits de la distillation au moyen du réactif de Nessler et de la solution normale au 100° de chlorure d’ammonium, comme terme de comparaison.
2° Acides nitreux et nitrique. — Ils se forment de l’azote et de l’oxygène de l’air, sous l’influence de l’étincelle électrique, et aussi de l’oxydation (par l’ozone) de l’ammoniaque provenant des décompositions de matière azotée. Les proportions dans lesquelles ils existent dans l’atmosphère sont très faibles et n’intéressent probablement pas la santé. On ne parvient à les doser qu’en analysant les eaux météoriques, qui les dissolvent, comme nous avons vu aussi (p. 175) qu’elles dissolvent de l’ammoniaque.
Acide nitrique par litre d’eau météorique.
Auteurs.
BxnnAL
Bocssingault
Localités.
Paris
Vosges
— par une pluie d'orage
Paris
AzOS par litre, en milligr.
•— d'un brouillard condense
eau de neige
Way
Angleterre (eau de pluiel
Bobiebbe
Nantes
GoPPEt.SUÔDER . . . .
. Bâle
Eiciihorn
Kutsclien
Insterburg
Rcgenwalde
Proslcau
Les météorologistes de Montsouris trouvaient (1877) de 0raer,3 à 7msr,8 Az O5 par 100 mètres cubes d’air, à Paris.
On pourrait, dans certaines fabriques de produits chimiques, en rencontrer des proportions plus élevées et plus offensives.
3 1 impuretés gazeuses ou volatiles. — Elles ont un caractère tout à fait contingent. Leur présence est liée à des conditions locales; elles ne sont sensibles qu à une courte distance du point où elles se sont formées et ne sont pas durables. On peut les rattachera trois ordres de causes: les décompositions organiques, l’industrie, la vie de l’homme et des animaux.
a. (jo.~ de décomposition organique. — A cette classe pourraient se rattachai , pour une grande part, 1 ammoniaque et Y acide carbonique, sur lesquels nous ne reviendrons pas. h hydrogène protocarboné se remarque dans l'air des marais (Roth et Lex); il caractérise l’air de certaines galeries de mines (grisou). L hydrogéné sulfuré , qui accompagne quelquefois le précédent, dans les contrées malariales, est un des produits les plus constants de la putréfaction et fait toujours partie, avec Y ammoniaque, les amines, les acides gras volatils, des gaz des fosses d’aisances, des égouts mal faits, des fleuves qui reçoivent les déjections urbaines (la Tamise en 1833, sous les fenêtres
DK L’ATMOSPHÈRE.
du Parlement). La pratique de la vidange à la main et en petits tonneaux mal fermés en verse, tous les matins, des torrents dans les rues de Lille (sulfhydrate d’ammoniaque).
On peut rapprocher des gaz dont il est ici question les émanations des cimetières mal soignés, des voiries, des clos d’équarrissage, des fabriques d’engrais (Paris, en 1880); ce qui nous conduit aux gaz d’industrie. On a signalé Y hydrogène phosphoré dans l’air des cimetières.
L’acide sulfhydrique est toxique pour les animaux (chiens et chats) dans les proportions de 2,5 à 5 p. 1000 qui, heureusement, ne se réalisent jamais à l’air libre. Mais le fait se produit peut-être dans les fosses d’aisances et sur certains points des égouts.
Dans tous les cas, les gaz de la putréfaction, y compris ceux des égouts et des latrines malpropres, ne peuvent déterminer que des intoxications et n'engendrent pas de maladies infectieuses . A cet égard, la théorie anglaise (■ Seivergases theory) sera discutée au chap. de I’Hygiène urbaine. L’idée de Wernich, que les gaz de la putréfaction disposent le sang humain à être le milieu de culture des germes infectieux, a été réduite à néant par Buchner et par F. Renk. Ce dernier admet toutefois une intoxication chronique par l’inhalation prolongée de ces mômes gaz, avec des désordres de l’hématopoïèse et de la digestion qui entraînent peu à peu l’inanition, l’amaigrissement, la faiblesse intellectuelle et physique. Zuber restait dans le doute vis-à-vis de cette « hypothèse ». Cependant, à défaut de vérification par le laboratoire, il semble bien que l’observation naturelle montre quelquefois la réalisation plus ou moins parfaite de l’état décrit par Renk, chez les habitants de quelques quartiers des villes dont les logements abritent, d’une façon spéciale, la putridité.
b. Gaz de l'industrie. — La plupart des houilles sont pyriteuses; d’où il suit qu’en brûlant, elles répandent des vapeurs d'acule sulfureux, qui, à la faveur de l’humidité de l’air, se transforme en acide sulfurique. Le chauffage domestique au charbon de terre projette déjà de ces acides dans l'air urbain, mais ils ne sont qu’une infime partie de ce qu’en versent les hautes cheminées d’usines (400 à Lille, environ), les fours des verreries, les fabriques de bleu d'outremer par le procédé français, les fabriques d’acide sulfurique.
On compte lBr,67 d’acide sulfurique dans 1000 mètres cubes de l’air de Londres; 2e% 51 8 à Manchester (A. Smith). On en trouve aisément 22 milligrammes dans 1 litre d’eau delà pluie de Lille (Ladureau). Renk cite, d’après Hasenclever, une usine qui mêle à l’air 1,440,000 quintaux de gaz acides, dont 58 p. 100 d’acide sulfureux dû à la combustion de la houille. C’est un inconvénient sérieux. Outre le fumet désagréable de ces vapeurs, elles brûlent les plantes, acidifient l’eau des citernes, attaquent les instruments et les ustensiles de cuivre ou d’acier, décolorent les papiers de tenture, ternissent Iqs étoffes, etc. A Lille, la pluie troue rapidement les toitures en zinc et les plombières.
On ne sait quelles influences l’acide sulfureux, dans ces conditions, peut avoir sur la santé; elles ne semblent pas devoir êlre heureuses, bien que
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quelques-uns aient rappelé, à celle occasion, les propriétés antiseptiques de ce gaz. Les recherches de Masanori Ogata, qui ont l’assentiment de Lehmann, tendent à prouver que l’acide sulfureux n’a pas, vis-à-vis des grands animaux, l’indifférence relative que lui attribuait L. Ilirt. Il tue les lapins à la dose de 2 ou 3 p. 1000. Indépendamment de son action irritante, ce serait un « poison du sang ». A vrai dire, les proportions mortelles n’existent pas dans l’air libre; mais elles pourraient quelquefois so présenter dans l’industrie.
L’ammoniaque fait quelquefois partie des gaz d’industrie ( Voy . plus haut). Dans d’autres circonstances, ce sont des vapeurs de chlore , d 'arsenic, d'acide phosphorique. Le chlore est un des gaz les plus toxiques que l’on connaisse, et, d’après Lehmann, ses effets sont beaucoup plus intenses que ne l’ont cru L. Hirt et Eulcnberg, puisque le premier n’a pu, dans ses expériences sur les animaux, aller au delà de la proportion 0,8 p. 1000 dàns l’air qu’il leur faisait respirer. Les phénomènes manifestés par les victimes sont ceux d’une excitation violente et douloureuse, la dyspepsie et, plus tard, la somnolence.
L’acide chlorhydrique (fabriques de soude) agit comme l’ammoniaque (Lehmann). Les fabriques d’ammoniaque mêlent à l’air de l’hydrogène sulfuré, du sulfhydrale d’ammoniaque, de Y hydrogène arsénié ; les ateliers de vulcanisation du caoutchouc y envoient du sulfure de carbone; les fonderies de suif, les fabriques de vernis, celles de bâches imperméables, y répandent des acides gras volatils ; les tanneries y mêlent des gaz de putréfaction.
Le gaz d’éclairage a droit à une mention particulière. Sa canalisation dans le sol en fait pénétrer des torrents sous le pavé des villes, par les Assures ou les maljoints des conduites; de là il se diffuse dans l’air. C’est, comme nous le dirons, un mélange très complexe d’hydrocarbures, la plupart odorants, et d’oxycle de carbone (3 à lo p. 100), gaz éminemment toxique, mais dont la nocuité ne s’exerce pourtant que dans les espaces clos (Voy. Habitations, Éclairage).
c. Produits gazeux ou volatils dus à la vie de l'homme et des animaux. — Ceux-ci ont une grande importance, de ce fait qu’ils atteignent tout d’abord l’air limité des habitations et des rues.
En tête de ces produits se placent ceux de la respiration. On savait depuis longtemps que Y air expiré des poumons de l’homme et des animaux vicie 1 air des espaces clos, par l’acte carbonique , dont les proportions s’élèvent aisément à 1 p. 1000 et davantage, dans une chambre de caserne à la An de la nuit, dans une salle de classe après quelques heures de séjour des écoliers. Mais 1 on se rendait bien compte que cette viciation par de telles proportions de CO2 n’est qu’une infériorité de l’air, et ne le rend ni toxique ni infectieux. Aussi supposait-on que l’air expiré renferme quelque autre chose de beaucoup plus oü'ensif; ce quelque chose devait être tout au moins de la matière organique de déchet, putrescible ou déjà putride, dans un état de division extrême, volatile peut-être; et même, le cas échéant, cette matière expulsée par l’acte expiratoire pouvait renfermer de véritables germes infectieux.
316 DE L’ATMOSPllÈÜE. |Hygièue
Or, ces hypothèses se sont évanouies quand on les a soumises à la vérification expérimentale. L’air expiré n’est pas aussi optiquement pur que le prétend Tyndall, car il contient une partie des poussières qu’avait introduites l’air inspiré; mais la surface vésiculaire ou bronchique ne fournit aucune molécule solide, germe ou autre, à la colonne d’air que le poumon rejette; c’est le contraire, cette surface relient les poussières qui sont venues à son contact. Ilermans démontre, par l’analyse chimique, que l’air d un espace clos, dans lequel a respiré, pendant huit heures, un homme préalablement baigné et vôtu d’effets absolument propres, bien portant, et n’ayant spécialement aucun trouble des fonctions digestives, ne révèle pas trace de matière organique aux réactifs les plus délicats (solution de caméléon). Il n’y a, par conséquent, pas de matière oxydable volatile dans un pareil air, non plus, apparemment, que de poussières organiques en suspension. W. Dubreuilh et J. Straus, d’autre part, ont reconnu que l’air expiré est généralement pur de germes; la respiration des hommes fixe les microbes sur le poumon, et ce pourrait être un moyen de purifier l’air à cet égard.
Il reste pourtant, de ces études, une remarque récente, qui prouverait que tout n’est point erroné dans l’intuition de nos devanciers, et que la respiration de l’homme et des animaux met une substance volatile nuisible dans l’air des espaces clos. Ce sont les constatations de Brown-Séquard et de d’Arsonval, communiquées à la Société de biologie (24 décembre 1887 et séances suivantes), d’après lesquelles l’air expiré contiendrait une ou plusieurs substances toxiques telles que, si l’on injecte à un lapin 6 à 7 grammes du liquide obtenu par la condensation des vapeurs pulmonaires qu’entraîne l’air expiré sortant de la bouche d’un homme, on observe des troubles divers (dilatation pupillaire, ralentissement de la respiration, accélération du pouls, abaissement de température, faiblesse paralytique) et même la mort, lorsque l’injection va à 15 centim. cubes de ce liquide. La toxicité de ce liquide ne diminue point par l’ébullition. Pour les auteurs, c’est un « alcaloïde volatil », sécrété parles poumons et très analogue à la ptomaïne que Brieger appelle « névrine putréfactive ».
Toutefois, A. Dastre et P. Loye, qui admettent que l’excrétion de divers composés, tels que le carbonate d’ammoniaque, peut être une fonction permanente de la glande pulmonaire, ont appelé l’attention sur la nécessité de distinguer entre l’air qui sort du poumon directement et celui qui a, en outre, traversé les voies respiratoires supérieures, les bronches, le pharynx, la bouche. En faisant agir le premier seul, ces derniers auteurs n’ont observé aucun accident. Mais comme dans la réalité des choses, c’est le second, c’est-à-dire l’air mixte, qui se répand dans les pièces où se trouvent des hommes ou des animaux, il convient d’accorder la plus grande attention aux résultats de Brown-Séquard et de d’Arsonval. L'anthropoxine n’est plus une simple vue de l’esprit; il y aurait môme une zootoxine pulmonaire.
D’ailleurs, cette viciation organo-chimique de l’air est complétée par l’évaporation de la sueur et par ses éléments volatils ( acides formique, butyrique, acétique, propionique), ou les produits de leur décomposition dans
générale.] ÉLÉMENTS ACCIDENTELS DE L’ATMOSPHÈRE.
les vêtements que la sueur imprègne ( ammoniaque , acides valériamque , capro'ique, caprylique), avec des substances odorantes, variables selon les individus. La peau elle-même fournit de ces dernières, indépendamment de la sécrétion sudorale, en santé ou en maladie.
Le tube digestif, de la part des personnes chez qui ses fonctions sont quelque peu pénibles, évacue des gaz et des vapeurs odorantes, par haut ou par bas. Les gaz qui se sont accumulés dans l’intestin s’échappent avec l’excrétion fécale qui, elle-même, encore à l’état frais, en met en liberté d’autres avec des essences odorantes (acide carbonique, ammoniaque, hydrogène, acides butyrique, acétique, indol, phénol, scalol). Lorsque les déjections ont fermenté, c’est le tour de l’hydrogène sulfuré et des amines. Dans de mauvaises conditions, que l’on spécifiera ultérieurement, les cabinets d’aisances sont le foyer de production de ces éléments et en pénètrent l’air des habitations.
Le chauffage et l 'éclairage produisent toujours de l’acide carbonique; le second fournit presque toujours de la vapeur d’eau. Selon que les appareils sont plus ou moins parfaits et fonctionnent plus ou moins bien, ce sont là aussi deux sources d’oxyde de carbone, de vapeur de charbon, de carbures d’hydrogène, d’acides sulfureux et sulfurique. Le passage des poussières organiques sur la paroi rougie des poêles de fonte donne lieu à la formation d e produits de distillation sèche , mal odorants.
La fermentation de la gélatine des enduits, de la colle de pâle sous les papiers de tenture, des matériaux de construction quelconques, à la suite de l’invasion des moissisures ou des Schizomycètes, dont beaucoup fabriquent des odeurs, est une cause fréquente d’imprégnation fétide de l’air des appartements. Les odeurs de crasse et de renfermé sont dues, vraisemblablement, à la fermentation des molécules organiques déposées par les contacts et par la sueur sur les vêtements, les meubles, les objets de toilette. Il n’y est remédié que par la propreté et par la ventilation, qui oxyde à fond ces substances en proie à la décomposition lente.
11 suffit d’une mention, défavorable d’ailleurs, aux parfums artificiels, dont quelques-uns aiment à s’entourer, et même aux fleurs odorantes, dont la place n’est pas dans les pièces habitées.
L'homme fuit instinctivement les mauvaises odeurs et recherche les odeurs agréables; c’est aux plantes, le plus communément, que l’on demande celles-ci et c’est là qu’est le principal danger; parce que les fanatiques des fleurs s’en entourent dans les appartements et que les plantes respirent, par conséquent altèrent aussi l'atmosphère (la nuit surtout). Cependant, on cite quelques faits qui prouveraient que les parfums végétaux par eux-mêmes peuvent être cause d’accidents graves et même mortels. Ainsi, cet épicier et son domestique, cités par Wiel et hnehm, que 1 on trouva morts dans leur chambre pour avoir couché en compagnie de trois caisses d orangers, et cet autre imprudent qui s’était fait une sorte d’al- (ô\o avec des branches d Oleandcr, et qui éprouva le même sort (Les parfums du laurier-rose ont peut-êlre une toxicité spéciale).
Les odeurs de la putréfaction éloignent tout naturellement les humains des foyers où s accomplit ce phénomène. Cependant IN'ægeli fait remarquer que la
318 DE L'ATMOSPHÈRE. [Hygiène
putréfaction suppose nécessairement l’humidité ; or les spores de champignons infectieux ne quittent pas les surfaces humides; par conséquent l’odeur de putréfaction indique précisément qu’il n’y a pas encore de danger. C’est quand le foyer est à sec, que le dégagement de gaz cesse et qu’il n’y a plus d’odeur, que les germes infectieux peuvent se répandre dans l’atmosphère et gagner nos voies respiratoires. On comprend, dans cette conception, que des auteurs aient déclaré inoffensives les selles fraîches de cholériques ou de Lyphoïsants. En fait, les médecins, si souvent atteints par l’odeur de pareilles déjections; les paysans, qui vivent dans les parfums stercoraux; beaucoup d’ouvriers et même la plupart des citadins, dont l’atmosphère est si souvent pénétrée de parfums suspects, ne sont pas frappés de maladies en proportion du danger qu’il y aurait, si ces émanations, comme telles, étaient vraiment très offensives.
Finalement, au point de vue des applications sânitaires et en dehors de ce qui a été dit des fortes doses de gaz toxiques, la formule ne saurait être l’innocuité des gaz étrangers en proportions minimes, des corps volatils et des principes odorants. « Tout ce qui pue ne tue pas », disait Bouley, et l’inverse est également exact. Mais tout ce qui atteint le simple bien-être diminue l’épanouissement de la vitalité. L’hygiène n’est pas seulement négative ; elle ne se borne pas à enseigner la préservation contre les agents violents; elle tend à élever la santé humaine et, tout d’abord, dans ce but, à maintenir aux milieux leurs vertus positives. La principale vertu de l’air est d’être un tonique et un oxydant; il l’est d’autant plus qu’il est plus pur, comme on le reconnaîtra, h chaque pas, dans ce chapitre. De sorte que l’hygiène ne saurait mieux faire que de réclamer la réalisation de la définition des chimistes : « l’air est un gaz incolore, inodore et sans saveur. » Il n’est pas plus normal de respirer un air entaché de gaz putrides, de vapeurs irritantes, d’émanations nauséabondes, que de boire une eau sale ou de manger des aliments avariés.
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Consulter. — Dumas et Boussingault : Recherches sur la véritable composition de l’air atmosphérique (Annales de chimie et de physique, 3° série, III, 1841). — Boussingault : Recherches sur la quantité d'acide carbonique contenue dans l'air de la ville de Paris (Annales de chimie et de physique, 3' série, X, 1844). — Boussingault et Lévy : Observations simultanées faites à Paris et à Andilly pour rechercher la proportion d’acide carbonique contenue dans Pair atmosphérique (Comptes-rend. Acad, des sciences, XVIII, 1844). — Régnault : Résultat de recherches sur la composition de l’air atmosphérique à
Paris pendant le mois de janvier 1848 (Comptes rend. Acad, sciences, XXVI, 1848).
Pettenkofer (Max von) : Ueber eine Méthode die Kohlensüure in der atmospharischen Luft zu bestimmen (Abhandl. d. Kgl. Bayer. Akademie, 1858). — Conseil de santé de l’armée : Instruction sur les observations météorologiques à recueillir dans les hôpitaux militaires (Recueil de mém. de méd. milit., 3e série, XI, 1864). — Vivenot : Ueber die Messung der Luft feuchtigkeit (Wiener medic. Wochenschrift, 1864). — Smith (Robert Angus) : Air and Rain; the beginnings of a Chemical climatology. London, 1872. — Fox (Cornel. B.) : Ozone and antozone. London, 1873. — Truchot : Sur la proportion d'acide carbonique dans l'air atmosphérique. — Sur la quantité d'ammoniaque à différentes altitudes (Comptes-rendus Acad, des sciences, LXVII, 1873).
B. Éléments accidentels solides. — Nous comprenons sous ce titre les poussières et les micro organismes. Ces derniers sont encore assurément des poussières ; mais ils sont intéressants à tout autre égard que celui de leurs propriétés de corps pulvérulents.
Poussières atmosphériques. — Au point de vue du volume, Nægeli divise les poussières en trois groupes : poussières visibles, poussières solaires, poussières invisibles. Le dernier groupe est essentiellement constitué par les Schizornycètes. Dans le premier, se rangent toutes les poussières visibles à l’œil nu. Celles qu’on ne voit que dans un rayon de soleil sur fond sombre forment le deuxième groupe. Tyndall a montré que ce rayon traversant un air absolument pur ne serait pas visible. Renie assure néanmoins avoir trouvé un moyen de rendre visibles des poussières qu’on ne remarque pas dans un rayon de soleil ; ce moyen repose sur le fait par lequel Ailkin explique la formation du brouillard, à savoir, que, dans un air saturé d humidité, la vapeur ne se précipite que sur des molécules solides.
Provenance des poussières. — Il y a peut-être des poussières cosmiques ; ainsi les sphérules noires de fer, signalées par Gaston Tissandier, revues par Nordenskjold sur les glaces des régions circumpolaires, et par Schuster
320 DE L’ATMOSPHÈRE. [Hygièno
au voisinage des Pyramides. Mais le caractère météorique attribué à ce fer par les auteurs précédents est contesté par d’autres, principalement en raison de ce qu’il n’y a pas de poussière de nickel, métal que l’on devrait rencontrer plus souvent que le fer, s’il y avait des poussières d’origine cosmique.
Les poussières les plus communes viennent de l’usure des roches, sous l’action delà température et de l’eau. Bien que lourdes, elles sont assez ténues pour que le vent les soulève, les transporte au loin, les étale sur les continents, dont elles modifient le relief, avec l’aide des siècles. On leur attribue la formation des grandes plaines qui s’étendent du Mississipi aux Montagnes Rocheuses, les steppes de la Chine et de l’Asie centrale (v. Richthofen).
D’autres fois la poussière est due à des phénomènes volcaniques. Celle qui ensevelit Ilerculanum • et Pompéi, et qu’on appelle improprement « cendre», est de la lave porphyrisée parles gaz développés pendant qu’elle était en fusion.
Dans les villes, le frottement des roues de voitures et les pieds des chevaux pulvérisent, à la surface des chaussées, des matières calcaires et siliceuses, que la trépidation du sol en détache ensuite et que le vent disperse. Le charbon, le silex, les sels terreux, alcalino-terr eux et alcalins, ne font jamais défaut dans la poussière urbaine (Miquel). Le silex y apparaît soit en fragments à arêtes aiguës, soit en grains extrêmement ténus. Le carbonate et le sulfate de chaux se rencontrent à l’état amorphe ou semi-cristallisés. Miquel a maintes foisconstaté, contrairementàl’opinion de certainsauteurs, que l’air renferme des cristaux à formes géométriques parfaites. Mais c’est surtout la poussière de charbon qui est le fléau des grandes villes, industrielles spécialement, Londres, Manchester, Birmingham, Lille, Barmen, Elberfeld, etc. (Yoy. hygiène urbaine). Renk insiste sur le désagrément qu’inflige à tout le nord-ouest de l’Allemagne la fumée de la tourbe ( Moorrauch ), provenant de l'habitude qu’ont les paysans de la Frise et de certaines régions de la Hollande de brûler, au printemps, d’énormes quantités de tourbe pour pouvoir cultiver dans ses cendres un peu de froment, de seigle ou d’avoine. Des pays entiers, très éloignés des marais tourbeux, sont infestés de cette poussière charbonneuse et de ces noirs nuages, juste au moment (avril-mai) où le réveil de la nature devrait la rendre le plus agréable.
On peut rapprocher des précédentes les poussières industrielles, si variées, simplement irritantes ou sérieusement toxiques, dont le détail sera donné en son lieu.
Enfin, les règnes organiques fournissent une quantité de poussière que Gaston Tissandier a évaluée au tiers de la masse pulvérulente qui existe dans l’atmosphère des villes. Tichborne (Dublin) et Wolfinger (Munich) indiquent à peu près la même proportion. Ehrenberg, dès 1828, reconnaissait dans l’air de Berlin la présence d’organismes propres aux régions africaines et, dans l’air du Portugal, des débris d’infusoires appartenant aux steppes d’Amérique. Ce fut le commencement des immenses découvertes qui allaient être faites sur le rôle des germes de l’air.
générale.] ÉLÉMENTS ACCIDENTELS DE L’ATMOSPHÈRE. 321
Les poussières végétales sont ou dos microorganismes vivants et leur» spores, ou des débris de fibres, de cellules, de pellicules épidermiques, de spires de trachées, de poils végétaux. Dans l’air des habitations, les libres de coton, de lin, de chanvre, abondent. Puis viennent les pollens de toute sorte (fig. 50, d ), dont il y a une extrême abondance aux mois d avril, mai, juin. Enfin, les grains d’amidon forment environ la centième parti o des poussières organisées, apportées par les vents.
Les poussières animales comprennent des cadavres de petits insectes ou leurs débris, des écailles de papillons, du duvet, des brins de laine, des débris de cellules épithéliales, rares en plein air. L’air tient encore en suspension des œufs d’infusoires ; Ehrenberg, de Quatrefages, Sanderson, Cunningham en ont jugé ainsi d’après les constatations de ces œufs dans les eaux météoriques. Mais il est très difficile de les trouver dans l’air même, au milieu des autres corpuscules, à l’aide de la réaction de l’ammoniaque, du moment qu’il n’y en a qu’un ou deux, selon l’estimation de Miquel, dans 10 mètres cubes d’air, c’est-à-dire perdus dans 200,000 spores de cryptogames.
L’observateur qui vient d’être nommé a réussi, au moyen de procédés ingénieux et qui n’admettent guère d’objections, à obtenir dans l’eau de pluie, à côté de nombreuses productions cryptogamiques, un infusoire voisin du genre Chætomonas , de nombreux infusoires de ceux qu’Ehrenberg a nommés Monas lens, des amibes et des infusoires ciliés très analogues, sinon identiques, à l’espèce Cercomonas crassicaudata de Dujardin ; c’est-à-dire des Monades et des Rhizopodes, comme il était arrivé à Samuelson. Donc il y a des œufs d’infusoires dans l’air, et il n’est pas nécessaire de supposer que les monades et les rhizopodes aient besoin pour exister de passer à l’état de zoospores de cryptogames. D’ailleurs, on s’est assuré que les spores de cryptogames vulgaires, cultivées à l’état de pureté, ne donnent point d’infusoires quand on les ensemence dans de l’eau bouillie.
(") a, cristaux. b. débris végétaux, fibreux et cellulaires. — c, grains d'amidon. — d, pollens Miquel).
Arnould, Hygiène. ‘2e édit. 21
Fig. 50. — Particules minérales et poussières végétales clc V atmosphère (’).
322 de l’atmosphère. [Hygiène
Suspension des poussières dans l'air. — A l’air libre, ce sont les grands courants atmosphériques qui font flotter les molécules solides, sollicitées d’ailleurs par l’attraction du globe. Dans les habitations, selon la remarque de Nægeli, cet effet est dû aux courants de ventilation et même à ceux dont on ne se rend pas compte, qui procèdent des irrégularités de température. En outre, les gaz de l’air se condensent sur les petits corps solides et en augmentent le volume, sans en élever sensiblement le poids. De là une diminution de la densité des corpuscules de la poussière, telle que l’équilibre peut être parfait entre la vitesse du courant d’air et l’attraction terrestre ou même être rompu à l’avantage de la première.
Les liquides et les surfaces humides, lors même qu’il y aurait là des molécules en suspension ou lâchement fixées, ne donnent pas de poussières. C’est un des faits les mieux établis, grâce aux expériences de Nægeli, Buchner, Pumpelly et Smith, Miquel, Wernich. Cette loi s’appli quant aux microorganismes du sol humide et des eaux souillées, son importance ressort d’elle-même, et la question de savoir si les vapeurs émanées d’une surface liquide entraînent avec elles des microorganismes et des germes est résolue négativement. Une circonstance, toutefois, fait brèche à celte loi tutélaire, c’est que les liquides violemment agités, ou dans lesquels se forment des bulles de gaz qui viennent éclater à la surface, projettent de fines gouttelettes dans l’air par une sorte de pulvérisation ; les molécules solides primitivement en suspension dans cette part du liquide se trouvent ainsi transportées dans l’air et peuvent y rester.
Quantité des poussières. — Gaston Tissandier trouvait, dans l’air de Paris, 6 milligrammes de poussière par mètre cube, après la pluie, et 25 milligrammes par la sécheresse. A son estimation, 15 kilogrammes de poussières environ flottent dans une épaisseur de 5 mètres de l’aiu qui couvre le Champ-de-Mars (500,000 m.q.). A la campagne, le même savant n’obtenait que 0B'er,25 après la pluie et 3 à 4mgr, 5 en temps sec. Fodor, dans l’air libre, arrive aux moyennes de 0mgr,42 en automne, 0mgr,24pour l’hiver, 0mgr, 35, au printemps et0mgr, 55 en été.
En somme, les recherches portant sur la poussière en général sont peu nombreuses. On s’est porté avec beaucoup plus de soin vers la recherche des poussières animées, et nous n’aurons à indiquer cette technique spéciale qu’à l’occasion des microorganismes de l’air.
Rôle étiologique des poussières. — En en séparant, jusqu’à nouvel ordre, les corpuscules vivants, les poussières atmosphériques semblent pouvoir se distinguer en indifférentes , vulnérantes , toxiques, septiques.
Les premières proviennent surtout des substances végétales, sont de faible consistance, n’attaquent point nos tissus et sont facilement arrêtées par l’épithélium vibralile des bronches.
Les secondes, calcaires, siliceuses, charbonneuses, sont dures et souvent pourvues d'angles et d’arêtes qui leur permettent de forcer la résis- < tance du revêtement épithélial des voies aériennes.
Les poussières toxiques, de provenance minérale (plomb, arsenic), agissent beaucoup plus par absorption que par pénétration et, à la rigueur,
générale. J ÉLÉMENTS ACCIDENTELS DE L’ATMOSPHÈRE. 323
peuvent être prises par la muqueuse des lèvres, de la bouche, être dégluties avec la salive et jouer leur rôle d’agents vénéneux, sans s’introduire très profondément dans le système respiratoire.
Les poussières septiques nous paraissent compléter l’imprégnation lâcheuse de l’air que nous avons déjà signalée à propos du poison pulmonaire et des émanations odorantes.
Les poussières de toute espèce peuvent pénétrer et pénètrent dans l’économie. Deux circonstances ont pendant longtemps retardé la reconnaissance de ce fait, aujourd’hui unanimement admis; d’une part, on croyait que les poils placés à l’entrée des fosses nasales et surtout les cils vibratiles de l’épithélium bronchique empêchaient l’accès de molécules étangères jusqu’aux alvéoles du poumon; en supposant même que cet obstacle pût être franchi, comment les molécules minérales ou autres auraient-elles traversé la paroi alvéolaire? toul au plus les fragments ■pierreux ou métalliques, à angles aigus et à arêtes tranchantes, en paraissaient-ils capables. D’autre part, quand il s’agissait de la présence, dans le poumon, des molécules charbonneuses, les plus communes de toutes, il se posait toujours la question de savoir si les amas noirs n’étaient pas simplement du pigment d'origine animale plutôt que du charbon véritable.
La première difficulté était la plus sérieuse. Pearson en 1813, Laënnec en 1819, et beaucoup d’autres après eux, en France ou en Angleterre, avaieut affirmé la présence du charbon dans le tissu pulmonaire et indiqué les rapports de cette lésion avec la profession de charbonnier. Cependant, lorsque Villaret (1862), à l’aide d’expériences sur des lapins, eut démontré directement que la respiration d’une atmosphère charbonneuse entraîne le dépôt de molécules de charbon dans les alvéoles, il se crut obligé, en faisant la théorie des résultats obtenus, de supposer que ces molécules avaient pris le chemin très long de la circulation générale ; elles avaienl été absorbées sur la muqueuse digestive par les veines mésentériques, transportées par la veine-porte au foie, de là au ventricule droit, puis au poumon. Une circonstance qui le frappait particulièrement, c’est qu’il n’arrivait pas de poussière dans les alvéoles dans un laps de temps moindre que 6 heures d’inhalation.
Il n’y a plus aujourd’hui à discuter ce point. Les poussières de toute espèce suivent la voie bronchique, gagnent la vésicule pulmonaire et en traversent la paroi pour atteindre jusqu’au tissu conjonctif du poumon. Zenker (1865-67) démontra que les particules poussiéreuses n’ont même pas besoin pour s’introduire de posséder des angles ou des aspérités ; ainsi, la poussière d’oxyde de fer, composée de grains arrondis, nullement offensifs, se retrouvait dans les alvéoles. En •ce qui concerne la poussière de charbon, Traube (1860) la reconnaissait dans les cellules et le tissu du poumon, après la mort, chez un individu qui avait pratiqué Je commerce du charbon de bois. Virchow, après quelques hésitations fondées suides raisons physiologiques (l’absence de particules charbonneuses dans l’épaisseur de la cloison inleralvéolaire, leur accumulation sous la plèvre), déterminait non seulement la nature des amas noirs, mais jusqu’à l’essence de bois qui les avait fournis. Selon Robin, la pénétration des particules solides dans les tissus se fait, non par déchirure, mais par pression; les éléments histologiques s’écartent pour laisser passer ces molécules et se referment sur elles. Rindfleisch (1871) proclame de meme que les particules poussiéreuses adhérentes à la paroi vésiculaire ne peuvent recouvrer leur liberté; leur pesanteur aide à la pénétration. Arrivées dans le parenchyme pulmonaire, elles suivent le torrent des fluides nourriciers exlra- 'asculaires, rencontrent les éléments cellulaires qui sont capables de fixer dans
T)lî L ATMOSPHÈRE. [Hygiène-
leur protoplasma les corpuscules solides de très petites dimensions, les corpuscules du tissu conjonctif, les cellules migratrices ( Wanderzellen ); celles d’entre elles qui ne sont pas fixées gagnent la racine du poumon et s’incorporent aux glandes lymphatiques du médiastin.
Il conviendrait, selon nous, d’ajouter à la dureté, avec ou sans arêtes, la ténuité comme condition qui favorise la pénétration des molécules minérales dans l’épaisseur du tissu pulmonaire. Los poussières de coton, comme telles, ne possèdent ni l’une ni l’autre de ces qualités dangereuses et, s’il est certain qu’elles pénètrent aisément dans les bronches, même les petites, il l’est beaucoup moins qu’elles traversent la paroi alvéolaire, comme le charbon, et forment des noyaux ou amas dans le tissu conjonctif du poumon. Il semble, en efi'el, que les maladies professionnelles de cette origine soient plutôt des catarrhes bronchiques que des pneumoconioses. (Voy. Hygiène industrielle.)
Nous n’avons pas besoin de faire remarquer que toutes les poussières peuvent être ingérées aussi bien qu’inspirées, puisque l’air choque d’abord les lèvres, le palais, le pharynx, avant de s’engager dans les voies respiratoires et qu’elles sont aptes à pénétres par toute solution de continuité de la peau. Cette réflexion vaut également pour les microorganismes de l’air.
Les poussières, minérales ou autres, ont encore une action mécanique fâcheuse sur la peau, dont elles obturent les pores ou qu’elles irritent simplement. Cette action irritante est plus sensible là où le tégument fait place à une membrane plus délicate, comme sur la partie extérieure du globe oculaire.
Les grandes villes, où le macadam a remplacé le pavé dans beaucoup de rues, où les démolitions, les bâtisses nouvelles, le grattage des façades, font voler incessamment la poussière jusqu’aux yeux et aux poumons des passants, doivent à cette pulvérulence commune une part de leur insalubrité (Bertillon, 1869). Certaines essences d’arbres, particulièrement recherchées pour les avenues des cités, versent dans l’atmosphère des poussières d’origine végétale, très offensives ; Durwel (1873) et Kestner (1879) ont dénoncé, sous ce rapport, en Alsace, la poussière des platanes. Les feuilles, les fruits et les jeûnes pouses de ces arbres, particulièrement des espèces d’Occident, se recouvrent dès le printemps d’une poussière blanchâtre, d’abord très adhérente, qui se détache en août-septembre, par les vents secs. Les yeux, le larynx, les bronches, en sont directement atteints ; de la toux et même des crachements de sang en résultent parfois chez les gens qui ont séjourné sous ces arbres. Le Comité de salubrité du cercle de Mulhouse, api'ès enquête, a dû donner le conseil de substituer aux platanes des promenades urbaines des arbres n’offrant pas cet inconvénient.
On trouvera plus loin la liste des professions à poussières, l’indication de la nature et des effets particuliers de celles-ci, les moyens de prophylaxie (Voy. II0 Partie: Hygiène industrielle). Les maladies qui s y rattachent sont toutes des affections banales ou des intoxications, jamais des maladies infectieuses.
générale.] ÉLÉMENTS ACCIDENTELS DE L’ATMOSPHÈRE. 32;>-
Les poussières septiques sont formées des molécules détachées du corps de l’homme, sain ou malade, et de celles qui s’élèvent des divers foyers de putréfaction, quand la surface en est suffisamment desséchée pour pouvoir se fendiller, s’effriter et abandonner des parcelles de matière sous l’influence des chocs ou des courants aériens. Il est difficile d envisager isolément les poussières de cet ordre, parce qu’elles portent avec ■elles, d’ordinaire, les microorganismes de la putréfaction ou même quelques-uns de ceux qui ont passé par l’économie d’individus atteints de maladies infectieuses. Pourtant, rien que par elles-mêmes, elles sont des souillures de l’air à un degré plus élevé encore que les gaz et vapeurs de môme caractère.
Les particules mortes, de provenance animale ou même humaine, ne sont pas difficiles à démontrer dans l’air atmosphérique. Eiselt (de Prague), Lhalvet, Réveil, Devergie, ainsi que Parités, Stanley, de Chaumont, etc., les ont trouvées dans les salles d’hôpital, associées ou non à des globules de pus. La condensation de la vapeur d’eau de l’air des habitations collectives sur des ballons refroidis, selon les procédés de J. Lemaire, permet aisément de recueillir de semblables débris, rapidement putréfiables.
Les remarques d’Angus Smith ont fixé un fait qu’il était facile de prévoir, à savoir, qu’à la faveur de l’humidité intérieure, que l’évaporation pulmonaire des individus assurerait au besoin, une semblable putréfaction s’empare en peu d’instants des particules organiques projetées dans l’air des habitations par les individus qui y séjournent. Venues ou non des poumons et de la peau d’hommes sains, ces matières communiquent à l'air une propriété absolument étrangère : Y animalisation. Fraîches, elles ■sont très anormales; putréfiées, il est vraisemblable qu’elles sont offensives.
Ces corps étrangers sont incessamment et abondamment produits dans les habitations étroites des familles pauvres, où une seule pièce sert, de jour et de nuit, à sept ou huit individus, dont le tégument est d’ailleurs habituellement malpropre; dans les dortoirs des lycées et pensionnats; •dans les chambres de casernes, surtout dans les pays où le gouvernement n’a pas encore assuré aux soldats le bénéfice du bain régulier. L’atmosphère de pareils locaux est nauséabonde; ceux qui viennent y dormir la trouvent oppressive et n’y obtiennent qu’un sommeil agité ou pénible. Cet état de choses s’aggrave naturellement quand la négligence à l’égard des tplanchers et des parois des pièces habitées leur permet de s’imprégner •de détritus organiques et d’en rendre la poussière à l’air intérieur. Le sol putride de quelques points des villes, des cours et rues que l’on ne protège pas contre le dépôt des immondices, fournit, en temps do sécheresse, des poussières de même nature, qui font échange avec celles des logements. La présence, dans ceux-ci, de latrines défectueuses, avec des abords déjà souillés de matières excrémentielles; le simple voisinage de latrines dans ces conditions, sont encore autant d’occasions de poussières septiques pour les habitations.
L)l£ L’ATMOSPHÈRE. [Hygiène
Il existe un moyen d’acquérir une idée de l’importance des matières organiques de l’air, lesquelles sont surtout constituées par les poussières septiques. Il consiste à doser séparément Ycimmoniaque albuminoïde de l’air, c’est-à-dire celle qui est en combinaison avec ces matières. En procédant de cette façon (dosage par le permanganate de potasse, méthode de Wanklyn), F. de Chaumont dans l’air des salles de Saint-Mary’s Hospital, et Ira Remsen, à Baltimore, ont constaté par mètre cube :
Ammoniaque libre. Ammoniaque albuminoïde.
milligr. milligr.
De Chaumont 0,3519 à 0,GG80 0,4710 à 0,0915
Ira Remsen 0,07 h 0,12 0,21 à 0,45
On croyait autrefois que Y animalisation et la putridité de l’air, dans lesquelles les poussières dont il est ici question jouent le principal rôle, peuvent par elles-mêmes propager les maladies infectieuses, si elles procèdent de malades atteints d’affections de cette nature, et môme provoquer d’emblée certaines de celles-ci, comme le typhus et la fièvre typhoïde , par le simple fait qu’elles émanent de la peau d’hommes sains, de foyers de putridité banale. Cette doctrine a fait place, à peu près complètement, à l’étiologie parasitaire des maladies infectieuses. L’animalisation de l’air ne peut donc plus avoir qu’une influence indirecte sur le développement de ces formes morbides, soit que la putridité atmosphérique fournisse aux germes un milieu nourricier, ce qui est difficile, à cause de la mobilité de ce milieu; soit, plutôt, qu’elle prépare le terrain humain et déprime la vitalité de la cellule animale:
Que les déchets organiques de l’économie, et jusqu’aux matières excrémentielles, y rentrent par une voie quelconque, par l’estomac ou par le poumon, ce sont des poisons réels, merveilleusement aptes à altérer lespropriétés du sang, à compromettre les fonctions primordiales, celles du cerveau, des organes digestifs, des glandes de l’hémopoïèse. On voit les soldats, dans les casernes, devenir dyspeptiques et anémiques à la fin de l’été, lorsque la chaleur et l’insomnie ont aidé, directement ou indirectement, l’action des molécules putrescibles de l’atmosphère de leurs chambres. En tout temps, ils ont moins de résistance vis-à-vis des maladies spécifiques ou banales de n’importe quelle nature, partageant cet attribut inférieur avec la majorité de la population des villes, surtout de celle qui d’habitude alimente les hôpitaux.
D’ailleurs, il peut y avoir des accidents aigus de cette origine et AV. Hammond avait quelques raisons de croire que les accidents mortels de la Black Hole de Calcutta n’étaient pas dus uniquement à l’acide carbonique, mais que les malheureux prisonniers s’étaient réciproquement empoisonnés par leurs produits de déchet. A la vérité, il envisageait particulièrement les produits de l’exhalation pulmonaire, qu’ils fussent solides ou gazéiformes, et l’expérience qu’il institua pour démontrer leur toxicité s’applique précisément au poison pulmonaire dont Broxvn-Séquard et d’Arsonval s’efforcent de démontrer l’existence (Hammond enferma une( souris sous une cloche, en ayant soin d’absorber CO2 et la vapeur d’eau au fur à mesure de leur production et de restituer à chaque instant l’oxygène consommé;
générale.] ÉLÉMENTS ACCIDENTELS DE L’ATMOSPIIÈllE. 327
l’animal ne mourut pas moins au bout d’une heure. — Mais les expériences plus récentes d’Hermans permettent de conserver des doutes à l’égard de la façon dont la précédente a été menée).
i^es inicroorga niitmes «1e l’air. — Cette classe intéressante de poussières, dont on ne soupçonne l’importance que depuis les travaux d’Ehrenberg, Schulze, Schwann, Schrœder etvonDusch, et surtout de Pasteur, a été tout d’abord le champ d’exploration préféré des bactériologues modernes. On espérait y trouver les germes d’un grand nombre de maladies, comme les agents des diverses fermentations. L’événement n’a pas enlièrement justifié les prévisions, et l’étiologie n’a pas reçu de ce côté les lumières positives qu’elle attendait. Néanmoins une foule de faits intéressants ont été établis et il importe de les connaître, même quand ils sont négatifs.
A. Richesse de l’air en microorganisjies. — Les résultats acquis jusqu’aujourd’hui permettent déjà de faire certaines distinctions instructives.
1° Air libre. Altitude moyenne. — L’air libre, sur le continent, aux altitudes moyennes, renferme des chiffres variables de microorganismes, dont les suivants, donneront une idée :
Auteurs.
P. Miquel
De Fiieudenreich. .
P. Miquel
\V. Hesse
Fbankland et Haut.
Colonies
Localités. par mètre cube.
Parc de Montsouris (moyenne de cinq années).. 480
Ville de Berne (rue Fédérale, 1884) 580
Paris (rue de Rivoli, moyenne de quatre années). 3480 Londres (Ryder-Street, juin 1884, par la pluie).. 24o
Berlin (janvier 1882) 200
— (février 1882)... 258
Schwarzenberg (octobre 1880, par la pluie) 2383
Kensington (moyenne) 4500
Les chiffres varient selon les années, les saisons, les mois, les jours et même les heures, suivant un certain nombre de lois. Le froid paraît être l’influence la plus antipathique aux bactéries aériennes. Les pluies en dépouillent momentanément l’atmosphère; mais, après chaque pluie chaude de l’été, leur nombre s’élève progressivement pendant dix à quinze jours, pour s’abaisser de nouveau, si la sécheresse continue.
Moyennes des bactéries par saison (Montsouris).
Hiver. Printemps. Été. Automne.
260 495 650 380 bactéries par mètre cube.
Les minima appartiennent généralement au mois de février et les maxima au milieu de 1 été. Sur la journée, il y a un premier maximum vers 8 heures du matin et un second, très élevé, à 7 heures du soir; les minima sont vers 2 heures après-midi et 2 heures du matin.
Les couches d air les plus voisines du sol sont toujours les plus riches en organismes. Les bactériens de l’air des villes, dit Miquel, peuvent venir de la campagne, de 1 intérieur des habitations et du sol des rues. 11 en vient peu de la campagne; mais beaucoup de la boue des rues, que certaines villes entretiennent par les ruisseaux des chaussées et les gargouilles
328 DE L’ATMOSPHÈRE. [Hygiène
d’eaux ménagères. Les habitations en cèdent à la rue, par l’ouverture des fenêtres, les jours de grands époussetages.
L’air du parc de Montsouris représente assez bien, sous le rapport de la richesse en bactéries, l’air de la campagne. Là, ils sont peu nombreux, parce que les conditions de leur dilîusibilité sont difficiles. Quand la pluie les a fait tomber sur le sol, ils y restent, par le fait de l’humidité d’abord, puis parce que la surface du sol s’encroûte et ne fait pas de poussière ; et aussi parce que les brins d’herbes, les plantes cultivées, les arbres, s’opposent à •ce qu’ils se relèvent dans l’atmosphère. Enfin, les schizomycètes étrangers sont mal venus, à la campagne, parmi les organismes normaux des terrains.
2° Air des espaces limités. — Nous empruntons à P. Miquel et à W. Hesse, les chiffres suivants, qui montrent combien la richesse en bactéries de l’air des habitations l’emporte sur celle de l’air libre :
Auteurs.
P. Miquei.. . . .
W. Hesse
Espaces clos. Microbes par m. c.
Appartements de la rue Monge 36.000
— de la rue Censier (neufs) 4.5G0
Laboratoire de Montsouris 7.420
Nouvel Hôtel-Dieu de Paris 40.000
Hôpital de la Pitié... 79.000
Égouts de Paris (1880) 6.000
Chambre habitée (Berlin, 1882) 6.461
— (Schwarzenberg) 2.600
Salle d’école (Berlin) avant la classe 2.000
— pendant la classe 16.500
— au moment de la sortie des élèves. . 35.000
Écuries de l’office sanitaire (Berlin) 36.000 à 260.000
Atelier de triage de chiffons innombrables.
Le nombre des microorganismes s’élève donc avec la condensation des habitants, la vétusté et la malpropreté des immeubles. L’air des égouts en renferme relativement peu.
Il est intéressant de faire remarquer que les sédiments atmosphériques qui se déposent sur nos meubles, sur les saillies et dans les encoignures des parois de nos appartements, sont les réelles réserves de microorganismes. Un gramme de poussière renferme, selon Miquel :
A l'observatoire de Montsouris 750.000 bactéries.
Dans une chambre (rue de Rennes) 1.300.000 —
— (rue Monge) 2.100.000 —
3° Air libre sur les hauteurs. — Lucien Benoist, aide de Miquel à Montsouris, a, le premier, fait des observations bactériologiques sur l’air des hauteurs. 11 opéra au sommet du Panthéon, en 1882, dans des conditions pénibles et méritoires, et obtint une moyenne de 200 microorganismes par mètre cube d’air.
De 1883 à 1884, Ed. de Freudenreich (de Berne) observa sur divers points des montagnes de son pays, entre 2,000 et 4,000 mètres d’altitude (Eiger, Strahlegg, glacier d’Aletscb, Schilthorn, Niesen) ; les germes de l’air étaient recueillis par filtration sur des bourres de coton de verre, que l'on soumettait ensuite aux procédés de Miquel. Les résultats furent légèrement variés, mais prouvant toujours l'excessive pauvreté en germes de l’air des
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altitudes. De telle sorte que Miquel, en inscrivant une bactérie par mètre cube pour l’air des montagnes, n’est vraisemblablement pas au-dessous de la moyenne.
-4° Air marin. — La bactériologie de l’air marin a été faite par Miquel, au moyen de récoltes pratiquées sur des bourres de coton de verre par le commandant .Moreau et le Dr Planty Mauzion, en divers voyages sur l’océan Atlantique et la Méditerranée, des navires la Gironde , le Cambodge, le Saïd, l'Amazone. Peu après, Fischer, de- la marine allemande, obtenait les mêmes résultats dans un voyage aux Antilles.
L’air de la mer, au large et par les vents du large, ne renferme autant dire pas de microorganismes, puisqu’il en a fallu 10 mètres cubes pour fournir quatre à six germes cultivables. Quand les navires se rapprochent des cotes (à une distance inférieure à 100 kilom.), on peut en trouver de 0 à -45 par mètre cube, selon que le vent vient de la terre ou non. Le vent de la mer épure, au contraire, l’air des côtes. « La mer est le tombeau des moisissures et des Schizophyles aériens, » dit Miquel. En sa qualité de masse liquide, elle les retient pour toujours et c’est seulement quand elle est grosse et houleuse, qu’elle peut céder à l’atmosphère, par pulvérisation d’eau, quelques-uns des microorganismes qu’elle a engloutis. Les salons des paquebots, au départ des ports, renferment une atmosphère beaucoup plus riche en bactéries que l’air marin, mais qui va en s’épurant à mesure que le bâtiment s’éloigne, jusqu’à un point où s’établit l’équilibre entre l’épuration par la ventilation marine et l’infection par la vie à bord. Dans tous les cas, cette atmosphère est cent fois moins riche en bactéries que celle des habitations parisiennes (Miquel).
Il est, d’ailleurs, facile d’expliquer cette absorption des microorganismes par les océans. Ceux qui sont poussés par les vents au-dessus de cette vaste surface, non seulement y tombent par leur propre poids, mais surtout sont amenés au contact de l’eau par les courants partiels multiples, que les oscillations thermiques déterminent dans l’atmosphère marine. Une fois dans l’eau, ils n’en sortent plus.
B. Nature des micrüorgaxismes de l’air. — Les microorganismes de l'air ne s’y trouvant qu’à la faveur de la dessiccation des surfaces et de leur aptitude à donner de la poussière, on peut s’attendre à trouver parmi eux, avec une notable prédominance, les organismes qui ont l’habitude de vivre dans les couches superlicielles du sol. Viennent ensuite ceux qui se détachent des matières putrides ou excrémentitielles, abandonnées à l’air et desséchées; dans ce nombre peuvent se trouver des microbes pathogènes, soulevés dans 1 air par les courants inévitables, à la faveur de l’état pulvérulent qu ont pris des produits pathologiques.
Les espèces les plus tenaces ont seules le privilège de se maintenir vivantes dans ce milieu mobile et d’une faible humidité. Les microbes pathogènes ne sont généralement pas dans ce cas, et ceux d’entre eux qui n ont pas de forme permanente (le bacille du choléra, probablement) ne peuvent cire que très rares et pour peu de temps dans l’air.
Les spores de Mucédinées peuplent l’atmosphère (Maddox); ainsi, celles
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d'Aspergillus, Pénicillium , Coremium , Botrytis, Pcronospora, etc.; de Leptotrichum, Tricholhecium, Septoncma, Cladolricfium , Alternaria, Septosporium, Ceralocladium , Selenosporium, et, selon Miquel à Paris, d'Uyterographium, Myriangium , Pestulozzia, Sporocadus, Fusidium, Brachycladium, Fusoma, Helicotrichum, Sphæria, etc.; plus rarement, d'Uredo, Dactylium , Arthrobotrys.
Parmi les Schizomycètes proprement dits, en nous reportant aux constatations de Miquel, les microcoques sont les organismes les plus répandus dans l’air; puis, les bacilles et les bactéries , en nombre à peu près égal. L’auteur cite en particulier : micrococcus ellipsoideus, des microcoques, jaunes, blancs, quadrigéminés ; des bacilles rappelant Bacillus subtilis, B. bulyricus ; Bacterium termo; des ferments divers ( micrococcus ureæ , etc.).
Les organismes provenant de cultures des germes de l’air ont presque toujours été essayés, au point de vue de leur virulence possible, au moyen des injections et des inoculations à des rongeurs. Jamais on n’a rien obtenu, même avec des germes recueillis dans le faux-pont de la Gironde. Il y a une exception en ce qui regarde l’air des hôpitaux, dont certaines cultures, inoculées à des cobayes, ont produit l’infection purulente.
Fodor, à l’aide d’une méthode assez simple, a recueilli de l’air plus de bactériums que de microcoques et surtout que de bacilles. Il signale spécialement un Micrococcus aloma, Bacterium termo et lineola, divers microcoques chromogènes et un organisme qui développe dans la liqueur nourricière une odeur fétide, dont l’injection à un lapin détermina une infection septique. Il est disposé à. l’appeler Bacterium agile, ou, dans le cas où il s’agirait d’un infusoire, Micromonas agilis.
Au témoignage de Renk, Hartmann et Emmerich auraient pu démontrer les microcoques de l’érysipèle dans l’air d’une salle d’autopsie, de même que le dernier a reconnu lesmicrocoques de la pneumonie (de Friedlænder), dans la poussière des entrevous de la prison d’Ainberg, et Ulpadel, un bacille pathogène, de propriétés analogues à celles du vibrion septique, dans les entrevous des salles de l’hôpital militaire d’Ausgbourg. Enfin, Cornet a tuberculisé, 1 fois sur 5, des animaux par l’inoculation des poussières aériennes de salles de phthisiques.
C. Applications étiologiques. — Ces données sur la bactériologie de l’air peuvent être rapportées à l’étiologie générale ou à celle des maladies infectieuses.
0 Au point de vue général , les chiffres élevés de microorganismes prouvent toujours, comme on l’a vu, ou bien le confinement des atmosphères, ou bien l’existence antérieure de foyers de décomposition, en d’autres termes, la malpropreté de l’air. Ils trahissent le voisinage de conditions locales particulièrement favorables il la pullulation de ces êtres inférieurs, puisque les vents tendent toujours à les disséminer et à égaliser les proportions dans lesquelles ils se rencontrent dans l’air.
A la rigueur, sur une série d’années, ou même en comparant les saisons entre elles, on pourrait admettre que les courbes bactériologiques et celles de la mortalité, sur un point déterminé, présentassent un parai-
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lélisme qui ne fût point un pur accident. Il ne serait même pas absolument illogique de croire que certaines maladies infectieuses, d’ailleurs endémiques dans une localité, telles que la fièvre typhoïde, les fièvres éruptives, la coqueluche, la diphtérie, l’érysipèle, les infections puerpérales, etc.; sont d’autant plus généralisées et meurtrières que l’air de cette localité est plus riche en microorganismes, c’est-à-dire en somme plus influencé par un sol impur et par des foyers putrides. Mais il semble difficile d’aller au delà et de supposer que les microorganismes pathogènes, que l’on ne reconnaît presque jamais dans l’air, augmentent de nombre dans ce milieu en môme temps que les bactéries banales. Les coïncidences notées, par les bactériologues de Montsouris doivent apparemment rester dans ces limites. Le total des décès par les maladies précitées, à Paris, est tombé de 14,080 en 1880 à 11,340 en 1884, alors que la moyenne annuelle des bactéries de l’air (rue de Rivoli) passait de 6,293 (1881) à 3,400 (1884). Si l’on considère, dit Miquel, « les grands travaux d’assainissement de la ville de Paris, les lavages multipliés des ruisseaux des rues, l’arrosage du sol des voies publiques, dès qu’il tend à devenir pulvérulent, etc., on ne peut se défendre de voir là le résultat magnifique et démonstratif obtenu par tant de sacrifices. »
2° En ce qui concerne la propagation des maladies infectieuses, diverses conditions ont diminué dans les esprits l’importance du rôle que l’on attribuait à l’air, dans les premiers temps de la science des germes.
D’abord, les résultats si modestes de la bactérioscopie aérienne, dans le champ des organismes pathogènes; mais ce mode d’investigation n’est qu’à ses débuts et il donnera plus de lumières en se perfectionnant. Puis la reconnaissance de ce fait, que les microorganismes ne se détachent pas des surfaces humides (ce qui est communément l’état des produits pathologiques) et que la respiration des malades ne répand point dans l’air, comme on le croyait, les germes de l’affection dont ils sont atteints, puisque la muqueuse respiratoire retient même les microorganismes extérieurs (Tyndall, Gunning, Charrin et Karth, Straus et Dubreuilh). On s apercevait d ailleurs, tous les jours et de plus en plus, que beaucoup de maladies contagieuses se transmettent par les contacts directs ou par 1 intermédiaire des linges, objets de pansements, instruments, médecins, élèves, infirmiers. Les mouches elles-mêmes transportent et inoculent les Schizomycètes (Marpmann, 1884), y compris les bacilles de la tuberculose (Spillmann et Haushalter). La rougeole est contagieuse dès le début, alors qu il ny a que les sécrétions de la conjonctivite et du coryza, tout autant qu’au moment du furfur épidermique, si aisément transporté par l’air.
Il est évident aussi que 1 air a beau être capable de véhiculer au loin les fragments filamenteux auxquels adhèrent des germes, les débris de zooglées et de colonies, les microorganismes de même espèce issus d’un foyer sont bientôt immensément diffusés; « ils ne voyagent plus par légions » (Miquel), mais vont en divergeant et s’isolent, si bien que les humains ne sont atteints en aucune façon ou ne reçoivent qu’un trop faible nombre d’agents virulents.
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Cependant celte diffusion, dans les abris clos, est très limitée. En fait, les agents dos infections traumatiques sont charriés par l’air, autrement les travaux de Lister et de Koch n’auraient pas de raison d’être. Le choléra semble bien être quelquefois propagé par l’air, et c’est un des modes les moins douteux de la transmission delà fièvre typhoïde. Pettenkofer, OErlel, Ilirsch, admettent ce môme mode pour un grand nombre de maladies infectieuses. Bertillon (1880) signalait la prédominance de la variole dans le quartier de la Sorbonne, situé sous le vent de l’Hôtel-Dieu annexe, alors que des varioleux y étaient soignés, et dans le quartier des Quinze-Vingts, autour de l’hôpital Sainte-Eugénie. Les habitants du quartier de Londres dans lequel s’élève Hampstead Small-Pox Hospital ont réclamé judiciairement contre cet hôpital, qui selon eux entretenait la variole autour de lui, et le tribunal du Banc de la Reine leur a donné raison. Dans la banlieue de Paris, on proteste de même contre les hôpitaux d’isolement que la ville y installe (Aubervilliers, 1887).
Les navires ne sont pas en sûreté dans le porl d’une ville qui a la fièvre jaune (Lacroix). En ce qui regarde le poison malaria], par les temps calmes, une très faible distance du foyer est une garantie; 200 à 300 mètres en moyenne suffisent à mettre l’homme hors de la portée des effluves. Ainsi l’équipage des navires ancrés près d’une côte palustre reste indemne (Lind). Toutefois, pour des raisons qui n’ont pas été précisées, mais qui paraissent relever de la densité du miasme dans l’air, il arrive que dans les pays chauds, en Chine, et dans les Indes occidentales, la distance de 1,000 mètres ou même d’un mille anglais ne met pas complètement à l’abri. Les marais salés auraient, à cet égard, une puissance de diffusion particulièrement élevée.
Mais lorsqu’il y a des déplacements de la masse d’air qui a plané au-dessus du sol malarial, la diffusion des miasmes peut se faire sentir au loin. Au Gabon, même sans vent très appréciable, les effluves palustres se font encore sentir à 2,800 mètres (Forné). Les Dombes envoient la fièvre à Lyon; elle vient aisément du Brouage à Rochefort, quoique la distance soit de 7 à 8 kilomètres (À. Lefèvre).
Par les vents forts, il peut théoriquement y avoir des transports au loin ; mais, en fait, au point de vue de la salubrité des lieux qui environnent un foyer, c’est plutôt le contraire qui s’observe. Les vents médiocres déplacent l’atmosphère tout d’une pièce; les vents forts, au contraire, éparpillent les masses atmosphériques et diluent le poison malarial à un degré tel qu’il devient inoffensif (Pauly).
Il peut bien y avoir eu quelque exagération et quelques méprises de la part du public, en ce qui concerne les hôpitaux de varioleux. De plus, toutes les maladies ne sc ressemblent pas, au point de vue de la résistance des agents de la contagion. Cependant, il y a là, au moins, une question à maintenir à l’étude.
La véhiculation des microbes pathogènes par l’air ne préjuge rien, d’ailleurs, de leur mode de pénétration dans l’économie humaine. Ils peuvent toujours y arriver par les voies digestives, par une solution de continuité à la peau, aussi bien qu’en suivant les voies respiratoires (voy. p. 324). Les écoles modernes (Paris, Berlin) tiennent pour l’introduction digestive, tandis que Pettenkofer (Munich) continue à croire que celle-ci est difficile, dangereuse pour les microorganismes, et qu’au contraire l'absorption res-
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piratoire réunit toutes les chances favorables aux molécules virulentes. Nægeli
fait remarquer qu’il n’y a pas un point, dans le corps humain, où la résistance d’une paroi soit aussi facile à vaincre, pour les champignons infectieux, que celle de la membrane des capillaires sanguins dans les cloisons alvéolaires du poumon. Tappeiner, Cadéac et Mallet, ont déterminé la tuberculose chez des animaux soumis à l’inhalation de poussières de crachats tuberculeux desséchés. Buchner a, de même, communiqué le sang de rate à des souris par des poussières renfermant des spores charbonneuses. Après tout, les poussières minérales pénètrent jusque dans les alvéoles et même dans le tissu pulmonaire ; on ne voit pas ce qui empêcherait les poussières pathogènes d’en faire autant.
D. Recherche des microorganismes de l’air. — On recueillit d’abord les
poussières de l’air au moyen d’appareils dits aéroscopes, dont A. Pouchet (de Rouen) eut le premier l’idée et que les observateurs de Montsouris ont perfectionnés depuis, comme on le voit dans les figures 51 et 52.
Il s’agissait, en somme, d’examiner au microscope les molécules extrêmement variées qu’une quantité d’air, mesurée ou non, abandonnait à son passage sur une lamelle enduite d’une substance visqueuse. — En 1884, Miquel employait un mélange obtenu en broyant dans un mortier de porcelaine un blanc d’œuf, un peu d’eau, très peu de glucose et un excès de biiodure de mercure, celui-ci pour rendre imputrescible le liquide visqueux. — Parmi ces molécules se trouvaient quelques microorganismes ou germes.
Il n’est point malaisé de soupçonner que ces organismes ou germes sont peu reconnaissables et peuvent même échapper entièrement à l’exa-
(*) Aéroscope à aspiration. — A. Partie solidement fixée a 2 mètres au-dessus du sol. — B. Partie qui se visse à la précédente. — La première, en forme de cloche, est munie d’un tube d’aspiration communiquant avec une trompe; la seconde, conique, est percée à sa partie supérieure d’une ouverture très fine par laquelle 1 air est projeté au centre d’une mince lamelle enduite de glycérine et glucose. Cette lamelle s éloigne ou se rapproche à l’aide d’une vis de réglage. L’air aspiré par la trompe, après avoir traversé 1 appareil, est reçu dans un compteur à expériences qui mesure exactement son volume.
(**) Aéroscope à girouette. — Portatif, mais ne peut servir qu’à l’analyse qualitative des germes de l’air. — 11 se démonte en une partie B, qui, liée à une girouette, a son extrémité supérieure évasée constamment opposée au vent, et une partie A, munie d’un étrier porte-lamelle, qui s’ouvre au contraire toujours au vent. De faibles courants suffisent au jeu de l’appareil. Avec l’aide d'un anémomètre, on peut approximativement déduire, de la vitesse du vent, la quantité d’air qui aura traversé Paéroscope pendant la durée de l' expérience.
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men dans de telles conditions. C’est au point que les kétérogénisles, en ce temps-là, pouvaient assurer que l’on ne retrouve pas, dans les poussières de l’air, les germes ou organismes auxquels les panspersmistes attribuaient la fermentation des infusions. L’aéroscopie simple est aujourd’hui à peu près abandonnée et remplacée par les ensemencements des germes de l’air sur terrain nourricier, liquide ou solide.
1° Procédé de Miquel. — Il consiste à introduire dans une série de tubes à boule stérilisés (fig. 53) une quantité déterminée d’air, telle que le trouble du bouillon contenu dans les tubes ait lieu cinq fois sur dix. Chaque tube fécondé est compté pour un germe. Il ne s’agit plus que de faire le total des germes obtenus, celui des litres d’air employés et de ramener les résultats à l’unité.
Le bouillon actuellement en usage à Montsouris (1885) est le bouillon de bœuf salé
à 1 p. 100, beaucoup plus sensible que le bouillon Liebig. Les tubes à boule sont préparés et stérilisés selon les procédés Pasteur. L’air y est introduit par aspiration, par la pointe a, traverse le liquide bulle à bulle, se filtre sur la bourre d’amiante en c et y dépose les poussières qui peuvent avoir échappé à l’action coercitive de la liqueur. L’aspiration terminée, le tampon d’amiante est projeté brusquement dans le liquide; le tube est refermé et porté à l'étuve à 30 ou 35°.
Habituellement, c’est du deuxième au huitième jour que se manifeste l'altération du bouillon; mais certaines espèces ne se réveillent qu’au bout de quinze jours ou même de plusieurs mois.
Celle méthode, ainsi qu’il a été dit au sujet de la baclériologie de l’eau (page 231), ne donne que le minimum des germes contenus dans l’air, puisqu’on ne peut savoir, quand un ballon se trouble, si ce résultat n’est pas produit par deux ou trois germes au lieu d’un. En outre, le bouillon unique peut bien ne pas convenir à toutes les espèces de microphyles ; l’expérience de Miquel lui-même a prouvé que, quand il employait le bouillon Liebig, les résultats étaient fort au-dessous de la vérité; peut être arrivera-t-on quelque jour à obtenir un bouillon supérieur à celui d’aujourd’hui. Il paraît enfin, au dire de Rud. Emmerich, que l'air qui a traversé les tubes à boule de Miquel est encore quelquefois capable de féconder un second bouillon. Aussi le savant de Munich a-t-il inventé une modification du tube à boule, qui oblige les bulles d’air à un contact plus prolongé avec le liquide nourricier. IL Fol et Dunant ont également perfectionné l’appareil et son mode d’emploi.
A notre avis, la supériorité de ce procédé, un peu long et délicat, consisle dans la possibilité qu’il procure d’attendre aussi longtemps qu’on le veut la germination de certains microorganismes tardifs qui, dans les cultures sur plaques, seraient noyés dans la liquéfaction de la gélatine opérée par les premières colonies.
D'ailleurs Miquel et Benoist ont fait un pas vers les cultures sur terrain solide en préparant, pour observer les variations horaires des bactéries aériennes, un 'papier nutritif qui s’applique sur un cylindre tournant et constitue un ingénieux appareil enregistreur. Ce papier s’obtient de la façon suivante : sur une planche de
Tube à boute.
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buis bien rabotée, on étend une feuille de papier humide (non collé et luinto de bleu cobalt, à moins que l’on n’incorpore la couleur à la gelée même), dont les bords sont relevés et maintenus verticaux; on jette la gelée de lichen nuliitive chaude sur la feuille; elle s’y étend régulièrement et en quelques minutes elle est assez solide pour être portée à l’étuve à 35-40°, sur un filet à mailles étroites tendu horizontalement. A l’état frais, la couche de gelée doit posséder 2 à 3 millimètres d’épaisseur; desséchée, elle n’atteint pas un tiers de millimètre. Poui l’employer, on la gonfle sous un jet de vapeur et on la maintient humide en plaçant un cristallisoir contenant de l’éponge imbibée d’une solution de bichloiure, sous la cloche qui recouvre le cylindre enregistreur. Les résultats de ce mode d’observation sont très élégants. Miquel l’a adaplé à la numération des bactéiies de l’eau de pluie.
2° Procédé de Hesse. — C’est l’application, à la numération des microorganismes de l’air, du procédé de R. Koch, par la gélatine nourricière étendue sur plaques.
Un tube de verre (fig. 54) de 0m,70 de longueur sur 0n,,03o de diamètre, stérilisé, reçoit de la gélatine nourricière encore chaude et liquide, que l’on étale en couche mince sur la paroi interne, par un mouvement de rotation sur son axe du tube tenu horizontalement sous un filet d’eau froide. L’une des extrémités de ce tube est munie d’une coiffe de caoutchouc, percée à son centre d’un trou d’un centimètre de diamètre. Par dessus cette coiffe perforée, on en met une seconde, pleine, qui s’enlève au moment de faire fonctionner l’appareil. L’autre extrémité est fermée par un bouchon de caoutchouc, que traverse un tube de 10 centimètres de long et de 1 centimètre de diamètre, portant dans son intérieur deux tampons de ouate, un peu espacés. C’est ce tube que l’on met en rapport avec l 'aspirateur, au moyen d’un tuyau de caoutchouc. Cet aspirateur n’est autre que le flacon accroché vers le haut du support, que l’on remplit d’eau et qui se vide par un siphon de caoutchouc dans le flacon inférieur. Lorsque l’on a fait passer un premier litre d’air par le tube, et que l’on veut en aspirer un second litre, il suffit d’interrompre la communication du flacon supérieur avec le tube en enlevant le tuyau qui lui amenait l’air, et de substituer les deux flacons l’un à l’autre. On fait de même pour un troisième litre; ainsi de suite. Un robinet-pince sur le tuyau qui fait siphon permet de régler la vitesse d’écoulement.
Les germes laissés par l’air sur la gélatine du grand tube y forment des colonies généralement visibles à l'œil nu dès le troisième jour. 11 est rare qu’il y ait des colonies sur plus de la moitié de la longueur du tube et, chose remarquable, elles occupent toutes la moitié inférieure du cylindre.
On compte les colonies selon la méthode ordinaire et l’on rapporte ce nombre au volume d’air qui a passé par l’appareil.
Huppe et von Sehlen font encore passer l’air à travers la gélatine pendant qu’elle est fluide; on la laisse se solidifier; les colonies se développent et on les compte au moment favorable.
Fig. 54. — Appareil de W. Hesse pour la numération des microorganismes de l'air.
UE L’ATMOSPHÈRE. [Hygiène
3° Méthode de Pétri. — Le principe de ce que l'auteur appelle la « nouvelle méthode » consiste en ceci, que les germes de l'air sont retenus sur des filtres à salle pour Cire ensuite cultivés sur la gélatine. On songe involontairement aux leurres de coton de verre, de Miquel et Freudenreich, dont Pétri critique néanmoins sévèrement les procédés. D’ailleurs, lui-même a essayé d’abord les filtres de coton de bois, de verre, d’asbeste, avant d’adopter définitivement le sable, en grains de 0,25 à 0,5 de millimètre, stérilisé par calcination.
L’appareil à filtrer l’air est renfermé dans un tube de verre de 9 centimètres delong et de 15 à 18 millimètres de diamètre, dans lequel on place deux filtres de sable tassé, de 3 centimètres de hauteur chacun. Ces deux filtres sontséparés d’une part, el maintenus de l’autre, par des godets en toile métallique, introduits à frottement. Le premier filtre est le seul réellement efficace ; le second n’est que de sûreté et de contrôle. A la partie inférieure du tube-filtre, un bouchon de caoutchouc est traversé par un tube d’aspiration en verre, muni lui-même d’un tampon d’ouate vers le milieu de sa longueur, et réuni par un joint hermétique à un tuyau de plomb. L'aspiration doit être assez énergique et exécutée au moyen d’une pompe. Mais il importe de mesurer exactement la quantité d’air aspirée, soit à l'aide d’un compteur à gaz, soit autrement.
L’orifice supérieur de l’appareil est obturé par un bouchon d’ouate qu’on enlève au moment d’opérer la filtration de l’air.
Fig. ô,j. — Filtre à Pour l’ensemencement du sable chargé des poussières atmossable pour les phériques, on se sert de la gélatine nourricière ordinaire ou de Pétri (*). d agar-agar. L appareil est enleve de son support. On verse avec précaution le sable du filtre supérieur par portions, dans de petits plateaux de verre, ou grands verres de montre, doubles, de 9 centimètres de diamètre et de 15 millimètres de profondeur, dont on ne fait que soulever le couvercle pendant l’opération pour éviter que la poussière du sable s’envole au dehors. Il faut de trois à dix-huit de ces plateaux, selon que l’on soupçonne que l’air est plus ou moins riche en germes, afin de pouvoir ultérieurement compter les colonies qui se développeront. Le même partage, en deux plateaux seulement, est fait du sable du deuxième filtre, qui ne conlienL presque pas de germes. Puis l’on a des tubes de gélatine maintenue liquide à 25 à 30 degrés; on les vide successivement, toujours en soulevant le couvercle des plateaux, sur les fractions que l’on a faites du sable des filtres ; on imprime à ces plateaux quelques vives secousses horizontales afin de dégager les germes qui adhèrent entre eux ou aux grains de sable, lesquels restent par leur pesanteur au fond du verre de montre. Enfin, on les met de côté, quand la gélatine se solidifie, pour les porter ensuite dans la chambre humide. Une couche mince de gélatine est aussi répandue sur les parois internes du tube-filtre, sur les godets intermédiaires et même sur le bouchon d’ouate.
Les colonies se développent, à la température de 13°, et sont visibles dès le
(*) il, tube-filtre. — b i à û;, godets en toile métallique. — rj c2. filtres à sable. — </. bouchon de caoutchouc. — e, lubc de verre. — f, tampon de sûreté. — g, joint. — h, tuyau de plomb. — i. anneau pour fixer l’appareil.
générale.] PROPRIÉTÉS PHYSIQUES DE L’AIR. — MÉTÉOROLOGIE. 337
deuxième ou le troisième jour, à la surface de la gélatine d’abord (les moisissures surtout), puis dans son épaisseur, puis au contact des grains de sable. Pétri a inventé un instrument spécial pour les compter. Au bout de huit à dix jours, il faut renoncer à compter, soit les moisissures, soit les bactéries; comme on sait cependant, il reste encore des colonies à apparaître.
Si l’on a soin d’exposer à l’air des lamelles ou des verres de montre préparés avec la gélatine, dans le même temps que l’on pratique l’aspiration avec l’appareil de Pétri, on a le moyen de rapprocher le nombre des colonies, qui se sont développées par sédiment spontané des poussières atmosphériques dans un temps donné, de celui qui est contenu dans un volume connu du même air.
Telle est la méthode de Pétri. Nous nous abstenons de l’apprécier, n’étant p'as ■suffisamment compétent, et nous nous bornons à reconnaître l’ingéniosité de l’inventeur, en relevant aussi le fait si remarquable de la filtration des germes de l’air par le sol, que son appareil démontre. Cependant il n’est pas impossible d’y apercevoir quelques faiblesses, et nous ne serions pas étonné que les bactériologues qui ont été l’objet des critiques acerbes de l’expérimentateur de Berlin trouvassent le moyen de les lui retourner, à propos de certains détails de sa mélhode et de quelques-uns de ses résultats. Pour notre part, nous sommes frappé que Pétri ait reconnu l’air des égouts de Berlin bactériologiquement pur, encore que les conditions n’y soient pas favorables à la présence des germes, et qu’en revanche un air lavé à l’eau de distribution de Berlin se soit montré plus riche en bactéries après qu’avant.
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