‹ Nouveaux éléments de médecine légaleChapitre 87 sur 189 · I. — Phénomènes de FempolsoBnement · texte numérisé non relu

I. — Phénomènes de FempolsoBnement

Les symptômes de l'empoisonnement par le phosphore peaveni déjà se montrer dans certains cas quelques minutes après Tabsorplion du poison ; il se passe cependant en général un certain temps, même quelques heures, une demi-journée, plus rarement loutoD jour avant leur apparition. Les symptômes consistent en une sensation douloureuse et une oppression dans la région de i'estomic, un malaise, des renvois de vapeurs ayant l'odeur de phosphore et luisant dans l'obscurité, des vomissements de matières présentant les mêmes caractères et une grande soif. Ces symptômes peuvent, par une progression croissante, amener la mort en quelqoes heures avec les phénomènes de collapsus et même au bout de quatre à huit heures comme on Ta observé chez les enfants. Ont vu également cette marche rapide chez des adultes; c'est ainsi que Tûngel a vu la mort survenir neuf heures et demie après Tempoisonnement et Axel Jâderholm, sept heures après le début des premiers symptômes d'intoxication. Dans la plupart des cas, la marche est plus lente et n'amène la mort qu'après quelques jours (le plussoovenl de trois à sept). Les vomissements peuvent cesser ou persister et dans ce dernier cas ce sont des masses le plus souvent de couleur chocolat (contenant du sang) qui sont rendues. La région épigiS' trique est un peu gonflée et sensible à la pression. Les selles, le plus souvent, sont d'abord suspendues, tandis que plus tard les malades rendent des matières formées par du sang décomposé. Bientôt, sonvent déjà le second jour, se montre l'ictère qui se développe avec une grande rapidité et intensité ; on peut en général constaterait augmentation du volume du foie. Faiblesse musculaire considén* ble, afl'aissement, fréquence et petitesse du pouls, faiblesse des battements du cœur. La température d'abord un peu élevée» tombe après la mort à la température normale du corps et même au-des-

ms de celle-ci; l'excrétion de Turine est suspendue, celle-ci conent de bonne heure du pigment biliaire et en général déjà dans ts premiers jours de l'albumine et du sang, On n*y trouve ordinaisment pas de cylindre ûbrineux, Mannkopir(l) a cependant constaté 3ur existence. La quantité d'urée a été trouvée dans certains cas ugmentée, diminuée dans d'autres. Dans les premiers cas on observe A même temps des produits inférieurs de Toxydation de l'azote >armi lesquels Schulzen a constamment trouvé de Tacide sarcolâctique. La conscience reste généralement conservée jusqu'à la mort. Dans certains cas on a observé du délire et un élat comateux peu de temps avant la mort. Il faut encore noter l'apparition f ecchymoses dans les conjonctives et dans la peau sous forme de purpura hémorrhagique.

IL — lierions anatomlqaes.

Les lésions trouvées à rautopste dépendent principalement de la dorée de la maladie occasionnée par l'empoisonnement. Dans les cas très aigus on peut constater une odeur très prononcée de phosphore dans le contenu de l'estomac et de l'intestin, et on peut retrouver le phosphore non seulement chimiquement, mais souvent ncore par la phosphorescence du contenu de l'estomac et de TintcsUn, quand on le secoue dans l'obscurité ; on peut assez souvent ncoDnaitre à Tœil nu les morceaux de phosphore ou les têtes d'allumettes. Les autres lésions sont le plus souvent négatives, car les organes, à part un peu de gonflement trouble de la muqueuse de l'estomac, n'offrent rien de frappant. On a constaté également l'absence do lésions dans les cas de Tlingel et de A. Jaderholm que nous avons cités plus haut ainsi que dans ceux décrits par Casper-Liman (2).

Si la mort n'est survenue qu'après trois à sept jours, le résultat

(1) Mannkopff, Wiener Med. Wochenschr.^ 1S63, n"* 2G, supplément.

()) Dans an de nos cas, une Jeune fille de dix-huit ans s*était jetée du quatrième *^ sur le pavé de la cour et était morte quelques instants après. A l'autopsie *^ trouvâmes un broiement du bassin, une fracture de la portion lombaire de *eal(MiDe vertébrale et la rupture d'un rein, Dans l'estomac une odeur très nette 'efhotpbore et dans le contenu de l'estomac du pliospliore reconnu par Tapparell ^ Mitscherlicb. La muqueuse pâle, sans ecchymoses. Les glandes à pepsine en ^lénéreflccnce granuleuse. Foie et reins normaux. 11 fut prouvé que cette jeune Qe avait avalé le soir do jour précédent des tètes d'allumettes, qu'elle avait été Ibée toute la nuit, toutefois sans vomir et que le matin elle s'était jetée par la viêtre.

deTautopsie est 1res caractéristique. Le cadavre présente nn ictère très marqué et on peut quelquefois trouver à l'examen extérieur des ecchymoses dans les conjonctives et la peau. Les organes internes sont plus ou moins iclériques et la plupart en état de dégénérescence graisseuse aiguô très prononcée. Celle-ci eslsurtod remarquable- dans le foie et les reins qui paraissent augmentés 4i volume, offrent une couleur jaune très intense et une consistanei pâteuse et présentent à la coupe un éclat graisseux : les cellules parenchymateuses se montrent sous le microscope remplies 4s gouttelettes graisseuses. Les cellules des glandes à pepsine, surtoë les grandes cellules présentent une dégénérescence graisseuse trèi prononcée, de sorte qu'à un simple examen à l'œil nu de la moqueosi stomacale on voit l'orifice des glandes se montrer sous forme ift points jaunâtres {gaslrodénite phosphorique de Vtrchow), tandis qoa la muqueuse, dans son ensemble, présente une couleur jaune pâld parliculière et est trouble et un peu gonQée. On trouve souveati mais non toujours, des ecchymoses dans la muqueuse de Teslomac. Le contenu de l'estomac est un liquide gris et trouble M i^anguinolent et, dans ce cas, de couleur chocolat. Ce liquide colleur chocolat se trouve souvent, et même en général plus soaveit que dans Testomac, dans le canal intestinal et cela avec ou sitt ecchymoses de la muqueuse de l'inlestin. Cette dernière est,tf général, pâle ou plus souvent d'un gris jaunâtre. Dans les casoiii y a eu constipation, on trouve dans le gros intestin des massu demi-molles ayant la couleur de l'argile ou del'ardoiseet danslet* quelles on peut souvent retrouver du phosphore en nature, taodil que la chose n'est plus possible dans l'estomac et dans le restées rintestin. La dégénérescence graisseuse occupe également, ouln les organes parenchymateux, les muscles, surtout ceux du cœurst les parois des vaisseaux, particulièrement celles des petits vais^seaoL Les globules blancs du sang sont aussi remplis de gouttelettes graisseuses. Le sang est en général liquide, de couleur terne, Id globules du sang sont déformés et décomposés et celui-ci, éteodt d'eau, paraît très trouble et donne lieu à un dépôt abondant et linement granuleux [globuline ?). On n'a pas encore pu décidera la déformation et la destruction des globules rouges du sang ofll déjà eu lieu pendant la vie ou si elles ne sont survenues que stf le cadavre à la suite de la putréfaction qui est très précoce. La pR* mière probabilité paraît la plus vraisemblable, et cette circonstance» ajoutée à la grande friabilité des vaisseaux par suite de la dégénérescence graisseuse, explique une autre lésion que Ton trouft

msqae constamment dans l'empoisonnement par le phosphore, !*est-à-dire les ecchymoses qui se forment sous les séreuses et en Tautres endroits. Des premières, c*est surtout le péritoine, entre sekii-det le mésentère, la plèvre et le péricarde qui contiennent des sediymoses. On trouve souvent des ecchymoses sur les muqueuses, iwlqaefois sur celles du pharynx et de Tœsophage, mais ordinairament dans la muqueuse de Testomac et de l'intestin et presque constamment dans le calice des reins. Dans quelques cas on a aème observé des ecchymoses dans Tépendyme des ventricules. Entre les cas typiques d'empoisonnement par le phosphore, qu*il M presque impossible de méconnaître et les cas les plus aigus, fnii l'autopsie ne présentent aucune altération appréciable dans Im organes internes, il en est d'autres où ces mêmes organes pré- Mtent les différents degrés intermédiaires entre le gonflement tnuhle et la dégénérescence graisseuse, et il faut admettre que la mort Ijeut survenir dans tous les stades de l'empoisonnement par le phosphore. Il faut également faire remarquer que la mort peut se produire avant que l'intoxication soit complète, à la suite d'hémorikagies survenues par suite des progrès de la dégénérescence grais- Mae des vaisseaux périphériques. C'est ainsi que Heschl (i) rapporte "iD cas où, dans le cours d'un empoisonnement par le phosphore, étût survenue une bémorrbagie cérébrale mortelle et nous-méme ioos avons eu l'occasion de faire l'autopsie dans un cas semblable, aiiKi que dans beaucoup d'autres, où s'était produite une abondante hémorrhagie intestinale, qui a dû être regardée comme la cause prochaine de la mort.

On est encore dans rincertiiude quant aux eattses de l'aciion toiique da phosjfkÊm. Il est manifestement impossible d'attribuer au phosphore une aciion causifse aor la muqueuse de l'estomac, car les assertions des médecins qui prétendent HVir trouvé dans l'estomac des places corrodées et môme gangrenées, sont en natradiction atec les nombreuses observations d'autres médecins, observations pà concordent avec notre propre expérience acquise par l'autopsie d'un grand nsbrv d'individus empoisonnés par le phosphore. Pour ce qui concerne l'action ytuérmla du phosphore, on pourra mieux s'en rendre compte en considérant la ■Hilère dont le phosphore est en général absorbé. Comme ce dernier est considéré comme insoluble dans l'eau, on comprend diffltt qu'il soit absorbé ; c'est pourquoi certains auteurs (Munk et Leyden) ont que le phosphore s'oxjdait dans l'estomac et se transformait en acide phoset phoaphorique, et que ces acides agissaient comme un poison, parce plb étaient absorbés en état de concentration. Cette hypothèse est insoutenable qu'elle sopposeraft une corrosion de la muqueuse de l'estomac qu'on ne

(1) Headii, AmMeiger dtr K, K. Geseiischaft der Aerzte in Kien, 1876, n* 23. Homuicf. 31

trouTe jamais. Schuchard et Dybkowsky croient de leur o6té qoll se forme dt» l'estomac une ?ariété non inflammable d*liydrogène phosphore qui, résorbé, d^ Tient un poison, parce qu'il s'oxyde et se transforme en acide phosphoreux aox dépens de l'oxygène du sang. Cette hypothèse encore n'est pas saflisamment joitifiée à cause de la faible quantité d'oxygène qui est enleTée aa sang. L'hypothèM qui parait actuellement la plus plausible, c'est que le phosphore arriie dam k sang comme tel, ou à l'état de vapeurs de phosphore, qoi, d'après les expérisacei de Bamberger, sont capables de traverser les membranes animales, ou bien \m le phosphore, devenu soluble dans la graisse qui se trouve dans l'estomac oo lis» testin, peut ainsi être absorbée. Du reste quelques observatears sont enclini 4 penser que le phosphore n'est pas aussi insoluble dans l'eaa qu'on l'avait tàak jusqu'à présent.

L'ictère qui est constant a été regardé autrefois comme de nature hématogèae. Des recherches plus récentes ont montré qu'il fallait l'attribuer à une stase dtlt bile, due en partie au rétrécissement des voies biliaires par le gonflement cattrrinl venant de l'intestin, en partie à l'occlusion des fins canalicules biliaires à la tHiH de la dégénérescence graisseuse et de l'augmentation consécutive des cellilM du foie.

La dégénérescence graisseuse très prononcée des organes inler* nés, l*iclère et les ecchymoses dans les séreuses et les maqueuscs sont caractéristiques de Tempoisonnement par le phosphore et forment un tableau si particulier qu'il suffit dans la plupart des cas à établir le diagnostic. Malgré cela, il y a quelques processus qo*, tout en n'étant pas les mêmes, présentent cependant les mêmes signes à Tautopsie : ce sont toutes les maladies qui donnent lieu à une dégénérescence granulo-graisseuse aiguG des organes internes. Parmi ces maladies, nous citerons en première ligne V atrophie ai^ui du foie dont la ressemblance avec Tempoisonnement par le phosphore a été signalée de tout temps. Elle survient le plus fréquemment chez les femmes enceintes ou en couches et présente les symptômes d*un ictère grave dans lequel on peut déjà pendant la vie constater cliniquement une diminution de volume du foie. A rautop>ie on trouve également une dégénérescence graisseuse très pronoDcée des reins, du cœur, ainsi que des muscles volontaires, et de^ ecchymoses sous les séreuses et sur les muqueuses bien que d'une façon moins constante que dans l'empoisonnement par le phosphore. Le foie cependant présente d'autres caractères que le foie phosphore. Tandis que ce dernier paraît augmenté de volume et offre lacoo-

(1) L. ilcrroann (/. c, 239). Comme l'infusion aqueuse de phosphore (aJlomettcs) a été souvent employée dans les empoisonnements et que sa toxicité ne peut être mise en doute, Fischer {Viertftj. f. g. Aled,, 1876. XXV, 41) ainsiiioé des expériences et a trouvé que ces infusions, môme quand elles ont été plusieurs fois clarifiées, luisaient cependant fortement dans robscurité et contenaient une grande quantité de fines parcelles de phosphore suspendues dans le Uqoide.

ùUnce da foie gras, le foie, dans l'atrophie aigu6, ainsi que Tinliqoe déjà le nom de la maladie, est diminué de volume, extrême- Mat flasque et présente une surface bosselée. Tandis que le foie pliosphoré offre une coloration d'un jaune franc mêlé d'un rouge bnm ou d'un jaune brun, cet organe, dans l'atrophie jaune aiguë, pbenie une coloration d'un jaune brun sale interrompue à la coupe iM qu'à la surface par des taches et des raies d'un rouge sale Ivne. A l'examen microscopique on ne trouve pas une infiltration Vttforme de gouttelettes graisseuses dans les cellules du foie, mais ttmème temps une destruction des cellules du foie qui sont en iruide partie méconnaissables comme telles. On trouve en même taps dans les détritus et dans les plus fins canaux biliaires une funtité considérable de bactéries dont on peut également constalir riovasion dans d'autres organes, principalement les reins, le cœur et les vaisseaux du cerveau (Waldeyer et Klebs). Enfin on iRNiTe dans le tissu interstitiel du foie un dépôt abondant de petillieellules rondes dont la prolifération rapide déterminerait, d'apès Winiwarter (i), la compression des vaisseaux et la destruction èi cellules du foie, lésion que Ton ne rencontre pas ou peu dans b foie phosphore.

Pour la rechetxhe du phosphore , on a déjà fait observer que 4ds certains cas la présence du phosphore dans le contenu de ftstomac et de l'inteslin pouvait être constatée par la phosphores- CiDce caractéristique des masses que l'on agite dans l'obscurité. Koos ferons remarquer à ce sujet que les masses acides ou neutres iNiIes luisent dans l'obscurité, que par conséquent il faut acidu- Ir d'abord les liquidés lorsqu'ils ont une réaction alcaline, ce qui ^fnwB principalement par suite de la putréfaction. Le procédé b Mitscherlicb pour rechercher le phosphore dans les parties du tdavre consiste à distiller les masses acidulées dans une chambre Itcore. Y a-t*il du phosphore, on aperçoit, quand la masse conte- M dans la cornue commence à bouillir, à Tendroit où le tube bdacleur partant de la cornue entre dans Tappareil réfrigérant, la iMsphorescence . caractéristique : cette réaction est si sensible p*iiiie ou deux tètes d'allumettes y donnent déjà lieu. Celte phosphorescence peut être empêchée par la présence de Talcool, de *éllier, de l'huile de térébenthine, de Tacide butyrique, et proitUement par d*autres substances à odeur forte, qui doivent donc Mre éliminées avant de commencer Texpérience. La méthode de

(I) Wioiwarter, fVr. medic, Jahrb., 1872, 256, etc.

Dussard et Blondlot repose sur la production d'hydrogène phosphore qui s'obtient de la même façon que Thydrogène arsénié dam l'appareil de Marsh et a pour but la recherche de la flamme d'un vert caractérislîquo de l'hydrogène phosphore.

Gomme le phosphore s'oxyde rapidement dans l'organisoie et qu'une grande partie est évacuée par les vomissements etquelfpiefois par la diarrhée, la recherche chimique ne réussit en génénl que dans les cas récents, mais rarement dans ceux qui n'ont eitraîné la mort qu'au bout de quelques jours. Dans les cas à manke rapide, le phosphore peut, dans certaines circonstances, se retrooiv inaltéré dans les cadavres putréfiés. C'est ainsi que Fischer et Miller (1) ont pu retrouver le phosphore après huit semaines, etfadde phosphoreux après douze semaines dans le cadavre d'animaux euK poisonnés par ces substances. Elvers (2) décrituncas dans lequelOi pu constater la présence du phosphore au moyen de l'appareil è Mitscherlich dans le cadavre d'une femme empoisonnée par une pâli phosphorée et exhumée trente-cinq jours après la mort. Gommelfl tètes d'allumettes sont colorées par du minium, on devra rechs^ cher également, ce qui est facile, l'existence de plomb dans te parties du cadavre. Nous avons pu quelquefois réussir à letroortf dans le contenu de l'intestin après que le phosphore avait déjàdisparu. Dans un cas de Tardieu (3) on a pu découvrir dans le cadanv d'une femme exhumée un an et demi après sa mort, du cinabre avec lequel les allumettes employées avaient été colorées. Dans qoet* ques cas on a réussi à retrouver encore dans le contenu de reàtomac et de Tintestin des morceaux de bois d'allumettes et reconmi' tre, par la constatation microscopique de vaisseaux pointillés, qu'ili provenaient de bois de sapin.

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