‹ Nouveaux éléments de botanique et de physiologie végétale avec le tableau méthodique des familles naturellesChapitre 7 sur 259 · CHAPITRE II · texte numérisé non relu

CHAPITRE II

DE LA TIGE ( Caulit , L.).

Nous venons de voir la racine tendre généralement à s'enfoncer vers le centre de la terre. La tige, au contraire, est cette partie de la piaule qui, croissant en sens inverso de la racine , cherche l'air et la lumière, et sert de support aux feuilles, aux fleurs et aux fruits, lorsque la plante en est pourvue.

Tous les végétaux Phanérogames ont une tige proprement dite. Mais quelquefois celte tige est si peu développée, tellement courte, qu'elle parait ne pas exister. Les plantes qui offrent cette disposition ont été dites sans tige ou acaulet; telles sont la primevère, la jacinthe, et beaucoup d'autres.

Ne confondons pas avec la véritable lige la Hampe et le Pédoncule radical. La Hampe (Scapus) est un support de fleurs nu ou pédoncule ne portant pas de feuilles, qui part du col Ici de la racine, et qui se termine par une ou plusieurs fleurs, comme dans la jacinthe.

Le Pédoncule radical (pedunculut radicalit) diffère de la Hampe, en ce qu'au lieu de naître du centre d'un assemblage de feuilles radicales il sort de l'aisselle d'une de ces feuilles : par exemple, dans les plantains (Plantago média, P. lanceolata , etc.).

On distingue cinq espèces principales de tiges, fondées sur leur organisation et leur mode particulier de développement. Ces espèces sont : 1° le Tronc, 2° le Stipe , 3» le Chaume, 4» la Souche, 3° la Tige proprement dite.

1° On appelle Trône (Truncut) la tige des arbres de nos forêts, du chêne, du sapin, du frêne, etc. Il a pour caractère d'être conique, alongé, c'est-à-dire d'offrir sa plus grande épaisseur à sa base. Il est nu inférieurement , terminé à son sommet par des divisions successivement plus petites, auxquelles on a donné les noms de branches, de rameaux et de ramilles ou ramuscules, cl qui portent ordinairement les feuilles et les organes de la reproduction. Le tronc est propre aux arbres dicotylédones; composé intérieurement do couches concentriques, ou de cônes cmbotlés, il croit en longueur et en épaisseur par 1 addition de nouvelles couches à sa circonférence.

2° Le Stipe (Front, Slipet) est une sorte de tige qu'on n'observe que dans les arbres monocotylcdonés , tels que les Palmiers, les Dracvna . les Yucca, et dans certains dicohlédons, savoir le Cycat et le Zamia. I) est formé par une sorte de colonne ( I ) cylindrique, c'est-à-dire aussi grosse à son sommet qu'à sa base (ce qui est le contraire dans le tronc ), souvent même plus" renflée à sa partie moyenne qu'à ses deux extrémités , rare-

(I) On le désigne souvent par le nom de Ironc ou tige i colonne.

ment ramifiée, couronnée à son sommet par un bouquet de feuilles entremêlées de fleurs. Son écorce, lorsqu'il en a une, est ordinairement peu distincte du reste de la tige. Son accroissement en hauteur se fait par le développement du bouton qui le termine supérieurement ; il s'accroît en épaisseur par la multiplication des filets do sa circonférence.

Nous ferons voir bientôt, en traitant de la structure analomiquc des tiges, que le stipe ne diffère [>as moinsdu tronc par son organisation intérieure que par les caractères physiques que nous venons d'indiquer.

3° Le Chaume ( Cuimut ) est propre aux Graminées, c'est-à-dire au blé, à l'orge, à l'avoine, etc., aux Cypérarées et aux joncs, etc. C'est une lige simple, rarement ramifiée, le plus souvent fistuleuse (1), (c'est-à-dire creuse dans son intérieur), et séparée de distance en distance par des nœuds ou cloisons, desquels partent des feuilles alternes et engainantes.

4" La Souche ou rhizoma (2) (fig. 13). On a donné ce nom aux tiges souterraines et horizontales des plantes vivaecs, cachées entièrement ou en partie sous la terre, poussant de leur extrémité antérieure de nouvelles tiges, à mesure que leur extrémité postérieure se détruit. C'est à cette tige souterraine que l'on donne, en général, les noms impropres de roefnc progressive, de racine suce i se. Exemple : l'iris, la scabieuse succisc, le sceau do Salomon. Outre sa direction à peu près horizontale sous la terre, un des caractères principaux de la souche, caractère qui la distingue de la racine , c'est d'offrir toujours sur quelques poiuts de son étendue les traces des feuilles des années précédentes, ou des écailles ijui en tiennent lieu, et do s'accroître par sa base ou point le plus rapproché des feuilles ; ce qui est le contraire pour la véritable racine.

Le nombre des plantes pourvues de souche ou tige souterraine , est beaucoup plus considérable qu'on ne l'imagine communément. Lu graud nombre de plantes dites sans tiges, ou acaulcs, et de plantes vivaces, sont pourvues d'une souche plus ou moins développée. C'est ce que l'on observe par exemple, dans la sylvie ( anémone nemorosa), la moschalclline (adoxa moschatellina), le paris quatlrifolia, etc. La partie de ces plantes qui a été décrite comme une racine tubéreuse, est une véritable souebc.

C'est à la souche ou tige souterraine qu'on doit rapporter, ainsi que uous l'avons déjà annoncé datisle chapitre précédent, plusieurs modifications, qu'on avait à tort regardées comme des racines ; telles sont les prétendues racines horizontale des Iris, succise des scabieuses, articulée des gratioîes, sigillée du sceau de Salomon.

(I) Quelquefois cependant elle est pleine intérieurement, comme dan» la canne à sucre, le mais.

fX, Rhizoma, dérivé de (*Çu, racine, et corps.

5° Enfin l'on donne le nom commun et général de tiges ù celles qui, différentes des quatre espèces précédentes, ne peuvent être rapportées à aucune d'elles. Le nombre des végétaux pourvus d'une tige proprement dite est beaucoup plus considérable que celui des végétaux qui ont un stipe, une souche, un chaume ou un tronc.

Nous allons maintenant étudier la tige en général , quant aux modifications qu'elle peut offrir.

A. Sous le rapport de la consistance, on distingue la tige :

1° Herbacée ( herbaceus), celle qui est tendre, verte, et périt chaque année: telles sont celles des plantes annuel les et vivaces, le mouron deschamps, la bourrache, la consoude, etc. Toutes ces plantes prennent le nom général d'herbes [herbo').

2° Demi-ligneuse ou sous-ligneuse (suffruticosus), quand la base est ligneuse et persiste hors de terre un grand nombre d'années, tandis que les rameaux et les extrémités des branches périssent et se renouvellent tous les ans: telles sont celles de la rue odorante ( ruta graveolens), du thym des jardins (thymus vulgarit), de la sauge officinale (satviaofficinalis). Les végétaux qui offrent une semblable tige portent le nom de sous-arbrisseaux (suffrutices ). Us sont dépourvus de bourgeons écailleux.

8° Ligneuse (lignosus) , quand la lige est persistante, et que sa dureté est semblable à celle que l'on connaît au bois en général. Les végétaux à tige ligneuse se divisent en :

Arbustes (frutices) , quand ils se ramifient dès leur base et ne portent pas de bourgeons ; par exemple, les bru y ères.

Arbrisseau., (arbuscula) , s'ils sont ramifiés dès leur base et portent des bourgeons, comme le noisetier et le lilas , etc.

Enfin ils retiennent le nom d'arerc* proprement dits, lorsqu'ils présentent un troue d'abord simple et nu darfssa partie inférieure, ramifié seulement vers sa partie supérieure : le chêne, l'orme, le pin, etc.

Celte division est tout-à-fail arbitraire, et n'existe point dans la nature. En effet , un arbre de la même espèce peut offrir ces trois modifications de grandeur, suivant les expositions auxquelles il est soumis, ou par l'art du cultivateur. Ainsi, l'orraille, le petit buis, dont on fait des bordures de plates-bandes dans nos jardins , en ayant soin de les tailler fréquemment, et qui souvent n'ont pas plus de quatre a six pouces d'élévation , sont absolument de la même espèce que l'orme et le buis ordinaire, dont les tiges, surtout celles du premier, s'élèvent ordinairement à une grande hauteur, lorsque ces végétaux sont abandonnés à eux-mêmes.

4° Solide ou pleine (solidus), quand elle n'offre aucune cavité intérieure. Par exemple , la canne à sucre, le tronc de la plupart des arbres. Cette

épithète s'empluic toujours par opposition à la suivante.

S° Fistuleuse (fistulosus), offrant une cavité intérieure, continue ou séparée par des cloisons horiiontales : l'arundo donax, l'angélique, Icenanthe fUtulosa, le] bambou , le cecropia peltata , grand arbre de l'Amérique méridionale , dont le tronc toujours creux est pour celle raison nommé boiscanon par les habitants.

6° Médulleuse (medullosus) , remplie de moelle : l'hyèble, le sureau, le figuier.

7° Spongieuse (spongiosus) . formée intérieurement d'un tissu cellulaire élastique, spongieux, compressible , retenant l'humidité à la manière des éponges: ex., typha latifolia, teirpus lacustris. etc.

8° Molle (mollis, flaecidus). quand elle ne peut se soutenir d'elle-même et qu'elle tombe sur la terre ; par exemple, le mouron des champs (anagallis arvensis).

9° Ferme ou roide (rigidus) . lorsqu'elle s'élève directement et se soutient droite : ex. , la bislortc (potygonum bistorta).

10° Flexible (flexibilis) , quand on peut la plier ou la fléchir aisément sans qu'elle se rompe : l'osier.

11° Cassant - (fragilis), quand elle est roide. et se casse facilement : celle de l'herbe A Robert (géranium robertianum) , les différentes espèces de charagnes , etc.

1 3° Charnue ( sueculentus ) , celle qui renferme une grande quantité de sucs ou de substance aqueuse : par exemple , la bourrache , le pourpier.

Les tiges charnues peuvent être laiteuses , c'est-à-dire renfermer un suc blanchâtre et lactiforme ou jaunâtre, comme les euphorbes, la grande éclaire (cheltdonium majus), le pavot, etc.

B. Quant à sa forme , la tige peut offrir un grand nombre de modifications; ainsi on l'appelle:

1° Cylindrique (1) cylindricus , teres) . quand sa forme générale approche decclled'un cylindre, c'est-à-dire que sa section transversale offre un cercle dont les différents diamètres sont à peu prés égaux. Celte forme se trouve dans le tronc de la plupart des arbres de nos forêts, et dans une foule de plantes herbacées, comme le stramoine (datura stramonium), le lin , etc.

1° Effilée (virgatus), ou en baguette, celle qui est grêle, longue, droite, et s'alonge considérablement en diminuant de la base vers le sommet : telle est celle do la guimauve (althaea officinalis) , de la gaude ( reseda luteola ), de la sallcairc \ luth rum salicarta).

3" Comprimée (eompressus) , lorsqu'elle est Ic-

(1) Remarquons ici que, dans le règne organique, les formes géométriques ne sont jamais aussi régulières , aussi rigoureusement déterminées que dans les minéraux. Ainsi, quand on dit d'uue lige qu'elle est cylindrique, on exprime seulement parce mot que c'est du cylindre que sa forme se rapproche davantage.

gèrement aplatie sur deux côtés opposés ( le pots compressa).

4° Ancipitée (an ceps), quand la compression est portée jusqu'au poinlde former deui tranchants semblables à ceux d'un glaive.

9° Angulée (angulatus) . lorsqu'elle est marquée d'angles ou de lignes saillantes longitudinales, dont le nombre est déterminé.

Selon que ces angles sont aigus ou obtus, on la dit :

Acutangulée ou obtusangulée.

Suivant le nombre des angles, et par conséquent des faces distinctes qu'elle présente, on lanommp :

Triangulaire, trigone ou triquétre (triangularis, trigonus. triqueter) , quand elle offre trois angles : tels sont beaucoup de carex , le scirpus sylvaticus, etc.

Quadrangulaire , létragone ( quadrangularis , tetragonus ) , quand elle a quatre angles et quatre faces. Si les angles sont égaux ainsi que les faces elle est carrée : telles sont la plupart des Labiées, comme la menthe , la sauge , le marrube , etc.

Pentagone ( pentagonus ) , lorsqu'elle présente cinq faces.

Hexagone (hexagonus), quand elle en offre six.

0° On dit de la tige qu'elle est anguleuse ( angulosus ) , lorsque le nombre des angles est trèsconsidérable , ou que l'on ne veut pas le déterminer avec précision.

7° Noueuse ( nodosus ) , offrant des nœuds ou renflements solides de distance en distance: les Graminées, le géranium robertianum.

8° Articulée ( articulatus ) , formée d'articulations superposées et réunies bout à bout : le gui , beaucoup de cary ophj liées , elc.

0° Géniculée ( geniculatus ) . quand les articulations sont fléchies angulairement : exemple . Voisine média, le géranium sanguineum.

1 0° Sarmenteuse (sarmentosus ) . une tige frutiqueuse trop faible pour pouvoir se soutenir ellemême, et s'élevant sur les corps voisins, soit au moyen d'appendices particuliers, nommés vrilles. soit par sa simple torsion autour do ces corps : par exemple, la vigne, le chèvrefeuille.

1 1° Grimpante (scandens, radicans) , celle qui •'élève sur les corps environnants et s'y attache au moyen de racines, comme le lierre (hedera hélix), le bigonia radicans, etc.

13° Volubile (volubilis), la tige qui s'entortille en forme de spirale autour des corps voisins. Une chose bien digne de remarque, c'est que les mêmes plantes ne commencent point leur spirale indistinctement à droite ou à gauche. Elles se dirigent constamment du même côté dans une même espèce. Ainsi , quand la spirale a lieu de droite à gauche, la lige est dite dextrorsùm volubilis, comme dans le haricot, le dolichos, le lizeron. On dit au contraire qu'elle est sinistrorsùm volubilis quand elle commence sa spirale de gauche à droite : par exemple, le houblon , le chèvrefeuille.

DE BOTANIQl K.

13° Grêle (gracilis), quand elle est Irès-longuo en comparaison de sa grosseur : par exemple , la steUaria hohstea . ïorchis conopsea , etc.

1 4° Filiforme ( filiformis ) , quand elle est fort grêle et couchée à terre, comme dans le canneberge ( vaccinium oxycoccos ).

Page 1