‹ Nouveaux essais de critique et d'histoire (volume 3)Chapitre 29 sur 38 · Tatj en allemand dos, en grec t · texte numérisé non relu

Tatj en allemand dos, en grec t

« Açvins et le reste. Je suis présente par les dieux en « toutes choses, et je pénètre toutes choses. Je suis le « principe de tous les êtres, et je souffle partout « comme le vent. » Quels sont les maîtres de cette parole et de cette prière? Les brahmanes. Les brahmanes sont donc des dieux sur la terre. Brahma luimême déclare dans un Pourâna « qu'il mange par « leur bouche, qu'il ne sait aucun être qui leur soit « égal, qu'ils sont des dieux. » Les voilà au sommet des choses, et l'on comprend que parmi de pareilles croyances leur empire se soit fondé pour toujours.

Considérons maintenant ce système entier, conceptions et institutions, et voyons ce que, sous son effort, devient la vie. L'âme des choses, l'être indéterminé, Brahma^ se développe, et son développement est le monde. Ce développement n'est point séparé de lui; c'est lui-même qui coule, s'épand et sort de lui-même, comme le ruisseau de la source, comme l'arbre de la semence, comme la toile de l'araignée. Mais ce monde, qui est son être, n'est que son être amoindri et altéré. A mesure que la substance primordiale s'éloigne d'elle-même, elle empire, et les divers degrés de son émanation continue ne sont que les divers degrés de sa dégradation croissante; au premier rang le monde des dieux et de la lumière, au second celui des hommes et de la passion, au troisième celui des bêtes, des plantes, de l'obscurité et de la matière. Ces manifestations successives de Brahma ne sont que Bràhma brisé, troublé, tombé, chaque fois tombé plus bas. Le monde est une poumture, la vie un mal, la terre un gouffre de misères. Il n'y a de perfection et de bonheur que dans l'existence immobile et vide, et le souverain bien pour tout être est de s'enfoncer de

nouveau dans l'immobile Brahma d*où il est sorti. Un pareil dogme indique et maintient le désespoir incurable, le dégoût universel de la vie et récrasement complet de toute la personne humaine. Tel était l'état de notre Europe lorsqu'un dogme semblable se montra chez les alexandrins, chez les gnostiques et dans toutes les sectes mystiques qu'engendra l'oppression romaine. Ici, pour comble de misères, il s'aggrave encore d'une doctrine pire. Non seulement la vie est un mal, mais c'est un mal où l'on retombe après la mort. Les âmes émigrent de corps en corps, dans les corps de toute espèce, pierres, plantes, animaux, dieux, hommes, sans trêve ni repos, pendant des millions de siècles, en haut, en bas de Téchelle, précipitées, selon le degré de leurs fautes, dans les conditions les plus lamentables et les plus viles, quelquefois dans les vingt-huit enfers, où elles épuiseront les supplices calculés, raffinés et prolongés par des imaginations de condamnés et de bourreaux. Le mal, situé et enfoncé au centre et au cœur des choses ; le mal, multiplié et étendu à l'infini dans tout Y au-delà qui entoure la vie humaine ; le mal, agrandi hors de toute limite par les inventions atroces d'une imaginsrtion gigantesque et délirante, voilà l'idée maîtresse qui dans la vie spéculative les accable, et dans la vie pratique ils trouvent des maux presque aussi grands. Car le despotisme y est partout. De toutes parts l'action est barrée et la volonté brisée. Dans l'énervement général, les royautés militaires se sont changées en tyrannies arbitraires, et les supplices, les exactions, les dévastations, toutes les misères des gouvernements orientaux ont commencé. Les barrières des castes sont infranchissables , et chacun

est lié à son état comme par une chaîne de fer. Bien plus, tous les moments et toutes les parties de la vie sont réglés, et il n'y a plus dans l'homme un seul mouvement qui soit libre. La tyrannie ecclésiastique, bien plus étroite que la tyrannie laïque, n'a rien laissé chez lui qu'elle n'ait lié et garrotté. La multitude des prescriptions est infinie. Toutes sont saintes, et la griffe intérieure du scrupule est là pour les imprimer dans la conscience terrifiée. Il y en a pour tous les détails du culte et des cérémonies, pour les diverses sortes d'invocation, de prières, d'offrandes, de libations, d'ablutions, dé vœux, de fumigations. Il y en a sur les habits, les parures, les mœurs, l'étiquette de chaque caste. Il y en a sur le boire, sur le manger, sur la manière d'aller, de venir, de se coucher, de dormir, de s'habiller, de se déshabiller, de se baigner, de se parfumer, d'accoucher, d'uriner, et le reste des fonctions corporelles. Figurez-vous les innombrables pratiques qui occupaient la journée d'un moine dans le couvent du moyen âge. C'était un péché d'avoir marché trop vite ou d'avoir levé les yeux à l'église; la contrainte est pareille ici, seulement elle est centuplée; aucun rigorisme, non pas même celui des pharisiens, ne l'égale. Nulle mémoire ne peut retenir la variété infinie des prescriptions, et la moindre omission est un péché. Nulle attention ne peut éviter les incalculables occasions de souillures, et la moindre souillure est un péché. Le ifidèle est souillé non seulement par l'attouchement d'un cadavre, d'un tchândâla, mais encore par l'approche d'un lieu où l'on a mis les restes d'un homme ou d'une bête, des os, des cheveux, des ongles, des ordures, par l'emploi d'un vase non purifié,

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par l'haleine d'un homme qui a bu de l'eau-de-vie ou qui a mangé de l'ail. A chaque faute correspond une expiation, purifications par l'eau et la bouse de vache, récitations de prières, pénitences quelquefois plus terribles que les macérations de nos moines. Celui qui involontairement a tué une vache doit se revêtir de sa peau et se tenir trois mois ainsi accoutré, jour et nuit, dans son dernier pâturage. Celui qui a bu volontairement de l'arak doit avaler une liqueur bouillante jusqu'à ce que ses entrailles soient brûlées et qu'il meure. Par ce seul trait, jugez des terreurs religieuses. Songez encore qu'il y a vingt-huit enfers effroyables; que tout péché, toute omission d'une pratique, toute imperfection dans une pénitence, tout oubli dans une expiation peut y plonger; qu'on n'en sort que pour errer misérablement à l'infini de corps en corps, pour être tiri ver, un serpent, un crapaud, un tchândâla; considérez les scrupules sans cesse renaissants, les angoisses de ces imaginations exaltées et fourmillantes, et vous comprendrez le désir de la délivrance finale qui, comme un cri passionné, continu, sort de ce puits de désolation.

Comment atteindre cette délivrance*/ Le besoin en est si fort, que les chefs de cette société y aspirent et que la loi même en indique le chemin. « Que le « brahmane, dit Manou, lorsqu'il remarque que ses « muscles deviennent faibles et ses cheveux gris, et « lorsqu'il a vu Un fils de son fils, se retire dans la so- « litude avec sa femme. » Qu'il s'exerce aux abstinences, aux mortifications, à la prière; qu'il jeûne et veille, qu'il expose son corps nu au mauvais temps pendant la saison des pluies; qu'il se tienne .debout entre quatre feux, sous le soleil ardent, pendant la

saison chaude; qu'il supprime en lui toute passion et tout désir. Gela fait, il quittera sa fetnme, renoticera à toute compagnie, ne mangera plus qu'Une fois par jour, vivra d'aumônes, effacera de son esprit toute volonté et toute idée sensible, et ainsi simplifié,, épuré, détaché, il se trouvera affranchi du mal. En effet, ceci est Un remède. A force de s'endurcir, l'homme devient insensible; à forcé dé se réduire, l'homme cesse de donner prise à la douleur. A ce moment s'ouvre une tiouvelle voie. La spéculation savante va commencer, et les écoles de métaphysiciens vont s'établir. La solitude a provoqué la contemplation; l'ascète est devenu philosophe et les sectes de raisonneurs vont se heurter. Les uns, conformément au dogme, posent d'abord qu'il n'y a qu'un seul être : Brahma, l'être indéterminé et pur, sans qualité ni forme, dont les ct'éations particulières ne sont que lés métamorphoses et les dégradations, puis, développant le dogme, ils ajoutent que le monde est une illusion, qu'au fond rien n'existe en dehors de Êrahraa; que la science consiste à reconnaître le néant des choses; que le sage, au tertne de sa méditation, cesse de croire à son existence distincte et n'aperçoit plus que l'être vide hors duquel il n'y a rien. A côté de ces penseurs orthodoxes * paraissent les penseurs libres ', avec le même but, qui est la délivrance, et par le même moyen, qui est la découverte d'une illusion; Les premiers affranchissent l'homme dé la nature en lui déclarant que la nature ri'existe pas; les seconds afïi*anchissent l'homme de la nature eti lui déclarant que l'âme est une monade

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