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D. — ACTES PSYCHIQUES

La substance nerveuse est le substraîum nécessaire de tou acte psychique ; sans cerveau, pas de pensée. Quelle que soit l'idée que l'on se fasse de§ phénomènes psychiques, qu'ils soient simplement une forme de mouvement matériel de la substance nerveuse ou le fait d'un principe supérieur agissant par son intermédiaire, il n'en ressort pas moins le fait indiscutable d'un organe pensant, même pour les actes intellectuels de l'ordre le plus élevé. Mais l'analyse intime de ces phénomènes est excessivement difficile, et si on recherche les propriétés générales que doivent posséder les cellules nerveuses qui entrent en jeu dans les actes psychiques, on éprouve des diflicultés insurmontables. Cependant, en analysant successivement avec soin tous les actes psychiques, on arrive à retrouver dans chacun d'eux certains caractères communs qui correspondent évidemment aux propriétés fondamentales des cellules nerveuses psychiques. Ces propriétés sont les suivantes :

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1° L'activité des cellules nerveuses psychiques est consciente. Cependant cette assertion est loin d'être absolue, et j'ai cité plus haut des actes d'abord conscients et qui sont devenus ensuite inconscients. Il est probable, du reste, sinon démontré, que, en vertu de l'habitude et de la multiplicité simultanée des actes psychiques, ceux-là seuls sont perçus et connus qui tranchent sur les autres par leur intensité ou par quelque chose de particulier. Dans ce cas, la loi formulée plus haut serait mieux énoncée dans les termes suivants : L'activité des cellules nerveuses psychiques est consciente quand elle atteint une certaine intensité.

2° Les cellules nerveuses psychiques ont la propriété de conserver un certain temps la modification produite dans leur intérieur par les excitations qui agissent sur elles ; ainsi les impressions persistent quelque temps avant de s'etîacer, et Luys a pu comparer ingénieusement ce phénomène à la phosphorescence des corps inorganiques ou mieux encore à cet emmagasinement de la lumière observé par >*'iepce de Saint-Victor sur des gravures exposées aux rayons solaires et qui, après être restées vingtquatre heures dans l'obscurité, impressionnent encore une plaque sensibilisée. Cette propriété, appelée rctentivité 'pav quelques psychologues, existe non-seulement pour les impressions, mais pour les mouvements, les idées, etc. La modification amenée ainsi dans la cellule nerveuse peut persister à l'état latent, sans que nous en ayons conscience. Enfin, quand l'excitation qui l'a produite se renouvelle fréquemment, la modification, de temporaire, peut devenir permanente. C'est sur cette propriété qu'est basée l'éducation.

3° La troisième propriété est celle de la reviviscence. Une modification une fois produite et qui persiste dans une cellule psychique à l'état latent, peut, sous certaines conditions, reparaître avec assez d'intensité pour être perçue et donner lieu à des actes psychiques. La mémoire est fondée sur ce phénomène de reviviscence.

4" Quand deux modifications successives d'une môme cellule nerveuse se produisent, non-seulement on a la conscience dé ces deux modifications, mais encore on a la conscience de leur clifj'crence ou de leur ressemblance, et l'écart des deux modifications nous fait connaître le degré de la ressemblance ou de la différence.

5° Les modifications produites dans une cellule nerveuse peuvent à leur tour agir comme excitant initial sur d'autres cellules nerveuses du même groupe ou des groupes voisins, et elles agissent de préférence sur les cellules qui ont été excitées souvent en même temps qu'elles ou après elles ; de là les associations d'idées, de mouvements, de souvenirs, et ces associations sont tellement fortes qu'elles se produisent malgré nous; ainsi, on chante sans le vouloir, et même contre sa volonté, un air dont les premières notes vous reviennent à la mémoire.

6° Enfin, faut-il accorder aux cellules psychiques une propriété qui leur est attribuée par beaucoup d'auteurs et qui les distinguerait radicalement des autres cellules nerveuses, à savoir celle d'entrer spontanément en activité, autrement dit la spontanéité? Je nele crois pas, pour ma part, et j'ai déjà donné ailleurs les raisons qui font penser le contraire. Ce qui induit en erreur, c'est la difiicultô de retrouver le phénomène initial qui a été le point de départ de l'activité cellulaire ; mais si l'on réfléchit que ces excitations initiales peuvent partir non-seulement des surfaces sensibles, mais encore d'autres centres nerveux, il n'y a rien d'étonnant à ce que ces excitations initiales passent inaperçues dans la plupart des cas.

Nous avons vu que, dans les centres moteurs, il y a une sorte de hiérarchie depuis ceux qui ne commandent qu'à un seul muscle jusqu'à ceux qui commandent à un ensemble de mouvements complexes, comme la marche ; dans les centres psychiques on retrouve aussi cette hiérarchie depuis les cellules inférieures qui reçoivent les impressions brutes parties des surfaces sensitives jusqu'aux cellules supérieures qui servent aux opérations les plus élevées de l'intelligence. Ces cellules devront donc présenter, et elles présentent en effet, outre les propriétés fondamentales énumérées tout à l'heure, des propriétés nouvelles.

La première de ces propriétés, c'est celle de concentrer ou de fusionner les modifications produites dans deux ou plusieurs cellules nerveuses d'ordre inférieur. Un exemple le fera comprendre. Je vois une pierre; l'excitation produite sur la rétine par les vibrations lumineuses se transmet jusqu'à un centre nerveux et y détermine une modification particulière qui constitue une sensation visuelle correspondant à la vue de la pierre; je touche cette pierre et j'ai de môme une modification particulière

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d'un autre centre ou sensation tactile; je presse contre celte pierre ou je la soulève, et j'ai une troisième espèce de modification d'un centre différent des deux précédents ou une sensation 'musculaire. Voilà donc trois modifications, trois sensations distinctes ayant pour siège trois centres nerveux différents; mais l'excitation ne s'arrête pas là ; elle se transmet à un centre plus élevé qui est en connexion avec ces trois centres nerveux inférieurs et qui fusiorfne ces trois choses, sensation visuelle, sensation tactile, sensation musculaire, en une notion unique, en une idée de quelque chose ayant telle couleur, telle surface, telle résistance, idée de la pierre que nous avons vue, touchée, palpée, sorte de moyenne des trois sensations primaires qui la constituent. C'est là le premier pas vers la généralisation et fabstraction, et successivement à mesure que les excitations se transmettent de proche en proche à des centres plus élevés, les notions qui en résultent deviennent de plus en plus générales pour aboutir enfm aux généralisations les plus hautes du temps, de l'espace et du mouvement.

Une deuxième propriété de ces centres nerveux supérieurs est celle de reconnaître les coexistences et les successions, d'avoir la conscience que deux excitations qui agissent sur le centre agissent simultanément ou successivement. Il y a cependant de?* limites à cette propriété et on verra plus loin, dans fétu de des sensations spéciales, que deux sensations successives, quand elles se suivent très-rapidement, nous paraissent simultanées. Ce fait s'explique par celte loi générale, déjà mentionnée, que pour qu'une excita lion influence un centre nerveux et surtout pour qu'elle devienne consciente, il faut qu'elle ait une certaine durée. (Voir aussi sur ces questions le chapitre des Fonctions cérébrales de la Physiologie spéciale.)

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