II. — Injections parenchymateuses
On désigne ainsi les injections pratiquées dans l’épaisseur d’organes malades ou dans des tumeurs. On se sert, suivant les cas, de liquides caustiques ou de solutions antiseptiques : les ganglions tuberculeux, les tumeurs et fongosités tuberculeuses diverses, les goitres, ont été traités par cette méthode, à l’aide de chlorure de zinc, de solutions concentrées d’acide phénique ou de sublimé, etc.; la liqueur de Fowler a été utilisée avec avantage contre le lymphosarcome ganglionnaire.
Les seringues destinées à la pratique de ces injections sont semblables à celle de Pravaz, mais l’aiguille doit être plus forte et plus longue.
Prenant l’aiguille isolément, on la fait pénétrer comme un trocart en un point où la tumeur est le plus saillante, et où l’on ne court aucun risque de léser des vaisseaux, on l’enfonce de 2 centimètres dans l'épaisseur de la glande malade ou de la tumeur, puis on la retire un peu en arrière pour libérer son extrémité. Ceci fait, le pouce et l’index de la main gauche fixant l’aiguille, on y adapte la seringue et l’on pousse l’injection avec une certaine force. On retire l’instrument comme il a été dit à propos des injections sous-cutanées. Cette opération est assez souvent suivie de douleur, de gonflement, et parfois de suppuration, suivant le tissu attaqué et la nature du liquide employé.
I III. — Injections intraveineuses
1. Injections intraveineuses de sérum artificiel. — L’injection ou transfusion de sérum artificiel a été employée par un assez grand nombre de médecins dans les dernières épidémies de choléra; elle a aussi donné de bons résultats dans l’anémie consécutive à des hémorragies considérables, et dans le collapsus qui les accompagne. En raison de la simplicité de son manuel opératoire, elle mérite d’être classée dans les opérations de petite chirurgie.
'On pratiquera ces injections avec l’un des appareils décrits plus haut pour les injections hypodermiques de sérum artificiel.
INJECTIONS INTRAVEINEUSES
Composition du sérum artificiel. — La solution proposée par Hayem, pour le choléra, est la suivante :
On l’emploie à la température de centig-r. environ. La quantité de liquide à injecter varie de 2.000 à 4.000 gr., en moyenne 1.200 à 1.500 gr. par opération; un litre en dix ou douze minutes; dans certains cas, l’injection doit être répétée plusieurs fois dans les vingt-quatre heures.
Uans les cas d’anémie aiguë par hémorragie, on injectera la solution de chlorure de sodium simple à 7 gr. pour 1.000 gr. d’eau.
Les solutions, les récipients et les instruments devront être minutieusement aseptisés.
L’appareil sera armé soit de la canule d’un fin trocart, soit d’une canule effilée en verre ou en métal. Le flacon contenant le sérum est plongé dans un bain-marie qui maintient le liquide à 38*^ environ, ce qu’on vérifie avec un thermomètre. Avec un peu de pratique dans le maniement de la soufflerie, on arrive à régler l’issue du liquide à 100 grammes par minute environ.
llauiiel opératoire. — La solution, les récipients et les instruments sont soigneusement stérilisés; le champ opératoire est (lésinfecté. L’ouverture de la veine et l’introduction de la canule peuvent s’exécuter de la manière suivante conseillée par Rouvier : on choisit une veine apparente, généralement une de celles du pli du coude (ou à son défaut la veine saphène interne au-devant de la malléole interne) et on la rend saillante en plaçant le bandage avant la saignée et en faisant quelques frictions ascendantes sur le membre. Puis, parallèlement à la veine et un peu sur le côté, on pratique, avec le bistouri une incision de 2 centimètres. La veine étant à nu, on fait écarter les lèvres de l’incision par une légère traction exercée de chaque côté, on saisit le vaisseau avec la pince et on l’incise en travers, en valve; pard’ouverture ainsi obtenue, on introduit la canule bien amorcée pour éviter la pénétration d’air, et sans soulever la veine par
Chlorure de sodium pur. . ^ ^r. \
Sulfate de soude
filtrer
soigneusement.
Eau distillée 1000
OPERATIONS DE PETITE CHIRURGIE
un fil pour ne pas s’exposer à des accidents ultérieurs (phlébite, phlegmons, etc.). La ligature du bras est enlevée, et l’on procède à l’injection. L’opération sera ‘conduite très lentement. Si le liquide ne pénètre pas, c’est que le bec de la canule butte contre la paroi de la veine, il n’y a qu’à la retirer un peu et à changer de direction.
L’opération terminée, on applique sur la plaie un pansement aseptique ou antiseptique occlusif et légèrement compressif.
IL — Injections intraveineuses de sels solubles. — Ces injections ont été surtout employées pour combattre la syphilis oculaire rebelle par Abadie qui a bien décrit cette petite opération. On se servira de la seringue en verre de Luer facilement stérilisable et de l’aiguille en platine iridié de Debove fiambée avant l’injection; asepsie rigoureuse de la région, d’habitude le pli du coude. On applique une ligature à la partie moyenne du bras, de façon à provoquer la turgescence des veines de l’avant-bras et du pli du coude. On choisit alors la veine la plus saillante, on tend un peu la peau et on enfonce doucement l’aiguille jusque dans la veine. Pour s’assurer de la pénétration exacte, on retire un peu le piston et l’on voit de suite affluer le sang dans la seringue. On fait alors enlever par un aide le lien qui serrait le bras et on pousse doucement l’injection dans la veine.
La solution employée est celle de cyanure de mercure àl gramme pour 100 grammes d’eau distillée, dont on injecte 1 gramme (20 gouttes) tous les deux jours.