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SIGNES FOURNIS PAR L'ATTITUDE DU MALADE

L'honuue en bonne santé se présente avec toutes les attitudes que nécessite l'accomplissement des fonctions de la vie. Debout et couché, droit ou assis, en repos ou en mouvement, ses mouvements sont libres et faciles, et ils ne traduisent, au dehors, que son esprit, ses passions, son caractère, ses instincts et ses besoins. Dans l'état de maladie, au contraire, ils révèlent souvent la nature des désordres cachés qui gênent l'exercice des fonctions.

L'attitude debout, langoureuse, molle, indique l'irrésolution, la faiblesse musculaire, et un état d'anémie ou de maladie chronique plus ou moins avancé. La même altitude avec incertitude et demi-résolution des membres s'observe dans l'ivresse et dans les affections typhoïdes ou adynamiques.

Lorsqu'on marchant, les deux jambes sautent en fauchant sur le sol, on peut être sûr qu'il existe une maladie de la moelle épinière assurément mortelle au bout de quelques années. Si une seule jambe traîne dans la marche, le bras correspondant restant immobile et flasque le long du corps, c'est, au contraire, une maladie du cerveau dans l'hémisphère cérébral opposé à la paralysie.

L'attitude debout, incessamment dérangée par des mouvements musculaires (lu visage et des membres, ou des doigts projetés en tous sens, est un signe de chorée. S'il n'y a que tremblement des mains ou des jamhcs, c'est la paralysie agitante.

Une grande assurance d'attitude, jointe à l'énergie et à la mobilité des mouvements, est le signe d'une manie aiguë prochaine. Je reviendrai un peu plus loin sur ces différents phénomènes.

Au lit, l'attitude est également en rapport avec la nature des maladies, et suffit pour en caractériser un certain nombre.

Le décuhitus dorsal s'observe dans l'obésité, dans les maladies aiguës graves et dans les maladies adynamiques et typhoïdes, dans certaines maladies douloureuses, comme le rhumatisme articulaire aigu, la péritonite aiguë, qui empêchent tout mouvement, et dans la méningite comateuse.

Le décubitus latéral est généralement d'un bon augure, quand il n'est pas 'mposé au malade par la iiature des accidents qu'il éprouve, mais souvent il est le symptôme d'une situation grave. On l'observe dans la pleurésie aiguë avec

épanchement très-considérable ; il a lieu h droite si l'hydrolhorax occupe le côté droit, et à gauche, au contraire, s'il occupe la plèvre gauche. Celle dernière variété de décubitus se rencontre également dans les hypertrophies du cœur et dans l'hydropéricarde, dans les grosses tumeurs de la rate et dans les tumeurs du ventre, kystes ou autres qui se développent dans le côté gauche de l'abdomen,

Vattitude assise et permanente est le signe de l'asthme, de l'emphysème pulmonaire, de l'hydrothorax avancé, de la phthisie à sa dernière période et de toutes les graves maladies du poumon, des gros vaisseaux et du cœur. C'est l ce qu'on appelle Vorthopnée.

Il est toujours fâcheux de voir les malades s'obstiner à changer l'attitude . horizontale du lit pour se lever ou s'asseoir sans tenir en place, et il £st rare que ce ne soit pas là un signe de mort. Il en est de même de ceux qui, étant t sur le dos, jettent souvent les bras loin du corps et tiennent les extrémités inférieures écartées ou fléchies en changeant perpétuellement de place. Ce phénomène qui annonce une grande perversion des forces, est connu sous le nom de jactitation. C'est encore une chose très-grave que de voir les malades placés dans le décubitus dorsal couler au pied de leur lit, quoi qu'on fasse pour les remettre sur leur oreiller.

Quelques maladies modifient à leur manière le décubitus dorsal; ainsi, dans » la suffocation du croup et des autres maladies du larynx, les enfants couchés ont la tête renversée en arrière ; — dans la contracture essentielle, les malades restent couchés avec les mains sur le ventre, leurs doigts roides et rapprochés les uns des autres;— dans la catalepsie, ils sont immobiles, et, dans le tétanos, en même temps qu'il y a renversement du corps en arrière, ou inclinaison latérale, il y a contracture des mâchoires, ou trismus, de temps à autre de vives secousses douloureuses dans les membres donnent lieu à des roideurs musculaires trèsprononcées.

Chez quelques malades, l'attitude est toute différente, et le décubitus a lieu sur le ventre. C'est ce qui arrive dans la colique de pLomb, dans la colique sèche ou nerveuse, dans les violentes douleurs de la colique néphrétique, etc. ; mais ce phénomène, assez généralement de courte durée, cesse avec les douleurs. On observe quelquefois, dans ces différentes maladies, ratiitudc momentanément verticale, assise, immobile, demi-fléchic, le haut du corps incliné en avant, avec application des mains sur le ventre.

L'attitude peut encore être modifiée par une foule de maladies et de dilioi mités. L'inclinaison de la tête sur le cou s'observe dans le torticolis rhumatismal, et à la suite d'une arthrite cervicale ou d'une carie des vertèbres Les gihl)0silés annoncent le rachitisme, la carie vertébrale ou une simple rétracnon musculaire; il y a une attitude horizontale particulière, dans l^q^elk; le bass n, légèrement incliné sur le côté, et la cuisse correspondante à moilic fléchie, diquent une maladie de la hanche, probablement une coxalgie, etc.

SECTION II

L'augmentation de volume du corps peut avoir lieu d'une manière générale ou locale, par suite de l'accumulation de graisse, de gaz ou de liquides dans les tissus, et par suite de l'hypertrophie de certains organes.

Obésité. — L'accumulation de graisse, connue sous le nom d'obésité ou de polysarcie, est une disposition bien commune qui gêne la plupart des fonctions, et qui, dans certaines circonstances, peut occasionner la mort, ainsi que je l'ai vu sur une jeune fille de dix-sept ans couchée dans les salles de Rostan à l'Hôlel-Dieu. C'est parfois chez l'adulte un état physiologique produit par le repos exagéré et la nourriture très-abondante, mais c'est aussi une maladie dont on ne connaît point les causes. Dans l'enfance, c'est l'indice d'une constitution lymphatique et scrofuleuse.

Emphysème. — L'augmentation de volume du corps, produite par l'accumulation des gaz, ou emphysème sous-cuiané, a ordinairement heu à la suite d'une communication accidentelle du poumon ou du larynx avec le tissu cellulaire sous-cutané, après une blessure ou une rupture de ces organes; on l'observe également après certaines plaies gangréneuses, dont les liquides en fermentation produisent des gaz qui se répandent dans le tissu cellulaire du voisinage. C'est une lésion dont il est facile de reconnaître la nature au moyen de la pression des doigts, qui détermine une crépitation fine très-abondante.

Œdème. — Lorsque l'augmentation a lieu par suite de l'infiltration des liquides et principalement de sérosité, Vanasarque ou l'œdème qui en résultent se reconnaissent à la mollesse et à l'empâtement des tissus, qui conservent l'empreinte de la pression des doigts sans faire entendre de crépitation. Ce sont des phénomènes de nature très-complexe. — Vanasarque indique, soit un trouble de la perspiralion cutanée, soit plus ordinairement la diminution de l'albumine (lu sang ou la présence d'obstacles considérables à la circulation dans le foie ou dans le cœur. Il s'observe dans la néphrite albumineuse, dans les cachexies, dans la convalescence de la scarlatine, et alors il commence par les paupières d'où il gagne tout le corps; dans les maladies du cœur et de l'aorte, il commence par les pieds, enfin dans la cirrhose il succède à l'ascite, ac.— V œdème se rattache aux mêmes causes, et de plus s'observe dans les inllammations locales '■t dans les obstacles au retour du sang veineux vers le cœur. Il accompagne I érysipèle, le phlegmon, la variole en suppuration, la phlegmatia alba dolens, les maladies des organes qui compriment les vaisseaux des membres, etc.

Hypertrophie cutanée. — Dans certains cas enfin, l'augmentation de cerlaincs parties du corps est le résultat d'une hypertrophie partielle des tissus, notamment de la peau et du tissu cellulaire sous-cutané. L'éléphantiasis tuberculeux des Grecs, et l'éléphantiasis des Arabes, quoique d'une apparence très-

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différenle, sont surtout caractérisés par l'augmentation considérable du volume des parties affectées.

Amaigrissement et atrophie. — La diminution de volume du corps constitue l'amaigrissement si le phénomène est local, l'atrophie des membres et de certains tissus. C'est un phénomène général ou partiel.

L'amaigrissement général constitué par la résorption de la graisse et l'atrophie du lissu musculaire est très-fréquent dans les maladies aiguës et chroniques. Quelquefois très-rapide, comme dans le choléra, à cause des abondâmes évacuations gastro-inlestinales, il est, chez d'autres malades, assez lent à se produire. C'est le signe d'un trouble profond de la nutrition causé par un état général grave.

Dans quelques circonstances, l'amaigrissement est localisé au tissu musculaire de certaines régions, principalement des mains et des membres supérieurs. C'est une atrophie des muscles qui les fait disparaître en grande partie. Gel amaigrissement plus ou moins marqué, signe d'une altération des nerfs et des racines rachidiennes, a été désigné par M. Cruveilhier sous le nom d'airophic musculaire progressive. L'inspection seule des parties amaigries suffit pour faire reconnaître la nature de l'état morbide. Celte atrophie s'observe encore dans les paralysies de l'enfance compliquées de dégénérescence graisseuse et sur les membres atteints de tumeurs blanches ou ayant une maladie de l'os.

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