II. — APPAREIL LACRYMAL
Les larmes sont étalées sur le globe oculaire parles mouvements des paupières, dont elles facilitent le glissement ; efles conservent le poli de l'œil et sa transparence, empêchent la dessiccation de la cornée par l'évaporation et protègent cette membrane contre le contact de l'air extérieur.
Les larmes, ainsi étalées sur l'œil, sont poussées dans l'interstice conjonctivopalpébral pendant le clignement, et y sont retenues par la sécrétion des glandes de Méibomius qui lubréfie le bord libre de la paupière et les empêche de déborder sur la joue, à moins que la sécrétion n'en soi t trop abondante ; elles gagnent alors, par capillarité, le lac lacrymal, et de là passent dans les voies lacrymales et dans le canal nasal par un mécanisme sur lequel il existe encore des dissidences entre les physiologistes.
Mécanisme du passage des larmes dans les voies lacrymales. — Ce
mécanisme est très controversé, et les expériences nombreuses faites sur ce point de physiologie n'ont pas encore fourni une solution définitive.
PHYSIOLOGIE DE L'INNERVATION. ^'^1 Un premier fait, c'est que, à l'état normal, la disposition anatomique des voies lacrymales facilite la marche du liquide des points lacrymaux vers l'extrémité mferieure du canal nasal, tandis que le reflux de l'air et des liquides, en sens inverse, éprouve des obstacles. Ce résultat est dû en partie aux valvules qui se trouvent dans ces conduits, et peut-être aussi, pour le canal nasal, à la présence de tissu caverneux qui maintiendrait accolées les parois de ce canal (Henle).
Un autre fait, c'est que le muscle orbiculaire des paupières et le muscle de Horner ont une action sur la pénétration des larmes dans les voies lacrymales. Toutes les fois que ces muscles sont paralysés (paralysie du facial), la pénétration est incomplète ou n'a pas lieu, et les larmes s'écoulent sur les joues {epiphora). Mais si le fait est admis par tout le monde, il n'en est pas de môme de son interprétation: les uns admettent que le sac est dilaté pendant l'occlusion des paupières, les autres qu'il est comprimé, et malheureusement les expériences avec des manomètres introduits dans les fistules du sac lacrymal ou dans les conduits lacrymaux n'ont donné que des résulfats contradictoires. Les mêmes incertitudes existent sur l'action de ces muscles sur les conduits lacrymaux ; cependant ils paraissent être comprimés dans l'occlusion des paupières en même temps que le muscle de Horner dirige les points lacrymaux en dedans, vers le lac lacrymal. Ce qui est certain, c'est que le clignement, de quelque façon qu'il agisse, accélère le passage des larmes dans les voies lacrymales; si on dépose dans l'angle interne de l'œil un liquide coloré ou du ferrocyanure de potassium, le liquide met beaucoup plus de temps à passer dans les fosses nasales, quand on maintient les paupières ouvertes que quand on permet le clignement.
Ces incertitudes expliquent les théories nombreuses émises sur ce sujet. J.-L. Petit comparait les voies lacrymales à un siphon dont la branche verticale unique était constituée par le canal nasal, la branche horizontale double par les conduits lacrymaux. La capillarité, admise par quelques auteurs, ne pourrait être invoquée au plus que pour les conduits lacrymaux, mais pas pour le sac et le canal nasal. Dans la théorie de Weber et Sédillot, reprise par Richel, c'est l'aspiration respiratoire qui, en raréfiant l'air des fosses nasales et par suite celui du canal nasal et du sac lacrymal, fait pénétrer les larmes dans les conduits lacrymaux et, de là, dans le sac. Pour quelques auteurs, cette aspiration serait due à la dilatation du sac par la contraction de l'orbiculaire ; pour d'autres, au contraire, dans l'occlusion des paupières, les larmes seraient pressées de tous les côtés et arriveraient ainsi, par compression, dans les conduits lacrymaux ouverts et, de là, de proche en proche, dans le reste des voies lacrymales. Foltz {Journal de physiologie, t862), s'appuyant sur des expériences sur le lapin et le cheval, croit que l'occlusion palpébrale produit la systole (passive) des conduits lacrymaux qui, au moment de l'ouverture des paupières, se dilatent (diastole) par leur élasticité; pendant la diastole, les larmes sont aspirées ; pendant la systole, elles sont refoulées dans le sac; les larmes pénétreraient donc dans le sac par un mécanisme de pompe aspirante et foulante ; puis, une fois dans le sac, elles arriveraient dans le canal nasal sous l'influence combinée de la vis a tergo, de la pesanteur et de l'aspiration respiratoire,