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ACCOMMODATION

1° Caractères de V accommodation.

On a vu plus haut que les milieux réfringents de l'œil constituent un système dioptrique dans lequel les rayons lumineux suivent complètement les lois physiques. Si nous prenons l'œil normal, emmétrope, cet œil est disposé pour que les rayons parallèles venant de l'infmi fassent exactement leur foyer à la rétine. Mais à mesure que le point lumineux se rapproche de l'œil, son foyer se fait en arrière de la rétine *, et la vision ne serait plus nette, à cause des images de diffusion, si un appareil particulier n'intervenait et ne modifiait la réfringence des milieux de manière à faire tomber le foyer sur la rétine.

La preuve que l'œil n'est pas accommodé au même moment pour des distances différentes est facile à donner. Si on place sur une règle deux épingles à une certaine distance l'une de l'autre et qu'on les vise en plaçant l'œil dans l'axe de la règle, il est impossible de les voir nettement en même temps ; pendant que

(') Le tableau suivant, emprunte' à Listing, montre à quelle distance en arrière de la rétine se fait l'image pour les différentes distances de l'objet à l'œil :

Dislance

Diamètre

Distance

de

du cercle

de diffusion

de l'image

! en arrière

l'objet à l'œil.

sur la

rétine.

de la

rétine.

Infini 00

l'une est nette, l'autre est trouble; c'est qu'en effet l'une des deux forme toujours sur la rétine une image de diffusion. De même si l'on place une gaze devant un livre, on ne peut voir nettement à la fois la gaze et les lettres de la page.

L'œil emmétrope est naturellement disposé pour la vision à l'infmi ; cette vision se fait sans fatigue, tandis que la vision des objets rapprochés s'accompagne d'une sensation d'effort. Si, après avoir longtemps fermé les yeux, nous les ouvrons subitement, nous ne voyons distinctement dans le premier moment que les objets éloignés; enfin, dernière preuve de la disposition de l'œil emmétrope pour les objets éloignés, si on paralyse l'appareil de Taccommodation par rinstillation d'atropine dans l'œil, les objets éloignés sont seuls vus nettement.

Les rayons parallèles venant de l'infini ne sont pas les seuls qui fassent leur foyer à la rétine; jusqu'à 65 mètres environ, les rayons qui partent des objets peuvent être considérés comme parallèles et la vision de ces objets est nette sans qu'il y ait besoin d'accommodation.

Mais à partir de cette distance de 65 mètres (voir le tableau de Listing, page 789), l'appareil d'accommodation doit intervenir et l'effort d'adaptation est d'autant plus énergique que la distance des objets à l'œil se rapproche. Enfin il arrive un moment où l'effort d'accommodation a atteint son maximum ; on a alors la limite de visibilité des objets rapprochés ; c'est le punctum proximum de la vision distincte. Plus près de l'œil, la vision est trouble, le foyer ne peut plus se faire à la rétine, et il se forme des cercles de diiîusion. Ce punctum proximum de la vision distincte, qui correspond au maximum d'accommodation, doit être apprécié en prenant comme objet un point lumineux, sans cela \q punctum proximum varierait avec la grandeurde l'objet. En général, il se trouve à 12 centimètres de l'œil. (Pour la mesure du punctum "proximum, voir : Optométrie.)

L^ punctum remo/ir/7i correspond donc au repos de l'accommodation et au minimum de pouvoir réfringent de l'œil, le punctum proximum au maximum de l'accommodation et au maximum de pouvoir réfringent de l'œil. On a appelé latitude d' accommodation la distance entre le punctum remotum R et le punctum proximum P; L = R — P.

La puissance d'accommodation a pour mesure le pouvoir réfringent d'une lentille qui produirait le même effet que le

maximum d'accommodation et ferait voir nettement un objet au punctum proximum. Cette puissance d'accommodation a pour

I l 1 formule '•-; — - = J^ f désignant la longueur focale de la lentille, P la dislancQ du punctum proximum, R celle du punctum remotvm; dans l'œil emmétrope, R étant à l'infini, le pouvoir

1 1 d'accommodation est représenté par p = 7-

Nous ne sommes pas accommodés pour une seule distance, mais pour une série de points situés l'un derrière l'autre ; la ligne qui joint ces points a été appelée ligne d'accommodation. ^Q. longueur augmente à mesure qu'augmente la distance des objets fixés. Pour les objets très-rapprochés, cette ligne d'accommodation est très-courte et le moindre déplacement les rend indistincts.

Vers 40 ans, bien avant même, suivant quelques auteurs, le pouvoir accommodatif diminue ; le punctum proximum s'éloigne de l'œil, et par conséquent la latitude d'accommodation décroît. Quand la distance de P dépasse 22 centimètres, il y d. preshxjlie on presbijopie : les travaux à des ouvrages fins, surtout le soir, sont impossibles. La presbytie augmente peu à peu avec l'âge. A 70 ans, le pouvoir d'accommodation = 0.

Dans l'amétropie, raccommodation présente des caractères particuliers. Chez le myope, où le punctum remotum est en deçà de 65 mètres, la latitude d'accommodation peut cependant être plus grande que chez l'emmétrope, le point P étant, en général, plus rapproché de l'œil. Ce point P peut cependant comme par les progrès de l'âge) s'écarter de l'œil, et alors la myopie se complique de presbytie. Dans l'hypermétropie, l'œil est déjà obligé d'accommoder pour la vision à l'infini; l'hypermétrope commence avec un déficit d'accommodation; le pouvoir accommodatif atteint très-vite son maximum, et îe point P est en général assez éloigné de l'œil; aussi rhypermétrope ne voit-il pas distinctement les objets rapprochés et sa latitude d'accommodation est-elle très-rètrécie.

Optométrie. — Les optomètres sont des instruments qui servent principalement, à l'appréciation du punctum remotum et du punctum proximum , ainsi qu'à celle des divers degrés d'astigmatisme de l'œil.

1° Les optomètres les plus simples consistent en une épingle, ou un fil vertical, ou un réseau de fils très -fins mobiles le long dune règle graduée.

2° D'autres, comme Voptomètre de Stampfer, reposent sur le priu-

PHYSIOLOGIE FO.XCTIOX.XELLE.

cipe de Texpérieiice de Scheiner (voir pag-e 776 1 et servent à mesurer

Fig. 207. — Oplomètie de Fenin et Mascait.

Pig. 207. — L'appareil est représenté vu d'en haut, vu en coupe et vu de face. — A, support- — B, tirage pour élever l'appareil. — C, collier avec vis de pression. — D,D, tuyau métallique formant le corps de l'optomètrp. — E, crémaillère. — e, e, double règle graduée donnant l'état de la réfraction. — F, glissière munie d'un index et portant une lentille concave située dans le corps de l'instrument. — f, pignon qui commande la crémaillère et qui fait mouvoir la glissière F. — G, œilleton derrière lequel est placé l'oculaire consisiant en une lentille convergente. — H, lentille divergente. — I, radian fixé au tuyau. — J, cadran mobile lixé au porte-objet et à tranche divisée en degrés. — K, objet.— L, petit tube porte-objet. — M, écrou à charnière et ù tirage.

\e pinictum proximum. C'est la distance à laquelle un objet (ligne' lumineuse) est vu simple à travers deux fentes parallèles.

3° 11 y a un grand nombre d'optomètres plus compliqués, tels que ceux de Y. Grsefe, Burow. Ruete, Hasner, Javal, etc. La figure 207 représente Koptomètre de Pcrrin et Mascart. dont j'emprunte la description à Monoyer \Physique médicale de Wumlt).

Cet instrument se compose d'un tube cylindrique en cuivre, portant à l'une de ses extrémités, en G, une lentille convergente qui sert d'oculaire, à l'autre extrémité un objet, K, dessiné sur verre noirci et éclairé par transparence. Dans lintérieur du tube se trouve une lentille concave, H, d'une longueur focale plus courte que celle de la lentille convergente, et qui peut être déplacée depuis l'objet jusqu'à l'oculaire, à l'aide d'un pignon,/, agissant sur une crémaillère, E. Selon la position qu'elle occupe par rapport à l'objet, la lentille négative imprime aux rayons lumineux émanés de ce dernier des directions telles, qu'en sortant de l'oculaire ces rayons présentent à volonté tous les degrés de convergence ou de divergence qui conviennent aux dififérentes formes d'amètropie (hypermétropie et myopie) et aux divers états anormaux de l'accommodation ipresbytie, spasme ciliaire, etc. Un index fixé à la glissière F, qui entraine la lentille concave, affleure une règle graduée en pouces, e, e, et donne, par une simple lecture,, l'état de la réfraction.

4° Échelles typographiques. — a) Pour apprécier le puncium remotum, on place les lettres de l'échelle à 20 pieds, et on cherche le plus faible verre concave ou le plus fort verre convexe qui les fait voir distinctement. La distance focale du verre donne de suite le punctum remotum cherché, b) Pour apprécier le punctum proximum, on cherche la plus faible distance à laquelle est vu distinctement le caractère le plus fin des échelles typographiques. Cette appréciation préseïite des difficultés à cause de la fatigue de l'accommodation.

2° Mécanisme de V accommodation.

Il est inutile aujourd'hui d'entrer dans le détail des diverses explications données du mécanisme de l'accoramodation. On sait d'une façon certaine que le cristallin y joue le principal rôle, et son ablation [aphakîe) abolit immédiatement la faculté d'accommodation. (De Graefe.)

Dans l'adaptation (/?(;. 208, A, p. 794), le cristallin devient plus convexe, le pouvoir réfringent de la lentille augmente, et le foyer des rayons lumineux est reporté en avant de façon qu'il se fait sur la rétine.

Pour démontrer ce changement de courbure du cristallin, on s'est servi des images de Purkinje, déjà étudiées à propos de la mensuration des courbures de l'œil (voir page 770). Si on mesure à l'ophthalmomètre les trois images dans un œil qui regarde un objet très-éloigné et qu'on les mesure ensuite en faisant regarder un objet très-rapproché sans changer la direction du regard, on voit que l'image cornéenne ne se modifle pas, que l'image de la face antérieure du cristaUin devient plus petite, plus nette et se rapproche de la précédente, enfin que l'image de la face postérieure du cristallin devient un peu plus petite; donc, la courbure de la cornée ne change pas ; celle de la face antérieure du cristallin augmente : celle de sa face postérieure augmente aussi, mais d'une très-faible quantité (fig. 208).

EE'AUiJIS.DCL

Fig. 20?. — Mécanisme de l'accommodation.

Les phénomènes qui accompagnent l'accommodation sont les suivants :

Fig. 208. — A, œil accommodé pour la vision des objets rapprochés. — B, œil dans la vision des objets éloignés. — 1, substance propre de la cornée. — 2, épitbélium antérieur de la cornée. — 3, lame élastique antérieure. — 4, membrane de Demours. — o, ligament pectine.

— 6, canal de Fonlana. — 7, sclérotique. — 8, choroïde. — 9, rétine. — 10, procès ciliaires.

— 11, muscle ciliaire. — 12, ses fibres orbiculaires. — 13, iris. — 14. nvée, — 15, oraserrata. — 16, partie antérieure de la rétine se prolongeant sur les procès ciliaires. — 17, hyaloïde. — IS, divigion de l'hyaloide en deux feuillets. — 19, feuillet antérieur de l'hyaloide ou zone de Zinn, dans sa partie soudée aux procès ciliaires. — 20, le même, dans sa partie libre. — 21, feuillet postérieur de l'hyaloîde. — 22, canal de Petit. — 23, cristallin pendant l'accommodalion. — 24, cristallin dans la vue des objets éloignés.

1» La courbure de la face antérieure du cristallin augmente, et pour le maximum d'accommodation, son rayon de courbure passe de 10 à 6 millimètres.

La courbure de la face postérieure augmente aussi, mais trèspeu, et son rayon de courbure passe de G millimètres à 5,5 ; son sommet reste sensiblement au même points Le diamètre équatorial du cristallin diminue, son volume restant le même.

2° La pupille se rétrécit; le bord pupillaire de l'iris se porte en avant; la grande circonférence, au contraire, se porte en arrière.

3° La pression intra-oculaire augmente dans la partie postérieure de l'œil.

L'agent de ces modifications oculaires est le muscle ciliaire. Donc, dans l'accommodation de R à P, il y a une tension musculaire ; dans l'accommodation ou dans le passage de P à R, un relâchement musculaire ; aussi ce passage de P à R se fait-il plus vite que le passage inverse.

C'est ce que montre le tableau suivant de Vierordt :

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