Tome, II
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voient des spectres éblouissants , des bêtes de l’Apocalypse, assistent à des guérisons de malades, et bientôt partent pour l’Utah. Une banque de secours a été établie en 1849 pour leur fournir l'argent du voyage. Tous les lidèles y ont contribué, et les convertis une fois arrivés remboursent les avances qu’on leur a faites. Les mesures ont été si bien prises, que le voyage de Liverpool au grand lac Salé ne coûte pas plus de cinq cents francs et souvent moins de deux cent cinquante. Dans ces dernières années, beaucoup d’émigrants ont traversé à pied les quatre cents lieues de désert, traînant sur des brouettes ou sur des charrettes à bras leurs bagages, leurs vivres et même leurs enfants. Trente mille personnes en vingt ans sont venues accroître la population de l’Utah. Si la guerre contre le Congrès a suspendu un instant ce mouvement, il reprend maintenantde plus belle. Un seul navire parti de Liverpool en 1860 a amené huit cents néophytes. Les Mormons en triomphent, prophétisent la dissolution des États-Unis pour la fin du siècle, et se promettent l’empire de l’Amérique et de l’univers.
Mais le trait qui donne la plus haute idée de leur zèle est la conduite qu’ils tinrent en 1857 et en 1858 dans les démêlés qu’ils eurent avec le Congrès. On les accusait de rébellion , et on envoya contre eux une armée. Brigham leva des soldats, et cependant
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par prudence ou par patriotisme, décida qu’on ne ferait point la guerre à la mère-patrie. Il fallait donc émigrer encore une fois, et en effet les Mormons prirent ce parti héroïque. « Dans un meeting où assistait Brigham, John Taylor ayant invité tous ceux qui étaient résolus à réduire leurs propriétés en cendres plutôt que de se soumettre à l’autorité militaire, à lever la main, l’assemblée tout entière leva les deux mains par un mouvement unanime. » Les troupes du Congrès arrivèrent. Avec une modération étonnante, les Mormons s’abstinrent de toute hostilité; seulement, ils déclarèrent que si les soldats entraient dans la ville, ils la quitteraient et la brûleraient. Le nouveau gouverneur, Cumming, .eut beau prier et promettre : à la fin de mars, le peuple commença à émigrer vers les montagnes, ne laissant dans la ville que le nombre d’hommes qu’il fallait pour l’incendier. La plupart des selllements du nord furent abandonnés, et Brigham, emmenant avec lui sa famille, se retira dans le sud. Devant une pareille résolution, le gouvernement céda ; on s’accommoda ; les troupes ne firent que traverser la ville et campèrent à quarante milles plus loin. Elles ont quitté le pays en 1860; les Mormons sont restés libres, et Brigham est toujours leur chef effectif. .
Cette singulière société subsistera -t-elle? Les détails qu’on vient de lire indiquent, je crois, que trois
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choses la maintiennent : son isolement, la nouveauté de son enthousiasme et l’habileté de son chef. Or Brigham mourra, et on trouvera difficilement une suite de chefs aussi bien doués et adaptés à leur rôle. D’autre part, l’enthousiasme vieillira, et si l’on regarde les religions précédentes, on n’en trouve guère dont la foi vive et ta ferveur pieuse aient duré plus de cent ans. Enfin les déserts se peupleront, et la civilisation ordinaire rejoindra et enveloppera ce petit monde. Il est probable qu’alors ses vices intimes feront leur effet ; et l’on a de la peine à croire qu’une société fondée sur l’ignorarce du public, sur l’asservissement des sujets et sur l’abaissemert des femmes puisse durer quand son fanatisme se sera refroidi, quand son chef sera un homme ordinaire, et quand la civilisation environnante l’attaquera par la contagion de la science solide et profonde, deda liberté civile et religieuse, du mariage égal et naturel.
En attendant, on peut remercier les Mormons de la périlleuse expérience qu’ils veulent bien faire à leurs dépens et à noire profit. Rien n’est plus utile à l’histoire que de grandes opérations exécutées sur des milliers d’hommes, pendant de longues années, sous nos yeux, en des circonstances précises et connues. Celle-ci, faite en un endroit isolé et pour ainsi dire dans un vase clos, sera une des plus nettes et des plus instructives. Il faut laisser
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le mélarge fermfnter; on en verra le produit dans un siècle. Déjà maintenant une conclusion surnage. Nous jugions notre siècle à peu près comme les beaux-esprits romains jugeaient leur siècle au temps d’Auguste; nous le trouvions réfléchi, savant, raisonnable et même sceptique; nous croyions avoir endormi, apaisé ou dompté le monstre intérieur et tout-puissant, l’imagination crédule et enthousiaste ; nous pensions avoir enseveli sous un amas de raisonnements, de documents positifs, de science transmise, d’éducation propagée, de journaux populaires, le fou que tout homme porte en lui- même. Nous nous étions trompés. Yoilà une civilisation d’hommes d’affaires, toqt orgueilleuse de son bon sens pratique, assise sur trois siècles de science prouvée; mais son protestantisme libre laissait une ouverture, et tout d’un coup, par cette ouverture, on a vu se lâcher le fou.
Études sur Marc-Aurèle, par Ëdoüahd de Sockau.
M. de Suckau a présenté à la Sorbonne, puis au public, un Mémoire excellent , ni emphatique, ni scolastique, écrit du meilleur style, plein de force et de mesure, fort savant sans étalage d’érudition, fort élevé sans étalage d’admiration. Il expose la doctrine de Marc-Aurèle avec la sympathie d'un homme de cœur et la réflexion d’un philosophe. Il la commente par le récit de son éducation et de son règne, par l’histoire de son pays et de son temps. Il a tout dit*, les actions du capitaine et du politique, soq administration et ses édits, ses lectures et ses amitiés, sa vie intérieure et sa vie publique ; mais il a tout dit avec discrétion, les détails étant choisis en vue de l’ensemble, l’histoire ne faisant qu’éclairer la philosophie; le plus étrange, c’est qu’il a tout dit sans phrases, toujours texte en main,
l’homme n’étant loué que par l’exposition nue de ses actions et de ses paroles. Cette sorte di louange convenait seule : Marc-Aurèle est l’âme la plus noble qui ait vécu.
Lorsque la conquête du monde et l’établissement de l’empire eurent détruit dans le monde et dans l’empire la famille et la patrie, les mœurs et la liberté, l’homme, enfermé dans une décadence sans remède et sous un despotisme sans issue, abandonna toute espérance terrestre et tourna son effort ailleurs. Seule la pensée subsistait libre, et le mélange des religions, l’ouverture de l’Orient, la communication des races, l’échange mutuel des philosophies, venaient encore l’alimenter et l’élargir. Ainsi étendue, elle atteignit l’universel et demanda au monde divin le bien suprême que lui refusait le monde terrestre. L’homme, autrefois père et citoyen, devint religieux et philosophe et se consola de ses misères par la contemplation de l’infini. Mais chacun y alla, par sa voie. Pen da .it que la foule livrée à lp tradition et au rêve, cherchait dans la légende et l’extase l’entrée du monde surnaturel, quelques sages affermis par la science antique et la raison grecque rencontraient dans la conception du
monde naturel et de la force humaine la guérison de leurs tristesses et le soutien de leur vertu. L’un d’eux par hasard se trouva le maître des hommes, et monira aux hommes avilis, désespérés ou fanatiques, ce qu’était l’âme d’un stoïcien .
Quel triste rang pour une pareille âme ! Des égaux, du moins, peuvent garder quelques restes de désintéressement et de franchise : ils n’ont point à calculer ni à flatter; leur amitié peut être vraie; ni la crainte ni l’ambition ne viennent la corrompre. Mais un prince à qui la loi donnait le pouvoir absolu, que pouvait-il rencontrer, sinon des adulateurs et des mercenaires ? et que pouvaitil attendre, sinon des mensonges et des lâchetés ? Marc-Aurèle les eut, et à profusion, autour de lui, jusque chez lui, dans sa famille. Quel monde à gouverner qu’un monde qui tombe l II revenait d’un long voyage, épuisé, ayant sauvé l’empire de la révolte et des barbares, et parlait des huit années de son absence ; et il vit le peuple, en manière de reconnaissance, lui demander par signes un congiaire de huit écus d’or ! Il partait malade contre les Marcomans , ne trouvant point de soldats , ayant vendu tous les trésors de son palais pour subvenir aux frais de la guerre, et la sottise populaire l’obligeait à mener avec lui un cortège de magiciens et de Chaldéens ! Il exhortait ses soldats à la fidélité et au courage ; et les Jazyges, après un
traité , lui rendaient cent mille transfuges ! Son meilleur général, Avidius Cassius , le trahissait; son collègue Yérus restait engourdi dans les débauches; ses enfants mouraient, sa femme était calomniée ou criminelle : son fils et son héritier, Commode, devait être un assassin et un monstre. Il voyait les hommes s’avilir, les mariages diminuer, la population s'amoindrir, les terres tomber en friche, la superstition s’étendre, le courage disparaître, l’amour du bien public s’évanouir, sans avoir, comme un particulier, le droit d’oublier ces maux ou la consolation de n’en toucher qu’une partie, étant forcé par son rang de les apercevoir tous et sans cesse, d’en prévoiries suites infaillibles et désastreuses, d’y remédier en vain, de sentir son impuissance, et de toujours combattre pour être toujours vaincu. « Ils n’en feront pas moins « ce qu’ils font quand tu en mourrais de douleur, » Et ailleurs : « Pauvres têtes que ces politiques qui « appliquent , dit-on , la philosophie. Cervelles « d’enfants. N’espère pas la république de Platon. « Un peu de bien, si petit qu’il soit, que cela te « suffise. » Ce peu de bien , c’était de soutenir l’empire énervé par les fléaux et les vices, abîmé par les tremblements de terre, dévasté par les inondations, épuisé par les pestes, assiégé par les barbares. N’ayant ni santé, ni soldats, il hivernait en Germanie avec des recrues de gladiateurs, de
mercenaires et d’esclaves, parmi les marais et dans la neige, passant les fleuves sur la glace, poursuivi
par les révoltes de vaincus perfldes, par l’obstina-
tion d’envahisseurs toujours nouveaux, par l’avi- • *
dité d’une armée corrompue, désapprouvé à Rome, obligé, contre son cœur et ses maximes, de tuer et de détruire, attristé de ses propres victoires : « Une « araignée se glorifie d’avoir pris une mouche, un « autre un lièvre, un autre des sangliers, un autre « des ours, un autre des Sarmates ! » Ni l’amour de la gloire, ni la joie du succès, ni l’espoir du salut, ni l’entraînement de la lutte, ni le goût des affaires ne le soutenaient, mais la seule conscience ; comme un pilote sans espérance, il gouvernait son navire, sentant que son navire devait sombrer. S’il était' dur en ce temps d’être homme, il était plus dur d’être empereur.
Il est mort à son poste, en Germanie, sous la tente, à cinquante-huit ans, n’ayant jamais faibli. Il a conservé l’État contre les trahisons et les barbares, malgré les citoyens et les ennemis, en dépit de l’indifférence du peuple, des vices de son col- . lègue, de la lâcheté de ses soldats. Il s’est abstenu des plaisirs, il a évité le luxe, il a modéré son pouvoir, il a résisté à la populace, il a respecté le Sénat, il n’a jamais agi que d’après la justice et le droit. Il a rendu la loi plus humaine, il a protégé l’accusé, l’enfant et l’esclave, il a souffert la calom-
nie et la contradiction. Il vendait les meubles de son palais pour entrer en campagne, et au retour il remettait aux provinces l’impôt arriéré de quarante-six ans. Il établissait des écoles pour les philosophes qui contredisaient sa doctrine, et il faisait grâce aux révoltés qui voulaient détruire sa vie et la vie des siens. « Vous me dites de pourvoir par « sa mort à la sûreté de mes enfants ; qu’ils péris- « sent donc si Avidius mérite plus qu’eux d’être « aimé, si le bien de l’État exige que Gassius vive « plutôt que les enfants de Marc-Aurèle. » Gassius ayant été tué par hasard, il demanda au Sénat d’épargner les complices : « Qu’aucun sénateur ne « soit puni,... que les députés reviennent,... que « ceux dont les biens ont été confisqués les recou- « vrent,... qu’ils soient riches, exempts de tôute « crainte, maîtres d’aller où ils voudront. Pères « conscrits, ce n'est pas un grand effort de clé- « mence de pardonner aux enfants et aux femmes « de ceux qui sont morts. Plût aux dieux que je « pusse aussi en rappeler quelques-uns du tom- « beau 1 » Chez lui la miséricorde, la bonté, la tendresse coulaient à flots et coulaient de source; l’âpre doctrine stoïque ne diminuait en rien son humanité ni sa douceur. Il aimait à aimer ; ses Pensées commencent par des effusions de reconnaissance, il énumère avec le soin le plus minutieux et le plus touchant les bienfaits qu’il a reçus de ses parents et
de ses maîtres; il est resté jusqu’au bout leur confident, leur ami, leur obligé, leur vénérateur. Du plus haut de la philosophie et de la politique il redescendait au sein de la famille, avec la grâce et la délicatesse d’une mère, attentif aux petites peines de ses filles , tout occupé des balbutiements et des caresses « de ses fauvettes mignonnes. » « Voici « encore les chaleurs de l’été; mais comme nos • petites se portent bien, il nous semble que nous « avons l’air pur et la température du printemps. » C’est le cœur et c’est aussi la grandeur de Virgile. Rien d’enflé ni de sec dans ses Pensées ; toutes les épines de la logique stoïcienne ont disparu; on n’entend plus le ton commandant et forcé; on ne trouve plus rien de tendu ni d’étonnant dans sa vertu; on en sent la source. Ces sentences écrites le soir à la lampe, l’une dans un camp chez lesQuades, l’autre au sortir du Sénat, ont toutes produit quelque* forte action,* quelque généreuse parole ; elles portent l’empreinte de leur origine et de leurs effets; on les voit naître et on les sent agir. Elles sont un journal, comme celles de Pascal , mais le journal d’une âme saine. Il y a bu à longs traits, non le désespoir et l’extase , mais l’héroïsme et la paix. Courtes, véhémentes, exactes, éclatantes, elles sont les cris étouffés d’un enthousiasme contenu; elles montrent l’âme d’un grand poète qui, les yeux fixés sur le sublime, se maîtrise, et, tout
troublé d’admiration, prononce à peine quelques paroles brisées à voix basse : « Homme, tu as vécu « citoyen de cette grande cité ; cinq ans ou trois, « que t’importe? L’important était d’y vivre selon « la loi. Quoi de terrible si tu quittes la ville eme mené non par un tyran, non par un juge injuste, « mais par la nature qui t’a introduit, comme un « acteur que le stratège congédie et remplace ? — « Je n’ai point dit les cinq actes, mais seulement « trois. — Bien dit : mais dans la vie ces trois sont « toute la pièce. Va-t’en donc l'âme sereine, car « celui qui te congédie est serein. »
Quelle est donc la pui ssante pensée qui a formé toute cette vertu, et soutenu toute cetteconduite? Une seule idée, celle de la nature. Aux yéux de Marc-Aiirèle, le monde n’est point un monceau d’êtres, mais un être unique. Il n’y a point d’événement qui ne tire derrière lui et devant lui la chaîne infinie et indissoluble qui s’allonge jusqu’aux deux extrémitésdes temps. Il n’y apoint de corps qui ne tienne à la sphère infinie et indestructible qui s’étend jusqu’aux confins de l’espace. Tous les êtresettous lesehangementssesupposent, et un fil ne peut se rompre sans remuer tout le réseau. En sorte que toutl’univers est un individu vi-
vant, qui subsiste par lui-même , se développe ae lui-même, et manifeste par ses formes engendrées et visibles la loi génératrice et invisible qui le soutient. De l’étendue à la vie, de la vie à la sensation, de la sensation à la pensée, s’ordonne une série de puissances dont la première appelle la seconde, dont la seconde nécessite la première, liées entre elles comme la fleur, le fruit et la graine d’une plante, états différents qui révèlent une même force, paroles successives qui expriment une même idée. C’est un seul animal dont les événements sont les fonctions et dont les êtres sont les membres. C’est « une seule substance divisée en mille corps « distincts, une seule âme circonscrite en mille natu- « res différentes. » C’est « un souffle artiste, un feu « intelligent qui se transforme en toutes choses, o qui s’assimile à toutes choses,' qui d’un cours « réglé engendre toutes choses , » Dieu prévoyant et régulateur, sorte de « raison séminale » et active, engagée dans la matière et occupée à la vivifier. Toutes ces images, prises à la lettre par les premiers stoïciens, ne sont que des images pour Marc-Aurèle. Il pose seulement que le monde est un, qu’un ordre de lois le gouverne, et que cet ordre a l’harmonie d’une raison 1 . Dès lors, quel
1 . « Atomes ou Providence, pose d’abord que tu es une partie d’un tout gouverné par la nature. »
spefctacle! La tristesse et le dégoût n’étaient que de fausses vues de l’esprit, préoccupé d’un détail, oubliant de considérer l’ensemble. Tout est bien et tout est beau. Cette nature unique et créatrice, qui pourrait lui nuire, puisqu’il n’y a rien en dehors d’elle ? Qui pourrait gêner son effort, puisqu’il n’y a d’autre effort que le sien? Quelle beauté ne languit auprès de cette puissance inépuisable, pacifique, dont l’effort mesuré amène incessamment sous la lumière le flot éternel des créatures, et qui se développe également par leur ruissellement et par leurs chocs? Qui ne se sentirait pénétré d’admiration et de joie à l’aspect de cette sourde volonté vivante qui soutient et transforme les êtres, qui triomphe dans leur renouvellement comme dans leur permanence, et dont toutes les démarches sont l’œuvre de l’universelle raison? Qu’ai -je à faire de ces mille pensées mutilées par lesquelles mon esprit se prend aux fragments qui m’entourent? Une seule est entière et vraie, celle de la nature, et les autres ne valent qu’autant qu’elles se rattachent à celle-là. Je n’aurai donc qu’une seule pensée comme il n’y a qu’un seul être : j’y rapporterai le reste; je franchirai l’étroite enceinte de ma personne; je concevrai le Dieu universel dont je suis un des membres, et j’agirai d’après cette conception. Ce n’est pas moi qu’il aime, mais l’ensemble; ce n’est donc pas moi que j’aimerai, mais
l’ensemble. Ce n’est pas un homme isolé qu’il a produit, mais une communauté d’hommes liés par des instincts sociables et par la possession de la même raison ; ce n’est donc pas mon être isolé que je servirai, mais la société des hommes, non par amour des louanges, ou par désir d’être aimé, ou par goût pour leur mérite, ou par espoir de récompense, mais parce que nous sommes nés pour nous entr’aider « comme les mains, les pieds, « les paupières », et parce que la raison prend d’elle-même la tendance de la nature comme l’eau suit la pente du sol. « Ce qui est utile à l’essaim est « utile à l’abeille. Que tout ton plaisir et tout ton * délassement soient de passer d’une action sociale « à une action sociale, avec la pensée de Dieu. » Par cette conformité, la raison , imitatrice de la nature, participe à la majesté de la nature. Elle est un Dieu intérieur, « fragment du grand Dieu universel », auguste comme lui, lumière sacrée, à demi offusquée par cette enveloppe de chairs où elle s’enferme, mais seule digne qu’on la désire et qu’on l’adore. « Si tu trouves quelque chose de « meilleur dans la vie humaine que la justice, la « vérité, la tempérance, le courage, tourne-toi vers « ce bien de toute ton âme, et jouis-en, puisque « c’est le plus excellent. Mais si tu ne découvres « rien de meilleur que ce Dieu établi en toi-même, «qui s’est assujetti tes passions, qui corrige tes
« imaginations, qui s’est dégagé des persuasions « sensibles, qui se soumet aux dieux, qui prend « soin des hommes; si tu trouves en comparaison « tout le reste petit et vil, ne donne donc place « en ton âme à nulle autre chose. » Il n’y a qu’un être parfait, la nature; il n’y a qu’une idée parfaite, celle de la nature; il n’y a qu’une vie parfaite, celle où la volonté de la nature devient notre volonté.
Il n’y a qu’une consolation parfaite, et c’est ebe aussi qui la donne. « Vivre d’accord avec les dieux ; « et celui-là vit d’accord avec eux qui leur mon- « tre une âme contente de leurs décrets. » Ma douleur et ma joie ne valent pas la peine que j’y songe ; tout est noyé sous l’idée de la Nature infinie; elle seule a le droit d’exister; je ne dure que pour la manifester et l’accomplir; résister, se plaindre, est la folie d’un enfant; je n’ai la raison et je ne suis homme que parce que je me conforme à son effort. « Le monde souhaite ce qui va arriver. « Je dis donc au monde : « Je le* souhaite comme « toi. * — « Les choses étant telles, leur nature « portait que de toute nécessité il en serait ainsi; « vouloir le contraire, c’est vouloir que le figuier « ne donne point son lait. * Je ne puis plus me révolter contre mon mal dès que je vois que, par là composition de tout l’univers, il est de toute éternité lié à ma destinée, et que pour l’ôter il
faudrait renverser la loi universelle et l’ordre entier. Je ne puis m’affliger de mon mal, dès que je vois qu’il m’a été imposé par une nature bonne, et qu’il contribue à la santé du monde. Il n’est point un accident, puisqu’il est nécessaire; il n’est point un mal, puisqu’il amène un bien. « Tout ce « qui arrive est aussi naturel et accoutumé que la « rose au printemps, que les fruits en été : ainsi la « maladie, la mort, la calomnie, les complots, et « tout ce qui réjouit ou afflige les sots. » « Em- « brasse la mort comme une des choses que veut « la nature.... Elle est même un bien, puisqu’elle « est de saison pour l’univers, puisqu’elle lui sert et « qu’il l’amène. » « Plusieurs grains d’encens sont « sur le même autel : l’un tombe plus tôt, l’autre « plus tard; nulle différence. » « Tout ce qui te « convient, ô monde ! me convient. Rien n’est tar- « dif ou prématuré pour moi qui est de saison « pour toi. Tout m’est fruit dans ce que tes saisons « apportent, ô natpre ! Tout vient de toi , est en « toi, retourne en toi. Celui-ci disait : O chère cité « de Cécrops! Ne puis-je dire : O chère cité de « Jupiter ! » Où sont maintenant le découragement et la peine ? L’esprit a englouti toute pensée personnelle dans l’immense et bienheureuse pen- . sée du tout.
Ceci est un effort, et l’esprit assiégé d’idées bornéès, naturellement renfermé en lui-même, a
peine à s’étendre et à s’oublier dans l’amour de l’intini. En ces temps de décadence surtout, l’homme pense moins à sa grandeur qu’à sa faiblesse, et de l’idée de l’univers tranquille, il retombe à la contemplation de ses mi$ères et de son néant. Cela même est une source de consolation, consolation amère, mais fortifiante; quel cas puis-je faire de mes chagrins et de mes désirs quand je compare ma petitesse à l’immensité ! Qu’est-ce que ces soucis d’un jour et d’un atome perdu dans les deux gouffres du temps et de l’espace ! « Souviens-toi « de l’étendue universelle; quelle part en as-tu?
« de la durée universelle ? quel fugitif instant fait « ta portion ? Pense souvent à la vitesse de la fuite « et de la succession des choses, qui sont et de- « viennent. Car la substance est, comme un fleuve,
« dans un écoulement éternel; et les vivants en « des changements continuels ; et les causes en des « tranformations innombrables : et il y a un abîme * sans fond, le passé , puis l’avenir où tout s’en- « gloutira. En un tel état, n’est-ce pas folie que de « s’enfler, de se tourmenter ou de s’affliger ? »
« Tout cela va disparaître, nos corps dans le monde,
« nos mémoires dans la durée.,.. Que tout cela « est vil et méprisable, et pourri, et périssable, et « mort !» « Le vent jette à terre les feuilles des « bois; ainsi les générations des hommes; ainsi, « les malédictions, les louanges, les acclamations.
« Tout cela naît en un printemps; puis le vent les « abat, et la forêt en pousse d’autres à la place. « Cette courte durée est commune à toutes choses; « et toi, tu fuis ou poursuis toutes choses, comme « si elles devaient être éternelles ! Encore un peu, « et tu fermeras les yeux; et pour pleurer celui « qui t’aura enseveli, il y en aura un autre. » « La « durée de la vie de l’homme est un point; sa sub- « stance, un écoulement; sa sensation, une im- « puissance; son corps, un bâtiment qui tombe; « son âme, une toupie qui tourne; sa fortune, une « obscurité; sa renommée, un jugement d’aveu- * gles. Bref, tout dans son âme est songe et fumée, « tout dans son corps passe et fuit; sa vie est une « guerre et le séjour d’un hôte; sa gloire après le « tombeau , un oubli. Qui peut le sauver ? une «seule chose, la philosophie. » Consolez vous donc, pauvres hommes, à cause de voire faiblesse et à cause de votre grandeur, par la vue de l’infini
d’où vous êtes exclus , et par la vue de l’infini où
vous êtes compris, par la pensée du soleil éternel, dont vous êtes un rayon, et par la pensée de la nuit éternelle où ce rayon va s’éteindre. De tous côtés l’immensité vous presse et vous apaise; et la nature qui vous exalte ou qui vous écrase vous associe à sa force ou à son repos. »
Nous avons beaucoup appris depuis seize siècles; mais nous n’avons rien découvert en morale qui
atteigne à la hauteur et à la vérité de cette doctrine. Notre science positive a mieux pénétré le détail des lois qui régissent le monde ; mais, sauf des différences de langage, c’est à cette vue d’ehsemble qu’elle aboutit.
Cs^pD
LE BOUDDHISME
Die Religion des Buddha und ihre Enstehung, par M. Kœppen.
Les Origines.
Ce livre est un résumé excellent et complet, comme il s’en fait souvent en Allemagne, des cinq ou six cents monographies et des cinq ou six mille dissertations spéciales qui pendant vingt ans se sont accumulées sur un sujet. Il est de plus fort clair, écrit en style abondant par un homme compétent, décidé, point pédant, excellent logicien et très au fait des matières philosophiques. Par malheur l’auteur est Allemand et il écrit en allemand, ce qui fait qu’en France on ne le lira guère ; c’est pourquoi nous allons, avec son aide, exposer le sujet au lecteur *.
1. Consulter encore : Spence Hardy, Hanual of Buddhism, Eastem monachim; — E. Bumouf, Lotus de la bonne loi, Introduction à V histoire du Bouddhisme; — Foucaux, Bgya tcher-
LE BOUDDHISME
Quand les Aryens descendirent à travers les passes du Caboul pour s’établir dans le Penjâb, ils ressemblaient fort aux Perses tels que les décrit Hérodote, ou aux Germains tels que les décrit Tacite. C’étaient des tribus demi-fixées, demi-errantes, ayant pour principale richesse de grands troupeaux de bœufs et de vaches, possédant des villages, des bourgs, et connaissant déjà l’agriculture, bref, situées, comme les peuplades d’Arminius et de Cyrus, sur les contins de la vie nomade et de la vie sédëntaire, chaque famille régie par le père, chaque tribu menée par une sorte de roi ou chef de guerre ; point de castes, point de corporation cléricale, chaque père de famille sacrificateur dans sa maison ; des mœurs simples, libres et saines, comme on en rencontre à l’origine chez tous les peuples de notre race; nulle rêverie mystique et maladive, au contraire, .des sentiments mâles, honorables, et des prières aux dieux pour demander la force, la gloire, la victoire et le butin.
Rotrpa; — Wilson, traduction du ÏUg-Yeda; — Stanislas Julien, les Pèlerins bouddhistes. — Colehrouke. In the philosophy of the J1 indus, — et surtout Lassen, Indische Âlterthum.
Si maintenant on cherche le trait qui, dès ce moment, les distingue entre toutes ces races de la même souche, on le trouvera dans leur imagination, qui est de la plus rare délicatesse et de la plus étonnante fécondité. Nulle part le mythe n’a été si transparent ni si abondant. Il semble que cette race ait été faite pour voir des dieux dans toutes les choses et des choses dans tous les dieux. C’est le Ciel lumineux qu’ils adorent, la grande clarté épanouie qui enveloppe et ranime toutes choses. C’est la Foudre victorieuse, le Tonnerre bienfaisant qui fend les nuages et délivre de leur prison les pluies fertilisantes: ce sont les deux Rayons jumeaux qui s’élancent du bord du ciel pour annoncer le retour de la lumière; ce sont les Rougeurs du matin, « les Aurores blanchissantes qui sortent de l’ombre avant le soleil, et, comme une jeune fiancée devant son époux, découvrent en souriant leur sein en sa présence. » C’est Agni, le feu qui sort des bâtons frottés l’un contre l’autre, « tout habillé de splendeur, » aux couleurs changeantes, aux formes innombrables, mais charmant, qui court sur toute la terre, languit et renaît, « devient souvent vieux et redevient toujours jeune. » Ce sont les vents, les fleuves, les divers aspects du soleil, bref, les puissances naturelles, non pas transformées en hommes, comme chez Homère, mais intactes et pures. On n’imagine point, avant d’avoir lu les Yédas, une
LE BOUDDHISME
limpidité si grande. Le mythe n’est point ici un déguisement, mais une expression ; point de langage plus juste et plus souple; il laisse entrevoir, ou plutôt il fait apercevoir les formes des nuages, les mouvements de l’air, les changements des saisons, tous les accidents du ciel, du feu, de l’orage; jamais la nature extérieure n’a rencontré une pensée aussi molle et aussi pliante pour s’y figurer avec l’inépuisable variété de ses apparences. Si ondoyante que soit la nature, cette imagination l’est autant. Elle n’a point de dieux fixes ; les siens sont fluides comme les choses ; ils se confondent les uns dans les autres. Varouna est Indra, car le tonnerre est le ciel foudroyant; Indra est Agni, car la foudre est le feu céleste. Chacun d’eux est, à son tour, le Dieu suprême; aucun d’eux n’est une personne distincte ; chacun d’eux n’est qu’un moment de la nature, capable, suivant le moment de l’aperception, de contenir son voisin ou d’être contenu par son voisin. A ce titre, ils pullulent et fourmillent. Chaque moment de la nature et chaque moment de l’aperception peut en fournir un. On voit des qualités, des attributs divins, même des attributs d’attributs devenir des dieux. Le breuvage qu’on offre aux dieux, la prière, l’hymne, toutes les parties du culte finissent elles-mêmes par se transformer en forces divines, en êtres divins qu’on invoque et [qu’on révère. Partout où il y a une puis-
LE BOUDDHISME
sance, et il y en a partout, l’Aryen met un dieu qui n’est point un individu, mais une puissance. Étrange assemblage de pénétration métaphysique et d’émotion poétique, d’aptitude à comprendre la nature et d’inclination à figurer la nature. Nulle race, à son origine, n’a fait preuve d’une intelligence si fine et si sensible, si prompte aux créations incessantes et absorbantes, si disposée à se déployer et à s’étouffer sous le luxe de la végétation de ses propres dieux.
Que le lecteur veuille bien remarquer cette forme d’esprit primitive; si l’on y joint la situation nouvelle que la conquête et le climat feront aux peuplades aryennes, on a les deux causes qui vont engendrer le reste. Toute l’histoire de la condition et de la pensée de la race indienne y tient en raccourci. On touche ici les forces indestructibles qui mènent le tourbillon des événements humains et des volontés humaines, qui font les institutions, qui suscitent les religions, qui ploient les idées, qui constituent les caractères, que nul accident ne peut arrêter, que nul effort personnel ne peut vaincre, et qui condamnent des centaines de millions de créatures à l’oppression, au génie, à l’immoralité; à l’hallucination et au désespoir. C’est de ces points de vue, comme d’une éminence, qu’on peut embrasser tout entière la lamentable et grandiose bataille de la vie. Nous ne nous réjouissons
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pas ici, comme Scipion, à l'aspect du carnage qui abattait pêle-mêle les deux armées de Massinissa et de Carthage. Nous ne sommes point des Romains, nous nous sentons hommes ; la pitié nous prend; nous faisons un retour sur notre propre destinée. S’il y a quelque chose de grand et capable de nous faire réfléchir sur les chances auxquelles notre espèce est assujettie, ce sont ces tragédies vraies et non feintes qui ont pour théâtre un demi-continent, pour durée trente siècles, pour personnages des puissances fatales, et qui, à travers les misères et les sanglots de quatre-vingtdix générations humaines, entrechoquent leurs catastrophes sans jamais se reposer dans un dénoûment.
Ils s’avancèrent par degrés de l’Indus au Gange, subjuguant la population noire, aux cheveux plats, qui occupait la péninsule, population grossière, sujette à d’horribles maladies de peau, qui adorait les serpents, les démons de l’air, et qui fut traitée comme un troupeau d’animaux ignobles. Il y eut là de longues guerres, un grand établissement et une sorte de moyen âge, comme après l’invasion des Gothsd’Alaric, des Lombards d’Alboïn et des Franks de Clovis. La vie sédentaire remplaça la vie nomade; le régime patriarcal fit place aux monarchies militaires. Les classes se distinguèrent. Au-dessous de la race noble et conquérante descendit la race
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vaincue et vile, les soudras, sorte de serfs, journaliers et manouvriers, qui s’étaient soumis à la conquête, et plus bas encore les impurs , les outlaws, les sauvages brutaux, qui, obstinés contre la société nouvelle, s’étaient réfugiés dans les repaires des montagnes et des marais. La race conquérante elle-même se divisa par la seule force de la situation acquise. Le gros de la nation, les laboureurs, tombèrent au-dessous des familles guerrières obligées de s’exercer aux armes, et des familles sacerdotales chargées de conserver et de pratiquer les rites sacrés. Sous l’effort de la civilisation qui séparait les emplois, comme par l’effet de la conquête qui opposait les races , les castes commencèrent, et l’on vit par degrés leurs barrières se fortifier et s’agrandir. Un dernier événement , en les rendant sacrées, les rendit éternelles. Comme autrefois entre les Guelfes et les Gibelins , une querelle de prépondérance s’éleva entre les deux classes maîtresses ; les brahmanes et les kschatrias se firent la guerre; et les brahmanes, appuyés sur les populations inférieures, remportèrent la victoire, victoire plus complète que celle des papes sur les Hohenstaufen , victoire si complète que la race des kschatrias fut exterminée, et que les prêtres furent obligés d’en ramasser et d’en relever de leurs propres mains une branche bâtarde pour se sauver de la dissolution où la société démantelée semblait
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près de s’engloutir. Dès lors il fut établi que le principal office des rois et des kschatrias était d’être les protecteurs et les bienfaiteurs des brahmanes. La société reçut l’empreinte ecclésiastique. La séparation des castes fut érigée en dogme. Les institutions civiles parurent des ordonnances divines; l’État prit la forme théocratique et l’esprit la forme théologique qu’ils conservent encore aujourd’hui.
Plusieurs causes avaient amené cette suprématie des brahmanes, et entre autres l’altération du caractère aryen transformé par le climat. Le soleil de l’Inde est terrible ; nul homme ne peut le supporter tête nue, sauf les populations indigènes à peau noirâtre. Figurez-vous, sous un ciel étouffant, une race étrangère sortie d’un pays tèmpéré, même froid. Les exercices corporels deviennent intolérables; le goût du repos et de l'oisiveté commence; l’estomac n’a plus de besoins ; les muscles s’amollissent, les nerfs deviennent excitables, l’intelligence, rêveuse et contemplative, et vous voyez se former l’étrange peuple que les voyageurs nous décrivent aujourd’hui : une sensibilité féminine et frémissante, une finesse de perceptions extraordinaire, une âme située sur les confins de la folie, capable de toutes les fureurs, de toutes les faiblesses et de tous les excès, prête à se renverser au moindre choc, voisine de l’hallucination, de l’ex-
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tase, de la catalepsie 1 2 , une imagination pullulante dont les songes monstrueux ploient et tordent l’homme comme des géants écrasent un ver; aucun sol humain n’a offert à la religion de semblables prises. Elle grandissait enfonçant ses racines, étendant ses branches, et le naturalisme poétique se changeait en un panthéisme mystique. D’abord on voit les Dieux flottants et nombreux se. rassembler sous trois Dieux souverains, Yarouna dans le ciel, Indra dans l’air, Agni sur la terre; puis derrière eux apparaît « la grande âme, » qui opère par eux, anime toutes choses, et qui est le soleil. Bientôt la profonde faculté métaphysique , développée par le spectacle de la nature tropicale incessamment renouvelée et coulante, écarte ce soleil sensible, démêle la puissance idéale derrière les formes changeantes, déclare « qu’au commencement il n’y avait « que l’être indéterminé, pur, sans forme*, que tout « était confondu en lui , qu’il reposait dans le vide, « et que ce monde a été produit par la force de sa « pensée. » Quel est-il cet être? Un sourd travail d’élaboration philosophique et sacerdotal a fini par le retirer de la nature sensible pour le mettre aux mains des prêtres. Parmi les dieux anciens était aussi le Feu allumé par les brahmanes, qui