CHAPITRE VU
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Lorsqu'on fruit est parvenu à son dernier degré de maturité, il s'ouvre; les différentes parties qui le composent se désunissent, et les graines qu'il renferme rompent bientôt les liens qui les retenaient encore dans la cavité où elles se sont accrues. On donne le nom do dissémination à cette action par laquelle les graines sont naturellement dispersées à la surface de la terre, à l'époque do leur maturité.
La dissémination naturelle des graines est, dans l'état sauvage des végétaux, l'agent le plus puissant de leur reproduction. En effet, si les graines contenues dans un fruit n'en sortaient point pour être dispersées sur la terre et s'y développer, on verrait bientôt des espèces ne pins se reproduire, des races entières disparaître; et, comme tous les végétaux ont une durée déterminée, il devrait nécessairement arriver une époque où tous auraient cessé de vivre, et où la végétation aurait pour jamais disparu de la surface du globe.
Le moment de la dissémination marque le terme de la vie des plantes annuelles. En effet, pour qu'elle ait lieu, il est nécessaire que le fruit soit parvenu à sa maturité, et qu'il se soit plus ou moins desséché. Or, ce phénomène n'arrive, dans les herbes annuelles, qu'à l'époque où la végétation s'est entièrement arrêtée chez elles. Dans les plantes ligneuses, la dissémination a toujours lieu pendant la période du repos que ces végétaux éprouvent lorsque le cambium s'est épuisé à donner naissance aux feuilles et aux organes de la fructification.
La fécondité des plantes, c'est-à-dire le nombre étonnant de germes ou de graines qu'elles produisent, n'est point une des causes les moins puissantes de leur facile reproduction et de leur étonnante multiplication. Rai a compté 33,000 graines for un pied de pavot, et jusqu'à 300,000 sur un pied de tabac. Or, qu'on se figure la progression toujours croissante de ce nombre, seulement à la dixième génération de ces végétaux, et l'on concevra avec peine que toute la surface do la terre n'en soit point recouverte.
Mais plusieurs causes tendent à neutraliser en partie les effets de cette surprenante fécondité, qui bientôt nuirait, par son excès même, à la reproduction des plantes. Eneffet.il s'en faut que toutes les graines soient mises par la nature dans des circonstances favorables pour se développer
et croître. D'ailleurs, nn grand nombred'animanx, et l'homme lui-même, trouvant leur principale nourriture dans les fruits et les graines, en détruisent une innombrable quantité.
Plusieurs circonstances favorisent la dissémination naturelle des graines. Les unes sont inhérentes au péricarpe; les autres dépendent des graines elles-mêmes. •
Ainsi, il y a des péricarpes qui s'ouvrent naturellement avec une sorte d'élasticité, au moyen de laquelle les graines qu'ils renferment sont lancées à des distances plus ou moins considérables. Les fruits d'un grand nombre d'Euphorbiacécs , ceux du sablier, par exemple (Hura crépitant), du Dioncea muscipula. de la fraxinetle , de la balsamine , disjoignent leurs valves rapidement et par une sorte de ressort, en projetant leurs graines à quelque distance. Le fruit de ÏEeballium elattrium, à l'époque de sa maturité, se détache du pédoncule qui le supportait, et par la cicatrice de son point d'attache, lance ses graines avec une rapidité étonnante.
Il y a un grand nombre de graines qui sont minces et légères , et peuvent être facilement entraînées par les vents. D'autres sont pourvues d'appendices particuliers en forme d'ailes ou de couronnes, qui les rendent plus légères en augmentant par ce moyen leur surface. Ainsi les érables, les ormes, un grand nombre de Conifères ont leurs fruits garnis d'ailes membraneuses, qui servent à les faire transporter parles vents à des distances considérables.
La plupart des fruits de la vaste famille des Synanthérées sont couronnas d'aigrettes, dont les soies fines et délirai. * , venant à s'écarter par la dessiccation, leur servent en quelque sorte de parachute pour les soutenir dans les airs. Il en est de même des valérianes.
Les vents transportent quelquefois à des distances qui paraissent inconcevables les graines de certaines plantes. L'Erigtron canadense inonde et désole tous les champs de l'Europe. Linna?us peu sait que celte plante avait été transportée d'Amérique par les vents.
Les fleures et les eaux de la mer servent aussi à l'émigration lointaine de certains végétaux. Ainsi l'on trouve quelquefois sur les côtes de la Nor- I wège et de la Finlande des fruits du Nouveau- Monde apportés par les eaux.
L'homme et les différents animaux sont encore des moyens de dissémination pour les graines: les unes s'attachent à leurs vêtements ou à leurs toisons, au moyen des crochets dont elles sont armées,
tels que celle des graterons, des aigremoines; les autres, leur servant de nourriture, sont transportées dans les lieux qu'ils habitent, et s'y développent lorsqu'elles y ont été abandonnées et qu'elles se trou vent dans des circonstances favorables.
Usages des Fruits et des Graines.
C'est dans les fruits, et surtout dans les graines d'un grand nombre de végétaux , que sont contenues les substances alimentaires les plus riches en principes nutritifs, et souvent des médicaments doués de vertus très-énergiques. La famille des Graminées est sans contredit une de celles dans lesquelles l'bommc trouve la nourriture la plus abondante, et les animaux herbivores leur pâture la plus habituelle. Qui ne connaît, en effet, l'usage général que toutes les nations civilisées de l'Europe et des autres parties du monde font du pain ? Or , cet aliment par excellence n'est-il point fabriqué avec l'endosperme farineux du blé, du seigle, de l'orge, cl d'un grand nombre d'autres Graminées? Le riz, le maïs, sont pour les habitants des contrées chaudes la base de leur alimentation. A ces titres, celte famille naturelle de plantes n'est-clle point pour l'homme une des plus intéressantes du règne végétal?
Les péricarpes d'un grand nombre do fruits sont des aliments aussi agréables qu'utiles. Tout le monde connaît les usages économiques auiqucls on emploie beaucoup de fruits charnus, tels que les pèches, les pommes, les melons, les fraises, les groseilles, etc.
Le péricarpe charnu de l'olivier ( Olœa europaa ) fournil l'huile la plus pure et la plus estimée.
C'est un fait assez rare qu'un péricarpe fournissant une huile grasse ; car ce sont en général les graines qui sont oléagineuses. Cependant indépendamment des olives on peut encore citer les fruits des lauriers et de quelques cornouillers.
C'est avec le suc que l'on retire par expression des fruits de la vigne , soumis à la fermentation spiritueuse, que l'on fait le vin, celte boisson si utile à l'homme, quand il en sait faire un usage modéré. Plusieurs autres fruits, tels que les pommes, les poires, les sorbes, etc., fournissent encore des liqueurs fermentées qui servent de boisson habituelle à des provinces et à des nations entières.
Dans l'intérieur de plusieurs péricarpes de la famille des Légumineuses on trouve une substance acidulé ou douceâtre, quelquefois nauséabonde , qui jouit de propriétés laxatives , comme on l'observe dans la casse, le tamarin, les caroubes , les follicules du séné , etc.
Les dattes, les figues, les jujubes, les raisins
secs sont des substances alimentaires, remarquables par la grande quantité du principe sucré qu'elles renferment.
Les fruits du citronnier et de l'oranger contiennent de l'acide citrique presque à l'étal de pureté.
Les petits nnculaines de nerprun (Rhamnus catharticus) sont très-purgatifs.
Les graines ne sont pas moins riches en principes nutritifs que les péricarpes. En effet, celles des plantes céréales ou graminées , d'un grand nombre de Légumineuses , etc. , contiennent une quantité considérable de fécule amylacée, qui leur donne une qualité nutritive très-prononcée.
Les graines de lin , de coignassier , de goyavier, renferment aussi un principe mucilagineux très-abondant : aussi «ont-elles essentiellement émollientes.
Un grand nombre de graines et de péricarpes se distinguent par un principe stimulant très-aromatique :tels sont ceux d'anis (Pimpinella anisum), de fenouil (Anethum fœniculum), de coriandre (Coriandrum sativum), de carvi (Carum earvi), qui ont reçu le nom de semences carminatives. D'autres au contraire sont appelées semences froides, à cause de l'action émollienle et sédative qu'elles exercent sur l'économie animale : tels sont celles de la calebasse { Cucurbita lagenaria ), du concombre ( Cucumuis sativus ) , du melon (Cucumismelo), de la citrouille [Cucurbita citrullus).
Les semences carminatives appartiennent toutes à la famille des Ombellifèrcs. C'est la famille des Cucurbitacées qui fournit les semences froides.
Qui ne connaît l'usage habituel que font tons les peuples civilisés des graines torréfiées du café, du cacao, etc.?
On retire des graines de l'amandier , du noyer, du hêtre, du ricin, du chenevis, du pavot, du colza , etc. , une huile abondante qui jouit de propriétés modifiées dans chacun de ces végétaux par son mélange avec d'autres substances.
Les graines du rocou (Bixa orellana) servent à teindre en rouge-brun.
Mous ne finirions pas si nous voulions < : minière r ici tous les avantages que l'homme peut retirer des fruits en général , ou des parties qui les composent. Hais uu pareil travail nous éloignerail trop de notre objet. Nous avons seulement voulu indiquer, quoique bien incomplètement, les usages nombreux des fruits et des graines, soit dans l'économie domestique , soit dans la thérapeutique.
Ici se termine tout ce qui a rapport à la partie de la botanique, que nous avons désignée par le nom d'Organographie. Nous y avons donné la description de tous les organes des végétaux phanéro-