TECHNIQUE DES PANSEMENTS
ARTICLE PREMIER
I I. — Pansement de Lister. Pansement a l’acide phénique
Lorsque Lister commença, en 1865, les recherches qui devaient aboutir à son pansement complet, il choisit | parmi les désinfectants connus l’acide phénique, comme le plus puissant et le plus apte au pansement des plaies i et à la destruction des germes. L’acide phénique, décou- ! vert par Runge sous le nom d’acide carbolique, étudié en ■ 1841 par Laurent qui signala ses propriétés désinfectantes, j a ^té introduit dans la thérapeutique chirurgicale par ] Lemaire (1860), et employé successivement par Déclat, j Petit, Tillaux, etc, La poudre au coaltar de Corme et Demeaux, dont on se servait déjà avant (1859), ne devait ses j propriétés qu’à l’acide phénique contenu dans le coaltar, j! Mais comme cet agent de pansement était mis en usage ^ d’une façon empirique, les résultats obtenus n’étaient pas de nature à frapper l’attention des chirurgiens. Ainsi que le font remarquer Chauvet et Rousquet, « si les pansements phéniqués existaient avant Lister, ce chirurgien a fondé la méthode du traitement des plaies par Tacide phénique ».
Le pansement-type de Lister et l’emploi de matériaux à pansement imprégnés d’avance d’acide phénique ont disparu de la pratique pour les motifs signalés dans les
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chapitres précédents. On n’utilise aujourd’hui que les solutions phéniquées combinées avec l’emploi d’autres types de pansements, et, dans quelques cas, le pansement phéniqué humide. L’acide phénique se prête mal aux pansements rares et secs en raison de sa volatilité.
1. Solutions phéniquées; onguents antiseptiques. — L’acide phénique cristallisé, neigeux, doit seul être employé ; on le liquéfie en plongeant dans un bain-marie à 50<> le récipient qui le contient. Il se dissout dans l’eau par l’addition d’un peu d'alcool ou de glycérine. L’acide phénique dissous dans l'alcool absolu et dans la glycérine perd la plus grande partie de son pouvoir microbicide, à moins d’ajouter une faible quantité d’eau à la solution.
1° Solutions. — On emploie habituellement deux solutions [ihéniquées, l’une forte, l’autre faible.
1“ Solution forte à 1 p. 20
Acide phénique. . .
Alcool ou glycérine. Eau
oO gr.
Elle est destinée à désinfecter la peau, les plaies, les instruments, les mains avant l’opération. On la colore en rose avec le carmin.
2“ Solution faible à 1 p. 40
^ Acide phénique. . .
Alcool
( Eau
25 gr.
Elle sert pour le spray, le lavage de la plaie, des éponges et des mains pendant l’opération.
L’acide phénique dissous dans l’alcool ou la glycérine est moins irritant et moins caustique qu’en solution aqueuse de môme
force.
, .\cide phénique. . . 33 gr.
3° Solution à 3 p. IQO J Alcool 33 —
( Eau 1000 —
Cette solution doit être préférée à celle à 1 p. 40 pour Les pulvérisateurs à vapeur. En outre, d’après Gartner et Bloch, elle est généralement suffisante 'pour la désinfection des instruments polis dont elle altère bien moins le tranchant que la liqueur à 5 p. 100.
2“ Huile, glycérine, vaseline phéniquées. — Les solutions de 5 à 10 gr. d’acide phénique p. 100 gr., soit d’huile, soit de glycérine ou de vaseline, servent à lubrifier les doigts (toucher rectal, vaginal), les instruments de cathétérisme, les trocarts, etc.
3» Onguents antiseptiques. — L’onguent boriqué sert dans
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les cas où les pansements phéniqiiés ou autres déterminent de rirritatlon cutanée au pourtour des plaies.
Paraffine 100 gr.
Vaseline . ! 50 —
Acide borique pulvérisé 30 —
Ou encore acide borique 15 à 20 gr. pour 100 gr. de' vaseline.
Cet onguent, étalé en mince couche sur de la gaze ou de la ouate hydrophile, est excellent pour panser les petites plaies.
IL — Application du pansement. — Aujourd’hui, l’acide phénique n’est plus guère employé que sous la forme de solutions aqueuses soit pour aseptiser les instruments, les fils à suture ou à ligature, les drains, etc. (v. chapitre iv) lorsqu’on ne possède pas d’étuve à stérilisation ou qu’on ne peut recourir à l’ébullition, soit pour concourir à la désinfection des mains, du champ opératoire, des plaies suspectes ou infectées.
Dans les plaies infectées, dans les plaies enflammées, dans les plaies contuses, le pamemetU phénique humide peut trouver son indication, sauf chez les enfants et chez les personnes à peau fine et délicate. Les matériaux nécessaires sont la gaze, le coton ou l’étoupe hydrophiles et un tissu imperméable. On imprègne extemporanément le matériel choisi en le trempant dans une solution phéniquée à 2,5 ou 3 p. 100 et on l’exprime ensuite pour enlever J’excédent de liquide et éviter ainsi une irritation trop grande de la plaie, qui sera toujours protégée directement par des fragments de gaze. La couche de matière à pansement employée sera suffisamment épaisse; on la recouvre d’un imperméable, puis d’une couche de coton non hydrophile et l’on serre à l’aide d’une bande. Seules, les plaies larges seront recouvertes de silk ou de papier ciré. Le pansement sera renouvelé tous les jours ou tous les deux jours. Bloch (de Copenhague) applique une bonne couche de gaze hydrophile stérilisée, trempée dans l’eau phéniquée à 3 p. lOÜ, la recouvre, sans imperméable, d'une bande de gaze stérilisée et hydrophile, puis met une couche d’ouate stérilisée, ordinaire (hydrophobe), épaisse de 5 centimètres, débordant l’autre couche de 10 centimètres, et la maintient avec une bande de gaze ordinaire.
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Bains et pulvérisations antiseptiques. — Yerneuil a obtenu d’excellents résultats avec les bains locaux antiseptiques prolongés pour les lésions graves et septiques de l’avantbras ou du pied. Ce bain est composé soit d’eau phéniquée à 2 p. 100, soit d’hydrate de chloral à 1 p. 100, soit de permanganate de potasse à 1 p. 1000. Le membre y reste 2 à 3 heures et peut y être plongé deux ou trois fois par jour.
Il s’est également servi à^ Xdi pulvérisation prolongée avec le spray à vapeur, pendant 2 à 3 heures, en renouvelant les séances plusieurs fois dans la journée. Ce procédé convient spécialement aux plaies contuses septiques et suppurées qui siègent dans des régions pour lesquelles les bains locaux sont inapplicables.
III. Mode d’.vction de l’.icide phénique. Inconvénients des p.\n- SE.MENTS PHÉNiouÉs. — 1“ Mode d'action. — D’après les recherches de Gosselin et Bergeron, l’acide phénique agit comme germicide. coagule les albumines des tissus et détermine aussi une coagulation intra-vasculaire ; il est donc antiputrescible ;
2* Inconvénients ; accidents. — L’acide phénique produit des accidents locaux et des accidents généraux. Les accidents locaux apparaissent de préférence chez les sujets à peau fine et sous forme d’érythème, d’eczéma, parfois d’éruption vésiculeuse généralisée ; les mains du chirurgien et des aides n’èchappent pas à cette irritation. Lucas-Ghampionnière les rapporte à des pulvérisations faites de trop près ou à l’emploi de solutions trop fortes. On a observé plusieurs cas de gangrène des doigts, surtout chez les femmes et les enfants, même après l’emploi de solutions faibles.
L’intoxication générale est aiguë ou chronique. Un de ses premiers symptômes est la coloration olive, verdâtre, des urines, dont la quantité est diminuée et le poids spécifique augmenté.
L’intoxication aiguë, légère, se manifeste par de la céphalée, de l’anorexie, des nausées suivies quelquefois de vomissements. Dans la forme grave, les symptômes cérébraux prédominent et les accidents sont parfois foudroyants : collapsus, coma, interrompus par des convulsions cloniques généralisées ou partielles; vomissements noirâtres ; diarrhée fétide ; sueurs abondantes ; respiration anxieuse, irrégulière ; pouls petit et précipité , température abaissée (3.o°) ; parfois ictère, pneumonie. Cet empoisonnement a entraîné la mort un certain nombre de fois.
L’intoxication lente, chronique, produit surtout chez les enfants des troubles qui consistent en agitation vive suivie de collapsus;
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chez les adultes, du malaise, de l’anorexie, de la céphalée, de l’abattement; les urines sont rares, foncées, parfois sanguinolentes ; quelquefois nausées, vomissements, de la fièvre se manifestant surtout après chaque pansement.
11 faut cependant reconnaître qu’un certain nombre de cas de mort, dus au choc post-opératoire ou même à la septicémie, ont été attribués à l'acide phénique.
Prophylaxie des accidents. — Eviter d’irriguer les grandes cavités, les plèvres, les vastes abcès par congestion. Eviter les solutions fortes dans les régions à peau fine (scrotum, cou-depied, coude, etc.). Chez les malades très affaiblis, user de grandes précautions ; de même chez les enfants qui sont très susceptibles à cet agent et pour lesquels Ghauvel et Bousquet repoussent même son emploi. L’acide phénique et les autres antiseptiques sublimé, iodoforme, sont à redouter dans les cas d’affections rénales (Brun).
Traitement. — Le sulfate de soude à 5 p. 100, pris à l’intérieur, a été préconisé par Baumann et Sonnenburg ; son action paraît illusoire. — Supprimer le pansement phéniqué et le remplacer par un autre antiseptique non toxique.
Contre l’hypothermie et le collapsus ; injection d'éther, linges chauds, frictions excitantes, stimulants diffusibles, respiration artificielle, inhalations d’oxygène, lait en boisson. Nüssbaum préconise les injections de sulfate d’atropine, la faradisation des nerfs phréniques et l'enveloppement hydropathique.
§ II. — Pansement au bichlorure de mercure
Le bichloriire de mercure était depuis longtemps connu et employé comme parasiticide, lorsque Davaine démontra, en 1874 et 1880, son pouvoir destructeur sur les microbes par des expériences que suivirent de près en Allemagne celles de Koch. Il est entré définitivement dans le domaine chirurgical à la suite de la publication des résultats cliniques obtenus par V. Bergmann (1878) Schede et Kümmel (1881), et depuis cette époque son emploi s’est généralisé.
Grâce à sa fixité, on est parvenu, en l’associant à des substances éminemment absorbantes, telles que les divers produits du bois, le coton hydrophile, l’étoupe purifiée, à rendre les pansements de plus en plus rares, sans danger de rétention des sécrétions des plaies. Ces sécrétions sont absorbées par les matériaux du pansement au furet