TRAJET DES FIBRES OPTIQUES
peut donner des notions que sur deux dimensions, non sur trois. Pour lui, les volumes n'existent pas, il n'y a que des surfaces.
Nerf optique. — Le nerf spécifique de la vision n'est pas comparable aux autres nerfs, il est, ainsi que nous l'avons déjà vu en parlant de la rétine, une expansion du cerveau, un prolongement du névraxe.
Le nerf optique est entouré de trois gaines, qui sont des dépendances de la dure-mère, de l'arachnoïde et de la piemère. Les fibres nerveuses se distinguent des fibres des autres nerfs, en ce qu'elles sont dépourvues de gaine de Schwann et ne présentent pas les étranglements annulaires de Ranvier.On trouve des fibres de grosseurs différentes et, d'après Gudden, il existerait deux variétés ayant des fonctions difTérentes, les libres fines servant à la vision des objets, les grosses jouant le principal rôle dans le réflexe pupillaire. Krause évalue à iOO,000 le nombre total de ces fibres.
Les deux nerfs optiques s'accolent et se croisent en un chiasma, mais comment se fait ce croisement? est-il total ou partiel? Chez les poissons, la croisement est complet, un nerf passant par une boutonnière de l'autre. Mais chez l'homme il est certainement incomplet et Fanatomie comparée avait conduit JoliannesMuUer à énoncer cette loi, que chez l'homme et les animaux dont une partie du champ visuel est binoculaire Tentre-croisement des fibres optiques dans le chiasma n'est que partiel, tandis que chez les animaux où chaque œil a son champ visuel distinct, où la vision n'est pas binoculaire l'entre -croisement des fibres est total.
gauclie. — T' N', les mêmes pour l'oeil dioit. — D, moilic droite et S, moitié gauche du champ visuel. — 1, nerf optique avec 1' son faisceau direct, 1" son faisceau croisé. — 2, ciiiasma. — 3, bandelette optique avec 3', son faisceau direct; 3", faisceau croisé; 3'", commissure de Gudden. — 4, noyau d'interruption des (ibres optiques (corps genouillés externes et tubercules quadrijumeaux antérieurs). — 5, faisceau optique iutra-cérébral avec j' ses libres directes; 5", ses "fibres entre-croisées. — 0, écorce cérébrale (région interne du lobe occipital. — T. prolongement occipital du ventricule latéral.
Les faits qui établissent la non complète décussation sont nombreux.
Nicati sectionne le chiasma suivant Taxe longitudinal chez des jeunes chats, en passant par la voûte palatine, et l'animal n"a pas totalement perdu la vue dans les deux yeux. Mais ce sont surtout les phénomènes de dégénérescence observée soit sur l'homme, après avoir constaté pendant la vie des troubles spéciaux dans les deux yeux, soit chez les animaux après l'ablation de l'œil.
A la suite de la destruction de Fœil, le nerf optique dégénère et l'étude de cette dégénérescence a permis de poursuivre l'étude des origines réelles de ce nerf.
On observe en effet, en suivant les fibres du nerf de l'œil extirpé, que la dégénérescence franchit le chiasma et que dans les deux bandelettes optiques qui sont la continuation, ou mieux l'origine des nerfs optiques, il existe des fibres dégénérées, et par suite un faisceau direct et un faisceau croisé. Nous avons vu que chez le poisson, le faisceau croisé existe seul, il en est de même chez l'oiseau, plus développé chez le chien que le faisceau direct, il serait moins important chez le singe et surtout chez l'homme.
Chez l'homme, la lésion d'une seule bandelette optique entraîne la perte de la sensibilité rétinienne de la moitié externe de la rétine de l'œnl du côté de la lésion, et de lamoitié interne de la rétine de l'autre œil : hémianopsie. En d'autres termes, chaque bandelette se rend à la moitié homonyme des deux rétines. Mais comme les rayons lumineux s'entrecroisent dans l'appareil réfracteur, il en résulte une hémianopsie homonyme latérale du côté opposé à la lésion.
La bandelette optique contourne ensuite les pédoncules cérébraux et se divise au niveau de la partie inférieure de la couche optique en deux racines, la petite racine, racine externe qui va au corps genouillé interne, puis dans le tubercule quadrijumeau postérieur, la grosse racine, racine interne qui se rend au corps genouillé externe, puis au tubercule
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(juadrijumeau anlérieur et enliu à la partie postérieure de la t oiu-he optique. Or, dans la dégénérescence observée à la suite de Tablation de l'œil, la racine interne présente seule des altérations ainsi que les régions où elle se rend : corps renouillé externe et tubercule quadrijumeau antérieur, qui doivent être considérés comme jouant le rôle de centres optiques primaires. De ce premier reiai, partent des libres (radiations optiques de Gratiolet, faisceau optique inlra-cérébral de Wernici<:e, qui vont aux centres optiques corticaux (cuneus et circonvolution de la pointe occipitale) en passant par la partie la plus postérieure de la capsule interne. Ce laisceau contient en outre des libres directes qui ne passent pas par les relais ganglionnaires. On peut suivre ce trajet, en observant la dégénérescence consécutive aux lésions des centres corticaux en question.
Le centre visuel est relié par des connexions encore inconnues avec son homologue du côté opposé et avec les centres psychiques divers (|ue nous avons étudiés antérieurement. La destruction unilatérale soit des centres corticaux visuels, soit des conducteurs, entraine une hémianopsie homonyme que les connaissances anatomiques expliquent facilement, mais il existe quelques cas où une lésion unilatérale des centres cérébraux a amené la perte de la vue dans un seul œil, celui du côté opposé (amblyopie croisée).
Pour expliquer ce fait, Charcot admettait que les fibres directes qui n'ont pas subi la décussation dans le chiasma, se croisent dans les tubercules quadrijumeaux; mais si cette opinion purement hypothétique permet d'expliquer l'amblyopie croisée d'origine cérébrale, comment la conciheravec les faits d'hémianopsie bien plus fréquemment observés?
Lannegrace émet une hypothèse plus plausible. Les difï'érences observées dans les symptômes dépendent du siège de la lésion cérébrale. Il y aurait hémianopsie, quand la lésion porte sur le centre des impressions visuelles, sur le centre psycho-optique, et amblyopie croisée quand la lésion
atteint les régions corticales qui président aux mouvements de l'œil et à sa sensibilité générale. Les fibres qui relient ces centres aux noyaux bulbaires des nerfs moteurs de l'œil et du trijumeau subissent en effet Tentre-croisement total, d'où les troubles visuels croisés observés.
Innervation de Vins. — L'innervation de l'iris ne peut être exposée qu'après l'étude complète de l'œil. On sait que l'iris constitue un sphincter, destiné à régler la quantité de lumière arrivant sur la rétine. L'iris est un diaphragme à diamètre mobile, qui devient d'autant plus petit que l'intensité lumineuse augmente, mais cette intensité n'entre pas seule en jeu, le diaphragme irien joue encore un rôle dans l'accommodation, l'orifice irien. la pupille se dilate en effet dans la vision à distance, pour assurer aux objets éloignés un éclairage intense, se ] étracte au contraire dansla vision approchée.
Sous quelle influence et par quel mécanisme se fait cette dilatation et cette contraction?
Il faut tout d'abord établir un premier point fort important : l'iris séparé de toute innervation centrale se contracte sous l'influence d'une lumière vive. Ce fait a été constaté nettement par Brown-Séquard et contrôlé depuis. On prend le segment antérieur de l'Œ'il d'une anguille, et quarantehuit heures après la mort, on peut encore constater la contraction de l'iris en l'exposant à une lumière vive. L'autonomie du système irien ne saurait être mise en doute, mais tel n'est pas le mécanisme principal et le plus commun. II s'agit en général d'un phénomène réflexe. La rétine impressionnée transmet par le nerf optique l'impression lumineuse, et les nerfs centrifuges amènent la contraction ou la dilatation du sphincter. Les libres nerveuses constrictrices passent par le nerf moteur oculaire commun : l'excitation de ce nerf amène la constriction de l'iris, sa section la dilatation. Les fibres musculaires circulaires entrent en jeu. Pour la dilatation, l'explication est plus difficile, les fibres dilata-
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Irices passent par le grand sympathique : l'excitation de ce nerf et du ganglion cervical supérieur amène la dilatation, leur section, la constriction, Fr. Franck a montré que les fibres irido-dilatatrices partaient de la moelle par les quatre dernières paires cervicales et les six premières dorsales (centre cilio-spinal) pour suivre le ganglion thoracique, le cordon cervical, le ganglion de Casser, la branche ophtalmique du trijumeau, le ganglion ophtalmique et les nerfs ciliaires. Vulpian admet qu'outre ces fibres sympathiques, il en existe d'origine cérébrale suivant le trijumeau depuis son origine. Mais par quel mécanisme se fait cette dilatation, si l'existence de fibres radiées était prouvée, rien ne serait plus facile, mais, dans le cas contraire, il faut admettre que la dilatation est due à une action d'arrêt sur le muscle constricteur.
Appareils protecteurs de l'oeil. — La cavité osseuse de l'orbite lirotège le glube oculaire, sauf dans sa partie antérieure, et elle renferme un coussinet graisseux qui favorise les mouvements de l'œil. En avant le rôle protecteur est dévolu aux paupières ; ces deux voiles musculo-membraneux reliés à We'û par la muqueuse conjonctivale ont pour double fonction de protéger la surface de l'œil contre les corps étrangers et la lumière trop vive et en outre par leurs mouvements incessants d'humecter continuellement de larmes la surface de la cornée. L'exquise sensibilité que la conjonctive doit au trijumeau a pour eti'et de déterminer le mouvement réflexe des pau])ières, quand un corps étranger vient toucher l'œil, ou que la cornée n'est pas suffisamment lubréfiée. Chez l'embryon, et même chez quelques mammifères nouveau -nés (chat, lapin) les paupières ne sont pas encore ouvertes et constituent un lambeau cutané continu. Cette disposition persiste toute la vie chez les poissons, la peau devient transparente, mais il n'y a pas de fente palpébrale.
La contraction réflexe des paupières, quelquefois volontaires, est déterminée par le muscle orbiculaire que constitue un véritable -phincter qu'innerve un rameau du facial, enfin il existe un releveur de la paupière supérieure qui reçoit ses nerfs du moteur oculaire commun.
Les larmes ont pour but de laver et d'humidifier la cornée : c'est une solution très diluée de NaCl avec un peu de mucine. Elles sont sécrétées par la glande lacrymale dévelopi^ée dans l'angle
extei^ne du cul-de-sac conjonctival. Quand la sccrétion n'est pas très abondante, elles s'écoulent par l'appareil lacrymal (papilles lacrymales, canalicules lacrymaux, sac lacrymal et canal nasal) vers le nez. Cet appareil constitue une véritable pompe aspirante et foulante, avec des valvules, qui s'opposent au refoulement vers l'œi]. La sécrétion lacrymale est un réflexe déterminé par l'excitation de la surface de l'œil par l'air ou l'évaporation des larmes, les nerfs centripètes étant le nerf lacrymal, branche du trijumeau, et le nerf centrifuge, le sympathique (AVolferz).