PARASITISME ANIMAL. — EKTOZOAIRES HELMINTHES
« C'esl sur les lapins que j'ai pu suivre le développement du irichina. Lorsque l'on l'ail manger à un lapin de la viande conlcnant des Iricliincs, on voit, trois on quatre semaines après, l'animal maigrir ; ses forces diminuent sensiblement, et il meurt vers la cinquième ou la sixième semaine qui suit l'ingestion de la viande renfermant les eniozoaires. Si l'on examine les muscles rouges de l'animal ainsi mort, on les trouve remplis de millions de trichines, et il n'est pas douteux que la mort n'ait été produite par une atrophie musculaire progressive consécutive aux migrations des trichines dans l'économie.
1) Dans un des cas, j'ai vu moi-même mourir l'animal ; il était si faible, qu'il ne pouvait se tenir sur ses pattes; couché sur le côté, il avait de temps à autre de légères secousses ; enfin les mouvements respiratoires cessèrent, tandis que le cœur battait encore régulièrement : la mort survint après quelques mouvements spasmodiques.
» Par cette alimentation, j'ai obtenu cinq générations d'entozoaires. J'ai d'abord fait manger à un lapin des trichines vivants occupant un muscle humain; il mourutau bout d'un mois : je fis alors ingérer à un second lapin des muscles du premier, il mourut aussi un mois après. La chair musculaire de celui-ci me servit à en infecter trois autres en même temps ; deux d'entre eux moururent trois semaines après et le troisième au bout d'un mois. J'en nourris alors deux, dont l'un avec beaucoup et l'autre avec peu de la chair de ces derniers : le premier mourut au bout de huit jours sans que l'autopsie révélât d'autre lésion qu'un catarrhe intestinal ; le second succomba six semaines après le début de l'expérience.
» Chez tous ces animaux, à l'exception de l'avant-dernier, tous les muscles rouges, sauf le cœur, renfermaient une telle quantité de trichines, que chaque partie examinée au microscope en contenait plusieurs, quelquefois jusqu'à une douzaine.
" Il s'agit donc ici d'une affection mortelle. L'observation attentive faite sur ces animaux, ainsi que sur d'autres, donna les résultats suivants : Peu d'heures après l'ingestion des muscles malades, les trichines dégagées des muscles se trouvent libres dans l'estomac; elles passent de là dans le duodénum et arrivent ensuite plus loin dans l'intestin grêle pour s'y développer. Dès le troisième ou le quatrième jour, on trouve des œufs et des cellules spermaliques, tandis que les sexes sont devenus distincts. Bientôt après, les œufs sont fécondés, et il se développe dans le corps des trichines femelles, de jeunes entozoaircs vivants. <;eux-ci sont expulsés par l'orifice vaginal situé sur la moitié antérieure du ver, et je les ai retrouvés, sous forme de petits filaires, dans les glandes inésenlénques et surtout en nombre considérable dans les cavités séreuses, particulièrement dans le péritoine et le péricarde; ils avaient, selon toute apparence, traversé les parois intestinales, suivant probablement la même voie que celle que parcourent les psorospernncs, d'après les recherches de l'un de mes '■lèves, le docteur Klebs, c'cst-à dire qu'ils pénètrent dans les cellules épiihél'ales de l'intestin. Du reste, je n'ai pu en découvrir ni dans le sang, ni dans les voies circulatoires.
828 PATHOLOGIE CfîNÉRALE.
» En continuant leurs migrations, ils pénètrent jusque dans l'intérieur des faisceaux musculaires primitifs, où on les trouve déjà, trois semaines aprl's < l'alimentation, en nombre considérable et à un degré de développement tel .1 que les jeunes entozoaires ont presque atteint les proportions de ceux qui étaient renfermés dans la chair ingérée par l'animal.
«Pour être certain qu'avant rex])érience l'animal n'avait pas de trichines dans ses muscles, j'ai examiné plusieurs fois, avant de le nourrir, un morceau de muscle excisé sur le dos, et je n'en ai pas trouvé de trace là où plus tard elles devaient se rencontrer en si grand nombre.
» Les trichines progressent dans l'intérieur des faisceaux musculaires primitifs où on les voit souvent, plusieurs à la file l'une de l'autre. Derrière elles, », la substance musculaire s'atrophie ; autour d'elles, elles provoquent une irritation, et dès la cinquième semaine commence leur enkystement; le sarcolemme s'épaissit et le contenu des fibres musculaires présente les signes d'une végétation cellulaire plus active ; le kyste est donc le produit d'une sorte d'irritation trauraatique.
» Chez le chien, on suit très-bien le développement des trichines dans l'intestin ; mais elles ne passent pas dans les muscles, soit que l'intestin, soit que les sucs digestifs du chien soient nuisibles aux migrations ou à l'évolution ultérieure de ces êtres.
., Je dois à l'obUgeance de M. le professeur Zencker de Dresde les muscles de la femme avec lesquels j'ai commencé cette série de recherches. Dans ce cas, la mort survint dans des circonstances entièrement semblables à celles que j'ai observées sur mes lapins; l'autopsie ne découvrit d'autre lésion que d'innombrables trichines dans les muscles, et ni ici, ni dans les muscles des lapins, elles n'étaient visibles à l'œil nu.
De ces faits, il ressort donc qu'il est des cas mortels d'infection par les trichines qui ne peuvent être reconnus qu'avec le microscope, et que jusqu'à présent on n'avait pas observé d'autres cas que ceux où les trichines étaient non-seulement enkystées, mais où ce kyste était déjà pour le plus grand nombre arrivé à un degré très-avancé de crétification, car ces kystes seuls sont visibles a
Toeil nu. ,!••',„ ,, Or, comme les kystes ne se forment que de la quatrième a la sixième semaine, et la crétification probablement après des mois, on peut en conclure que jusqu'ici on n'a reconnu ces cas chez l'homme qu'après qu'était suryeinie une sorte de guérison. alors que les symptômes se rapportant à h-vol.ition récente des trichines étaient oubliés depuis longtemps. En recueillant exactement les antécédents chez les malades qui ont éprouvé les symptômes precitcs on verra probablement bientôt augmenter le nombre des cas de maladies
trichines. , . ., . j '„,„„.
Outre le mérite d'avoir constaté chez l'homme les trichines que j a. claoi vertes dans riniestin du chien, le professeur Zencker a pu retrouver le reste • trichines qui avaient infecté sa malade cl jeter ainsi un grand jour sui 1 c logie de cette affection. Comme la malade avait été transportée de la ca
PARASITISME ANIMAL, — ENTOZOAIRtS HELMINTHES
pague à l'hôpital de Dresde, le professeur Zencker pi it des renseigncnieiiis cl trouva que, quatre semaines auparavant, on avait, dans cette même habitation, abattu un porc renfermant des trichines; que le jambon et les saucisses faits avec la chair de cet animal en contenaient un grand nombre ; qu'enfin le boucher qui avait écorché le porc et mangé des trichines fraîches, ainsi que plusieurs autres personnes, avait, comme elles, présenté des symptômes rhumatismaux et typhoïdes plus ou moins graves; mais la malade transportée à Dresde succomba seule à l'ingestion de la viande de ce porc,
« Dès à présent cet état présente un grand intérêt hygiénique.
» L'ingestion de viande de porc fraîche ou mal apprêtée, renfermant des tdchiucs, expose aux plus grands dangers et peut agir comme cause prochaine de la mort.
» Les trichines conservent leurs propriétés vitales dans la viande décomposée, elles résistent à une immersion dans l'eau pendant des semaines ; enkystées, on peut, sans nuire à leur vitalité, les plonger dans une solution assez étendu d'acide chromique, au moins pendant dix jours.
') Au contraire;, elles périssent et perdent toute iiiduence nuisible dans le jambon bien fumé et conservé assez longtemps avant d'être consommé. »
7" Ancylostomum duodenale. — Ce vei-, décrit par Dubini, de Milan, et retrouvé au Caire, où il est fréquent, par Bilhary, habile surtout le jéjunum et s'accroche assez souvent à ia muqueuse. Il peut occasionner des hémoriliagies intestinales assez abondantes.
8» La douve hépatique (fig. \ 80) ou distorne se rencontre en France, suivant iMo;;Iin; elle n'est pas rare en Hollande, en Suède, au Mexique et même au Grofinlaïul.
La douve hépatique est longue de 20 à 30 millimètres ; elle dépasse bien rarement ce dernier chiffre : la largeur varie entre 6 et 16 millimètres, son corps ' î^t apiati, ovalaire, un peu oblong, plus rétréci en avant qu'en arrière et obtus
ses extrémités; il a des bords presque tranchants. Linné compare cet animal à "lie graine de potiron, Breinser à la lame d'une lauccltc, et Cuvier à une petite 'euille. Sa consistance est molle, et sa couleur d'un brun grisâtre plus ou moins ''Vide. Ce corps est susceptible de s'étendre et do se raccourcir, soit en totalité,
partiellement, à peu près comme celui des sangsues, mais avec beat iiioms d'énergie et de régularité.
FiG. 180. — Distomo liépatiqne extrait d'un abcès, par M. Bionis des Corrières. — Grossi huit l'ois (*).
Ulcoup
*) «, bouche ; b, ventouse postérieure; c, œsoplingo, d, d, d, nunilicati,,
l'inlosliii. (Diu-uine.)
Il y a, dans le corps humain, quatre autres espèces de douves : ce sont les«i| douves lancéolée, oculaire, inégale et de Bush. . - j
La douve hépatique se trouve dans la vésicule du fiel, dans les canaux liépa-j tiques, et peut-être aussi dans le tissu du foie. Lit présence de cet animal dans lest conduits les dilate extraordinairemont. I.eur paroi interne se recouvre d'uneiB mucosité épaisse d'un brun noirâtre. Quelquefois cette mucosité finit par se^^j durcir et se changer en une substance presque osseuse. Fortassin mentionne une » femme qui portait plus de deux cents douves dans le foie. Le docteur Bilhar a décrit une maladie curieuse observée au Caire, causée par la présence de ces»" entozoaires dans les excroissances fongueuses de la muqueuse vésicale. M. Gublerf a trouvé dans le foie d'un homme malade des tumeurs comparables à des gallesf j § végétales, contenant des œufs un peu différents de la douve hépatique! Suivant M. de Hebold, une douve aurait été vue dans une tumeur du pied par le docteur Grisker. D'après F. Dujardin, cette espèce a été observée sur une veine porte par M. Duval, directeur de l'école de médecine de Rennes.
La douve lancéolée habite également dans le foie. i^. j
La douve oculaire se trouve entre le cristallin et sa capsule. Un enfant de cinq ans en a offert une fois quatre individus (Geischeidt).
La douve inégale a été vue, deux fois, dans les intestins d'un jeune homme.
La douve de Bush a été retirée du duodénum d'un cadavre.