VITESSE DES PROCESSUS PSYCHIQUES
On a vu fpage 299) que la transmission nerveuse demande un certain temps et que l'excitation motrice parcourt environ 33 mètres par
seconde, l'excitation sensitive 30 à 35. On a cherché à calculer, par les mêmes procédés, la durée des processus psychiques les plus simples. Le temps qui s'écoule entre une excitation sensitive et le mouvement qui sert de signal et qui indique que l'individu en expérience a perçu la sensation, comprend la série d'actes suivants, qui ont tous une certaine durée, fraction déterminée de la durée totale du processus (Exner) :
1" Durée de rexcitation latente de l'appareil sensitif ; cette durée est très-courte; pour les sensations visuelles, elle serait de 0,02 à 0,04 seconde ;
2° Durée delà transmission sensitive depuis l'appareil sensitif jusqu'aux centres nerveux ; celte durée est connue ;
3° Durée de la transmission sensitive dans la moelle; cette durée est d'environ 0.1749 seconde pour les excitations parlant du pied, 0,1283 pour la main, ce qui donne pour la vitesse de la transmission sensitive dans la moelle 8 mètres environ par seconde,, par conséquent une vitesse bien moindre que pour les nerfs ;
4° Durée de la transmission cérébrale et des actes cérébraux;
5° Durée de la transmission motrice dans la moelle ; elle est pour le pied de 0,1506 seconde, pour la main de 0,1840, ce qui donne une vitesse de 11 à 12 mètres par seconde;
6° Durée de la transmission motrice depuis la moelle jusqu'au muscle ; elle est connue ;
7° Durée de l'excitation lateîite du muscle ; cette durée est connue aussi.
La durée de l'acte cérébral s'obtiendra donc en retranchant de la durée totale du processus toutes les durées partielles 1, 2, 3, 5, 6 et 7. Exner a trouvé de celte façon les chiffres suivants [l'âge des individus en expérience est placé entre parenthèses après chaque chiffre) : 0,2053 seconde (20 ans); 0,0775 (22); 0,2821 i23); 0,1231 (24;; 0,0828 i26); 0,0901 (35); 0,9420 et 0,3050 (76i. On voit daprès ces chiffres que la durée d'un même acte cérébral varie suivant les individus et suivant certaines conditions encore peu déterminées, mais où l'âge paraît jouer un rôle important. Ces différences avaient déjà été constatées par les astronomes (Maskelyne, Bessel, etc.). 11 y a toujours, en effet, entre le passage réel d'un astre devant le fil de la lunette et l'appréciation de ce passage par l'astronome un écart qui constitue ce qu'on a appelé erreur ou équation personnelle. Cette erreur est constante pour un observateur donné, mais elle varie suivant les observateurs, et peut être réduite par l'exercice l^Yolff .
F. C. Donders a imaginé, pour mesurer le temps nécessaire pour les actes psychiques, deux instruments, l'un, le nœmatachomètre, destiné à donner le minimum de temps nécessaire pour une idée simple, l'autre, le nœmatachographe, destiné à déterminer la durée d'opérations plus ou moins complexes de Fesprit. [Journal de V Anatomie, 1808.)
i . DU SOMMEIL.
Les centres nerveux encéplialiques présentent deux états distincts qui se succèdent avec une périodicité assez régulière, l'état de veille et l'état de sommeil. Quand le sommeil est profond, tous les phénomènes de l'activité psychique sont abolis et l'individu se trouve, au point de vue fonctionnel, dans une situation analogue à celle des animaux auxquels on a enlevé les hémisphères ; toutes les fondions de nutrition, digestion, respiration, circulation, etc., continuent; les excitations sensitives déterminent des mouvements purement réflexes, en un mot les hémisphères cérébraux cessent de fonctionner comme l'eslomac cesse de sécréter dans l'intervalle de deux digestions. Cet état de sommeil profond ne se montre guère que dans les premiers moments du sommeil; puis peu à peu le sommeil devient moins profond et les hémisphères cérébraux peuvent fonctionner, mais toujours d'une façon incomplète comme dans le rêve, sous l'influence d'excitations sensitives externes ou internes ; le souvenir seul peut nous apprendre s'il y a des idées formées pendant le sommeil, mais l'observation des dormeurs nous apprend qu'une grande partie des rêves, des idées, des paroles qui ont accompagné le sommeil ne laissent pas de trace dans la conscience, de sorte qu'il est impossible de dire si. môme dans le sommeil le plus profond, le repos du cerveau est absolu.
Le besoin de sommeil se traduit par une série de sensations que chacun connaît par expérience : sensations musculaires des muscles de la paupière supérieure, sensations des muscles sous-hyoïdiens qui précèdent le bâillement; pesanteur des membres et de la tète; affaiblissement de la sensibilité et surtout de la sensibilité tactile et muscu»laire, etc., etc. Pendant le sommeil, le pouls devient moins fréquent, la respiration plus rare, l'élimination d'acide carbonique diminue. L'état de la circulation cérébrale a donné lieu à des controverses qui ne sont pas encore tout à fait- terminées. Durliam, Hammond, Ehrmann, etc., admettent qu'il y a anémie cérébrale et que le cerveau reçoit moins de sang pendant le sommeil; d'autres auteurs, au contraire, croient qu'il y a une congestion du cerveau, et s'appuient surtout sur la congestion de la conjonctive et la constriction de la pupille observées pendant le sommeil, phénomènes qui indiqueraient une paralysie du sympathique (Langlet); cependant la plupart des physiologistes semblent aujourd'hui se rattacher à l'idée d'une anémie cérébrale.
La fatigue, tant physique que psychique, l'afTaiblissement des excitations extérieures tobscurité,* silence, etc.), la répétition des mêmes impressions (monotonie), le froid, la chaleur, la digestion, certaines substances (::oporifiques; produisent le sommeil. Mais sa cause réelle est
1032 PHYSIOLOGIE FOXGTIOX.XELLE.
encore indéterminée. Est-il dû à la simple fatigue des centres nerveux ou des nerfs, comme la fatigue d'un muscle amène une diminution d'irritabilité musculaire qui ne reparait que quand, par le repos, le muscle a pu éliminer les produits acides de sa contraction ? Ou bien faut-il invoquer la circulation cérébrale, l'anémie suivant les uns, la congestion suivant les autres ? Faut-il, avec Sommer, le rattacher à la diminution de la provision d'oxygène qui, d'après les recherches de Pettenkofer, s'accumulerait pendant le sommeil pour se dépenser pendant la veille ? Toutes ces hypothèses, ainsi que celles de KohlschUtter, Forneris, Heuke, PflOger, etc.. n'expliquent pas complètement tous les faits et il me paraît inutile de les exposer ici.
Ilibliog;raphie. — Cabaxis : Rapports du physique et du moral. — Gerdy : Physiologie philosophique des sensations et de l'intelligence. — Fechxer : Clémente der Psychojihysik. — Duchexxe : le Mécanisme de la physionomie, 1862. — Taine : De l'Intelligence. — Delbœuf : Recherches théoriques et expérimentales sur la mesure des sensations, 1873, et : Théorie générale de la sensibilité, 1875. — Wuxdt : Menschen- und Thierseele , et Grnndziige der jjhysiologischen Psychologie. — A. Bain : les Sens et l'Intelligence ; l'Esprit et le Corps; les Émotions et la Volonté. — H. Spexcer : Principes de psychologie. — Darwix : V Expression des émotions. — Lrrs : Etudes de physiologie cérébrale. Voir aussi la bibliographie générale du système nerveux et les ouvrages de psychologie.
Article quatrième. — Physiologie de la reproduction.
La physiologie de la reproduction comprend quatre séries d'actes successifs : T la formation des éléments reproducteurs, mâle (spermatozoïde) et femelle (ovule); 2° l'union de ces deux éléments ou fécondation : 3° les modiflcations qui se passent soit du côté de Fembryon, soit du côté de la mère, depuis la fécondation jusqu'à l'expulsion du fœtus ; développement embryonnaire et grossesse; 4" Fexpulsion du fœtus ou l'accouchement.