Un archat
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naître ici l’établissement d’une domination ecclésiastique semblable à celle qui couvrit l’Europe
lorsqu’au douzième siècle le clergé devint possesseur du tiers des terres en Angleterre, de la moitié des terres en Allemagne, et que le Pape se fit le souverain des empereurs et des rois.
La superstition a la même racine que l’obéissance. L’esprit énervé qui se retranche le jugement personnel est promptement envahi par les croyances folles. Privé du discernement, il tombe dans le rêve, et sa débilité acquise le replonge parmi des imaginations d’enfant. Rien n’est comparable en extravagance aux inventions des bouddhistes; les miracles de la Légende dorée n’en approchent pas. Ils ébranlent le monde, font marcher des myriades de dieux, manient le ciel et la terre avec une prodigalité d’exagérations puériles et avec une monotonie de radotage vieillot qui dégoûte au bout d’un instant. Le saint accompli, l’archat a le pouvoir de faire des miracles, la faculté d’embrasser d’un regard toutes les créatures et tous les mondes, d’entendre toutes les paroles et tous les bruits de tous les mondes; il a la connaissance des pensées de tous les êtres, le souvenir de toutes ses vies antérieures et de toutes les vies antérieures des autres. Au-dessus de l’archat, les Bouddhas commencés ou achevés ont encore des facultés plus merveilleuses. Si l’on
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écrivait toutes les prérogatives du Bouddha achevé, cela ferait un livre qui s’étendrait depuis la terre, jusqu’au ciel de Brahma. Son corps a trente-deux signes caractéristiques et quatre-vingts signes secondaires de beauté. Son esprit possède « dix-huit indépendances, trente-sept accompagnements, quatre fondements de confiance, dix forces. » L’énumération et la classification scolastique de ces vertus est rebutante. Après avoir grossi leur Dieu , ils le cadastrent ; c’est la pédanterie lourde qui succède à l’extase maladive. Naturellement ils aboutissent à la petite dévotion et au culte machinal. C’est en vain que le fondateur a réduit les moyens du salut à la charité, à l’abstinence, à l’empire de soi, et purgé la religion des pratiques extérieures; l’esprit alangui se laisse aller insensiblement de ce côté. Faute du libre et ferme regard qui sépare le fond de la forme, c’est à la forme qu’il s’attache. Il trouve plus aisé de saisir un corps palpable qu’une vérité invisible. Son adoration devient idolâtrie. Il s’agenouille devant le Bouddha et devant les autres saints. Il multiplie leurs images et leur rend un culte. On institue des fêtes en leur honneur. On bâtit des pyramides et des châsses pour conserver leurs os, leurs dents, leur manteau , leur pot à aumônes. Les rois achètent ces reliques à des prix énormes. De tous les coins de l’Asie les dévots viennent se prosterner
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devant l’empreinte du pied de Bouddha, combler d’offrandes les saintes chapelles : on peut voir, dans les voyages des pèlerins chinois, avec quel zèle, à travers quelles fatigues et quels dangers. L’épaississement d’esprit est devenu si grand que les Lamas ont fini par réunir le Bouddha, la Loi et l’Église en une trinité suprême et vivante où l’Église joue le rôle d’une personne divine, la première et la plus divine des trois. Quand la raison est descendue jusque-là, on peut s’attendre à des choses étranges. Les Mongols et les Thibétains de toute classe et de tout sexe passent la journée à réciter des oraisons, en marchant, en mangeant, en jouant, surtout la prière de six syllabes, et la plupart du temps, à Ceylan comme en Mongolie, dans une langue qu’ils n’entendent pas. Plus on prononce, plus on écrit ou plus on imprime de ces prières, plus on a de mérite. Afin d’en accroître le nombre, on a remplacé l’homme par la machine. Des cylindres remplis de petits papiers où la prière est écrite se trbuvent dans les principales rues, dans les temples et chez les particuliers ; chaque tour de roue équivaut à la récitation de toutes les prières contenues dans le cylindre, et quelquesuns, énormes, renferment cent millions de fois la formule sacrée. Les personnes pieuses ont chez elles un serviteur dont tout l’emploi est de tourner le cylindre de famille. De grands moulins à eau et
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à vent font le même office. Les voyageurs ont été frappés, même dans le sud, de l’affaissement où tombe l’intelligence ainsi conduite. « Les prêtres ont presque tous une expression qui approche de l’idiotisme. Le plus grand nombre de ces pauvres gens vont vaguant avec un sourire niais et un regard vide; ils semblent peu éloignés, pour l’intelligence, de la création animale 1 .» Sous cette théologie et sous cette discipline, l’homme se réduit à un mannequin.
Telle est cette religion, événement capital de l’histoire asiatique. Toute morale et toute humaine à son origine, elle s’est développée et mélangée dans le courant des siècles, et ce serait une longue histoire théologique que le récit de sa transformation métaphysique et légendaire, de ses altérations païennes et brahmaniques. Toute indienne à son début, elle s’est étendue au nord et au sud, jusqu’à embrasser la Gochinchine, l’empire Birman, la Chine, le Japon, la Mongolie, la Sibérie, le Thibet, l’irân et le Turan, et ce serait encore une plus longue histoire que le récit de ses progrès gigantesques, de ses défaites partielles, de ses combats contre les adorateurs du feu, contre les musulmans et contre les Brahmanes, des formes diverses qu’elle a dû revêtir chez les diverses races et dans