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STATION

On appelle station cet état d'équilibre du corps dans lequel il peut se maintenir un certain temps sans se déplacer. Il y a plusieurs espèces de station, suivant l'attitude prise par l'organisme : station debout, station assise, décubitus ou station couchée, etc., mais, dans toutes, la condition essentielle pour l'équilibre de la station c'est que la perpendiculaire abaissée du centre de gravité du corps tombe dans la base de sustentation , et le maximum de stabilité est atteint quand cette perpendiculaire rencontre le centre même de la base de sustentation. On sait qu'on appelle base de sustentation le polygone formé par la réunion des points

d'appui extrêmes par lesquels le corps touche le sol. J'insisterai surtout ici sur la station droite, la plus importante de toutes, et dont l'analyse suflira pour faire comprendre facilement toutes les autres.

II y a trois conditions essentielles à considérer dans la station droite : le centre de gravité du corps, la base de sustentation et enfin la façon dont la ligne de gravité est maintenue dans la base de sustentation.

1° Centre de gravité dit corps. — Le centre de gravité du corps peut être déterminé expérimentalement par les mêmes procédés que pour tous les autres corps solides. Horelli faisait coucher un homme sur une planche placée en équihbre sur un couteau horizontal comme un fléau de balance, de façon que la planche ainsi chargée restât en équilibre ; le centre de gravité se trouvait dans le plan passant par l'arête du couteau ; la situation du centre de gravité dans le plan antéro-postérieur et surtout dans le plan transverso-vertical (frontal) est plus diflicile à déterminer expérimentalement ; cependant on peut y arriver en partie pratiquem.ent, en partie par des raisons théoriques. Le centre de gravité du corps se trouve au niveau du promontoire (E. Weber), ou, d'après Meyer, dans le canal de la deuxième vertèbre sacrée.

On peut déterminer de la même façon les centres de gravité des différentes parties du corps. Ainsi le centre de gravité du tronc (les jambes enlevées) se trouve sur la ligne qui va de l'appendice xiphoïde à la 8® vertèbre dorsale (la 10® d'après Horner), et dans un plan transversal qui passe un peu en arrière de l'axe des têtes des fémurs.

La position du centre de gravité du corps varie naturellement suivant la position qu'on donne au corps et à ses différentes parties et encore plus suivant les fardeaux dont on le charge et la façon dont ces fardeaux sont portés. De là les attitudes diverses prises dans ces cas suivant le mode de chargement, altitudes qui ont toutes pour but de ramener la ligne de gravité dans la base de sustentation; de là ces mouvements de compensation si marqués surtout quand la base de sustentation est très-étroite, comme dans la station sur un seul pied ou dans les expériences d'équilibre.

2" Base de sustentation. — La base de sustentation est constituée dans la station droite ordinaire uniquement par les pieds, et varie de grandeur suivant l'écartement des pieds. Cette base de sustentation s'agrandit singulièrement, et avec elle la stabihté , dans

la station assise et surtout dans le décubitus. La diminution de cette base dans la station sur un seul pied ou sur la pointe des pieds par exemple, s'accompagne au contraire d'une diminution correspondante dans l'équilibre du corps, la moindre oscillation portant la ligne de gravité en dehors de la base de sustentation et rendant la chute imminente.

T Maintien de la ligne de gravité dans la base de sustentation. — Si la contraction musculaire était seule chargée de maintenir la ligne de gravité dans la base de sustentation, la fatigue interviendrait bientôt et la station ne pourrait être maintenue longtemps ; c'est en effet ce qui arrive dans certaines attitudes, comme dans la station accroupie. Pour que la 'station puisse se prolonger, il faut donc que d'autres conditions interviennent et que l'action musculaire soit réduite au minimum. Ces conditions se rencontrent dans la disposition même des articulations combinée avec l'action de la pesanteur. Toutes les articulations du tronc et des jambes sont maintenues dans l'extension par le poids même des divers segments du corps, de façon que le corps représente un tout rigide en équilibre sur l'astragale et supporté par la voûte plantaire.

Cette rigidité se produit de la far-on suivante dans les différentes articulations qui représentent toutes des leviers du premier genre.

La tête est en équilibre sur l'atlas et son centre de gravité tombe un peu en avant de l'axe de rotation de l'articulation occipito-atloïdienne; ici les muscles de la nuque interviennent, mais l'effort qu'ils ont à faire est très-faible à cause de la faible longueur du bras de levier de la résistance (distance de la ligne de gravité à l'articulatiouj.

L'action musculaire intervient aussi dans le maintien de la rectitude du rachis, surtout dans certaines conditions, ainsi quand, après le repas, le poids des viscères tend à l'incliner fortement en avant.

Le centre de gravité du tronc tombe un peu en arrière de l'axe de rotation des fémurs ; mais la chute du corps en arrière est empêchée par la tension du hgament de Berlin et du tenseur du fascia lata; en outre, ce dernier ligament ainsi que le ligament rond et, d'après Duchenne, les petits et moyens fessiers s'opposent à une inchnaison latérale.

Dans l'articulation du genou, le centre de gravité des parties supérieures du corps tombe tn\s-peu en arrière de l'axe de rotation, et l'articulation est maintenue dans l'extension par le tenseur du fascia lata et sa bandelette aponévrotique et par le triceps fémoral.

Tout le corps, jusqu'à l'articulation tibio-tarsicnne, forme ainsi un tout rigide dont la solidité est maintenue pour une grande partie par la tension même des ligaments et pour une faible part par l'action musculaire, et ce tout rigide est en équilibre sur l'astragale ; mais cet équilibre est très-instable, car le centre de gravité du système se trouve bien au-dessus du point d'appui, puisqu'il est situé au niveau du promontoire.

Aussi, à cause de la longueur du levier, les plus faibles déplacements dans l'articulation tibio-iarsienne se traduisent-ils à l'extrémité du levier, c'est-à-dire à la tète, par des oscillations d'une amplitude considérable. Ces oscillations peuvent être enregistrées directement si on adapte au sommet de la tète un pinceau vertical qui trace sur un papier tendu horizontalement audessus du sujet en expérience les mouvements de va-et-vient ou d'oscillation que le corps exécute pendant la station. Il est facile de mesurer ainsi les déplacements que subit le centre de gravité du corps. Ces oscillations sont dues évidemment à des contractions musculaires inconscientes (et peut-être aussi aux mouvements de la circulation et de la respiration) et surtout aux contractions des muscles de l'articulation tibio-tarsienne. Ce sont en effet ces muscles qui rétablissent à chaque instant l'équilibre et ramènent dans la base de sustentation la ligne de gravité du corps qui tend à s'en écarter, et, malgré la précision des contractions musculaires, il est bien difficile que la contraction ne dépasse pas quelquefois la limite voulue. La sensibilité musculaire, ou mieux le sens musculaire joue donc un rôle essentiel dans la station, puisque c'est par lui que nous avons la notion du degré de contraction nécessaire pour rétablir Téquihbre (voir: Sens musculaire).

Mais la sensibilité musculaire n'intervient pas seule dans le maintien de l'équilibre dans la station ; deux autres ordres de sensations interviennent aussi, des sensations tactiles d'une ])arl, des sensations visuelles de l'autre.

L'astragale qui supporte tout le corps repose sur la voûte plantaire et. par conséquent, sur la peau du talon d'une part et

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<UT celle qui recouvre les têtes des métatarsiens de lautre. Il y a donc là des sensations de x^ression qui se produisent à chaque instant et qui se produisent avec une intensité variable, suivant les déplacements du centre de gravité. En effet, si le centre de gravité -e déplace en avant, la ligne de gravité tombera sur la tète des métatarsiens, et la sensation de pression sera plus forte à ce niveau qu'au niveau du talon : les sensations tactiles de la plante du pied peuvent donc nous avertir des déplacements du centre de gravité et exciter par conséquent les mouvements nécessaires pour ramener ce centre de gravité dans la situation voulue pour l'équilibre dans la station. Aussi voit-on, quand la sensibilité de la peau de la plante du pied est émoussée, par exemple par un bain froid ou à la suite de maladies, les oscillations du corps augmenter d'amplitude, et par conséquent la stabilité de l'ensemble diminuer.

Les sensations visuelles ont un effet analogue; la fixation des objets qui nous entourent rend la station plus stable et facilite l'équilibre ; les oscillations augmentent d'amplitude dans l'obscurité ou quand on ferme les yeux, et cette amplitude acquiert un degré considérable quand, comme dans certaines maladies, l'ataxie locomotrice par exemple, la sensibilité musculaire est en -même temps abolie.

On admet en général deux modes principaux de station droite, la station symétrique et la station insymétrique.

Dans la station symétrique, le poids du corps repose également sur les deux jambes et le centre de gravité du corps se trouve dans un plan antéro-postérieur qui partage le corps en deux moitiés symétriques. Dans ce mode de station, dont on donne habituellement pour type la position militaire, l'action musculaire joue un rôle considérable, aussi ne peut-elle être maintenue longtemps sans fatigue.

Dans la station insyraélrique ou station hanchée. le poids du corps repose sur une seule jambe, placée dans l'extension, et le centre de gravité du corps tombe sur l'articulation tibio-tarsienne de ce pied. L'autre jamïîe un peu fléchie, placée ordinairement en avant de la précédente, n'appuie que très-légèrement sur le sol ; elle ne supporte en rien le poids du corps et ne sert qu'à rétablir l'équilibre par des mouvements presque imperceptibles. Ce mode de station est beaucoup plus avantageux que le précé-

dent, puisqu'il exige beaucoup moins d'action musculaire ; aussi les oscillations y sont-elles beaucoup plus faibles que dans la station symétrique. La position hanchée est la position naturelle, celle que nous prenons instinctivement quand la station se prolonge au delà de certaines limites.

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