Écoulement dans les tubes élastiques
Il peut se présenter deux cas. Quand la pression est constante, l'écoulement se fait comme dans des tubes rigides et il s'établit un état permanent dans lequel la force élastique des parois fait équilibre à la tension du liquide, c'est ce qui arrive pour les petites artères, les capillaires et les veines, dans lesquelles l'écoulement est constant.
Mais il n'en est pas de même quand la pression qui fait mouvoir le liquide, au lieu d'être constante, est intermillente, cumme serait, par exemple, l'action du piston d'une pompe foulante, ou comme l'est celle du ventricule. Dans ce cas, chaque poussée détermine non seulement un mouvement de progression des molécules liquides, mais encore un mouvement d'ondulation tout à fait comparable aux ondulations déterminées sur la surface de l'eau par la chute d'une pierre; seulement dans cet exemple c'est l'élasticité de l'air qui remplace l'élasticité de là paroi des tubes de conduite.
Soit une poussée du piston dans le tube élastique; les choses se passent delà Beaunis. — Physiologie, édition. II, 93
façon suivante. Les molécules liquides subissent une impulsion en avant, mais à cause de la résistance des molécules liquides situées en avant, cette impulsion se transforme en un mouvement elliptique qui peut être représenté par la W'^ne A (fig. 3o7); quand le piston revient sur lui-même, la molécule liquide a le mouvement B et la trajectoire totale décrite par cette molécule pendant la durée totale d'une ondulation (allée el venue du piston) peut être figurée par C, Dans le cas
Fig. 357. — Trajectoire décrite par une Fig. 358.— Trajectoire des molécules liquides molécule liquide (Wundt). dans le cas de coexistence du mouvement
de translation et du mouvement d'ondulation (Wundt).
supposé, la molécule, à la Gn de l'ondulation, revient à sa position primitive ; mais, en réalité, il n'en est pas ainsi et à la fin de l'ondulalion la molécule liquide a progressé d'une certaine quantité, de sorte qu'il y a un mouvement de translation combiné avec le mouvement de progression, et la forme de la trajectoire, dans ce cas, sera représentée par A (fig. 358) et, après quatre ondulations successives, la molécule liquide se trouvera transportée de a en f (B, fig. 358).
A chaque poussée du piston, la paroi du tube élastique se trouve ainsi distendue par l'afflux du liquide dans une certaine longueur (longueur d'ondulation); une fois le piston arrêté, cette paroi réagit par son élasticité, et cliasse le liquide dans la partie du tube qui vient après et qui se dilate à son tour, et ainsi de suite. Chaque poussée, c'est-à-dire chaque ondulation, se révèle par une augmentation de tension et de vitesse du liquide et par une dilatation du tube élastique qu'elle traverse à un moment donné ; il est même facile de sentir à la main le passage de ces ondulations et même de les voir si, au lieu d'un tube élastique à parois épaisses, on prend, par exemple, une anse d'intestin.
L'amplitude de l'ondulation est proportionnelle à la quantité de liquide qui pénètre dans le tube et à la brusquerie de la pénétration; elle diminue peu à peu pendant le parcours de l'onde.
Si nous admettons que le piston qui refoule le liquide dans le tube élastique soit disposé de façon à ne produire que des poussées sans mouvement de recul, chaque nouvelle poussée déterminera une ondulation positive dans laquelle les molécules progresseront dans le sens môme de l'ondulation ; si les poussées se succèdent assez rapidement, on aura ainsi une série d'ondulations qui parcourront successivement le tube élastique. Mais au bout d'une certaine longueur de tube, les ondulations s'affaiblissent et finissent par disparaître et le mouvement saccadé se transforme peu à peu en mouvement continu. C'est là un effet de l'élasticité des pai ois du tube qui emmagasinent une certaine partie du mouvement produit pendant la poussée du piston et la restituent pendant son repos. L'élasticité du tube joue le rôle de la chambre à air des pompes à incendie.
Si le piston, au lieu d'une poussée, fait un mouvement de recul ou d'aspiration, au lieu d'une onde positive on a une onde négative qui commence par un rétrécissement au lieu d'une dilatation et qui se transmet dans le tube comme l'onde positive, avec cette différence pourtant que les molécules marchent en sens inverse de la propagation de l'onde.
Quand l'afflux du liquide dans un tube est bref et énergique, il peut se faire sous
PHYSIOLOGIE DU MOUVEMENT. 355 riiifluence de celle impulsion unique une série d'ondes successives qui marchent les unes après les aulres. Ces ondes seco7idaires ont des amplitudes graduellement décroissantes et les dernières formées, étant les plus faibles, s'éteignent les premières (Marey). Ces ondes secondaires ne doivent pas être confondues avec les ondes secondaires de Rollelt et Moens qui seront étudiées à propos du dicrotisme du pouls.
Outre les ondes secondaires, il peut se former dans un tube ferme ou suffisamment rétréci à son extrémité des ondes réfléchies qui suivent un trajet rétrograde et reviennent à l'origine du lube. Les ondes réfléchies se distinguent des ondes directes en ce que la compression du tube en aval du point exploré augmente l'intensité des ondes directes et supprime les ondes réfléchies (Marey).
La vitesse de propagation de l'ondulation dans les tubes élastiques (caoutchouc) est d'environ il à 12 mètres par seconde. D'après Marey, elle est proportionnelle fi la force élastique du tube, et varie en raison inverse de la densité du liquide; elle augmenterait par l'augmentation de tension, tandis que Rive et Landois admettent au contraire une diminution. D'après les recherches récentes de Moens, cette vitesse est en raison inverse de la racine carrée de la densité du liquide ; pour une même pression latérale, elle est comme la racine carrée de l'épaisseur des parois et du coefficient d'élasticité de ces parois, et en raison inverse de la racine carrée du diamètre du tube (pour la description des appareils et des procédés, voir : Marey, Travaux du laborat., 1875).
L'élasticité des conduits influe aussi sur la dépense du liquide, mais seulement quand l'afflux de liquide est intermittent. Ce fait a été démontré par Marey. Son appareil consiste en un flacon de Mariotte d'où part un tube muni d'un robinet, tube qui se bifurque et dont chacune des branches se continue par un long conduit; l'un est élastique et pourvu à son origine d'une soupape qui s'oppose au reflux du liquide; l'autre est en verre el par conséquent rigide. Les deux tubes ont le même débit, comme on s'en assure en ouvrant le robinet et en laissant s'établir un écoulement continu. Mais si l'on ouvre et ferme alternativement le robinet, on voit d'abord que l'écoulement par le tube rigide est intermittent pendant qu'il est continu parle tube élastique ; enfin la dépense est très inégale et le lube rigide verse beaucoup moins de liquide que le tube élastique.
V. Kries a donné la théorie mathématique du mouvement des ondes dans les tubes élastiques. Je mentionnerai ici que de Jager, en se basant à la fois sur des vues théoriques et sur des considérations expérimentales, a combattu le principe de Weber, de l'inégalité de pression, et est arrivé à des conclusions qui s'éloignent des données classiques admises généralement.
Biblios^raphic. — J. v. Kiues : Ueber die Bezie/ninr/en zioischen Dri/ck und GeschwindicfkeU, welche bei dev Wellenbewegung in elasiischen Schlniichen besle/ien (Festsch. f. d. .^6 Vers. d. Naturf. in Frciburg, 188-H). — E. IIegkf.zy Nagy : Das Strômen von Flussif/ keiten in Capillarruhren (K.ungar. Acad., t. XIII, 1883; eu hongrois). — M. Sternberg : Bemerkiing iiber Cuvven der Blidôewegung (Cbl. f. Pliysiologie, t. I) (1).
§ 2. — Du cœur et île ses mouvements.
Appareils et procédés d'exploration. — A. Chez l'Homme. — 1° Palpation.
— La main appliquée à gauche sur la poitriue sent le choc du cncur en dedans du ma-
(l) A consulter : E. H. Weber et 'W. Weber : Wellenlehre, etc., 1825. — Marey : I\cch. sur la circul. du sang (Gaz. méd., 1858). — Id. : id. (Ann. des se. nat., 1858). — Id. : MoHv. des ondes lir/uides (Trav. du labor., 1875).
melon, entre la cinqui«-nio et la sixième cote (1). Dans certains cas accidentels, plaie de la région cardiaque (Bamberger) ou dans les cas d'arrêt de développement, fissure congénitale du sternum (cas de Groux), absence du sternum, ectopie du cœur, ce mode d'exploration a pu être appliqué d'une façon beaucoup plus complète et plus précise. Un certain nombre de cas analogues ont été étudiés par François-Franck, Langendorff, Gibson et Malet, llesehl, Ziemssen, Rrieger, etc.
20 Inspection directe. — On a pu observer directement les mouvements du cœur sur (les su[)plic'iés. A Roston, des médecins ayant ouvert la poitrine d'un pendu, ont vu les mouvements du cœur se continuer jusqu'à quatre heures après la pendaison. Ces uiouvi'uients ont pu aussi être observés sur des fœtus humains (Fili, fœtus de 5 mois).
3" Cardiographie. — La cardiographie a pour but la transmission à un levier enregistreur de la pulsation cardiaque ou du choc du cœur. Le cardiographe le plus usité est le cardiographe de Marey. Si on applique sur la région de la pointe du cœur le tambour du stéthoscope de Kœnig (3) dont le tube est mis en communication avec le tambour à levier, chaque pulsation de la pointe du cœur se traduit par un soulèvement du levier, et ou en obtient alors le graphique suivant sur le cylindre enregistreur
Fig. 359. — Graphique des mouvements du cœur chez l'homme (Marey).
(fig. 359). Pour augmenter la sensibilité de l'appareil, Marey injecte de l'eau au lieu d'air entre les membi-anes du stéthoscope. C'est sur le même principe que Marey cousli-uisit le cardiographe clinique ou explorateur à coquille, dont la figure 360 représente la
Fig. 360. — Cardiographe de Marey.
coupe. L'appareil se compose d'une petite capsule elliptique en bois, dont les bords s'appliquent hermétiquement à la peau de la poitrine; du fond de la capsule s'élève uu ressort que l'on peut tendre plus ou moins à volonté; ce ressort est muni d'une petite plaque d'ivoire qui déprime la région où se produit le batteuient du cœur. Les mouvements communiqués à l'air de la capsule par les pulsations du cœur, qui dépriment le ressort, se transmettent par un tube au tambour à levier.
(1) D'après Mariaunini et Nauiias, le choc de la pointe se sentirait, dans G7 p. 100 des cas, dans le quatrième espace intercostal, et dans 33 p. 100 dans le cinquième (femmes : 86 p. 100 dans le quatrième espace ; hommes : G'2 p. 100). Avec l'âge il a une tendance à s'abaisser.
(2) Le stéthoscope de Kœnig se compose d'un tambour métallique fermé d'un côté par une double membrane élastique qui, par l'insufflation, circonscrit un espace lenticulaire; l'ouverture opposée du tambour communique avec un tube terminé par un embout.
Fig. ;3G1. — Explorateur à tambour de Marey.
brane de caoutchouc, renferme un ressort à boudin assez faible, qui fait saillir meuibranc en dehors. Un disque d'aluminium et un bouton de liège reposent sur ce membrane. Toute pression exercée sur le bouton chasse l'air de la capsule, à travers
Kig. 3G2. — Cardiographe de Zadek (*).
tube qui la termine, jusque dans les appareils inscripteurs. Une vis de réglage permet d'exercer avec le bouton une pression plus ou moins forte sur la région cardiaque. Ces deux appareils fournissent du reste des tracés identiques à la figure 359. Dans l'application des cardiographes, il faut faire bien attention que le bouton réponde au point du
(*) T, contour du thorax. — a, pelote appuyant sur le thorax. — b. tige la rattachant à un axo fixé li'une manière mobile à la cheville c. — F, vis qui tend plus ou moins un ressort contenu dans l.i pièce l-], ressort (|ui comprime plus ou moins la pelote contre le thorax. — fi, capsule recouverte d'une membrane de caoutchouc à laquelle se transmettent les déplacements de la pelote a. — h, vis fixant la capsule à la hauteur voulue. — o, tige fixée au lit ou à une chaise suivaut que le sujet est couché ou assis. — p, pièce pouvant glisser le long de la tige o dans le sens vertical ou tourner hori/.ontalement. — Z, tige pouvant glisser dans la pièce creuse m et être fixée |)ar la vis n. — k, ressort rattachant la pelote et sou ai)])areil à la tige l. — 1, vis de fixation. — y, tige recourbée portant à son extrémité une lame de caoutchouc qui s'applique contre le thorax. — V, vis de fixation. — - Nota. Cette figure, ainsi que les figures 392, 393, 399, 403, 404, 405, 410, 412, 413, 449, sont extraites du livre d'Ozanam, La circulation et le pouls, livre dans lequel, outre un grand nombre de recherches personnelles, on trouvera un historique très intéressant sur la circulation et spécialement sur le pouls.
PHYSIOLOGIE SPÉCIALE
thorax où la pulsation du cœur est la plus sensible; si on s'écartait de ce point on aurait, par suite de la dépression de l'espace intercostal due à la diminution du volume du cœur et à l'aspiration qui s'exerce sur les parties voisines, un abaissement du levier au lieu d'une élévation ; le tracé du cœur est renversé {pulsation négative). En appliquant le cardioiirapho soit en dessous du mamelon gauche soit plus en dehoi's, on peut recueillir séparément les tracés du ventricule droit et du ventricule gauche; pour avoir ce dernier il faut coucher le patient sur le côté gauche. Ces tracés présentent des différencos sur losquelles .Man'v a appelé récemment l'attention. — Le cardiographe de ni/rdo?i-Sanderson est construit sur le même principe que le cardiographe à tambour de Marey. Il en est de même du panspfiygmographe de lirondgeest. Le polijgrap/ie de Mal/iieu et Meuris.'^e peut servir aussi pour enregistrer les battements du cœur (voir : Pouls), (ialabin a modifié le sphygmographe de Marey (voir : Pouls) pour l'appliquer contre le thorax, pour prendre la pulsation du cœur. On a du reste imaginé récemiïient encore un cf-rfain nombre de cardiographes. Je me contenterai de décrire le cardiographe de Zadek. Ce cardiographe (fig. 362) se compose d'une pelote a qui appuie sur le thorax. La pulsation du cœur est transmise à une petite capsule recouverte d'une membrane de caoutchouc, et de là par un tube de caoutchouc à une seconde capsule. Sur la membrane de caoutchouc de cette seconde capsule repose une perle de verre à laquelle est fixée une tige verticale qui met eu mouvement le levier inscripteur. Ce système de deux capsules et du tube de communication, au lieu d'être rempli d'air, comme dans les appareils dr Marey, est rempli d'eau.
4" Procédé des flammes manométriques. — Ce procédé (p. 308) a été employé par Landois, Gehrardt, Klemensiewicz, pour rendre visibles les pulsations du cœur (voir les mémoires originaux pour la description des appareils).
5° Mouvements cardio-pneumatiques. — Le cœur diminuant de volume k chaque contraction dos ventricules, il détermine une raréfaction de l'air intra-pulmonaire, de sorte que si on suspend sa respiration, la glotte ouverte (I), chaque systole se traduira par un faible courant d'air inspiré qu'on pourra enregistrer facilement. Il suffit pour cela de tenir entre les lèvres un tube couunuuiquant avec un tambour à levier : le tracé inscrit présente exactement la pulsation cardiaque renversée^ la descente de la courbe cardio-pneumatique correspnndant à l'ascension de la courbe cardiographique et . vice-versâ. Ces faits, déjà vus par S'oit et Losser, ont été étudiés par Ceradiui et Landois à l'aide d'appareils particuliers {Hœmathoracogruphe de Ceradini, Cardio-2meuviographe de Landois). Landois l'a mis aussi en évidence a l'aide des flammes manométriques et par un procédé acoustique pour lequel je renvoie à l'original.
B. Chez les Animaux. — En outre des procédés employés chez l'homme, ou peut employer les procédés et les appareils suivants :
\° Inspection directe. — On peut metti-e le cœur à nu en enlevant la paroi thoracique antérieure; chez les animaux à sang froid, comme la grenouille, les mouvements ' du cœur continuent ainsi pendant très longtemps. Pour la grenouille, il suffit, après l'avoir iinmobilisée par le curare ou en la fixant sur une plaque de liège, de diviser la peau au niveau du sternum et d'enlever partiellement cet os; pour éviter les pertes de sang il faut éviter d'inciser la veine abdominale qui occupe la ligne médiane. Chez la tortue, on enlève une portion du plastron à l'aide de la scie. Chez les mammifères, les mouvements du cœur ne tardent pas à s'arrêter après l'ouverture du thorax ; dans ce cas, il faut, pour entretenir les mouvements du cœur, pratiquer la respiration artificielle, soit après avoir tué l'animal par la piqûre du bulbe, soit, ce qui vaut mieux, après l'avoir immobilisé par le curare. On peut aussi ouvrir le thorax d'un côté seulement (spécialement du côté gauche) en respectant la plèvre du côté opposé ; un des poumons continue ainsi à fonctionner et suffit pour entretenir la circulation pendant un temps très long; ce procédé que j'emploie souvent chez le lapin permet d'étudier très facilement tout le mécanisme des mouvements du cœur. Chez les mammifères nouveau-nés, le cœur continue à battre longtemps après l'ouverture du thorax. Avec certaines précautions, on peut aussi enlever dans la région précordiale les parties molles et les os en respectant le péricarde et la plèvre; le cœur se voit par transparence à travers ces membranes.
2° Examen au microscope des mouvements du cœur. — Cet examen peut se faire sur de très jeunes embryons, surtout sur des embryons de poissons.
(1) La glotte doit être ouverte, sans cela, comme le fait i-emarquer François-Franck, le levier du tambour inscripteur n'accuse que les pulsations totalisées des artères bucco-pharyngécs et on a une courbe identique à la courbe donnée par le sphygmographe (voir François-Franck ; changements de volume du cœur, travaux du labor. de Marey, 1877, fig. 120) .
PHYSIOLOGIE DU MOUVEMENT
Implantation d'aiguilles dans le cœur à travers les parois thoraciques. — Ce moyen est très commode pour suivre et compter les mouvements du cœur chez les animaux; les mouvements de la tète de l'aiguille peuvent être rendus plus apparents en armant laiguille d'un petit drapeau ou d'un miroir, ou en la faisant frapper sur un timbre ou sur un verre. Un peut aussi rattacher la tête de l'aiguille à un levier enregistreur et enregistrer ainsi les mouvements du cœur. 40 Cardiographie. — Cardiographe simple ou Myographe du cœur de Marey. — Cet
appareil consiste en un simple levier enregistreur très léger, soulevé près de son axe de rotation par un petit cylindre de moelle de sureau qui repose sur le cœur (fig. 36-3).
Les appareils de Ludwig, de Baxt, de Lauder Brunton, sont construits sur le même principe. Ranvier décrit et figure [Leçons d'anatomîe générale, 1880, p. 41, fig. 5) un
Fig. 3U4. — Ti'acé du cœur de la grenouille verte.
cardiographe très simple du même genre et que chacun peut construire facilement; la figure 364 représente le tracé du cœur de la grenouille pris avec ce cardiographe. —
Fig. 305. — Double myographe pour le cœur de la grenouille ou de la tortue.
Myographe double de François-Franck ffig. 365). Deux myographes simples sont disposés l'un à côté de l'autre et sur un support commun; les deux leviers 0 et V reposent
3ttO LIVRE QUATRIÈME. — PHYSIOLOGIE SPÉCIALE.
l'un sur l'oreillette, l autre sur le ventricule; le levier de l'oreillette 0 peut être déplacé ù l'aide de la vis R, di' façon à régler la position d'un des leviers par rapport à l'autre ; les petites tiges p. p servent de contrepoids aux leviers. Avec cet appareil on obtient
Fig. 366. — Double tracé simullané des pulsations de l'oreilletle 0, et du ventricule V.
deux tracés (ûg. 360) qui correspondent, le supérieur, 0, aux pulsations de l'oreillette, l inférieur, V, à celles du ventricule.
Les appareils suivants sont construits sur un principe différent. — Cardiographe de Legros et Onimus (fig. 367). Cet appareil consiste en deux tiges verticales supportées par
Fig. 367. — Cardiograjjlie de Legros et Onimus.
une branche horizontale et entre lesquelles le cœur se trouve saisi; l'une de ces tiges se ti'ouve fixe, l'autre est mobile autour d'un axe à pivot, et reliée par sa partie supérieure au levier enregistreur du niyographe de Marey ; quand le cœur augmente de volume dans le sens transversal, l'extrémité supérieure de la tige mobile entraîne le levier du
Fig. 368. — Graphique du cœur de la grenouille (pris sous forte pression) (*).
myographe qui trace une courbe ascendante sur le cylindre enregistreur. La figure 368 représente le graphique du cœur (pointe du ventricule) de la grenouille pris avec ce cardiographe. Chez les animaux à sang chaud, le cardiographe ne peut être appliqué que
(*) I, systole venti-iculaire. — 2, diastole. — 3, repos du cœur.
PHYSIOLOGIE DU MOUVEMENT
si on pratique la respiration artificielle. — Pince cardiaque de Mareij (fig. 3G!)). Le cœur est saisi entre les mors d'uue sorte de pince niyograpliique formée de deux cuillerous portés chacun par un bras coudé. L'un de ces Lras est fixe; l'autre, mobile, porte un levier horizontal qui lui est perpendiculairement implanté et qui, par son extrémité munie
Fig. 369. — Pince cardiaque de Marey.
tlune plume, trace sur un cylindre enfumé. Le cuilleron mobile est rappelé par un petit fil de caoutchouc fixé à une épingle e et agissant comme ressort, de sorte que chaque systole du ventricule écarte les mors de la pince en tendant le fil élastique, taudis qu'à chaque diastole le cœur, redevenant mou, laisse revenir le mors de la pince sous la traction du ressort. En outre les cuillerous sont isolés par des pièces d'ivoire et mis en rapport avec des fils métalliques de façon à pouvoir faire traverser le ventricule par des courants. A. René a modifié le cardiographe de Marey en remplaçant le fil de caoutchouc par un poids qui permet de graduer exactement la pression exercée sur le cœur de la grenouille. L'inspection seule de la figura 370 permet de se rendre compte de la disposition de l'appareil sans qu'il soit besoin d'autre explication. — Cardiographe de Frédéricq. Il est constitué par une sorte de pince dont une branche s'introduit dans le cœur de façon à ce que la paroi du cœur soit saisie entre les deux
Fig. 370. — Cardiographe à poids de René.
Fig. 371. — Explorateur à deux tambours conjugués de Marey.
branches de la pince. La branche extérieure agit sur un tambour transmetteur —Exnlo rateur à deux tambours conjugués de Marey (fig. 371). Chez les petits mammifères lapin cobaye, etc., on peut, sans ouvrir le thorax, enregistrer les pulsations du cœurl l'aide
de cet appareil Ce sont deux lauiboiirs articulés au moyen d'une charnière et qui s'ouvrent tou? deux dans un tuyau en Y dont la branche terminale aboutit à un tambour à levier. Un recueille ainsi, dans un même tracé, la somme des pulsations explorées par les deux tambours. On place l'explorateur de façon que les charnières s'appliquent sur la ligne médiane, le thorax de l'animal occupant l'espace représenté par une ellipse ponctuée.
5° Cardioscopie. — Cardioscope de Czennak. — Un cœur de grenouille détaché repose sur un support horizontal; deux petites plaques de liège sont placées, l'une sur l'oreillette, l'autre sur le ventricule dont les mouvements sont transmis à deux petits miroirs et projetés par ces miroirs.
(i" Cardiographie à transmission par l'air. — Cardiographe de Chauveau el Mareij. — Cet appareil, dont la prc-iuière idée est due à Buisson, consiste en une ampoule élastique en caoutchouc qu'on introduit dans la cavité cardiaque dont on recherche la pression et qui, de l'autre côté, communique avec un tambour à levier. La pression du vaisseau comprime l'ampoule, et cette pression se transmet par l'air au tambour et au levier qui l'inscrit sur un cylindre enregistreur. C'est en introduisanl ainsi des ampoules dans l'oreillette et le ventricule que le tracé suivant a été obtenu, tracé qui donne la pression du sang dans les deux cavités pendant le temps d'une révo-
Fig. 372. — Grapltique du cardiographe sur le cheval [Marcj] .
lution du cœur (flg. 372). La ligne V représente le tracé de la pression dans le ventricule, la ligne 0 celle de la pression dans l'oreillette. L'ascension de la ligne 0 correspond à la systole auriculaire (premier temps) ; celle de la ligne V à la systole ventrirulaire (deuxième temps) ; le troisième tenq)s (diastole des deux cavités) est représenté par l'horizontalité plus ou moins parfaite des deux lignes.
7" Circulation artificielle avec des cœurs détachés. — On a mis à profit la propriété qu'a le cœur des animaux à sang froid de battre pendant longtemps après son extraction pour construire des appareils dans lesquels la circulation était entretenue par les contractions même d'un cœur de grenouille ou de tortue. On emploie comme liquide du sang défibriné ou une solution faible de chlorure de sodium. On introduit une canule dans l'aorte, une autre dans la veine cave inférieure et on introduit le liquide circulant par un tube latéral. Cyon, Czermak, Ludwig, Coats, Marej', etc., ont employé des appareils de ce genre dont la description se trouve dans les mémoires originaux (voir aussi plus loin : Procédé d'enregistrement du volume du coeur). — Au lieu d'établir avec le cœur une véritable circulation, on peut se contenter d'entretenir les contractions du cœur en employant la disposition représentée dans la figure schématique 373, empruntée à Ranvier (appareils de Bowditch et Luciani). A est un vase de Mariotte contenant du sérum sanguin; le tube T communique par sa branche verticale avec le ventricule C, par sa branche horizontale avec un manomètre à mercure M, dont l'autre branche porte un llotteur F; ce flotteur supporte un levier coudé P qui inscrit les mouvements du mercure sur un cylindre enregistreur.
PHYSIOLOGIE DU MOUVEMENT. ^^'
80 Enregistrement des variations de volumes et des débits ^^"f " ~
Appareil de Marey. - Dans l'appaivU primitif .le .Marey f/V»/;. du ^^'''^«'"v
les variations de volume du cœur s'enregistraient en plaçant un cœui fl^^/^^^tm
lequel la circulation continuait dans une éprouvette remplie d'air, et en
les compressions et les raréfactions de Tair de l'éprouvette à un tambour a leviei. La
figure 37't représente la modification apportée à l'appareil.
L'appareil est d'abord rempli de sang défibriné et bien purgé d air. Le cœur eiaiu encore en place, la canule veineuse est fixée dans le sinus veineux, la canule aiieueiR dans le tronc aortique antérieur, puis on enlève le cœur qu'on introduit dans le peiii appareil représenté dans la figure S-'ô et qui contient de l'huile tiede. La canuio ^ eineuse V est mise en rapport avec le tube alîérent qui lui amène le sérum rechaulle a son passage dans un serpentin métallique. Le tube artériel A est en rapport avec un tufie d'écoulement sur lequel est branché un spbymoscope P (fig. 374). Les changemen s de volume du cœur sont exprimés par les déplacements du niveau de 1 huile dans I am-
Fig. 373. — Schéma de l'appareil de Boicditcli.
poule Y (fig. 374) et inscrits par un tambour à levier. La pression dans le tube aortique est transmise par le sphymoscope P et inscrite aussi par un tambour à levier. Enfin les déhits du cœur sont mesurés par l'ascension du liquide dans le tube eu V placé à droite de la figure et où se déverse le liquide par le tube D, et inscrits par un troisième tambour à levier. Un appareil analogue a été employé par Roy et quelques autres auteurs. Les procédés cardio-pneuinatiqui's décrits p. 3.^8 sont fondés sur le même principe.
9° Procédé péricardlque de François-Franck. — Pour étudier les variations du volume du cœur sur l'animal vivant. François-Franck s'est servi de la cavité du péricarde, cavité close de toutes parts et à peu prés inextensible, comme d'appareil à changements de volume. H suffit pour cela de fixer à la partie inférieure du péricarde un tube de verre que l'on fait communiquer avec un tambour à levier inscripteur. Cet appareil permet aussi d'étudier l'elfct des compressions et des décompressions exercées sur la surface extérieure du cœur. Stefaui employait à peu près en même temps un appareil analogue.
10" Procédé œsophagien de Frédéricq. — Frédéricq a inscrit les mouvements
du cœur en introduisant dans l'œsophage une sonde munie d'une ampoule et reliée à un tambour à leviei'.
11° Procédés photographiques. — Les procédés de la photographie instantanée peuvent être appliqués aux mouvements du cœur. Onimus et A. Martin avaient déjà du resto, en 18G5, photographié le cœur d'animaux vivants. Mais ces procédés ont été surtout employés pour le pouls et la vitesse de la circulation.
12° Procédés pour l'étude des mouvements des valvules. - 1» Pr. de .^andhorcj et Wortn-MuLlcr. Ce procédé consiste à entretenir à l'aide d'un mécanisme approprié une circulation artificielle dans des cœurs de bœuf disposés de façon à per-
Fig. 374. — Appareil à circulation artificielle pour le cœur de tortue isolé.
mettre de voir facilement les orifices valvulaires du cœur et les mouven.'.ents des valvules. — 2° Pr. de Gad. Gad emploie un procédé analogue; mais il l'a perfectionné en introduisant dans le ventricule une petite lampe électrique qui éclaire sa cavité. D'autres dispositions ont été employées par différents auteurs pour étudier le mécanisme des valvules, en particulier par Ceradini ; mais je ne parle ici que des travaux récents.
13" Procédés pour l'isolement du cœur des mammifères. — I° Pr. de Newell Martin. Ce procédé permet d'étudier lo l'onctionneuient du cœur des mammifères comme on étudie celui de la grenouille et de la tortue. On ouvre le thorax de l'animal en faisant la respiration artificielle. On place dans l'aorte un tube et on lie toutes les branches de l'aorte à l'exception des artères coronaires; les grosses veines sont liées aussi à l'exception d'une seule qu'on fait communiquer avec un réservoir qui contient du sang défibriûé. Le tube de l'aorte est relié à l'oreillette droite. La circulation pulmonaire se
PHYSIOLOGIE DU MOUVEMENT
trouve ainsi conservée et la grande circulation est remplacée par un tube qui fait cominuniquer l'aorte avec l'oreillette droite, à l'exception de la circulation cardiaque ([ui est conservée. Dans ces conditions le fonctionnement du cœur peut se maintenir ])lus de dix heures, et on peut étudier facilement les diverses influences qui peuvent modifier l'activité du cœur. — 2^7'/-. de Tschisfoiviisch. NT Dans le procédé de Newell Martin la circulation puln onaire est conservée. Tschistowitsch a modifié le procédé et supprimé la circulation pulmonaire en faisant communiquer directement l artère pulmonaire avec l'oreillette gauche. Pour les détails de ces deux procédés, je ne puis que i-envoyer aux mémoires originaux.
Description du cœur de la grenouille. — Le cœur de la grenouille se couipose de deux oreillettes et d'un seul ventricule. Le ventricule est conique et se termine en avant et eu haut par le bulbe artériel qui se divise en deux aortes, droite et gauche ; la gauche est plus large. Les oreillettes sont arrondies et séparées par une cloison incomplète; l'oreillette droite est plus volumineuse et reçoit par sa partie postérieure la veine cave inférieure très dilatée à son embouchure {sinus veineux) et les deux veines caves supérieures plus petites. L'oreillette gauche reçoit les deux veines pulmonaires. Le tissu musculaire du ventricule ne contient pas de capillaires sanguins, mais est creusé d'un système de lacunes dans lesquelles le sang pénétre et qui arrivent jusqu'à la surface du ventricule au-dessous du péricarde viscéral {cœur caverneux).
Fig.