SIGNES FOURNIS PAR LA DOULEUR ABDOMINALE
Des douleurs abdominales se montrent dans un grand nombre de maladies organiques et nerveuses des voies digestives et des organes renfermés dans la cavité du ventre.
La condition anatomique nécessaire à la production de cette douleur dans l'état pathologique est, dit-on, la distribution aux organes malades de filets nerveux du système cérébro-spinal, que ces organes soient d'ailleurs sensibles ou ne le soient pas dans l'état habituel. Quant à ceux qui ne reçoivent que des filets nerveux du grand sympathique, ils seraient, d'après M. Bouillaud, complètement insensibles. D'après cet observateur, la douleur manque dans les maladies de l'intestin grêle et du péritoine viscéral, parce que ses parties ne reçoivent que des rameaux venant du grand sympathique ; tandis que les autres organes du ventre reçoivent à la fois des rameaux du grand sympathique et du système cérébro-rachidien. Il y a douleur dans les maladies de l'estomac, du foie et de la rate, parce que, outre les filets du grand sympathique, ces organes reçoivent des filets du pneumogastrique. Il y a douleur dans les maladies des reins et de la matrice, parce que, outre les rameaux qui viennent du grand sympathique, ces organes sont animés par des nerfs venant des plexus lombaire et sacré. Il y a douleur dans l'inflammation du pèruoine pariétal, parce que cette partie de l'enveloppe des organes abdominaux ne reçoit pas seulement des filets du grand sympathique, mais qu'elle en reçoit encore des parois abdominales. Sans doute, les tissus qui reçoivent des nerfs du système cérébro-spinal sont plus douloureux que ceux qui sont animés par le grand sympathique, mais il n'est pas exact de direque ces tissus prives de nciis restent indolents dans l'état morbide. On sait aujourd'hui que les tendons ei les ligaments enflammés sont très-douloureux, et il en est de même pour 1 intestin grêle et la séreuse qui le couvre.
La douleur du ventre s'observe dans une foule de maladies inflammatoires, aiguës ou chroniques, dans les névralgies et dans les maladies organiques des viscères abdominaux. Elle n'est pas toujours identique, étoile difi-ere suna ^ une foule de circonstances, suivant son siège, suivant la nature de la maia dans laquelle on l'observe, etc. .
On peut dire qu'elle est en rapport avec l'étendue delà lésion, non p.is^ cause de son intensité, mais nu point de vue de la surface occupée par eiie^ elle est circonscrite et bornée à l'organe malade, elle a une grande valeur
SIGNES FOURNIS PAK LA DOULEUR ABDOMINALE. 'I2àb
gnostique; malheureusement elle ne conserve pas toujours ce précieux caractère, car elle se généralise, et s'étend aux parties voisines. Toutefois, dans Je lieu primitif de la lésion, la douleur est toujours plus vive qu'ailleurs, et c'est de là qu'elle s'irradie en suivant le trajet des nerfs. Ainsi, dans la tumeur blanche de la hanche, les malades ressentent une vive douleur au genou; dans les maladies de l'estomac, les douleurs ne se bornent point au ventricule, elles s'étendent assez loin, à la région correspondante du dos et h la paroi antérieure de la poitrine. On sait que dans les maladies du rein les douleurs sur le trajet de l'uretère sont communes; chez les enfants ayant des calculs du rein ou de la vessie, les douleurs à la verge et surtout au gland sont extrêmement fréquentes ; elles constituent même chez les jeunes enfants un signe probable de calcul vésical. Dans les maladies de la matrice, les douleurs s'étendent aux lombes, aux aines, aux cuisses, etc.
La douleur du ventre peut être superficielle ou profonde. Ses caractères sont variés, dépendent et de l'organe qui est atteint et de la nature même de la maladie dans laquelle elle se montre. Elle est sourde dans les inflannnations de la muqueuse intestinale et dans les maladies des organes parenchymateux, aiguë, au contraire, dans les maladies de la séreuse péritonéale. Ici c'est une colique; alors elle se localise dans l'intestin, et elle se montre par accès avec tortillement de plus en plus pénible et douloureux. Là, au contraire, ce sont des cram.pes, et il y a sentiment de contraction, ou des élancements comparables à des coups de canif.
Ailleurs la douleur prend la dénomination de ténesme, quand elle est accompagnée de fréquents besoins d'évacuer qu'on ne peut satisfaire, ce qui s'observe .souvent au rectum, à la vessie, au vagin et à la matrice. Elle se présente encore avec d'autres caractères; tantôt spontanée, tantôt proiio§'?<ee, elle s'exaspère par le plus léger contact, ou au contraire, comme dans la colique de plomb, elle est notamment soulagée par une vigoureuse pression des parois de l'abdomen.
Permanente ou passagère, elle augmente graduellement ou brusquement ; elle cesse tout à coup ou progressivement, selon les circonstances et souvent sans qu'il soit possible d'en indiquer la raison.
On observe la douleur abdominale dans une foule de maladies des parois du ventre et des viscères renfermés dans sa cavité, dans la gastralgie et la gastrite, dans la dysenterie, dans l'entérite, dans le cancer de l'intestin, dans la péritonite, dans la colique de plomb, dans les maladies des reins et du foie, dans les névralgies des parois abdominales, etc.
1° Dans la gastralgie, la douleur a pour siège la région de l'estomac. Ce sont des tiraillements, des crampes qui s'irradient à la partie antérieure de la poitrine, dans le dos, jusque dans les bras et au cou. Ces douleurs sont réveillées et augmentées par la pression à l'épigastre, par le travail de la digestion, et cependant l'ingestion des aliments les soulage quelquefois. On leur donne le nom Acpyrosis, de soda ou de fer rouge, quand elles ressemblent à un senlinient de clialeur, de brûlure, le long de l'œsophage, avec renvois, rejet d'un liquide aigre et acide.
1" Dans la gastrite, maladie très-rare h l'état aigu, plus fréquente qu'on n'i\
voulu le croire depuis un certain nombre d'années, la douleur occupe la région épigastrique ; elle est plus ou moins vive et permanente, avec vomissements, perte d'appétit, rougeur de la langue et fièvre médiocrement intense au début. C'est un sentiment de chaleur et de brûlure insupportables.
Dans V entérite aiguë, la douleur est sourde , rarement très-vive , et elle apparaît surtout dans les cas où le cœcum, le gros intestin et le péritoine prennent part à la maladie. C'est ce qu'on voit dans l'entérite tuberculeuse et dans l'entérite typhoïde, etc.
Dans ['entérite chronique et dans l'indigestion intestinale, il y a pesanteur, gène, chaleur dans l'abdomen ; mais il n'y a généralement pas de douleur bien vive.
Dans la colite aiguë et dans la dysenterie, la douleur abdominale est trèsprononcée ; elle existe sous forme de colique. Quelquefois très-vive, et s'exaspérant spontanément ou à la moindre pression, elle s'accompagne de pincement, de borborygmes et de besoins d'évacuation. Elle existe le plus souvent sur le trajet du côlon ; mais quelquefois elle est générale. Elle cesse après une évacuation pour se reproduire un peu plus tard. Il s'y joint souvent du ténesme et des épreintes, lorsque le besoin d'évacuer est très-fréquent et que les malades ne rendent qu'une petite quantité de matières.
Dans la colite chronique, la douleur est sourde et occupe le côlon de façon à simuler la gastralgie.
Dans [^péritonite, la douleur abdominale est générale, très-aiguë, sans intermittences, superficielle, exaspérée par la moindre pression, par l'application de la main ou par le poids d'une couverture. Très-forte dans la péritonite traumatique ou par perforation (péritonite toujours suraiguë), elle est beaucoup moins intense et fait quelquefois défaut dans la péritonite puerpérale, comme dans la péritonite chronique simple et dans la péritonite tuberculeuse.
Dans la colique de plomb, les douleurs sont très-vives, apyrétiques et reviennent par accès ; tantôt générales, et tantôt localisées à la région de l'ombilic, une forte pression exercée sur le ventre calme ces douleurs, et les malades cherchent eux-mêmes à faire cette compression en se plaçant en travers de leur lit, couchés sur le ventre. Cependant ce soulagement de la douleur produit par une forte pression n'est pas un phénomène constant, car on voit encore quelquefois, assez souvent même, des malades qui ne peuvent supporter sur le ventre le poids d'un cataplasme.
Dans la colique néphrétique, la douleur revient par accès très-aigus. Elle siège à la région lombaire, sur le trajet de l'uretère, dans l'hypogastre et même jusqu'à l'extrémité de la verge. La douleur, ordinairement sans fièvre et accompagnée de voinisscmenls, diminue par la pression sur les lombes et sur la paroi abdominale.
Dans la colique hépatique, la douleur est apyrétiquc et revient également par accès intermitten's ; elle occupe la région hépatique, et s'accompagne souvent d'ictère, de vomissements et de rétraction de l'abdomen.
Dans les névralgies des parois de l'abdomen observées dans la chlorose et