CHAPITRE XVIII
DE l'emploi du thermomètre.
Malgré les recherches de Sanctorius et de Haen, l'emploi du thermomètre en médecine était tombé en désuétude. C'est de nos jours qu'Andral, Baerensprung, Traube, Wunderlich, Hirtz (1), etc., ayant repris l'usage de cet instrument, ont montré tout le parti qu'on en pouvait tirer pour le diagnostic de la fièvre, pour le pronostic en général et pour la thérapeutique.
Ce n'est pas assez de constater avec la main la chaleur de la peau, on n'obtient ainsi que des résultats approximatifs insuffisants pour l'étude et pour les démonstrations de l'enseignement clinique. On peut se tromper aisément, et il n'y a que le thermomètre qui puisse révéler les modifications de la chaleur morbide, son accroissement, son déclin, ses variations diurnes et nocturnes et, enfin, les degrés de température maxima et minima compatibles avec la vie. Il peut même servir de moyen de constatation de la mort, car au-dessous de -f 20° la mort est bien réelle.
Tous les thermomètres ne sont pas également bons pour apprécier la chaleur ammale, il faut des instruments préparés dans ce but par un constructeur intelligent; tel est le thermomètre de Fastré (fig. 235). Cet instrument peut être préparé au mercure ou à l'alcool, mais je préfère celui qui est préparé à l'al-
(1) Hirlz, muveau Diclion. de médecine et de chirurgie pratiques. Hris 1867 t VI P« 772, article Chaleur. ' > • ' >
SÉMÉIOLOGIE.
cool il cause de la facilité qu'on a de suivre les oscillations de la colonne iliermométricjue ; il ne doit avoir que 5 degrés au-dessous de zéro et 45 degrés au-dessus, il doit être divisé en dixièmes de degré ou seulement, ce qui peut suflire, en demi-degrés. De plus, pour que l'expérience ne soit pas trop longue, il faut donner une grande sensibilité à l'instrument en lui donnant un petit réservoir facile à échauEfer et une colonne très-mince.
Le thermomètre doit être appliqué dans la bouche sous la langue, dans le rectum ou dans l'aisselle. Mais il faut savoir que dans le rectum la température est un peu plus élevée que dans l'aisselle, comme dans l'aisselle elle est un peu plus élevée que dans la bouche. Bien que les résultats obtenus dans le rectum soient plus précis en raison de, la température plus constante de cet organe, tous les médecins ne placent l'instrument que dans l'aisselle, ce qui est très-suffisant pour les recherches cliniques. Ce n'est là qu'une question de convenance, et, comme ou peut toujours placer un thermomètre dans l'aisselle, s'il est entendu que toutes les recherches thermométriques seront faites en cet endroit, on a ainsi en tous lieux et pour toutes les maladies un endroit semblable pour observer, ce qui permet de comparer les résuUats publiés par tous les observateurs.
On verra plus loin quelle peut être l'utilité de la thermométrie appliquée au diagnostic, pour le moment, qu'il me suffise d'avoir mentionné ce procédé d'exploration, et, dans le chapitre consacré à l'étude de la température dans les maladies, j'indiquerai, d'une façon plus complète et plus détaillée, les avantages que le diagnostic, le pronostic et la thérapeutique peuvent retirer de la thermomélrie cHnique.
FiG. 235. — Thermomètre ù. alcool coloré. (Fastré.)